Publié le 20 mars 1988

Message de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du rassemblement national des élus socialistes, Le Bourget, dimanche 20 mars 1988.

Message de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du rassemblement national des élus socialistes, Le Bourget, dimanche 20 mars 1988.

20 mars 1988 - Seul le prononcé fait foi

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Je suis heureux, chers amis, de vous savoir réunis en ce jour, sous l'impulsion de Pierre Mauroy. A l'heure qu'il est, votre rassemblement est lourd de sens et de promesses pour les Français. Elus municipaux, départementaux, régionaux, nationaux, vous tenez votre mandat du peuple. Vous êtes les garants de la République. Vous êtes les artisans de la démocratie.
- Le peuple, la République, la démocratie, voilà des mots qu'il est bon de prononcer et qu'il est bon d'entendre. Vous savez, vous, que ce ne sont pas des mots usés, des mots sortis d'une Histoire oubliée. Le peuple, nous en sommes. La République c'est notre bien. La démocratie, nous la vivons, vous comme moi, là où nous sommes. C'est l'affaire des femmes et des hommes aux prises avec les peines et les espoirs de chaque jour. L'école pour les enfants, le budget mensuel à boucler, l'avenir de la famille, le sport pour tous, les grands ensembles, le bruit, les transports en commun, que sais-je, c'est cela notre démocratie vécue. Nous avons choisi de la servir, elle est notre peine, elle est notre joie et elle est notre honneur.
- Je dis "nous" car je suis resté l'un des vôtres. La commune, le canton, le département, la région, les assemblées parlementaires m'ont appris ce qu'est la France, dans sa vérité historique et humaine, porteuse d'héritages contraires et cependant capable de rassembler ses forces quand il le faut, pour les causes qui sont les siennes et pour les causes universelles.\
Plus précisément la démocratie a pour objet de donner à tous et à chacun la capacité de décider de tout. C'est pour se rapprocher de cet idéal que beaucoup d'entre vous ont voté les lois de décentralisation que j'ai moi-même promulguées et auquelles Gaston Defferre a consacré tant de travail.
- Vous voilà désormais dotés de pouvoirs et de moyens qui font de vous de véritables responsables. L'élan est donné. Mais la décentralisation, l'un des acquis fondamentaux de ce septennat qui s'achève, n'en est qu'à ses débuts. Je vous le demande : qu'elle ne reste pas enfermée dans des textes, mais qu'elle inspire, qu'elle modèle, qu'elle transforme le pays dans ses profondeurs.
- N'agissons pas repliés sur nous-mêmes. Elargissons notre horizon à l'Europe tout entière. En jumelant vos villes, en échangeant vos idées, vos projets, vos travaux avec nos voisins de la communauté, vous bâtissez l'Europe du concret, l'Europe au quotidien, sans oublier jamais les vastes perspectives, ni les rêves qui font bouger le monde.\
Chers amis, j'ai la chance de pouvoir vous parler, même à distrance, au travers d'un écran. Mais je vous écoute aussi, croyez-moi. Et il me semble percevoir ce que vous voulez me dire aujourd'hui, aujourd'hui pour demain. J'ai assumé ma charge, aussi éloigné que possible des querelles et des compétitions où d'autres se complaisent. Mais les échéances fixées par la constitution approchent.
- Fidèle à mes idées, à nos idées, je veux aussi, parce que c'est mon devoir, et parce que c'est ma conviction, que les Français s'unissent pour gagner les enjeux que l'histoire leur propose avant la fin du siècle.
- Quelle sera ma place dans ce nouveau combat pour la France ? Je ferai connaître au pays ma décision cette semaine. Sachez, quoi qu'il advienne, que j'aurai reçu de vous le plus beau des messages : amitié et confiance.\

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