Publié le 25 mars 1999

Tribune de M. Jacques Chirac, Président de la République, dans "Paris-Match" du 25 mars 1999, en hommage à l'oeuvre du Général de Gaulle.

25 mars 1999 - Seul le prononcé fait foi

Tribune de M. Jacques Chirac, Président de la République, dans "Paris-Match" du 25 mars 1999, en hommage à l'oeuvre du Général de Gaulle.

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Le Général de Gaulle, figure majeure de ce demi-siècle. Cette affirmation a des airs d'évidence, évidence pour tous, y compris pour ceux qui l'ont combattu naguère, signe que par-delà les chapelles et les clivages politiques, Charles de Gaulle appartient à l'Histoire.
Les Français, le temps faisant son oeuvre, mesurent toujours mieux ce qu'ils doivent au fondateur de la Vème République. Bien sûr, tous ne se souviennent pas que Charles de Gaulle est l'inspirateur d'une Constitution qui n'a cessé de faire la preuve de sa solidité comme de sa souplesse, et aussi, même si elle doit respirer comme toute chose humaine, de son adéquation à l'âme française. De même, les femmes se souviennent-elles que c'est grâce à lui qu'elles ont enfin conquis le droit de vote ? Tous les assurés sociaux savent-ils qu'ils lui doivent notre système de sécurité sociale, les salariés l'idée de l'actionnariat populaire et de l'intéressement ?
Pourtant, dans le coeur des Français, demeure ce qui est plus fort que tout : le sentiment d'un homme de légende qui a fait vivre les valeurs, les engagements, les postures auxquels notre peuple tient le plus. Je veux dire l'esprit de résistance. La capacité de dire "non", et de se retrouver banni, exilé de sa patrie au nom de lois non-écrites, celles de la liberté et de l'honneur. Le courage. Le regard qui voit loin, au-delà d'une Europe déchirée, et qui devine ce que pourrait être notre continent une fois réconcilié "de l'Atlantique à l'Oural". Et puis, surtout, un ton singulier, fait de ce qu'André Malraux appelait "la distance intérieure" et de ce panache auquel nos compatriotes sont si sensibles. Le panache n'est ni l'arrogance, ni la prétention, ni l'habileté. En revanche, l'insolence, l'audace iconoclaste, le dialogue coeur à coeur avec un peuple, la fierté, la passion de l'indépendance et de la liberté, tout cela participe du panache. Le Général de Gaulle l'a incarné parce qu'il était lié à l'Histoire autant qu'à la politique.
Aujourd'hui, si les temps de feu sont révolus, le temps des grands desseins demeure, qui justifient d'autres éclats, d'autres élans : Rassembler. Incarner la Nation. Faire aborder la France à de nouvelles rives. Permettre aux rêves de se mêler à la vie.
Rêve d'un monde ouvert, où circulent et se rencontrent sans frontières les savoirs, les informations, les personnes. Rêve d'un progrès pour tous, qui garde vivantes ses exigences humanistes. Rêve d'une jeunesse qui se sert des nouveaux instruments pour explorer de nouveaux territoires, pour créer, réaliser ses projets, exprimer toutes ses intelligences, inventer de la fraternité. Rêve d'une Europe réelle pour les Européens, espace de connaissance, de travail, de conquête, mais aussi d'amitié et de solidarité.
Le message du Général de Gaulle est toujours un appel, un appel à nous dépasser, un appel à vivre nos valeurs et à réaliser nos rêves.

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