Publié le 14 décembre 1987

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, notamment sur le rôle des élus locaux au sein des communes de moyenne importance, Chavanoz, lundi 14 décembre 1987.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, notamment sur le rôle des élus locaux au sein des communes de moyenne importance, Chavanoz, lundi 14 décembre 1987.

14 décembre 1987 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le maire,
- Mesdames et messieurs,
- De cet exposé que vous venez de faire à l'instant monsieur le maire de Chavanoz, je retirais quelques réflexions qui me venaient à l'esprit à mesure que vous vous exprimiez et je remarquais à quel point cette commune se trouve au confluent de rencontres multiples. Vous avez dit d'un côté espace rural, `de l'autre` cité industrielle. En effet, vous êtes dans le grand rayonnement de Lyon tout en faisant partie d'un autre département. Vous êtes à la frontière et pas simplement du Rhône, de l'Ain aussi. Vous devez préserver votre tradition qui a sans aucun doute modelé l'-état d'esprit de cette commune rurale avec les traditions, les coutumes, les façons d'être et de penser propres, à ce type de société que j'ai connu moi-même car j'ai vécu toute ma jeunesse dans une commune de ce type.
- Espace rural, il faut l'aménager, il faut le sauvegarder. Il ne faut pas que notre commune ne devienne qu'un champ définitivement inculte et remplacé par une grande banlieue. Mais en même temps ville industrielle et il faut bien qu'une commune qui se veut dans le courant du monde moderne accède à la production industrielle et s'organise pour cela, à la condition d'organiser la conjonction des deux besoins, que la cité industrielle respecte l'espace rural et que l'espace rural puisse vivre harmonieusement en compagnie de ces formes nouvelles de la société moderne. Voilà une responsabilité qui incombe au maire et aux conseillers municipaux puisqu'il leur appartient de choisir, d'adopter les mesures qui permettront de savoir où commence et où s'arrête la ville, où commence et où s'arrête la campagne, le monde rural, le monde industriel pour n'en faire qu'un.
- J'observais en vous écoutant que votre population d'un peu plus de 4000 habitants comprenait - je ne sais pas si j'ai bien retenu le pourcentage -, 25 % d'étrangers environ £ là encore il s'agit d'une confluence importante et qui peut servir de prototype. Je dirais même qu'avec un pourcentage plus élevé que la moyenne de travailleurs venus d'ailleurs il y a la nécessité pour une municipalité mais aussi pour tous les citoyens d'adapter les conditions de la vie à cet apport ethnique, culturel, à cette façon de vivre et de penser, lesquels doivent cependant au total former une communauté. Voilà un deuxième devoir.
- Le troisième c'est celui que j'ai esquissé pour commencer, confluent géographique. Ce n'est pas simplement la ville et la campagne, ce sont plusieurs départements. Encore est-ce une bonne chose si ces départements appartiennent à la même région, ce qui est le cas. Vous auriez pu faire mieux encore mais ce n'est pas le cas £ il faut quand même organiser les compétences des différents conseils généraux, que tout cela s'harmonise au sein de l'Assemblée régionale et que chacun cherche à concourir au développement plutôt qu'à organiser des concurrences inutiles.\
Tout cela c'est encore au maire et au conseil municipal de veiller au grain, c'est-à-dire de veiller à l'équilibre de leur commune. Equilibre entre la tradition rurale et le devenir industriel bien qu'il y ait aussi un devenir rural, équilibre entre l'origine ou les origines de la population, équilibre géographique avec l'attraction d'une très grande cité et cependant des espaces très vastes vers l'Est et vers le Nord qui touche à de vieux pays qui ne sont encore non pas indemnes mais qui ont su encore rester tels qu'ils étaient face à la montée industrielle. Et tout cela dans une petite commune qui s'appelle