15 septembre 1985 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'issue de son voyage en Guyane et à Mururoa, sur le maintien de la puissance française dans le Pacifique Sud, Paris, Palais de l'Élysée, dimanche 15 septembre 1985.

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Mesdames et messieurs,
- A Kourou, en Guyane, j'ai assisté au lancement par "Ariane" de deux satellites. On sait que ce quinzième tir, comme avant lui le deuxième et le cinquième, a échoué. J'en ai éprouvé, et beaucoup de Français avec moi, une vive déception, mais nous ne devons pas oublier les réussites qui dans cette discipline placent avec "Ariane" la France et l'Europe au premier rang du monde.
- J'ai admiré l'exceptionnelle qualité de nos équipes d'ingénieurs et de techniciens. Je les ai remerciés au nom de la France, pour les services rendus au pays. J'étais venu m'associer à leur joie, ma place était encore, plus encore, parmi eux alors qu'ils étaient dans la peine. Je leur exprime ici ma gratitude et ma confiance. Quant au programme des tirs suivants, il s'exécutera comme prévu, retardé sans doute d'un mois.\
A Mururoa, en Polynésie, j'ai visité le centre d'essais nucléaires - explosion souterraine £ - j'ai constaté là aussi la qualité du travail accompli. Ces essais n'ont eu aucun raté, l'environnement est protégé, 3000 personnes - Polynésiens et Européens - vivent sur le site, elles consacrent à leur tâche une foi, un dévouement, une compétence rares. Aucune d'entre elles depuis le début n'a souffert et ne souffre dans sa santé d'effets radioactifs. Tous ont conscience de prendre une part déterminante à la défense de la France.
- J'ai réuni le Comité de coordination du Pacifique Sud composé des hauts commissaires, des commandements militaires et de nos ambassadeurs dans la région. J'ai rappelé mes instructions : d'une part, la France, puissance présente au Pacifique, entend y décider souverainement de ce qui touche à ses intérêts nationaux. D'autre part, en application de cette règle, elle poursuivra autant qu'elle le jugera nécessaire, comme le font de leur côté les quatre autres puissances nucléaires : Etats-Unis, Union Soviétique, Chine et Grande-Bretagne, les expérimentations utiles à sa défense.\
J'ai proposé un plan qui permettra aux savants et aux experts français dans le Pacifique Sud, civils et militaires, de travailler pour des programmes scientitiques civils en coopération avec les pays de la région. Le Gouvernement reprendra ses propositions et les mettra en oeuvre dans un délai d'un mois. De même, j'ai dit au comité de coordination qu'il convenait de maintenir et d'accroître la présence de la langue et de la culture française dans le Pacifique Sud. J'attends du gouvernement qu'il étudie, avec les représentants des populations des territoires français dans le Pacifique, la création d'un centre d'études supérieures francophone. Cela est désiré, cela est attendu, cela est nécessaire.
- J'invite les chefs d'Etat et de gouvernement du forum du Pacifique Sud à se rendre sur le site de Mururoa £ je renouvelle l'invitation déjà faite à leurs savants et à leurs techniciens, invitation qu'ont acceptée l'Australie et la Nouvelle-Zélande, et qui a donné lieu à un rapport qui concluait à l'inocuité, à l'absence de tout danger. Je demande à cette occasion à l'Australie, qui a naguère accepté que les explosions nucléaires atmosphèriques de la Grande-Bretagne aient lieu sur son territoire, d'autoriser les savants et les experts français à étudier sur place les effets des mesures prises depuis lors par les autorités australiennes pour effacer toute trace de radioactivité.
- Mesdames et messieurs, la France n'a pas d'ennemi dans le Pacifique Sud, elle entend seulement faire respecter ses droits. Qui, en France et dans le monde, pourrait s'en étonner ! Merci.\

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