Publié le 14 mai 1984

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors du dîner offert au Palais royal par Sa Majesté le Roi de Norvège, Oslo, lundi 14 mai 1984.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors du dîner offert au Palais royal par Sa Majesté le Roi de Norvège, Oslo, lundi 14 mai 1984.

14 mai 1984 - Seul le prononcé fait foi

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Sire, Vos Altesses royales,
- Mesdames et messieurs les ministres,
- Mesdames et messieurs,
- Depuis longtemps nos peuples se connaissaient, mais l'histoire n'avait pas permis, avant le début de ce siècle que nos relations se développent vraiment. Certes, nous gardons la trace d'échanges dans l'Europe médiévale, et vous l'avez rappelé à l'instant, vos constituants d'Edeswill se sont inspirés des constituants français et des pères fondateurs américains. Puis la France a participé, selon ses moyens, dès l'origine et dans l'amitié, à l'essor industriel de la Norvège.
- Il fallut attendre pour sceller nos relations, la première visite officielle que fît en 1907 en France, heureuse de l'y accueillir, le souverain d'une Norvège toute jeune et pourtant séculaire : votre père, Sire, le roi Haakon VII, accompagné de la reine Maud. Vous venez de le dire mais nous n'avons pas eu l'occasion depuis cette époque de le répéter, alors nous n'avons pas à craindre de le faire ce soir, le Président Armand Fallières rendît cette visite dès l'année suivante, et la Norvège et la France voulurent créer entre elles des liens étroits.
- Sire, vous avez été témoin de ces premiers gestes l'un vers l'autre de la Norvège et de la France et je dois dire que pour ces deux pays, ils l'ont démontré, les idéaux d'indépendance et de liberté sont leurs sources essentielles d'inspiration.\
Suivirent les années douloureuses, celles de la première guerre mondiale, puis la grande dépression économique et sociale qui a poussé chacun au repli sur soi provoquant sans le savoir le nouveau conflit fondé sur la misère, le chômage, l'incertitude, l'absence d'espoir.
- Alors, ce fût la tourmente de la deuxième guerre mondiale qui, n'épargnant personne, balayât notre continent et nous laissât, vous comme nous, vainqueurs mais meurtris et plus conscients qu'auparavant de notre solidarité.
- C'est ce que nous avons éprouvé lorsque nous étions cet après-midi au musée de la défense : le sentiment d'un pays fier, intransigeant lorsqu'il s'agit de la défense de sa terre, de la défense de son peuple.
- Vous avez connu, Sire, ce deuxième conflit mondial assistant le Roi, votre père, en fils et en soldat. J'étais moi-même quelques mois à Londres durant ces années où nous représentions, chacun à sa façon, et au rang que le destin lui avait choisi, la résistance et la -défense de la liberté.
- Ce fût, en effet, un même chemin que parcoururent la Norvège et la France, chemin qui mena au début du conflit des Français à Narvik, et au jour de la victoire des Norvégiens en Normandie, là où déjà la mer avait conduit les gens du Nord près de dix siècles auparavant ... mais les choses s'étaient arrangées.
- En juin 1944, ces soldats de Norvège avec des milliers de soldats alliés, prenaient à nouveau pied sur ce sol pour participer à la libération d'une partie de l'Europe, et particulièrement de la France. C'était, il y a juste quarante ans, chacun le sait, et c'est pourquoi dans quelques jours, le 6 juin, pour cet anniversaire, j'aurai l'honneur, au nom de la France, d'y accueillir Votre Majesté et avec elle de saluer les vétérans norvégiens du débarquement de juin 44.
- De ce tissu que constitue nos relations, les mailles ne sont peut-être pas assez serrées, mais leur fil est solide. Dans ce monde difficile, nous sommes convaincus, comme vous l'êtes, que la sécurité et la paix impliquent la solidarité entre alliés, un effort de chacun pour sa propre défense, en même temps qu'une disponibilité au dialogue entre toutes les puissances.\
Tant de questions se posent à nous ! Impossible de les énumérer ce soir bien que nous en parlions au cours de nos entretiens. Je pense en particulier aux inégalités entre les peuples du nord de la planète et les peuples du sud, la France faisant partie du nord avec la Norvège. Cette inégalité continue de s'approfondir. Bien des conflits en découlent. Et nous savons que vous êtes l'une des rares nations, trop rares qui n'accepte pas cet -état de chose, nous pas davantage, et que vous faîtes un effort proportionnellement parmi les plus importants pour l'aide au développement, que vous vous préoccupez du sort des déshérités. C'est encore un domaine qui nous rapproche.
- En dépit de ces exigences, on aurait pu penser que la dissemblance de nos situations géographiques, de nos traditions, de nos tempéraments, de nos langages, maintiendrait entre nous des distances infranchissables. Mais nous avons compris que la terre était toute petite et qu'elle était de plus en plus petite à mesure que l'on franchit précisément et aisément les distances. Et nous montrons que nous pouvons approfondir cette amitié comme vous l'avez fait, Majesté, vous le disiez, puisqu'après avoir rendu à la France et au général de Gaulle en 1962 une visite, et après qu'y soient venus en 1981 Leurs Altesses royales le prince Harald et la princesse Sonia, vous m'avez fait l'honneur de m'inviter à rendre visite à la Norvège où se trouvait, il y a peu, le Premier ministre français.
- Enfin, comment ne pas rappeler cette coopération qui a pris naissance il y a quelques années seulement entre nos techniciens et leurs familles, leurs enfants, leurs éducateurs, pour l'exploitation de vos richesses en mer du nord. Exemple très remarquable et dont les Français que j'ai rencontrés cet après-midi me disaient qu'ils en tiraient beaucoup de joies et de foi dans l'avenir. Pendant deux siècles, une allure un peu paresseuse, pour aller d'Oslo à Paris ou de Paris à Oslo. Pendant ce dernier siècle, une connaissance mutuelle qui s'approfondit. Et voilà qu'en l'espace de peu d'années tout cela s'accélère au point que nous ne saurions pas surpris, si au cours des années prochaines, nous resserrions nos relations. Cet après-midi, nous voyons les images qui venaient de France grâce à un procédé technique, certes, mais plus encore grâce à la compréhension de votre gouvernement et particulièrement de M. le ministre de la culture qui fait qu'aujourd'hui, au moment même où nous nous exprimons, nos opinions publiques peuvent le savoir et le comprendre.
- Sire, je forme des voeux pour vous-même, votre santé, vos fonctions, votre charge, pour les vôtres, pour Leurs Altesses royales, leurs enfants, tout ce qui représente l'avenir. Mais, au-delà de nos personnes, je lève à mon tour mon verre à la prospérité et au bonheur de votre peuple, du peuple norvégien et à l'amitié que nous célébrons aujourd'hui.\

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