Publié le 20 janvier 1983

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'Office franco-allemand pour la jeunesse, Bonn, jeudi 20 janvier 1983.

20 janvier 1983 - Seul le prononcé fait foi

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'Office franco-allemand pour la jeunesse, Bonn, jeudi 20 janvier 1983.

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Monsieur le chancelier,
- Monsieur le secrétaire général,
- Mesdames et messieurs,
- Je suis très heureux de me trouver parmi vous à l'Office franco - allemand pour la jeunesse. Accompagné du Premier ministre français `Pierre Mauroy` qui a appartenu pendant trois ans au conseil d'administration de cette maison et qui connait déjà les lieux, et de Mme le ministre de la jeunesse et des sports `Edwige Avice` de la République française.
- Nous nous situons dans la tradition, sur-le-plan des relations franco - allemandes, instaurée au lendemain de la deuxième guerre mondiale. Et nous cherchons à notre tour comment tracer le chemin vers l'avenir qui verra se resserrer cette amitié.
- Il y a vingt ans, deux hommes d'Etat ont su comprendre qu'il n'était pas de meilleure fondation à l'avenir commun que d'y engager la jeunesse. Ces deux hommes d'Etat `Charles de Gaulle ` Conrad Adenauer` se plaçaient eux-mêmes dans un ensemble d'initiatives qui avaient commencé à l'époque où adversaires, sinon même ennemis, nous recevions dans notre peuple bien des nôtres qui rêvaient du jour où la paix prévaudrait.
- Comment dès lors ne pas associer étroitement les jeunes à la commémoration du Traité de l'Elysée ? Devant la plupart des organisateurs et quelques uns des bénéficiaires de cette -entreprise extrêmement originale, je viens comme cela aux sources mêmes de l'oeuvre accomplie il y a bientôt vingt ans exactement.\
Quelle importante gageure que de vouloir, par une création administrative, découlant d'un traité, orienter, organiser les relations entre les millions de jeunes Français et Allemands ! Quoi de plus rebelle à des -cadres, à des procédures, à des circulaires, que la jeunesse qui dans tous les pays et dans tous les domaines veut découvrir par elle-même le monde où elle vit. Et pourtant le pari - si c'était un pari - a été largement gagné. Les résultats ne tiennent pas seulement au nombre d'échanges réalisés, qui ont touché près de cinq millions de garçons et de filles d'un côté et de l'autre du Rhin, 120000 encore l'an dernier. Ils tiennent à la qualité des échanges qui permettent à ces jeunes de se découvrir, de communiquer, de créer des liens autres que de circonstance. Pédagogie nouvelle de deux langues, qui pour les uns comme pour les autres sont difficiles à maîtriser, renouvellement continu des moyens utilisés pour animer ces échanges - le sport, la découverte culturelle et artistique, les discussions sur les grands thèmes - qui préoccupent bien sûr les écoliers, les étudiants mais aussi les jeunes travailleurs.
- Effort remarquable, unique en son genre, à la vraie mesure de l'enjeu. Effort à préserver, parce qu'il est au service de certaines -entreprises dont dépend, pour une part, le sort même de l'Europe. Et c'est pourquoi les deux gouvernements ont constamment tenu à assurer à l'Office `Office franco - allemand pour la jeunesse` les moyens nécessaires - ils le feront encore - convaincus que ces résultats acquis sous le contrôle d'hommes et de femmes auxquels je suis heureux de rendre hommage - se justifient pleinement.\
Ah ! Si au sortir de la première guerre mondiale Français et Allemands avaient su trouver ce langage ! Mais la jeunesse, dans l'Europe des années trente - j'en étais - que voyait-elle autour d'elle ? La crise, le chômage, la montée des totalitarismes, le nazisme ici, le fascisme là, la terreur, la dictature dans les plus grands pays d'Europe, des démocraties faibles, politiquement, économiquement, militairement. La guerre était suspendue au-dessus de nos têtes. Elle est tombée et à coupé, à l'issue du massacre, quarante millions de têtes.
- Que vous ne vouliez pas, que nous ne voulions pas revoir cela, assurément. Et je vous comprends particulièrment, vous, jeunes Allemands, de ne plus le vouloir, vous dont la patrie n'a pas été seulement ravagée mais aussi divisée `RFA ` RDA`.
- Oui, je comprends les jeunes de vouloir la paix. Mais nous ne sommes pas dans les années trente `1930`.
- L'expérience vécue à été si coûteuse que nos esprits et nos volontés ont été formés à de nouvelles disciplines et, nous venons de le dire, à une longue période de paix, de réconciliation, d'espérance. C'est vrai que nous traversons, encore une fois, une crise difficile. Que le chômage s'étend et vit de l'accumulation des armes, notamment nucléaires, qui présente un immense danger. En même temps l'équilibre des forces compense ce danger et sert peut-être de garde-fou aux initiatives aggressives. Mais de cette crise, nous sortirons. Ces emplois, nous les créeront et nous y parviendrons, à la différence de la crise passée. Chaque pays à l'époque était enfermé derrière ses frontières, nous cherchons, nous, à les ouvrir. Et nous avons fondé une Communauté européenne économique `CEE`, et donné à nos économies d'autant plus de chance d'en sortir.
- Quant à la paix, nous sommes également mieux armés pour la défendre. Mieux armés parce que nous sommes plus forts et prévenus. Et parce que les démocraties attachées à la liberté ont su fonder une alliance défensive `Alliance atlantique`, dont les forces imposent le respect et dissuadent tout adversaire éventuel de déclencher une agression. Voilà pourquoi, aujourd'hui, la jeunesse a moins de raisons qu'elle ne le pense trop souvent de se laisser aller à l'angoisse. Nos chances sont grandes. Elles dépendent de notre volonté et de notre capacité. De volonté, nous n'en manquons pas. De capacité, nous la trouverons chez vous, avec nous, dans nos peuples.
- Eh bien oui, à nous d'élargir sans cesse l'espace de nos chances ! A vous, les plus jeunes, de saisir ces mêmes chances. Sachez tous que nous vous faisons confiance pour que Français et Allemands restent toujours plus unis, plus solidaires et plus fraternels.
- Je suis venu en République fédérale allemande passer cette journée. Je me suis suis adressé au Parlement. Je rencontrerai ce soir, après avoir pris un repas avec les principaux dirigeants du pays, je rencontrerai tout ce qui peut représenter en Allemagne un pouvoir politique intellectuel et économique. Mais rien ne remplacera cette rencontre avec la jeunesse qui n'obéit pas au rite, qui est rebelle au protocole, qui n'aime pas les discours et qui cependant sait bien que ce dont nous parlons vaut la peine.\

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