Publié le 22 mars 1984

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de la cérémonie d'accueil à la Maison blanche, Washington, jeudi 22 mars 1984.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors de la cérémonie d'accueil à la Maison blanche, Washington, jeudi 22 mars 1984.

22 mars 1984 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames et messieurs,
- Deux anniversaires encadrent ma visite. Celui du Traité de Versailles et deParis en septembre dernier et celui du débarquement allié en France dans deux mois `6 juin 1944`. On dira : "le hasard fait bien les choses". J'y vois plutôt une conjonction symbolique. Vous disiez tout à l'heure : "il n'y a pas de hasard dans l'histoire des peuples et des destinées et la nôtre sur tant de points est commune". Aussi ma première pensée va-t-elle vers les Américains et les Français, frères d'armes qui, de Yorktown à Beyrouth, ont mêlé leur sang. L'histoire montre que ces sacrifices n'ont jamais été vains car ils n'avaient pas pour objectif la conquête ou la volonté de puissance mais la -défense des libertés.
- En dépit de tout cela, nos deux peuples ne se connaissent pas assez. Ce qui laisse parfois la place à des incertitudes. Après m'être entretenu avec vous, monsieur le Président `Ronald Reagan`, je consacrerai donc cinq à six jours à parcourir votre pays - j'y retrouverai bien des itinéraires que depuis trente-huit ans j'ai appris à connaître - pour comprendre son dynamisme et sa diversité, sa culture et sa modernité. Mon ambition est aussi de vous présenter ainsi qu'aux citoyens des Etats-Unis d'Amérique, au travers de nos propos, au travers de nos conversations qui parleront du monde et de nous, ce qu'est la France, pays de tradition, mais aussi puissance économique et technologique tournée résolument vers l'avenir. Une France qui se prépare avec détermination au monde nouveau que vont apporter les prochaines années.\
Enfin, une France alliée sûre et constante qui entend apporter une contribution originale à la -recherche de la paix et à la poursuite du développement. Poursuite ou reprise, car les relations franco - américaines ne sont pas seulement, chacun en conviendra, la célébration d'un passé glorieux. La préoccupation majeure en 1984 est celle de la sécurité en Europe et des relations entre l'Est et l'Ouest. A quoi il faut ajouter la relation Nord-Sud dont nous aurons à nous entretenir.
- Sur ce point, la fermeté et la clarté des orientations que j'ai données à la diplomatie française sont connues de vous-même et de votre Administration. Notre fidélité à nos amis est sans faille et nous restons, nous-mêmes, organisés autour de cette notion fondamentale qui s'appelle l'équilibre des forces dans le monde et en Europe. Fermeté et détermination sont indispensables mais vont de pair avec le maintien du dialogue et particulièrement du dialogue avec l'Est. Parce qu'elle est forte, indépendante, et sûre d'elle-même, dans la mesure de ses moyens qui sont restés fidèles au grand passé que vous évoquiez à l'instant, sûre de ses citoyens, la France peut et veut s'ouvrir à la discussion avec tous et sur tout, mais d'autres tâches nous attendent, nécessaires à cet équilibre du monde.\
Certes la relance de l'économie américaine, la présence de sa diplomatie, créent des conditions favorables à des reprises dans tous les sens, tandis que de graves périls continuent de peser sur le système financier international. Ils ont pu être conjurés, mais nous ne le ferons jamais assez et l'essentiel reste à faire : consolider un acquis encore fragile, faire reculer la misère qui demeure aujourd'hui dans tant de régions du monde la vraie racine de la guerre. Gardons-nous de l'indifférence, elle est notre ennemie. Les pays du tiers monde n'ont pas d'autre univers que celui que leur proposent la faim et la peine de vivre, s'ils ont un autre avenir, cela dépend d'eux et de nous.\
Vous le voyez, vous le savez et nous en parlerons, beaucoup de choses restent à faire ensemble. On n'en aura jamais fini, et notre amitié a peu de chances de rester inactive. Monsieur le Président, madame, je suis heureux, en effet, devant cette maison et dans cette ville, face à ces lieux qui évoquent pour nous tellement de résonances, de vous rencontrer à nouveau. Nous n'avons jamais cessé d'échanger et de communiquer nos impressions et nos projets.
- Que ce voyage resserre encore les liens de fraternité entre nos peuples. Ce serait la garantie la plus sûre, de progrès plus rapide pour atteindre enfin cette région où vit la liberté que nous imaginons et vers laquelle nous sommes en chemin. Comment finir cette première allocution, sinon en m'adressant à tous ceux qui nous entourent, ici et partout dans ce vaste pays : my best greetings to the great American people.\

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