Publié le 28 janvier 1988

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, notamment sur la situation économique de la région et la possibilité de développement dans le cadre du Marché communautaire, à la mairie de Saint-Omer, jeudi 28 janvier 1988.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, notamment sur la situation économique de la région et la possibilité de développement dans le cadre du Marché communautaire, à la mairie de Saint-Omer, jeudi 28 janvier 1988.

28 janvier 1988 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le maire,
- Mesdames et messieurs,
- Je vous remercie de votre accueil, dans cette ville que je n'avais pas revue depuis quelques 55 ans. Déjà j'avais pu, adolescent et curieux de connaître mon pays - et particulièrement cette région - y venir, à l'époque, chaque année. J'étais frappé par la beauté des lieux, par la richesse historique et artistique, par la vie demeurée semblable à travers les siècles, et par une chance inestimable, préservée. C'est vous dire vraiment la joie que j'ai d'être aujourd'hui à Saint-Omer, j'étais venu pour un motif qui m'intéressait beaucoup, visiter le début du chantier du tunnel. J'avais accepté l'invitation de Dunkerque pour l'inauguration de l'hôtel de la communauté urbaine, mais je pensais rentrer tout aussitôt à Paris. Et toute une série d'allusions se sont ajoutées, mais pas spécialement Saint-Omer. Je me suis dit : "quand même, pourquoi ne pas retourner dans cette belle ville, dont j'ai appris à connaître, depuis, les épreuves et l'actuelle situation difficile au regard de sa population, et donc de ses activités mais qui pour moi, représente l'un des secteurs les plus caractéristiques d'un terroir, des plus significatifs, qui évoque à la fois l'histoire, une certaine poésie de l'histoire inscrite dans vos pierres. Sans parler, bien entendu, de l'ancienneté de cette population, je vous ai interrogé dans l'auto qui nous amenait ici, monsieur le maire. Et voilà qu'a ressurgi l'ombre d'un évêque ancien, qui marque encore, de son nom, l'identité des habitants de Saint-Omer.\
C'est donc, d'abord, l'expression du plaisir personnel, que j'ai d'être parmi vous. Et, puisque j'y suis, autant que cela soit utile, d'abord à mon information, que je sache un peu mieux comment les choses vont, comment les choses se déroulent, ce que sont vos inquiétudes, ce que sont vos espérances. Ces inquiétudes, elles m'ont été immédiatement exposées au travers d'une perte sèche de population. Les problèmes de l'emploi de l'ensemble de la région sont malheureusement bien connus. L'espérance, vous l'avez dit vous-même, monsieur le maire, je n'aurais garde de trop y insister, c'est ce qui se dessine. La carte du nord de la France, qui se dessine, au point que ce nord de la France va désormais se confondre avec l'un des centres principaux de l'Europe, de passage, de transit, et puis, comme cela est la règle de fixation, car l'emploi va se trouver démultiplié.
- Eh bien, vous serez, vous, cité semblable à elle-même, à travers les siècles. Vous allez vous trouver confrontés à tous les mouvements, à toutes les migrations, à tous les échanges de marchandises, mais aussi, aux échanges d'idées, aux échanges de personnes. Vraiment, Saint-Omer se trouve affronté à un destin, qui plutôt que de chagriner ceux qui regrettent le passé, le passé demeurera, peut exalter et mobiliser l'ensemble de la population et certainement, mesdames et messieurs, les élus que vous êtes. Je sais la -nature industrieuse de cette population et de ses représentants, leur acharnement au travail, leur capacité d'effort, leur imagination quand il le faut. Et j'imagine aussi le désarroi qui était le vôtre et qui veut que depuis les grandes crises des années 1974 et la suite, vous ayez vu, peu à peu, se dissoudre la substance de votre économie, les raisons qui vous permettaient de déterminer la jeunesse à rester sur place. Je souhaite vraiment qu'en ce jour, soit marqué un nouvel élan. Vous ne l'avez pas attendu pour vous y adonner. Vous êtes les responsables locaux, départementaux, régionaux. Vous vivez de la vie de vos compatriotes. Vous avez la charge de l'assumer. Et je suis sûr, qu'étant de ce pays, vous le faites, non seulement de grand coeur, mais avec la volonté de réussir pour tous. Et de ce point de vue, où sont les différences ? Elles existent, elles sont saines dans une démocratie. Les oppositions d'idées, de points de vue, la conception de la société, mais, quand il faut donner un coup de main pour réussir la renaissance d'un pays, comme on se sent peu nombreux et faibles devant l'événement. Comme on se sent forts dès lors que l'on s'associe. Et je suis sûr que le département et la région se sentent aussi étroitement imbriqués au redressement de la région de Saint-Omer.
- D'autant plus, que, au total, c'est une population assez dense, que vous avez tout autour de vous. Si vous êtes au centre de l'Europe, d'une des futures régions d'Europe, pas géographiquement, mais par l'intensité des trafics futurs, vous vous trouvez aussi au centre d'une petite région qui mérite intérêt, et qui vaut votre travail et votre application.\
Vous m'avez accueilli, monsieur le maire, par des paroles dont je vous suis reconnaissant, mesurant très exactement l'importance d'une rencontre, indépendamment de nos personnes entre le Président de la République, la population de Saint-Omer et les élus appelés normalement, légitimement, à exprimer les voeux de cette population. Je suis très fier de succéder à Sadi Carnot, et au Général de Gaulle, en tant que visiteur officiel de Saint-Omer, même si l'on ne peut pas exactement identifier les messages, ce qui n'est d'ailleurs pas désirable.
- Il y a la diversité de l'histoire de France. Elle s'exprime parfaitement dans cette succession que je viens rapidement à votre suite, de rappeler. C'est la France dans sa diversité. Je plaide un peu partout, pour la France dans son unité, l'une et l'autre sont complémentaires. Comme ce serait ennuyeux, morne, comme il serait incapable d'agir, un pays qui ne jouerait pas intelligemment de ses propres différences. Mais voilà, il faut aussi être capable de dominer, de dépasser. Et, croyez-moi, on en sentira le besoin, plus encore à l'avenir - l'avenir commence au moment même où je m'exprime - il sera particulièrement sensible pendant les mois qui vont venir. Il faut donc bien qu'il y ait quelques voix qui s'adressent au pays pour préserver la Nation, et pour garder l'Etat, pour échapper à l'étude et à la passion, même s'il est parfaitement légitime de servir son idéal, avec foi et avec fermeté. Je souhaite vraiment bonne chance à la ville de Saint-Omer et à ses habitants. Je souhaite, mesdames et messieurs les élus, maires de la région, conseillers municipaux et maire de Saint-Omer, je souhaite réussite dans vos efforts. Et je vous dirai très simplement comme je le pense, et comme je le crois,
- Vive Saint-Omer !
- Vive la République !
- Vive la France !\

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