Publié le 3 mai 1996

Discours de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur la réforme de l'armée, sa professionnalisation et la restructuration de l'armée de terre, Canjuers le 3 mai 1996.

Discours de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur la réforme de l'armée, sa professionnalisation et la restructuration de l'armée de terre, Canjuers le 3 mai 1996.

3 mai 1996 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le ministre de la Défense,
- Mon Général,
- Mesdames et messieurs,
- J'ai plaisir à me trouver aujourd'hui au milieu de vous, sur le terrain, dans une ambiance opérationnelle et dans un environnement qui me rappellent quelques souvenirs d'un autre temps et d'un autre lieu.
- Je ne vais pas naturellement ici retracer devant vous les grandes lignes de la réforme des armées que j'ai eu l'occasion d'exposer à l'Ecole militaire le 23 février dernier.
- Ce premier contact officiel avec l'armée de terre est pour moi surtout l'occasion de vous rencontrer, de vous écouter et de répondre à vos interrogations dans une période qui est une période de grand changement.
- Mais je tiens d'abord à souligner la qualité vraiment exceptionnelle des présentations qui m'ont été faites ce matin et qui m'ont impressionné.
- Si je devais qualifier notre armée de terre telle qu'elle se présente aujourd'hui et telle que la révèlent ses engagements en Bosnie, au Liban et en Afrique, je dirais qu'elle se caractérise par sa compétence, son dynamisme et son très haut niveau de technicité. Les hélicoptères, l'artillerie et les chars que nous verrons en action cet après-midi en sont les symboles les plus évidents.
- Et vous avez bien compris que c'est pour préserver ces qualités, qui sont unanimement reconnues à notre armée par nos Alliés et par l'ensemble de nos concitoyens, que j'ai décidé, sur proposition du ministre de la défense et des chefs d'état-major, de professionnaliser notre armée.
- Mais il faut que les choses soient perçues clairement. Cette décision ne constitue naturellement en rien une critique de notre armée d'appelés. La sécurité de notre pays repose depuis 1905 sur la conscription et elle continuera pendant les six années qui viennent à dépendre largement du dévouement et du sérieux des soldats du contingent auquel je tiens à rendre un hommage très sincère.
- Ce qui est en cause aujourd'hui, ce n'est pas la qualité des jeunes appelés français, appréciée par tous les responsables militaires, mais la recherche du meilleur rendement, de l'efficacité optimale, dans un contexte qui change très rapidement.
- La défense du territoire national et de la population de notre pays reste la mission fondamentale des armées et singulièrement de l'armée de terre. Mais elle s'exerce désormais aux frontières de l'Europe et partout dans le monde où les crises, par contagion, sont susceptibles de faire renaître des conflits sur notre continent ou de menacer nos intérêts. Il n'y a pas aujourd'hui de menace militaire directe pesant sur notre territoire et je m'en réjouis. D'autres formes de menaces plus insidieuses, comme le terrorisme, relèvent d'autres moyens. Et l'armée de terre continuera d'apporter son concours dans tous ces domaines, comme elle l'a apporté au plan Vigipirate, chaque fois que nécessaire.\
Votre armée sera au coeur des évolutions très importantes que va connaître notre organisation de défense pendant les 6 années à venir.
- La restructuration de son dispositif, de l'organisation du commandement et du soutien, doit être engagée résolument et sans délai. Je sais que telle est la volonté de vos chefs militaires qui ont, vous le savez, toute ma confiance et mon estime.
- Les départs rendus nécessaires par la contraction du format et le maintien de l'équilibre des grades, ne pourront être que volontaires, facilités par des incitations suffisantes et adaptées. Ils permettront de redonner aux plus jeunes les perspectives de carrière attrayantes qu'un certain vieillissement des cadres avait limitées.
- Les dissolutions et transferts d'unités qui vous préoccupent légitimement seront annoncés à l'été et je veillerai, avec le ministre de la Défense, à ce qu'ils ne soient pas remis en cause. Ainsi seront garantis pour vous une anticipation suffisante et un accompagnement approprié.
- Il ne faudra pas seulement réorganiser mais aussi construire l'armée moderne et efficace de demain. Il faudra donc recruter des jeunes de qualité à un rythme plus élevé que par le passé. Certains s'en inquiètent, à tort, je le pense. L'armée de terre qui a toujours placé l'homme au coeur de ses préoccupations, saura relever ce défi. En assurant à ses engagés des conditions de vie attrayantes, en leur offrant la possibilité de servir temporairement sous d'autres cieux, en facilitant la reconversion à la vie civile de ceux qui opteraient pour une carrière courte, elle suscitera les vocations qu'elle recherche, j'en suis persuadé. Et je suis heureux qu'elle ait décidé d'ouvrir ses rangs à un plus grand nombre de jeunes femmes qui lui apporteront le surcroît de qualité qu'elles assurent déjà à l'ensemble de nos administrations.
- Nous devons réussir ces transformations nécessaires et nous avons en main tous les atouts pour y parvenir.
- Vous avez démontré, au cours de ces dernières années, vos capacités d'adaptation.
- Vous avez su depuis trente ans faire évoluer vos structures et vos armements. Vous avez rempli avec compétence, courage et détermination les missions que le pays vous a confiées, en Afrique, au Moyen-Orient et en ex-Yougoslavie.
- Je connais bien notre armée de terre. Ce qui la distingue des autres, ce n'est pas la technique, mais plutôt la place particulière qu'y tiennent les hommes, dans la durée, au contact quotidien du terrain. C'est un métier difficile et qui vous vaut, à juste titre, la considération de nos concitoyens.
- Je compte sur vous tous pour que nous réussissions cette réforme capitale pour la sécurité de notre pays et pour que la France reste une grande nation responsable.
- Je sais que je peux vous faire confiance.
- Je vous remercie.\

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