Publié le 9 juillet 1986

Déclaration de M. François Mitterrand, Président de la République, à la télévision soviétique, notamment sur la recherche scientifique en France et les relations franco-soviétiques, Moscou, mercredi 9 juillet 1986.

9 juillet 1986 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Mitterrand, Président de la République, à la télévision soviétique, notamment sur la recherche scientifique en France et les relations franco-soviétiques, Moscou, mercredi 9 juillet 1986.

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Chers amis soviétiques,
- C'est la seconde fois que l'occasion m'est donnée de m'adresser à vous directement par la télévision. J'apprécie d'autant plus cette opportunité, cette chance, que je vous parle à la veille du 14 juillet, qui est, comme vous le savez sans doute, la fête nationale de la France, fête de la liberté, mais aussi un peu la fête pour tous les peuples de l'Europe et du monde.
- Depuis mon voyage dans votre pays, il y a deux ans, bien des choses ont changé en France, en Union soviétique, dans le monde. Et pourtant, à mon sens, l'essentiel demeure. Je veux justement vous parler de ce qui, pour nous Français, nous paraît essentiel. Oui, pour la France l'essentiel est d'abord d'être un pays moderne : une nation vraiment engagée dans la voie du progrès, dans tous les domaines, de la recherche, de la science, de la technique, ce qui entraîne beaucoup de conséquences. Conséquences qui peuvent être heureuses.
- La France, pour ne donner que cet exemple, est la troisième puissance spatiale au monde. Elle coopère dans ce domaine avec votre pays. Ses chercheurs et ses techniciens sont parmi les plus avancés dans des domaines aussi variés que l'informatique, la médecine, les énergies nouvelles, le nucléaire.
- Nous ne poursuivons pas le progrès comme une fin en soi. Il faut que cela ait une signification humaine. C'est pourquoi nous voulons que ce progrès serve au bien-être de la population et qu'il permette à chaque Français d'avoir une chance égale à celle des autres dans l'existence. Pour la France, l'essentiel c'est encore d'être un pays ouvert à tout ce qui se passe sur la terre. Ouvert aux idées nouvelles, ouvert aux valeurs des autres, les vôtres, les nôtres, celles qui sont marquées par une grande civilisation. La France est un pays où toutes les convictions philosophiques, politiques, religieuses, peuvent se développer et s'exprimer librement. C'est la -nature même de notre système politique. Bien entendu il reste aussi bien des choses à faire, tout n'est pas parfait et nous devons constamment veiller à maintenir la route qui nous a été déjà tracée.
- J'ajoute que cette ouverture se fonde aussi sur un échange permanent avec le monde extérieur. Et, c'est une grande et ancienne tradition dont nous sommes fiers.\
Enfin, c'est le troisième et dernier point. L'essentiel pour la France, c'est d'être indépendant. Et on comprendra ce mot en Union soviétique. Fidèle à ses alliances, loyale dans ses engagements, la France est seule maîtresse de ses décisions. Elle développe naturellement un effort important pour ses forces armées. Elle souhaite en même temps que les forces des uns et des autres, et spécialement entre l'Est et l'Ouest, soient réduites au plus bas niveau possible, et la France met tout en oeuvre pour y parvenir.
- C'est d'ailleurs l'objet d'une conversation fort utile, je le crois, que je viens d'avoir avec M. le secrétaire général, Mikhail Gorbatchev.
- Et je précise que la France fonde ses relations avec l'Union des Républiques socialistes et soviétiques sur la base de l'amitié et de l'intérêt mutuel.\
Nous savons ce que nous avons à gagner dans cette amitié, car votre peuple et votre pays ont réussi de grandes choses, dans le domaine de la recherche, dans les domaines de pointe. C'est un pays de vieille culture, et nous savons de quoi nous parlons puisque nous sommes aussi de ceux qui comptent sur la surface du globe. Un pays de vieilles traditions, de traditions paysanes millénaires avec tout ce que cela implique. En même temps que c'est le pays de Pierre Legrand, créateur de villes entières.
- Et puis, si nous sommes séparés par des philosophies politiques, par des conceptions différentes, dans de très nombreux domaines, si nous n'appartenons pas aux mêmes alliances, ce qui est évident, il n'empêche que nous sommes unis par une histoire commune. Par le souvenir des épreuves terribles, vécues ensemble lors de la deuxième guerre mondiale. Et nous avons le sentiment commun d'une très grande responsabilité pour la défense de la paix. Et, nous ne pouvons pas oublier, nous Français, ce que nous devons au peuple soviétique et à ses soldats si héroïques devant l'ennemi au cours de la dernière guerre.
- Enfin, nous disposons d'un réseau d'affinités, d'influences réciproques, d'échanges, toujours entre nos deux cultures qui font que nous nous connaissons bien et qu'il faut continuer. Mon désir le plus sincère est que ces échanges entre les Soviétiques et les Français s'accroissent de plus en plus. C'est une garantie supplémentaire et réelle de la paix. Chers amis soviétiques, en vous saluant au nom de la France, je tiens à vous remercier, et à travers vous, vos dirigeants, pour l'accueil très chaleureux que vous venez de réserver en ma personne à l'ensemble du peuple de France. Soyez-en remerciés. Bonsoir.\

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