Publié le 25 mars 1984

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, devant la communauté française au Palais de la Légion d'Honneur, San Francisco, dimanche 25 mars 1984.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, devant la communauté française au Palais de la Légion d'Honneur, San Francisco, dimanche 25 mars 1984.

25 mars 1984 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames,
- Messieurs,
- Mes chers compatriotes,
- C'est une joie pour moi de me trouver dans cette salle, dans cet hôtel qui rappelle tant de souvenirs historiques, à la fois propres à San Francisco, mais aussi, propres à Paris. C'est une joie de rencontrer tant de Françaises et de Français, ou d'Américains liés à des familles françaises, tous ceux qui me réservent cet accueil qui me va droit au coeur. Assurément, chaque fois qu'il m'arrive d'aller à l'étranger j'organise des réunions de cette sorte. C'est un devoir pour moi que de rencontrer des Français qui vivent loin de leur patrie. C'est une occasion nécessaire, j'espère que cela leur fait un peu de bien que d'avoir ce lien direct avec leur patrie, et pour moi, cela fait du bien de voir à quel point sont vivantes ces communautés qui représentent notre pays. Puis, il y a tout ce que représente votre vie familiale, votre vie individuelle, les problèmes qui vous sont posés par l'éloignement, l'éducation des enfants, quelquefois des situations professionnelles qui ont besoin d'être affirmées, l'inquiétude du retour. Tout cela, j'espère que nous aurons l'occasion d'en parler tout à l'heure, mais... mais pas de discours.
- Vous pourrez circuler dans les salles voisines et puis nous parlerons. Naturellement vous êtes trop nombreux pour que je puisse parler avec chacun d'entre vous. Chaque cas est intéressant, mais enfin, ceux qui ont une signification sur les points que je viens de dire et quelques autres n'hésitez pas à m'en parler. Cela m'intéresse de savoir ce que vous faites ici, pourquoi vous êtes venus à San Francisco.\
Je sais qu'il existe une grande tradition, et même qu'au siècle dernier, les Français représentaient une forte proportion de la population. Cette proportion a diminué à la fois parce que le nombre des Français s'y est tout juste maintenu et aussi parce que les autres groupes nationaux se sont accrus. Il n'empêche que vous êtes l'une des communautés françaises les plus vivantes, les plus remarquables, et les plus connues au loin.
- J'ai déjà eu l'occasion de venir à trois reprises à San Francisco et j'ai pu parler à plusieurs d'entre vous. J'ai reconnu quelques visages qui sont donc pour moi de vieilles relations, je me permets de le dire puisque la dernière fois que j'étais ici c'était il y a dix-sept ans.
- J'avais déjà pu percevoir ce que pouvait représenter pour vous cette ville, dans cet Etat, à quel point vous vous sentiez vraiment accueillis d'une façon particulière. Vous avez marqué la vie de cette ville. Vous existez. Le 14 juillet, pour nous, c'est important, mais c'est important aussi pour la ville de San Francisco. Les Français représentent vraiment ici l'une des racines de cette ville.
- J'ai donc tenu à venir vous saluer. J'y suis venu avec ma femme qui est ici, qui va également se présenter à vous et avec un certain nombre de mes collaborateurs, sans, naturellement, oublier M. l'ambassadeur de France et M. le Consul général qui, lui, est des vôtres.\
L'essentiel voyez-vous, c'est que nous puissions passer un moment de relations directes. Quelles nouvelles vous apporterai-je de France, vous les connaissez, les nouvelles vont vite. Elles vont très vite, elles me précèdent souvent. Je ne dis pas qu'il ne faille pas quelquefois les vérifier un peu, mais enfin, cela c'est une autre affaire. Ce qui m'intéresse au premier chef, c'est votre mode de vie, vos préoccupations, je dirai aussi, vos soucis, et puis, même sans aller jusque là, le seul fait de se trouver devant tant de Français que je sens chaleureux à l'égard du Président de la République française, c'est un grand réconfort. Vous le savez, la France travaille beaucoup. Il lui faut surmonter - elle n'est pas la seule - une grave crise, mais elle travaille, elle invente, elle crée. Je connais ici parmi vous - on m'a signalé des cas - des femmes et des hommes qui montrent bien ce que sont les qualités de la France, qui en font la démonstration, qui sont des gens qui savent réussir, qui ont organisé leur entreprise, qui sont venus servir l'administration, qui ont voulu prendre part à de grandes industries, qui sont commerçants, qui sont venus apporter les qualités que l'on trouve chez nous. Mais croyez-moi, cela existe ailleurs, naturellement, ce n'est pas réservé à San Francisco, c'est une chance, mais vous êtes quand même l'un des exemples les plus remarquables. Soyez-en remerciés.\
Venir chez vous par ce temps magnifique, voir cet admirable paysage, avec ce sentiment d'entrer à l'Hôtel de Salles, enfin de retrouver, à la Légion d'Honneur, un air - comment dirais-je ? - des grands siècles, en même temps que des grandes actions de la France, autour des moments les plus héroïques qui ont marqué notre histoire et que vous soyez rassemblés parce que nous sommes venus nous rencontrer, ce sera certainement l'une des étapes qui marqueront mon souvenir dans ce voyage.
- J'ai commencé par Washington, ensuite, je suis passé à Atlanta où j'étais hier, je vais rester ici ou dans la région, puis je partirai pour la campagne, dans le Middle West, j'irai visiter des fermes, voir comment les Américains arrivent à nous vendre tant de produits agro-alimentaires pour nous en acheter s i peu. Naturellement avec l'intention d'essayer de corriger un peu cette balance. Ce sera très intéressant pour moi de voir comment ce grand peuple américain est capable de produire, de s'organiser. Nous avons des leçons certainement à retenir.
- Ensuite j'irai à Pittsburgh, comme je l'aurai fait dans la Silicon Valley pour observer de quelle façon la science, la création, la recherche est capable de rejoindre l'application industrielle, c'est-à-dire, entre le moment où l'on conçoit et le moment où l'on réalise. Ici le temps est court, chez nous il est quelque fois trop long, alors c'est très important pour moi de le voir.
- Et enfin, j'achèverai ce voyage mercredi prochain à New York par les rencontres avec des économistes et des intellectuels. Brefs, j'aurai fait un certain tour des Etats-Unis d'Amérique sans pouvoir prétendre en avoir fait assez, mais qu'est-ce que vous voulez, je ne peux pas m'installer ici.
- Je reviendrai donc en France avant vous, j'y apporterai quoi ? Votre salut j'espère, comme cela je pourrai dire à la France : "je les ai vus, ils sont à 10000 kilomètres de chez vous et ils n'ont pas oublié notre pays £ ils l'aiment et ils servent". C'est déjà très bien que de pouvoir transmettre ce message.
- Voilà j'en ai fini, j'ajouterai simplement un mot de remerciement. On a pris rendez-vous, vous y êtes venus nombreux, et nous allons terminer cette première partie de notre rencontre par quelques accents de la Marseillaise que vous voudrez bien entendre, après quoi nous parlerons d'une façon moins officielle et j'espère pouvoir passer quelques quarts d'heure encore parmi vous.\

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