Publié le 1 juillet 1992

Déclaration de M. François Mitterrand, Président de la République, aux radios et télévisions, annonçant le référendum pour la ratification du traité de Maastricht, Paris le 1er juillet 1992.

Déclaration de M. François Mitterrand, Président de la République, aux radios et télévisions, annonçant le référendum pour la ratification du traité de Maastricht, Paris le 1er juillet 1992.

1 juillet 1992 - Seul le prononcé fait foi

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Mes chers compatriotes,
- J'ai signé ce matin le décret qui soumet à vos suffrages le traité d'union européenne, ou traité de Maastricht, et j'ai fixé au dimanche 20 septembre prochain la date de ce référendum. Pourquoi un référendum ? J'aurais pu me contenter de l'approbation du Parlement où il existe, cela vient d'être démontré, une forte majorité favorable au traité, mais j'ai pensé que sur un tel sujet qui engage, comme rarement dans notre histoire, l'avenir de la France, je devais m'adresser directement à vous. Le 20 septembre, vous mesurerez, j'en suis sûr, l'importance de votre choix. En disant "oui" à la question très simple, dégagée de toute politique partisane, qui vous sera posée vous déciderez de mener à bien la construction européenne commencée au lendemain de la deuxième guerre mondiale, il y a plus de quarante ans et poursuivie depuis lors, chacun à sa manière, par tous ceux qui ont eu la charge du pays. Mais si vous votez "non", vous refuserez à l'Europe le moyen de se faire.
- Vous connaissez ma propre conviction. L'union européenne représente, à mes yeux, un immense projet politique, l'un des plus ambitieux que nous ayons connus. Elle réunit de grandes, de vieilles nations qui se sont longtemps combattues jusqu'au jour ou elles ont compris qu'elles sacrifiaient en vain leurs enfants, et donc leur espoir. Elle rend toute guerre impossible entre ceux qui la constituent. Comment ne pas songer à cela au moment où se réveillent à l'Est de l'Europe tant de rivalités sanglantes, de haines ancestrales ? D'un côté l'Europe qui s'unit, de l'autre, celle qui se déchire dans d'atroces convulsions, on comprend pourquoi, partout sur notre continent, il n'est pas de peuple qui ne rêve de nous rejoindre et d'appartenir le plus tôt possible à notre Communauté.
- Mais il est d'autres raisons qui nous invitent à préférer l'Europe au repli sur soi. Je ne les énumérerai pas ce soir.
- Près de trois mois vont s'écouler pendant lesquels vous pourrez réfléchir, débattre et choisir, où tous les arguments vous seront exposés. Laissons, maintenant, la démocratie s'exprimer.
- Je remarquerai, seulement, qu'une Europe unie, comme vous le propose le traité que je vous demande d'adopter sera seule en mesure, avec une monnaie, une banque centrale et un marché uniques, de faire front devant la force économique que représentent des pays extérieurs à notre continent, comme les Etats-Unis d'Amérique et le Japon.
- De plus, se développera avec le temps, dans tous les peuples de la Communauté, le sentiment d'être citoyens de l'Europe comme ils sont déjà citoyens de leur propre patrie. Bien entendu, rien ne sera acquis pour autant. Il faudra continuer de lutter pour plus de justice et de prospérité, comme dans toute société humaine.
- Lors du référendum du 20 septembre, il n'y aura pas un camp vainqueur face à un camp vaincu. Il n'y aura pas de bons et de mauvais Français, mais simplement des femmes et des hommes, libres, maîtres de leur destin.
- Vive la République !
- Vive la France !\

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