Publié le 13 octobre 1983

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, au Cercle royal gaulois artistique et littéraire de Bruxelles, devant la communauté française, jeudi 13 octobre 1983.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, au Cercle royal gaulois artistique et littéraire de Bruxelles, devant la communauté française, jeudi 13 octobre 1983.

13 octobre 1983 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames et messieurs,
- Mes chers compatriotes,
- Je me réjouis d'avoir pu nous rencontrer ce soir. La cérémonie ne sera pas compliquée. Je prononcerai quelques paroles, pas longtemps, vous entendrez la Marseillaise et, j'espère que d'autres salles se prêteront à notre rencontre. J'allais dire je me ferai une joie de circuler parmi vous. Ici, cela ne sera pas facile. On le fera un peu plus loin. Mais j'aimerais entendre de votre bouche des observations sur votre façon de vivre, sur les problèmes qui se posent à vous, selon votre profession l'-état de votre famille, enfin tous les problèmes qui se posent à toutes personnes responsables.
- Je vais d'abord vous dire que chaque fois qu'il m'arrive d'aller à l'étranger je m'efforce de rencontrer les Français qui y vivent, enfin ceux qui veulent bien venir jusqu'à moi. J'en ai toujours tiré quelque chose d'utile, d'utile pour moi, pour la façon de concevoir et d'exercer mon rôle quelle que soit votre origine ou quel que soit votre choix. En tant que citoyen vous appartenez à une communauté qui est la nôtre, qui est la mienne, vous avez quelque chose à dire, il suffit de s'éloigner un peu de chez soi pour retrouver très vite un sentiment très fort, un sentiment commun à la fois de représentation de la France à l'extérieur, en accomplissant le mieux possible son devoir. Et aussi l'idée qu'on se fait de son pays devient plus claire. Et, cependant, mais le problème ne se pose pas dans cette ville très souvent, je rencontre des Français qui, éloignés de chez eux, en souffrent, tout en aimant, sans quoi ils n'y seraient pas, le pays d'accueil et alors se posent de multiples problèmes pour l'éducation des enfants, des probèmes de carrière, que fera-t-on, quand on est coopérant par exemple, lorsqu'on reviendra, qu'on est fonctionnaire, etc. etc...\
Et je pense que parmi vous, par le fait que Bruxelles soit le siège de grands organismes internationaux, de nombreuses institutions, vous devez être très nombreux à leur appartenir, alors il se pose des types de problèmes très différents selon que l'on est de passage, je veux dire de passage pour deux ans, pour trois ans, pour quatre ans, ou bien que l'on y vive, qu'on y ait fondé sa famille, qu'on y ait ses attaches, qu'on y passe sa vie. Il y a donc diversité naturelle dans la communauté française de Belgique, très nombreuse je crois, l'une des trois plus importantes dans le monde avec une possibilité pour vous de maintenir un lien infiniment plus étroit en-raison des petites distances et des commodités qui permettent d'aller de Belgique en France ou le contraire.
- Alors je préférerais plutôt que d'être seul à parler, mais il n'est pas prévu que vous preniez la parole, je préférerais vous voir un peu, passer maintenant quelques quarts d'heure, ce n'est pas extrêmement pressé, prendre quelques quarts d'heure et voir comment vous réagissez, en-particulier lorsque le Président de la République française doit s'exprimer au nom de son pays devant quelques problèmes pressants, parfois même angoissants qui touchent à la paix du monde, au devenir de l'Europe occidentale, de la Communauté en-particulier et aux grands équilibres dont dépend notre sécurité. Alors je vais le faire dans un instant, sachez que je suis personnellement heureux d'être ici parmi vous, qu'il n'y a dans mon esprit aucune différence selon que vous soyiez, quand vous revenez en France, plus ou moins favorable à la politique de votre pays. Je ne fais aucune différence car il est tout à fait normal dans une démocratie que chacun s'explique, choisisse, se détermine, c'est même plutôt recommandé. J'ai beaucoup visité de pays au-cours de ces deux à trois dernières années et je n'ai pas encore rencontré de Cercle Gaulois. J'étais déjà venu ici moi-même dans le passé, donc ce n'est pas une découverte £ c'est quand même particulièrement sympathique je dois dire que d'avoir un Cercle Gaulois à Bruxelles où nous nous sentons tous un peu revenir aux sources de notre histoire.
- Je vous remercie d'être venus nombreux à cette rencontre. Ce soir je suis venu accompagné de quelques membres du gouvernement, en-particulier de M. le ministre des relations extérieures `Claude Cheysson`, M. l'ambassadeur de France `Jacques Thibau`, de MM. les ambassadeurs présents à Bruxelles, et maintenant après la Marseillaise, je vous en prie, autant que cela sera possible, sans prétendre aller très loin dans la conversation comment faire autrement, je pense que cette relation établie entre vous et moi, je pourrai tirer quelques leçons dès que, c'est-à-dire demain soir, je me retrouverai à Paris. Je vous remercie.\
Je n'évoquerai pas les quelques grands problèmes à peine cités à l'instant. Je suis venu naturellement dans le plus grand respect du pays qui m'accueille et donc sans avoir à exprimer d'opinion sur les problèmes qui lui sont propres, dont il a la charge, laissons son gouvernement, ses institutions, ses responsables de toutes sortes là où ils sont, exercer le rôle pour lequel ils ont été choisis. Mais je n'oublie pas que la Belgique et que la France en tant que telles accomplissent depuis l'origine un chemin en commun et sans prétendre à l'identité de points de vues en toutes choses, c'est réconfortant de savoir qu'il existe des peuples amis qui ne craignent pas la contradiction, qui les expriment souvent mais qui, tout de même, se retrouvent côte à côte quand cela est nécessaire. Je voudrais donc ajouter à mon propos de tout à l'heure un hommage à la Belgique qui nous accueille et un salut à son peuple.
- Enfin je voudrais que vous sachiez que notre pays, dans le monde, plus que jamais, est déterminé à assurer sa présence, et quand il le faut, son autorité, à assurer la continuité d'une longue histoire, même si assurément chacun de ceux qui sont appelés à assurer la responsabilité principale y apporte ce pourquoi il a été choisi, ce qui est évidemment mon cas.
- Mesdames et messieurs, mes chers compatriotes, je ne dirai pas plus haut qu'il ne le faut mais du fond du coeur :
- Vive la République,
- Vive la France.\

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