Publié le 8 octobre 1988

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur l'Europe et plus particulièrement l'unité européenne, Strasbourg, aéroport de Entzheim, samedi 8 octobre 1988.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur l'Europe et plus particulièrement l'unité européenne, Strasbourg, aéroport de Entzheim, samedi 8 octobre 1988.

8 octobre 1988 - Seul le prononcé fait foi

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Très Saint-Père,
- Voici que, pour la troisième fois, j'ai l'honneur de vous accueillir sur le sol de France. Mon pays se réjouit de cette nouvelle visite qui le flatte et, par ma voix, vous souhaite la bienvenue.
- Vous allez parcourir l'Alsace et la Lorraine, provinces françaises où s'inscrit la trace de nos guerres à nous Européens, guerres qui, là plus qu'ailleurs peut-être, ont laissé leur empreinte, où, plus qu'ailleurs aussi, s'accomplit et se vit la réconciliation à jamais scellée, je le pense, de deux peuples voisins, peuples frères, si longtemps ennemis.
- La ville où nous nous rencontrons est une capitale. Elle en a la vocation, la fonction, le prestige. La géographie l'a désignée et les hommes qui l'habitent façonnée pour une grande histoire. Aimée, disputée, marquée par deux formes d'une civilisation puisée aux mêmes sources, elle raconte, mieux que toute autre, ce que fut, ce que devient, ce que sera l'Europe, l'Europe, Très Saint-Père, qui vous reçoit ici chez elle.
- Les institutions communes ou communautaires qui y siègent, et vous attendent en ce jour avec joie, ont toutes pour missions de donner corps et vie au rêve ancien qui, au pire de leurs déchirements, visitait l'âme de nos peuples, le rêve d'unité. Saluons en cet instant la mémoire des bâtisseurs qui, il y a moins de quarante ans, ont su concevoir et entreprendre l'étonnante aventure qui rassemble aujourd'hui les douze pays de la Communauté et les vingt deux pays du Conseil de l'Europe, soit plus de 400 millions d'êtres humains. Est-il besoin plus fort, nécessité plus rigoureuse, oeuvre plus difficile pour chacun d'entre nous que la recherche de sa propre unité ? Il en va de même des nations. On mesure dès lors l'ampleur de la tâche qui nous attend, nous qui voulons dépasser les frontières, pour aller vers l'unité d'un continent.
- Car si nous nous appliquons, pour le siècle qui vient, à construire une nouvelle démocratie, un nouveau droit public, un nouveau corps social, une nouvelle dimension en toutes choses pour la part d'Europe qui est nôtre, nous n'oublions pas qu'au bout du compte c'est de l'Europe tout entière, dans sa réalité physique, spirituelle, culturelle, qu'il s'agit.
- Les hasards de l'Histoire et le destin fixé par les deux guerres mondiales aux peuples européens aujourd'hui séparés par des systèmes rivaux n'ont pas à prévaloir sur une réalité plus profonde, qui, au-delà de tout, reste présente, vivante et qui commande la suite des temps.
- Vous le savez mieux que personne, vous, Très Saint-Père, qui croyez à l'universel et le servez.
- Tout se tient sur notre étroite planète. La construction communautaire qui, pierre à pierre, s'édifie, et d'abord à Strasbourg, sa capitale, dessine les fondements d'une oeuvre plus vaste encore. Un certain type de relations humaines s'y forme qui déjà s'élargit à d'autres dimensions. L'Europe et la paix, l'Europe et le tiers monde, l'Europe des droits de l'Homme.
- Votre présence parmi nous nous apporte le haut témoignage d'un homme, d'une pensée, d'une foi qui y contribuent puissamment.
- Les mots les plus simples vous le diront.
- Bienvenue en France, terre d'Europe, Très Saint-Père.
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