Publié le 4 janvier 1983

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de la présentation des voeux des armées, Paris, Palais de l'Élysée, mardi 4 janvier 1983.

4 janvier 1983 - Seul le prononcé fait foi

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de la présentation des voeux des armées, Paris, Palais de l'Élysée, mardi 4 janvier 1983.

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Monsieur le Premier ministre,
- Monsieur le ministre `Charles Hernu`,
- Monsieur le secrétaire d'Etat `Georges Lemoine`,
- Monsieur le Chef d'Etat-Major des armées `Jeannou Lacaze`,
- Messieurs,
- Ainsi que vous venez de le souligner, Général, le monde dans lequel nous vivons est lourd de menaces. Au nom d'idéologies opposées, à cause d'intérêts divergents, les Etats se heurtent et nous assistons à des surenchères d'abord verbales et se voulant diplomatiques et qui peuvent, nous l'avons parfois constaté, dégénérer en conflits armés.
- Les populations ressentent intensément ces menaces. Certaines espèrent les conjurer en affirmant un pacifisme unilatéral oubliant que la paix ne peut que reposer sur l'équilibre des forces, ainsi que j'ai eu l'occasion de le rappeler en France et à l'étranger. Tel n'est pas notre cas. Et pourtant aux affrontements armés, aux inquiétudes sur le maintien de l'équilibre des forces s'ajoute une crise économique internationale dont la France, comme tant d'autres, ressent durement les effets.
- Que de questions encore sans réponse ! Le monde saura-t-il sortir de la crise économique qui le frappe ? Les plus riches sauront-ils entendre la voix des plus pauvres ? Les Etats sauront-ils éviter la tentation de la guerre ?
- La France, quant à elle, continuera avec détermination de dire ce qu'elle pense être le droit des peuples, le droit des gens, partout où cela est utile, mais elle ne baissera pas sa garde pour autant. Sa sécurité est une condition nécessaire à son indépendance, mais aussi à son rôle dans le monde, et ce rôle, j'ai pour charge avec vous, de l'assurer.\
Au moment où je m'exprime, je ne saurai oublier que nous réfléchissons à la future programmation militaire. Vous l'avez rappelé à l'instant, Général, j'ai souligné à Canjuers le caractère global de la dissuasion. Elle comporte des priorités et d'abord la composante nucléaire de nos forces qui doit garder le degré ou le niveau de suffisance nécessaire. Et je veillerai à ce que les autres composantes conservent pour le présent et l'avenir les capacités requises par leurs missions, précisément parce que tout est complémentaire. Premier responsable de la sécurité de la France, je vous dis que plus que jamais et à tous les échelons, il est nécessaire de faire la preuve d'une volonté d'imagination dans la conception et de rigueur dans l'exécution. Au-cours de l'année écoulée, les armées françaises ont apporté la preuve de leur efficacité, de leur disponibilité. Je l'ai constaté moi-même, vous l'avez rappelé, à Toulon et à Canjuers £ j'ai apprécié leur degré d'entraînement et leur maîtrise des techniques, et des techniques les plus modernes. Mais il y a autre chose : au Liban dans-le-cadre de la force multinationale ou dans celui de la FINUL, dans le Sinai, dans le Golfe du Siam, pour ne citer que quelques exemples, en Afrique, où dans un vaste domaine on peut compter sur nous, les soldats français, militaires d'active et volontaires du contingent, ont su avec courage, sang-froid, un sens élevé des responsabilités, apporter un -concours important à la sauvegarde de vies humaines et à la protection d'entités nationales auxquelles nous avons apporté notre garantie.
- L'armée, sans ostentation, a assumé pleinement ses missions, dissuadé toute agression, on le sait à l'extérieur, et participé au maintien de la paix dans le monde.\
Je ne doute que le -concours de chacun me soit acquis ainsi que l'adhésion des armées qui sauront, comme toutes les forces vives du pays, prendre leur part à l'effort commun.
- J'ai été très sensible à l'expression des voeux que vous venez de me transmettre, Général. A travers eux, j'ai ressenti les préoccupations d'une armée consciente des difficultés de l'heure, beaucoup plus sereine, je le crois, qu'on ne le dit, prête en tout cas à s'engager avec détermination sur la voie qui lui sera tracée.
- Il me suffit de vous rencontrer à nouveau, d'échanger des propos avec nombre de vos subordonnés, d'apprécier la qualité des citoyens français qui ont réappris à aimer leur armée, pour avoir confiance, non pas une confiance déraisonnable fondée seulement sur un souhait, mais sur des données positives.
- Je vous demande au seuil de cette année qui ne sera pas celle du renoncement mais au contraire celle de l'effort, de transmettre à tous les personnels des armées, à leur famille, à vos familles, à tous ceux qui vous sont chers dans vos affections, mes voeux les plus confiants et les plus chaleureux.\

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