Publié le 16 juillet 1986

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de son déplacement à Bouzeron en Saône et Loire, mercredi 16 juillet 1986.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de son déplacement à Bouzeron en Saône et Loire, mercredi 16 juillet 1986.

16 juillet 1986 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le maire et cher ami,
- Mesdames et messieurs,
- Cette cérémonie a pour moi un caractère particulier : je connais M. Léchenault depuis plusieurs décennies et dès le premier jour ou presque, nous étions amis. D'abord par des affinités politiques, pris dans un sens très large, et personnelles, le métier, la responsabilité locale, les qualités personnelles. Et à travers le temps, nous n'avons pas cessé de garder entre nous cette relation privilégiée. J'ai toujours su ce qu'il devenait même quand nous étions séparés par la distance ou les occupations, et j'ai toujours su que France Léchenault continuait sa route porté par ses concitoyens aux responsabilités plus modestes, puis les plus hautes pour des raisons que je me permettrai de rapidement expliquer.
- France Léchenault est d'abord un homme de fidélité, ce qu'il vient de dire vous l'a montré. Vous avez bien senti et compris qu'il était lui-même l'héritier, c'est l'expression qu'il a employée, et continuateur d'une longue lignée ayant des racines ici-même, lignée restée elle-même très attachée aux idéaux républicains, aux comportements d'un républicain, ce qui veut dire, pour moi en tout cas, l'amour du peuple et de ses lois, le respect des autres, la fermeté des convictions, le service de la patrie. France Léchenault est un bon citoyen. Il est d'abord un bon citoyen. Lorsque l'on se reporte au récit très rapide de sa vie élective, on aperçoit qu'élu pour la première fois en 1935, puis conseiller général en 1945, donc depuis plus de 40 ans, puis sénateur, il est toujours resté le même, entouré du même groupe d'amis, dans la vieille et grande tradition radicale, et que, aujourd'hui encore, c'est cette République-là qu'il aime, et qu'il sert.
- Cela ne l'a pas empêché mais j'en parlerai dans un moment, de préserver des amitiés et des sympathies tout à fait à l'autre bord de ses choix politiques. Ce n'est pas un homme de sectarisme, vous l'avez bien senti, vous l'avez bien vu, c'est un homme qui cherche à rapprocher les points de vue. Mais lui, pour ce qui le concerne, lorsqu'il s'agit de choisir, il choisit, il s'engage, il est ce qu'il est, fidélité d'abord.\
`Suite à propos de France Léchenault`
- Je voudrais souligner maintenant l'estime dans laquelle ceux qui le connaissent le tiennent.
- La population d'abord de Bouzeron qui l'élit, et depuis si longtemps, de Bouzeron et du canton, les électeurs de Saône et Loire. Sans oublier, ce qui est fort important, le noyau familial, dont il a dit un mot pudique et rapide tout à l'heure mais au-delà, la fidélité a ses amitiés, ses sympathies, ce long compagnonnage de la vie qui fait que tout homme politique responsable est conduit à s'occuper des intérêts et des affaires de la population qui l'a choisi. Ce qui conduit naturellement à rencontrer d'autres élus animés par d'autres pensées politiques, le cas échéant contraires, mais sachant franchir les barrières pour se reconnaître comme fils d'un même pays, d'un même petit pays - il s'agit là pour l'instant de l'endroit où nous sommes, d'une région plus vaste, je pense à la Bourgogne, au travers du département de Saône et Loire - et aujourd'hui parlementaire. Et je peux dire sans risque de me tromper qu'il jouit de la confiance et de la sympathie d'un très grand nombre de membres du Parlement.
- Nous évoquions tout à l'heure à table les souvenirs : comment célébrer 50 ans de mandat électif sans passer par les souvenirs ? Bien naturellement on fait plus d'évocations du passé que de projets d'avenir, vous et moi, moi et vous et puis quelques autres ici, qui nous ont accompagnés depuis la fin de la dernière guerre mondiale, dans la gestion, l'administration et la responsabilité de nos départements. Moi-même, j'étais votre voisin, c'est comme cela que nous nous sommes rencontrés, votre voisin par la géographie, votre voisin par la politique mais plus que cela,, par l'amitié, une sorte de fraternité qui n'a pas connu de heurt, ni de difficulté, mais qui a dû traverser les hésitations évidentes d'une vie politique mouvementée, un changement de régime, des changements de majorité. Et, finalement, sans que nous partagions toujours les mêmes choix de base, nous étions toujours du même côté dès lors qu'il s'agissait de ce dont nous avons parlé, c'est-à-dire de la République, du service du peuple, de l'amour du pays.
