Publié le 15 décembre 1983

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors du dîner au Palais de la Fédération de Belgrade, jeudi 15 décembre 1983.

15 décembre 1983 - Seul le prononcé fait foi

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, lors du dîner au Palais de la Fédération de Belgrade, jeudi 15 décembre 1983.

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Monsieur le Président,
- Je vous remercie de vos paroles de bienvenue. Au-delà de ma personnes, elles s'adressent à la France et elles toucheront, j'en suis sûr le coeur des Français. Depuis mon arrivée ce matin dans votre pays, j'ai pu éprouver, avec la délégation qui m'accompagne, la chaleur de votre accueil suivant la grande tradition de l'hospitalité yougoslave.
- Mes pensées dans l'avion qui ce matin volait vers Belgrade, allaient à ce jour de mai 1980 où je m'étais joint, parmi tant d'autres, venus du monde entier, à l'ultime hommage que la Yougoslavie rendait au plus illustre des siens, Josip Broz Tito. J'ai tenu, à mon arrivée, à me recueillir au mémorial des Fleurs, où ayant assuré la pérennité de son oeuvre, il repose désormais. Qu'il me soit permis en cet instant de saluer à nouveau son grand souvenir. L'émotion qui m'avait alors saisi me rappelait d'autres circonstances où il m'avait reçu dans la plénitude de son intelligence pour me parler des affaires du monde. Au-cours des deux conflits, vous l'avez rappelé monsieur le Président, qui, en ce siècle, ont ensanglanté le monde, Yougoslaves et Français ont combattu dans le camp de la liberté. Nombre d'entre eux ont vécu lors de la première guerre mondiale, la fraternité des armes. J'irai demain au Kalemegan m'incliner devant le monument érigé pour en témoigner auprès des générations futures. J'ai déjà aujourd'hui évoqué ces souvenirs au Mont Avala face au monument du soldat inconnu qui symbolise tant de sacrifices consentis par la Yougoslavie. Ce que je vois, ce que j'entends à Belgrade prouve que notre amitié, plus que jamais vivante, reste une donnée irréductible de nos relations.\
Je dirai comme vous monsieur le Président : comme à toute amitié, il faut lui apporter de la substance. Aussi en répondant à votre invitation ai-je voulu marquer la volonté de la France de développer davantage avec la Yougoslavie socialiste, autogestionnaire, européenne, méditerranéenne, non alignée, un dialogue et une coopération dont vous avez été vous-même l'un des artisans lorsqu'en 1969 vous vous êtes rendu à Paris en qualité de président du Conseil exécutif fédéral.
- Nous partageons les mêmes grands principes qui doivent régir la vie internationale : le respect par tous de la souveraineté, de l'indépendance et l'égalité de tous les états grands et petits, la non ingérence dans leurs affaires intérieures.
- Nous refusons la logique des blocs et de la confrontation car nous avons les mêmes objectifs qui sont d'abord la sauvegarde de la paix, puis la sécurité par l'équilibre entre les forces par un désarmement contrôlé et vérifiable, par une répartition équitable des richesses.
- En Europe, l'accumulation des armes nucléaires dites intermédiaires est au premier rang de nos préoccupations. Restaurer l'équilibre est une nécessité mais la négociation entre les deux grandes puissances `Etats-Unis ` URSS` qui détiennent ces armes doit reprendre au plus tôt, pour parvenir à rétablir l'équilibre au niveau le plus bas possible. Nous souhaitons vous et nous ne rien négliger pour restaurer en Europe les chances d'un dialogue utile. Que les pays neutres et non alignés européens aient réussi à Madrid à dégager les voies d'un compromis final et qu'un rendez-vous ait pu être pris pour l'ouverture à Stockholm le mois prochain, de la Conférence européenne sur le désarmement, est à cet égard un facteur positif.\
Malheureusement, et vous le savez bien les principes qui font le droit international sont, en bien des endroits du globe, méconnus et bafoués et des conflits se multiplient qui ne peuvent nous laisser indifférents au Proche-Orient, en Afrique, en Asie, en Amérique centrale que sais-je encore. La France pour ce qui la concerne, s'efforce d'en limiter le champ pour que ne prolifère pas la rivalité Est - Ouest et pour que soient protégées les vies humaines menacées. C'est dans cet esprit, et dans cet esprit seulement, qu'il nous est arrivé d'intervenir à la demande des gouvernements des pays amis pour emêcher les processus de désintégration ou de violence.\
Vous avez raison, la -recherche de la paix, de la sécurité, de la solidarité passe par le développement de nos relations bilatérales, commerciales, économiques, industrielles de nos échanges culturels, scientifiques, artistiques, la connaissance de nos langues, notamment par la télévision, les contacts de nos peuples et d'abord entre les jeunes. Qu'il me soit permis en cette occasion de saluer ceux de nos compatriotes qui vivent, travaillent chez vous et ceux qui parmi les vôtres apportent leur travail et leur intelligence au développement de la France.
- Nous subissons vous et nous-mêmes les effets d'une crise mondiale qui nous frappe durement. C'est là qu'il faut montrer que les paroles expriment une vérité profonde. La France s'efforce et s'efforcera chaque fois que cela lui sera possible de se comporter comme une amie fidèle de la Yougoslavie.
- Depuis longtemps, depuis ma jeunesse je sais ce que signifient dans l'histoire les peuples de Yougoslavie mais, pendant la première guerre mondiale, comme vous même monsieur le Président, mes souvenirs les plus lointains me racontent l'héroïsme de ces peuples. Soldat de la deuxième guerre mondiale j'ai rencontré ceux de vos frères, sur toutes les routes où ma vie m'a conduit : captivité en Allemagne, combats à l'extérieur, Résistance française, partout j'ai rencontré des Yougoslaves qui partageaient le même combat. Nous avons admiré la Yougoslavie qui a fait la preuve que l'attachement patriotique et la ténacité de résistance pouvaient assurer l'indépendance d'un pays au point que chaque fois que l'on évoque cette capacité d'un peuple à résister c'est l'exemple de la Yougoslavie que nous citons dans nos conversations en France.
- Aussi, fort de cette conviction je lève mon verre monsieur le Président à votre santé, à l santé de ceux qui vous sont chers comme je l'ai fait à l'égard des personnalités ici présentes et qui représentent ensemble la Yougoslavie tout entière. Oui, je fais des voeux et je lève mon verre pour votre peuple.\

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