Publié le 21 mars 2007

Déclaration de M. Jacques Chirac, Président de la République, en hommage à Mme Lucie Aubrac, à Paris le 21 mars 2007.

21 mars 2007 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. Jacques Chirac, Président de la République, en hommage à Mme Lucie Aubrac, à Paris le 21 mars 2007.

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Monsieur le Premier ministre,
Mesdames et messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs les présidents,
Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et messieurs,
Cher Raymond AUBRAC,
Certains êtres d'exception portent au plus haut les valeurs essentielles de l'humanité. Esprit de résistance, courage, patriotisme, amour des siens : Lucie AUBRAC, c'est certain, était l'une de ces très grandes figures.
Souvenons-nous du point de départ : juin 1940. Le pire effondrement de notre histoire. Un peuple abasourdi par la brutalité de la défaite. Des millions de Français jetés sur les routes. Des millions de prisonniers. La République qui fléchit, qui cède laissant le champ libre à l'inqualifiable régime de Vichy.
Mais déjà, du plus profond de l'abîme, les lumières de la Résistance s'allument. De toutes origines, de toutes convictions, des Français se lèvent pour dire non à la défaite, non à l'abaissement, pour exprimer avec héroïsme l'amour de la patrie. Certains rejoignent de GAULLE à Londres. D'autres s'affirment dans les territoires lointains de l'Empire français. D'autres, cher Raymond AUBRAC, font face sur le sol national. Non, la France n'est pas tout entière à Vichy !
Aujourd'hui, c'est au nom de toutes ces femmes, de tous ces hommes que nous rendons un hommage solennel à Lucie AUBRAC. Face à l'injustice, face à l'arbitraire, elle a répondu par la rébellion et le courage. Face au déshonneur de l'Armistice et de Vichy, elle a répondu par un patriotisme inébranlable. Avec Lucie AUBRAC, c'est une lumière rayonnante de la Résistance qui vient de s'éteindre.
Résistance : ce mot marque l'une des pages les plus glorieuses de notre histoire. Pour en comprendre tout le sens, pour en comprendre toute la réalité, évoquons Lucie AUBRAC, son courage, sa témérité extraordinaires. Lorsqu'en 1943 vous êtes emprisonné à la prison de Montluc, cher Raymond AUBRAC, avec une audace inouïe, elle réussit à tromper le chef de la Gestapo de Lyon, le sinistre Klaus BARBIE. Elle organise votre évasion, vous en transmet les plans. Pendant un transfert, à la tête d'un groupe franc, elle attaque le camion allemand. Vous êtes libre.
Combien de femmes, comme Lucie AUBRAC, sont en première ligne dans l'armée des ombres ? Elles hébergent les résistants, les parachutistes alliés. Elles jouent le rôle d'agents de liaison. Elles éditent tracts et journaux. Elles collectent les renseignements. Elles participent à la lutte armée. Elles sauvent des enfants juifs, prenant place parmi ces Justes de France auxquels la nation a rendu hommage au Panthéon.
Et elles sont femmes. Elles portent et élèvent leurs enfants, elles soutiennent leurs époux, qui les soutiennent en retour. Tant il est vrai que, dans l'histoire de la Résistance, l'amour a joué un rôle essentiel, lui qui décuple l'énergie et le courage : Cécile et Henri ROL-TANGUY £ Paulette et Maurice KRIEGEL-VALRIMONT £ Hélène et Philippe VIANNAY £ Clara et Daniel MAYER £ tant d'autres ! Et, bien sûr, Lucie et Raymond AUBRAC.
Nul ne peut plus ignorer qu'aux heures tragiques le courage, l'esprit de décision et de sacrifice se conjuguent tout autant au féminin. Le Général de GAULLE, en signant le 21 avril 1944 l'ordonnance qui déclare les femmes électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes, met fin à une incompréhensible injustice.
Personnage d'exception, Lucie AUBRAC le restera après la guerre. Inlassable, elle donne tout son sens à la notion d'engagement : pour la paix dans le monde, pour la décolonisation, pour l'émancipation des femmes, pour les droits des sans droits, pour le soutien aux plus démunis. Engagement aussi, bien sûr, pour transmettre les valeurs de la Résistance. Enseignante dans l'âme, elle ne refuse jamais de répondre à l'invitation d'un professeur. Elle veut apprendre aux jeunes que l'esprit de résistance ne s'inscrit pas seulement dans l'histoire, mais représente une valeur universelle, une valeur qui doit éclairer notre quotidien et notre avenir.
Lucie AUBRAC, nous n'oublierons pas votre message ! La cohésion nationale est un combat de tous les jours. Nous devons garder vivante dans nos coeurs la flamme des luttes de la République pour la liberté : les droits de l'homme. L'abolition de l'esclavage. La bataille des dreyfusards pour le triomphe des droits individuels sur la raison d'Etat. Le sacrifice des soldats de Verdun. La Résistance contre le déshonneur de Vichy.
Tous ces combats nous obligent. Ils nous rappellent nos valeurs communes : la liberté, la tolérance, la solidarité, le refus de l'extrémisme. Célébrer la mémoire de la Résistance, c'est mettre à leur place, c'est-à-dire au plus haut, celles et ceux qui nous ont permis d'être ce que nous sommes. C'est se donner les moyens de construire l'avenir.
Mes chers amis, cher Raymond AUBRAC,
Une figure capitale s'en est allée, un modèle. Mais ce qu'elle représente est universel. Puisse, Lucie AUBRAC, votre nom rester à jamais le symbole de l'exigence d'amour, de patriotisme, de courage et de tolérance !
Que vivent les valeurs de la Résistance !
Vive la République ! Vive la France !

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