Châvanoz. On voit par projection que les problèmes posés aux gouvernements, aux responsables de la société internationale et à la société de cette fin de siècle se trouve répercutés à l'échelon d'une commune non pas petite, 4000 habitants, je me permets de vous dire monsieur le maire, c'est beaucoup plus que Chateau-Chinon. Je regarde, j'ai de la considération pour l'importance de Chavanoz, mais enfin pour avoir été longtemps parlementaire dans une région rurale, je sais ce qu'est la multitude des communes de 150 à 600 habitants. Vous avez donc atteint un stade supérieur. C'est déjà une commune dont l'organisation doit tenir compte de tous les courants du monde moderne.\
C'est intéressant pour moi, vous le comprendrez très bien, que de venir vous voir. J'avais décidé de venir à Pont-de-Chéruy pour l'inauguration de ce lycée polyvalent "la Pléiade". J'en ai profité d'abord pour aller faire un tour à Vienne parce qu'après tout c'est quand même normal qu'on ait des amis `Louis Mermaz`. Quand ce sont des amis on est bien reçu et on déjeune bien, ce n'est pas désagréable et puis, quand même, cela change un peu les idées même si on a un peu tendance, je l'ai remarqué d'une façon générale, à me ramener à la politique.
- Et puis après, eh bien c'est Chavanoz £ c'est-à-dire qu'avant de reprendre mon avion à Satolas, j'aurais pu avoir une perception naturellement trop rapide, naturellement très imparfaite - que saurai-je de plus ? - mais tout de même, je crois que l'intuition, la perception des choses précède la connaissance, en tout cas la permet. Je connaîtrai un peu mieux l'Isère et donc un peu mieux la France. Et je n'en aurai pas fini jusqu'à mon dernier jour, comme vous tous mesdames et messieurs, la France, pays que l'on dit moyen, de moyenne importance, bien que ce soit l'une des quatre plus grandes puissances industrielles et économiques, bien que ce soit l'une des trois plus grandes puissances militaires, bien que ce soit l'une des plus anciennes nations d'Europe avec l'Espagne et l'Angleterre, bien que ce soit l'un des peuples les plus anciennement structurés, non pas le plus ancien mais l'un des plus anciennement structurés, en tout cas l'un de ceux qui se sont dotés parmi les plus tôt des structures d'état, d'une nation, d'un état, et la France on n'arrive pas au bout, on est toujours et tous les jours surpris. Comme je le disais à Pont-de-Chéruy, on apprend toujours quelque chose. Et moi, j'ai toujours vécu dans mon pays, dans la province, dans une autre province, différente de celle-ci mais la province, qui approchait Paris par nécessité et par profession. Cette diversité m'émerveille. Et je n'aurai jamais de cesse d'assouvir ma curiosité, mon envie de savoir, mon envie de connaître la France, l'envie de vous connaître, mesdames et messieurs. Et je connais assez bien la géographie politique du pays, vous savez, je ne m'y trompe pas. Donc, quand je vous dis ça, je sais très bien de quoi je parle. Et je trouve cela très agréable. Je sais bien que les luttes, ce n'est pas toujours commode, c'est quelquefois ardu, cela donne quelquefois du travail et de la peine. Mais il y a aussi beaucoup d'autres moments, heureusement, où la convivialité, le goût d'être ensemble, l'amitié entre les Français prend le dessus. Et mon rôle est d'essayer de faire que cette fraternité prenne le dessus. Sur quoi ? Sur le reste. Le reste que nous connaissons bien.
- Voilà pourquoi votre accueil, monsieur le maire, mesdames et messieurs les conseillers municipaux, ainsi que la population, votre accueil me va droit au coeur. Et si, comme vous l'avez dit, cette visite d'un Président de la République, dans une commune comme Chavanoz, marque son histoire, ce qui est normal, la fonction de chef de l'Etat est une haute fonction, il est normal que la France s'y reconnaisse, j'en suis heureux, moi aussi, j'aurai tiré avantage de cette rencontre. Merci.\

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