Publié le 15 avril 1987

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de la réception offerte aux parlementaires des DOM-TOM, Paris, Palais de l'Élysée, mercredi 15 avril 1987.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de la réception offerte aux parlementaires des DOM-TOM, Paris, Palais de l'Élysée, mercredi 15 avril 1987.

15 avril 1987 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames et messieurs,
- Vous avez bien voulu répondre à mon invitation, ce soir, à l'Elysée. Peut-être certains d'entre vous se sont-ils interrogés sur la raison de cette réunion assez exceptionnelle. En vérité, le projet est venu d'un certain nombre d'entre vous qui m'en ont saisi au bénéfice de quelques réflexions de bon sens. C'est généralement le 14 juillet, ou dans les jours qui précèdent immédiatement, que sont créées les occasions de se rencontrer. Mais le 14 juillet beaucoup d'entre vous sont déjà hors session parlementaire, rentrés chez eux. Chez eux, c'est-à-dire généralement assez loin et il serait excessif de leur demander de revenir pour une réception de ce type. J'ai donc pensé après en avoir parlé entre nous qu'il suffisait de créer l'occasion. Pour moi, il est important et utile de faire connaissance de beaucoup d'élus d'outre-mer que je ne connais pas, - dont je connais les noms, certes, mais que je n'ai pas l'occasion de rencontrer, avec lesquels je n'ai pas l'occasion de parler. Lorsque certains d'entre eux viennent me voir c'est parce qu'il s'agit de problèmes tout à fait particuliers ou spécifiques. Encore, généralement, ces problèmes relèvent-ils de la compétence du gouvernement. Un jour comme aujourd'hui, même pour très peu de temps, il est important que vous puissiez vous trouver chez vous, à l'Elysée qui est la maison des Français, que vous puissiez retrouver le Président de la République en présence de diverses personnalités représentant les autorités publiques. Je pense que c'est une chance pour moi, j'espère que pour vous ce sera agréable.\
Dans ma vie politique, j'ai eu à diverses reprises la responsabilité des domaines qui vous incombent, qui vous incombent aujourd'hui dans de tout autres conditions grâce à un certain nombre de dispositions législatives et notamment grâce à la décentralisation. Toutes choses étant égales, d'ailleurs je ne ferai pas de comparaison trop stricte, mais enfin vous êtes les élus de ces terres souvent lointaines où la France vit, où toute une histoire s'est édifiée. Quels que soient vos choix politiques, vos orientations dont vous êtes libres, toutes les aspirations sont légitimes dès lors qu'elles s'expriment par la voix de la démocratie. Rien n'est interdit dès lors que l'ordre public raisonnable est préservé et que les passions ne dominent pas l'intérêt collectif.
- Je crois connaître vos difficultés, moins bien que vous. Elles sont de tous ordres, politiques, je viens de le dire, c'est évident, mais ce n'est pas toujours le fait dominant, économiques sans aucun doute non plus. Vous êtes affrontés pour des raisons multiples qui ressortent de l'histoire et de la géographie, quelquefois du manque de ressources sur place, à des problèmes que vous empoignez très courageusement et le plus souvent avec beaucoup d'intelligence. Cependant trop de retards s'accumulent, les difficultés demeurent. Et j'observe que des mécontentements à l'horizon apparaissent quand une meilleure appréciation dès le point de départ aurait permis de les résoudre. C'est la tâche de régler les problèmes en cours mais aussi, si j'ose dire, de précéder, de comprendre, de percevoir avec l'intuition de la connaissance et l'expérience, le déroulement prévisible des évolutions de la pensée et des intérêts par dessus les contradictions.
- Mesdames et messieurs, je ne veux pas du tout vous faire rester ici debout dans une situation incommode pendant de trop longues minutes. Je me permets de vous recommander simplement de bien vouloir traiter les questions qui sont de votre ressort avec le souci d'une bonne entente, autant qu'il est possible. Aucun d'entre nous n'ignore combien c'est parfois difficile ayant en tête l'intérêt national sans oublier jamais l'intérêt propre du territoire ou du département dont vous êtes les représentants et qui représente pour vous un devoir éminent, qui vous autorise à vous retourner du côté de Paris pour dire : "eh bien voilà nous attendons, nous avons besoin de vous, nous n'obtenons pas toujours ...- J'entends dire cela depuis 40 ans - les réponses que nous désirons.
- Vous pouvez compter sur notre énergie, notre imagination, nous sommes prêts pour remplir notre tâche. Nous avons besoin au point de départ de la nouvelle période qui commence de la sollicitude de l'Etat et de la nation tout entière et le même discours peut être renversé. C'est la nation tout entière qui se tourne vers vous et qui dit : "j'ai besoin de vous". Il faut que vous sachiez surmonter vos naturelles divisions, il faut que vous compreniez les difficultés de la distance, il faut que vous vous reportiez vers une histoire commune et des sentiments qui nous lient. Puis nous avons besoin de vous parce que tous ensemble dans le monde, nous avons à faire face à de grands périls.\
Nous n'aurons pas beaucoup de temps pour avoir des conversations particulières mais enfin le peu qui nous sera donné, surtout en raison d'une visite très attendue, très sympathique, celle du Roi d'Arabie que j'ai accueilli cet après-midi et qui viendra me rejoindre dans quelques quarts d'heure, mais je veux que vous soyez à l'aise dans ces lieux.
- Toute l'histoire de la République s'est déroulée ici, exactement toute l'histoire de la République. Certains d'entre vous qui sont férus d'histoire et qui apportent à ces rencontres, dans ces murs un certain sentiment, valeur émotive, affective, qui sentent l'importance de tout ce qui nous attache les uns aux autres, auront été heureux de connaître un peu mieux le Palais de l'Elysée et si possible le Président de la République et je suis là pour cela.
- Soyez les bienvenus, mesdames et messieurs. Dans une salle voisine, je crois que quelques tables sont dressées qui vous permettront d'être un peu mieux installés que vous ne l'êtes pour l'instant. Là vous êtes dans le salon où se tient chaque mercredi ou presque le Conseil des ministres, on appelle cela le Salon Murat. Les grands tableaux que vous voyez le long des murs ont été en effet apposés par celui qui devait devenir le Roi de Naples, compagnon de Napoléon Bonaparte, et qui se souvenait avec nostalgie du temps où il était grand duc de Berg, qui a rapporté ces images d'Allemagne. Voyez à quel point beaucoup de chemins sont passés par ici mais c'est lui qui a passé ce Palais à Napoléon 1er. Je vous dis cela vite pour que vous sachiez exactement où vous vous trouvez mais vous pourriez en ajouter beaucoup car chacun de vos départements ou de vos territoires a apporté sa contribution à l'histoire de la République et on en retrouverait la trace ici ou là.
- Je le répète, soyez les bienvenus mesdames et messieurs et maintenant parlons entre nous d'une façon détendue comme je le souhaite. Merci.\

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