Publié le 29 avril 1982

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du dîner offert en l'honneur de S.M. la reine et S.A.R. le prince Consort, Copenhague, Résidence de France, jeudi 29 avril 1982.

29 avril 1982 - Seul le prononcé fait foi

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du dîner offert en l'honneur de S.M. la reine et S.A.R. le prince Consort, Copenhague, Résidence de France, jeudi 29 avril 1982.

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Madame,
- Monseigneur,
- Mesdames et messieurs,
- C'est la France ce soir, bien au-delà de ma personne qui reçoit ses amis danois. C'est d'abord vers vous madame, que je me tourne, vous qui représentez, par la force de vos institutions au travers du temps, des générations et des générations qui ont illustré l'histoire du Danemark, pour vous dire à quel point je ressens, à l'issue de cette deuxième journée de notre présence dans votre pays, la qualité de votre accueil.
- Cette qualité tient sans doute à la vieille et forte culture qui a formé vos esprits, amis danois, tient aux relations particulières préservées à travers le temps, mais aussi, je le pense, au fait que c'était vous, madame, qui étiez là, et vous Monseigneur qui, dès la première minute, nous avez accueillis à l'aéroport pour ne plus nous quitter jusqu'au moment où je vous parle. Vous êtes venus faire à votre tour un détour par la France dans cet hôtel ou ce palais qui vit un Français intervenir, non point pour en dessiner les premières assises, ni les premières formes mais pour le parachever, la France ayant très rapidement acquis cette maison qui, dépuis lors, a vu passer tout ce que l'histoire de mon pays a pu représenter auprès du vôtre.
- Il est naturellement constant et peut-être trop classique d'accorder à chaque voyage ou à chaque rencontre un -prix particulier. Pourtant pour quelle raison ? Nous aurons le temps de l'analyser en dehors même du fait important qui nous vaut d'être là, pour donner à nos relations l'actualité et la force qu'elles méritent. Je crois vraiment et j'en aurai dit assez sur ce point, que S.M. la Reine du Danemark `MARGRETH II`, que S.A.R. Monseigneur, Prince Consort `le Prince HENRIK`, nous ont reçu, ma femme et moi, comme vous receviez des amis déjà anciennement connus, bien que cela ne soit pas le cas, simplement parce que c'est un peu dans le sang, dans l'usage et dans la vérité du Danemark et de la France. Comment, aussi, ne pas éprouver beaucoup de joie à avoir approché la Reine INGRID qui nous apporte à la fois son sourire, sa sagesse, son goût de vivre, son expérience tout le long de ce voyage, de ce séjour très bref dans le temps, qui ne nous a pas paru long et qui, cependant, était plein de tant de choses qu'il nous semble être installés déjà comme cela dans votre maison, là-bas ou ici. On commence à s'y mettre à l'aise. Non pas que nous puissions, que nous ayons conçu l'idée de nous y installer à demeure. C'est une idée qui est venue à quelques-uns parmi nous.\
Madame `MARGRETH II`, aussi, je vous remercie d'avoir bien voulu être proche de nous en un jour dont on disait, ce matin, à l'heure du déjeuner, qu'il était important pour votre vie puisque nous célébrions votre anniversaire. C'est ainsi que votre famille tout entière, toute cette famille qui nous a été présentée dans son unité, sa diversité, je voudrais bien qu'elle reçoive ce soir, aussi simplement que je le fais, l'hommage de notre gratitude.
- Et, vous, monsieur le Premier ministre, vous, mesdames et messieurs, responsables à des -titres divers de la vie publique du Danemark, je crois pouvoir dire que ce voyage trop longtemps attendu d'un chef de l'Etat français m'aura au moins valu à moi d'être l'un des artisans de cette nouvelle rencontre. Supposez qu'on ait eu l'idée de venir plus tôt : je perdais tout l'avantage de cette cérémonie. Cette idée, il me semble bien qu'elle aurait pu venir à l'esprit du premier venu. Et bien non, depuis M. René COTY, rappelait-on. La prochaine fois, nous ne mettrons pas un quart de siècle, je vous le garantis.
- Je prends un engagement que je pourrais assumer moi-même, s'il le faut, et dont je suis sûr que mon et mes successeurs s'empareront avec d'autant plus de joie qu'ils sauront qu'au Danemark, on est fort bien quand on la chance d'être Français.\
L'enseignement politique, ce n'est pas l'heure d'en parler, et puis les bilans se font quand la réflexion est venue. Nous ne sommes pas venus débattre de commerce, bien que ce soit une fonction fort honorable. Nous ne sommes pas venus parler d'affaires bien que nous en ayons à traiter ensemble et dans-le-cadre de l'Europe. Nous sommes venus surtout ranimer ce qui a toujours été : une amitié vivante mais un peu endormie. Et c'est au travers de cette amitié, de cette vie vécue que le reste viendra de surcroît.
- J'ai pu, devant votre Parlement exposer les grandes lignes de la politique extérieure française. J'ai pu connaître de nombreux responsables et au plus haut degré. Que tous soient ici remerciés. Cela étant rassemblé à la fin de ce remerciement qui n'a pas d'autre prétention que d'être en cet instant, l'expression du coeur, et la satisfaction de l'esprit. Grâce-à vous, madame, nous avons, je le crois, bien servi dans-le-cadre de nos patries, une cause qui nous est commune. Bien servi, je l'espère, l'Europe dont nous sommes à part égale les partenaires. Bien servi peut-être au-delà, le sort de cette fraction du monde où nous prétendons, vous et nous, avec quelques raisons, de pouvoir encore apporter des réponses et, sur un certain ton, aux questions qui angoissent, aujourd'hui, les hommes de notre temps. Pour tout cela, ne répétons pas davantage la gratitude que j'exprimais. J'espère que vous l'avez vous-même ressentie au moment où, levant mon verre, je vous dis, madame, monseigneur, mesdames et messieurs, vive le Danemark !
- Merci pour nous.\

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