Publié le 2 septembre 2005

Déclaration de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur l'histoire de la principauté d'Andorre et l'originalité de son gouvernement, à Paris le 2 septembre 2005.

Déclaration de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur l'histoire de la principauté d'Andorre et l'originalité de son gouvernement, à Paris le 2 septembre 2005.

2 septembre 2005 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Nonce, Monseigneur,
Monsieur le Chef du Gouvernement,
Monsieur le Syndic Général,
Monsieur le Ministre,
Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs accrédités en Andorre,
Monsieur le Représentant Personnel du Prince Episcopal, à qui je vous demande de bien vouloir transmettre mes sentiments respectueux et cordiaux, déférents et chaleureux,
Mesdames et Messieurs,
C'est toujours pour moi un plaisir d'accueillir les ambassadeurs accrédités en Andorre. Cet étonnant petit coin incarne l'une des plus belles traditions de l'aventure humaine. Il y a maintenant sept cent vingt deux ans qu'Andorre connaît un statut équilibré et conduit imperturbablement une politique de sagesse qui consiste à respecter les autres et à se faire respecter. Ce qui a eu pour résultat, dans l'histoire, de mettre l'Andorre, ses habitants, ses citoyens, à l'écart de la plupart des grands mouvements guerriers qui ont, hélas, trop souvent frappé l'Europe.
Par sa sagesse, par son intelligence, Andorre est passé au travers. C'est dû essentiellement à la sagesse des Andorrans, à leur capacité à assumer leur indépendance, leur développement, leur culture. C'est dû aussi à ce régime un peu étonnant pour ceux qui ne le connaissent pas et qui fait que la charge suprême de l'exécutif est confiée à deux Co-Princes issus de l'histoire et sagement maintenus par les Andorrans qui voient probablement la garantie de leur tranquillité, de la non-ingérence dans leurs affaires mais également une certaine garantie sur le plan international. Ayant des Co-Princes étrangers, bien entendu, s'il y a un problème, ils peuvent toujours trouver spontanément l'appui de l'un de l'autre ou des deux Co-Princes contre telle ou telle agression qui pourrait avoir lieu. Et avec cette sagesse qui caractérise ce peuple, ils ont tranquillement survécu et connaissent un développement exceptionnel.
J'ai, pour ma part, beaucoup d'estime : non seulement Andorre a maintenu son intégrité et son indépendance, ce qui est déjà beaucoup dans l'histoire de l'humanité £ non seulement Andorre a maintenu sa capacité de développement et son adaptation au développement moderne - on le voit avec l'absence de chômage, l'activité, l'amélioration de la situation matérielle des Andorrans -, mais en plus il réussit à maintenir parfaitement sa culture. Il aurait pu, devant les gros voisins, abdiquer en quelque sorte, tout ou partie de sa culture. Pas du tout. Sans avoir l'air de rien, il n'a pas cédé un pouce de terrain et il a maintenu intégralement sa culture. C'est un bilan exceptionnel qui est dû à la sagesse des Andorranes et des Andorrans, à cette capacité qu'ils ont eue, également, à maintenir la démocratie. On vote, on se dispute mais on ne dépasse jamais les frontières, c'est-à-dire jamais ce qui pourrait être dangereux pour l'ensemble de la communauté.
Je voulais simplement, à l'occasion de ces lettres de créance, le dire aux ambassadeurs, qui le savent aussi bien que moi. Et je voulais profiter de cette occasion pour exprimer aux autorités andorranes, au Chef du Gouvernement, au Syndic, au Ministre des Affaires étrangères que je connais depuis longtemps, mon estime qui est grande, ma reconnaissance pour ce petit coin d'humanité que vous avez su sauvegarder. Je voulais vous dire mon admiration pour la capacité que les Andorrans ont eu de gérer leurs affaires et vous dire également la très chaleureuse amitié que vous porte, sans aucun doute, aussi bien les Espagnols que les Français, aussi bien le Co-Prince Evêque que moi-même mais, plus généralement, toutes celles et tous ceux qui vous connaissent. Alors, bienvenue dans cette maison !

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