- J'aperçois ici, autour de nous, sur cette place de village, j'aperçois beaucoup de personnalités dont je reconnais les visages et qui sont très représentatifs de cet arc-en-ciel politique qui se trouve aujourd'hui sans le moindre embarras, je dirai même avec joie j'en suis sûr, autour de France Léchenault pour commémorer ces 50 ans d'histoire, son histoire, la nôtre, ce que nous avons vécu tout ce temps-là, un avant-guerre, une guerre mondiale, un après-guerre, la reconstruction du pays, l'entrée de la France dans le monde moderne, les compétitions et les concurrences qu'il faut gagner. A l'heure-même où je parle, la France est un grand pays qui a toutes ses chances. Ces chances ont été lentement préparées par plusieurs générations, par des équipes différentes, au moins faut-il préserver cette marche en avant et quand on se réunit autour de France Léchenault, je viens de le dire, pour célébrer les fastes du passé, et j'ai ajouté sans trop faire de projets d'avenir, ainsi va la vie, il n'en reste pas moins que nous espérons bien autour de France Léchenault, et avec lui, perpétuer jusqu'aux générations nouvelles ce en quoi nous croyons.\
Venir à Bouzeron, pour moi et je suppose pour beaucoup d'autres, c'est un beau voyage, certains sont venus d'à côté, tout à côté, du hameau voisin, de la commune voisine, du canton voisin, du même département, de Bourgogne, de Côte d'or, de la Nièvre, peut-être d'autres encore que je n'aperçois pas. C'est un beau voyage dans la géographie française, c'est la Bourgogne et quelle Bourgogne. Laquelle ou lequel d'entre vous n'a pas été pris au coeur par la beauté de ce paysage, par la netteté et la qualité de ces vignes ? L'imagination se porte tout aussitôt au-delà des coteaux, qui sembleraient border l'horizon mais qui ne le ferment pas. Derrière ce coteau, il y a d'autres vallons, et derrière ces valons il y a d'autres coteaux. Et l'on trouve d'autres vins, d'autres crus, avant de remonter vers cette région que j'ai moi-même si longtemps représentée, plus rude, plus difficile, aussi belle à sa façon, le Morvan. Mais c'est la Bourgogne : je ne serai pas le premier à la chanter mais je dois dire que dans les fonctions que j'occupe aujourd'hui, si j'avais des regrets à exprimer, parmi eux je placerais celui de ne pouvoir être aussi souvent que naguère auprès des Bourguignons et des Nivernais qui étaient ceux de ma vie quotidienne. Alors vous pensez bien que lorsqu'on m'invite, ce qui arrive quand même, je saute sur l'occasion ! Venir d'un seul coup voir France Léchenault, dire tout le bien et l'estime que je lui porte, ou ce que je pense de lui, à Bouzeron, chez lui, dans ce village typique où l'on retrouve toutes les marques de la vie ancestrale en même temps que l'éveil vers le champ de la vie moderne, venir en Saône et Loire, département auquel me rattachent tant d'événements de ma vie personnelle, et me trouver en Bourgogne, alors passant du matin à l'aprés-midi, avant de revenir à Paris, j'ai vraiment le sentiment d'une merveilleuse chance. J'en use très souvent cher ami : venir moi-même retrouver le sol et tenter de m'inspirer de ses vertus, ce peuple qui en est né, et dont je suis avec quelle fierté et dont j'occupe aujourd'hui la charge avec quelle autre fierté, ce sol, ce pays, le nôtre mesdames et messieurs, comme il est aisé de le rassembler lorsque dépassant les tourments et les passions par un bel après-midi, on entoure un homme digne, simple, compétent, connaissant admirablement ce qu'il a à faire, un homme de conscience et de bien, qui n'a pratiquement rien demandé à personne. On est là autour de lui, je le sens presque intimidé, il n'aime pas tellement la place publique, bien qu'homme public lui-même mais on est venu là tous. Qui que vous soyez, mesdames et messieurs, j'espère pouvoir exprimer votre pensée lorsqu'il s'agit de dire à France Léchenault : vous avez bien travaillé, votre vie est justifiée, le temps que vous vivrez, il vous suffira de persévérer dans ce que vous avez entrepris. Bouzeron et la région de ce département et la Bourgogne savent qu'ils ont élu un juste, un homme de travail, et de vérité, d'honnêteté. Vous devez bien avoir quelques défauts, je ne les connais pas particulièrement, ce n'est pas un jour comme ça qu'on ira les dire, il faudrait que j'enquête, n'est-ce pas, il doit bien y en avoir, mais ce n'est pas aujourd'hui qu'on les soulignera. Sachez en tout cas que les vertus de votre famille à travers le temps, et que vos qualités personnelles vous valent la gratitude, l'affection et l'estime de ceux qui vous entourent, permettez-moi d'ajouter la mienne et c'est bien pour cela que je suis à vos côtés en cet instant.
- Je pense que pour France Léchenault il est très important d'observer un certain rite. C'est pourquoi j'aurai le sentiment autour de cet homme, riche de ses vertus dont je parle, de dire comme cela, sans élever la voix, entre nous : vive la République, vive la France.\

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