Publié le 14 mars 1987

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de l'inauguration de la 43ème foire-exposition Nivernais - Morvan à Nevers, samedi 14 mars 1987.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de l'inauguration de la 43ème foire-exposition Nivernais - Morvan à Nevers, samedi 14 mars 1987.

14 mars 1987 - Seul le prononcé fait foi

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Le récit que vient de faire le président Pernot, la naissance, le développement, la réussite de la foire-exposition, c'était aussi un peu le récit de ma propre vie associée pendant trente-cinq ans à la population nivernaise. Il retraçait les étapes de la foire-exposition que j'ai eue à connaître, comme il l'a rappelé, d'assez près, et je retraçais moi-même, par mon esprit, en même temps, les étapes de mon existence si mêlée à la vôtre.
- Parlons des choses : le spectacle que je viens d'avoir à l'instant, signe, à lui seul, la marque des hommes. Le comité, nous pourrions ici, je ne le ferai pas, évoquer tous les pionniers qui entouraient M. Pernot, ceux qui ont disparu. J'ai vu avec joie tout à l'heure, l'entourant, quelques-uns de ceux qui étaient du début et dont j'ai pu autour de leur président apprécier les efforts, l'imagination et la ténacité. C'est vraiment très difficile que de leur échapper. Très difficile parce qu'ils ont tellement pris à coeur leur entreprise qui est une entreprise d'intérêt public, ils y ont consacré tellement d'imagination, tellement de leur temps, tellement de leur vie, qu'ils appliquent pour en convaincre les autres dont j'étais, une constance, une présence, une dialectique, une insistance qui les honorent. Et, c'est comme cela, on a pu le constater, que je suis venu assez souvent à la foire-exposition de Nevers, à des titres même assez divers, mais je pense qu'il était vraiment important d'apporter un point d'orgue. Ces hommes ont vieilli à la tâche et pourtant ils tiennent bon. Il suffisait d'entendre et de voir le président Pernot pour s'en rendre compte. Mais en fait l'essentiel de leur tâche est fait. A d'autres, non pas dès demain matin, mais dans un délai raisonnable, d'assurer les succès futurs. Quel est l'homme responsable qui n'applique à lui-même ce raisonnement ? Je voudrais tant que la France fût l'objet d'autant de soins, d'amour et de persévérance, de la part de ceux qui en ont et qui en auront la charge à l'image de ce que je vois à Nevers autour et par l'équipe dont nous parlons.\
La vie d'un pays démocratique est naturellement faite de contradictions, de débats, d'idées et d'intérêts qui ne sont pas les mêmes, qui ne peuvent pas être les mêmes, à la limite dirais-je, qui n'ont pas à l'être. La diversité, c'est le fondement de la démocratie dès lors que ces diversités s'organisent à l'intérieur d'institutions et de règles communes... règles et institutions, ce ne serait pas suffisant, s'il n'y avait aussi du moins pour les grandes choses qui engagent le pays tout entier, une volonté commune, un -état d'esprit commun, le désir de faire passer l'intérêt du pays, l'intérêt des Français, avant toute autre chose, puisque telle est notre mission. Exactement comme on a su ici, à Nevers et dans la Nièvre, dépasser bien des oppositions légitimes mais dépasser ces oppositions pour bâtir, construire, pour que la Nièvre fût dotée d'un bel instrument comme celui que j'observe avec vous aujourd'hui.
- Pour cela, il a fallu à la fois rester soi-même, c'est une règle fondamentale, il faut toujours rester soi-même, mais aussi passer par-dessus les barrières ou les frontières, les rivalités et les querelles, savoir les dominer quand il le faut. Cette équipe soudée autour de M. Pernot, qui était-elle et qui est-elle ? La connaissance que j'ai de la Nièvre me permet à peu près de m'y reconnaître. Mais je me suis rendu compte à travers le temps que finalement tout le monde avait oublié. C'était un même groupe de constructeurs, de bâtisseurs et les liens d'amitié qui se sont créés grâce à ce travail en commun ont fait que finalement la dominante de leur action - je dirais sans doute l'axe principal de leur vie - aura été de préférer travailler en commun plutôt que de chercher la différence.
- Je m'inspire de cet exemple pour dire que de temps à autres, quand il le faut, sans abuser des grands mots, ni des grands principes, il faut que les Français sachent dominer leurs passions et s'associer sans oublier ce que chacun, individu, groupe économique ou social, représente, l'histoire dont chacun vient, l'idée qui anime chacun d'entre nous, le projet, les projets, il faut pouvoir choisir, si l'on veut développer la République française, choisir entre plusieurs. Mais de temps à autres il faut, et on sent bien quand il le faut, dépasser ces frontières pour réussir les entreprises historiques auxquelles nous sommes attachés.
- Je n'ai, moi-même, homme politique, mêlé aux batailles politiques de la Nièvre, je n'ai moi-même pas la moindre idée des choix particuliers de celles et de ceux qui ont été à l'origine du redressement économique de la Nièvre aux prises avec d'immenses difficultés pour des raisons de caractère général qui dépassent cette ville et ce département, qui dépassent la France et qui touchent après la grande expansion qui a suivi la deuxième guerre mondiale, la crise, mais sur d'autres rivages de l'Océan atlantique, et qui s'est emparée de nous. On commence à espérer désormais pouvoir en sortir, mais à quel -prix !
- Je ne me suis jamais occupé comme M. Pernot, avec M. Pernot, avec ses amis membres du comité, je ne me suis jamais occupé de savoir ce que l'un et l'autre pensaient dans les autres domaines de leur activité civique, ni comment ils votaient. Attention qu'on ne me fasse pas dire ce que je ne veux pas dire, c'est très important que chaque citoyen sache ce qu'il fait quand il vote. Comment vote-t-il ? Je ne suis pas indifférent, j'ai même mes préférences, mais il n'empêche que lorsqu'on est attelé à la même tâche, il faut savoir dominer, maîtriser, ne pas obéir uniquement aux passions instinctives ou aux volontés de puissance, il faut associer et il faut partager en même temps qu'il faut maîtriser, je ne connais pas de meilleures règles pour conduire un pays, l'ensemble des collectivités qui font partie de la natio et sans doute en est-il de même pour toute -entreprise humaine.\
Je tiens à vous féliciter, M. Pernot, et à vous remercier. Vos invitations m'ont toujours fait plaisir. Nous nous sommes connus à Lourache. Nul n'ignore que les origines de pensée ne sont pas identiques. Tout le monde sait que l'action a toujours été commune et harmonieuse. Je tiens à féliciter celles et ceux que j'ai rencontrés au travers des allées des stands, les organisateurs, les exposants. Ils ont fait la preuve que les Nivernais et leurs amis, les visiteurs, dont on vient de dire qu'ils sont nombreux ici, étaient capables de promouvoir l'économie et les échanges, de magnifier la production, la qualité du bon ouvrage.
- Nous allons maintenant vivre cette journée en d'autres lieux, d'autres façons. Laissez-moi vous dire, mesdames et messieurs, monsieur le président, qu'il m'a été très agréable de vivre avec vous une large part de cette belle matinée dans la Nièvre où j'évoque toujours des souvenirs, mais à laquelle je pense surtout en termes d'avenir, cet avenir à vous, à nous de le faire, mesdames et messieurs. Bon courage et bonne chance !\

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