Publié le 9 juillet 1982

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du déjeuner offert en l'honneur de M. Janos Kadar et de M. Pal Losonczi, à la Résidence de France, Budapest, vendredi 9 juillet 1982.

9 juillet 1982 - Seul le prononcé fait foi

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du déjeuner offert en l'honneur de M. Janos Kadar et de M. Pal Losonczi, à la Résidence de France, Budapest, vendredi 9 juillet 1982.

Télécharger le .pdf
Monsieur le premier secrétaire,
- Monsieur le président,
- Mesdames, messieurs,
- Je tiens à vous dire combien j'ai été sensible à la chaleur de votre hospitalité et à l'accueil du peuple hongrois. Il est encore bien tôt pour tirer dès à présent toutes les conclusions de ce voyage et j'aurai l'occasion de m'exprimer à ce sujet lors de ma conférence de presse cet après-midi. Mais je peux déjà vous le dire, j'ai retrouvé ici un peuple courageux que j'admire et des hommes que j'estime, au-delà des remerciements que je vous dois, je crois plus encore nécessaire de donner un élan nouveau aux relations franco - hongroises.
- Depuis un millénaire, malgré les vissitudes, malgré l'éloignement, le temps a tissé entre la Hongrie et la France des liens qui les prédisposent à se comprendre et à s'entendre. Nous venons de le vérifier. Si nos pays sont attachés à des traditions, à des cultures, à des systèmes politiques et sociaux différents, à des alliances ou à des organisations distinctes, je ne vois pas là un obstacle, peut-être au contraire une possibilité ouverte de constater à quel point nous sommes complémentaires. Le temps paraît venu de préparer ensemble l'avenir. Nous venons d'en ouvrir le chemin.
- Je retire de mes entretiens avec M. le premier secrétaire du parti socialiste ouvrier hongrois, Janos Kadar, comme avec M. le président de la présidence du gouvernement, la conviction que nos deux pays peuvent s'avancer sur cette voie. En premier lieu parce qu'ils aspirent à des idéaux de paix et de compréhension entre les nations du monde. Ensuite parce qu'ils ont prouvé qu'ils restaient attachés à l'idée d'une Europe vivante. C'est dans cet esprit que la France et la Hongrie ont approuvé et respectent l'acte final d'Helsinki.
- Nos ministres et les hautes personnalités qui se sont rencontrés ont pu admettre qu'aucun contentieux réel ne nous séparait. Simplement nous étions restés jusqu'ici à la surface des choses. Allons maintenant vers leur réalité.
- J'espère que la volonté existe maintenant de les accroître. Nous rechercherons pour cela des modes de coopération industrielle et commerciale plus pragmatiques, plus concrets, mieux adaptés à nos entreprises.\
Pour les échanges culturels, si plus de vitalité s'est manifestée, beaucoup reste à faire. Les Français ont à découvrir ou à redécouvrir, comme j'ai pu le faire hier et ce matin encore, la richesse de la culture hongroise, son originalité, sa vigueur, qu'il s'agisse de littérature, de cinéma ou de poésie. Vous savez que nous avons pour projet de multiplier chez nous la traduction d'oeuvres hongroises. Et chez vous, à Budapest, nous allons mettre à l'étude la construction d'un nouvel institut français.
- Nous sommes sûrs que, de leur côté, nos amis hongrois qui peuvent se flatter d'une véritable connaissance de la culture française, voudront encore l'approfondir.
- Monsieur le premier secrétaire, monsieur le président, je quitte votre pays confiant, convaincu que des multiples possibilités sont offertes aux relations entre nos peuples. J'y veillerai dès mon retour.
- Je veux en levant mon verre à votre santé, monsieur le premier secrétaire, à votre santé, mesdames et messieurs, vous redire la forte impression que m'a laissée votre pays. Vos compatriotes peuvent être fiers de ce qu'ils ont réalisé avec vous.
- En 1848, Alphonse de Lamartine écrivait : "Si la France avait besoin d'être éclairée sur les vertus, sur le courage, sur l'esprit de liberté et de fraternité qui anime votre nation, je serais heureux pour en porter témoignage".
- Monsieur le président, monsieur le premier secrétaire, mesdames et messieurs, je n'oterai rien à cette phrase. Et je vous dirai, comme le soir de mon arrivée :
- A la Hongrie,
- Au peuple hongrois,
- A la santé de vos personnes et des êtres qui vous sont chers,
- A l'amitié franco - hongroise,
- Mais j'y ajouterai ce que je ne savais pas encore, c'est le premier résultat de mon éducation hongroise :
- A FRANCIA MAGYAR BARATSAGRA !\

Voir tous les articles et dossiers