Publié le 13 juillet 1981

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du déjeuner offert au château d'Ernich, lors du sommet franco-allemand, lundi 13 juillet 1981.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion du déjeuner offert au château d'Ernich, lors du sommet franco-allemand, lundi 13 juillet 1981.

13 juillet 1981 - Seul le prononcé fait foi

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Monsieur le Président de la République,
- Monsieur le Chancelier fédéral,
- Il est des circonstances où le rappel de l'évidence revêt une signification particulière. Il est des moments où ce que l'habitude avait fait considérer comme naturel et allant de soi prend soudainement une nouvelle dimension. J'ai le sentiment que c'est aujourd'hui le cas à Bonn, dans la capitale d'un pays qui nous est si proche, à nous Français, où j'ai, pour la première fois, l'honneur de parler pour la France dans le cadre de nos consultations régulières.
- En me portant à sa tête, le 10 mai, et en confirmant quelques semaines plus tard son désir de renouveau, le peuple de mon pays a manifesté la volonté de s'engager dans une voie que le peuple allemand a choisie, à sa façon, il y a plus de dix ans et confirmée à plusieurs reprises. Il a, en même temps, clairement exprimé son désir que ce changement ne remette pas en cause certains des fondements de notre action internationale, tant ces bases lui paraissent être dans la nature des choses et correspondre à une profonde nécessité.
- La coopération franco - allemande, l'amitié franco - allemande dont tous les dirigeants français, depuis plus de 30 ans, ont marqué les étapes de leur empreinte et de leur force de conviction, font partie de ces éléments de permanence et de stabilité. Chacun d'entre nous, qu'il soit ou non ici pour la première fois, ressent à quel point les tensions internationales et les menaces qui pèsent sur le bien-être et la sécurité de ceux dont nous avons la responsabilité, rendent précieuse et irremplaçable l'intimité qui s'est forgée entre nos deux nations. Je sais, monsieur le Chancelier, que vous partagez ce sentiment et j'ai été particulièrement sensible à l'honneur que vous m'avez fait en étant le premier homme d'Etat étranger à se rendre à Paris après mon élection. J'y vois au-delà d'un geste inspiré par tant de soucis communs et d'intérêts convergents, un symbole de l'exemplarité de nos relations et l'affirmation de leur place éminente dans l'Europe que nous devons construire ensemble.\
`Coopération franco - allemande` Car nos efforts n'ont de sens que s'ils s'inscrivent dans un plus grand dessein, dans un projet plus ambitieux qui est à la mesure de ce qu'attendent de l'avenir les jeunes générations d'abord, mais aussi celles qui ont connu les divisions et les déchirements du passé. Faire l'Europe, la rendre plus accessible et plus ouverte, lui donner les moyens de répondre généreusement et fraternellement aux espoirs mis en elle, c'est aussi la tâche à laquelle nous devons nous consacrer. La France et la République fédérale d'Allemagne ne sont pas l'Europe à elles seules, il y aurait beaucoup de présomption en ce qui nous concerne et beaucoup de désinvolture envers nos autres partenaires à vouloir le prétendre, mais comment imaginer que cette Europe puisse aller de l'avant sans plonger ses racines dans la substance même des relations qui unissent chacun de ses membres ? Comment concevoir qu'elle puisse trouver son épanouissement sans refléter les aspirations des peuples qui la composent ?
- Nos deux pays, parce qu'ils sont proches l'un de l'autre, parce qu'ils ont su surmonter leurs querelles, parce qu'ils sont parvenus à un stade de développement comparable, parce qu'ils ont décidé enfin que la réunion de leurs forces devait avant tout concourir au bien-être de chacun, ont un rôle historique à jouer. Cette mission, ils ne la rempliront que s'ils poursuivent avec constance l'action entreprise, et la rencontre d'hier et d'aujourd'hui me conforte dans la certitude que nous marchons ensemble dans la bonne direction.\
`Coopération franco - allemande` Car il ne suffit pas d'être animé du seul désir de bien faire. L'intention, si généreuse et porteuse d'espoir soit-elle, ne dispense pas de l'engagement et de la participation de chacun à l'oeuvre commune. Pour moi, qui prends part pour la première fois à ces consultations, c'est une grande satisfaction de constater combien la coopération franco - allemande est ancrée dans le concret et axée sur des thèmes décisifs pour l'avenir de notre civilisation industrielle, si dépendante des progrès de notre technologie, c'est un espoir fondé sur la nécessité et notre mutuelle compréhension que de la voir s'orienter vers de nouvelles relations sociales dans l'entreprise et dans la société, c'est la conviction qu'à la veille de confrontations internationales décisives elle saura dans le présent répondre aux défis de demain.
- Je lève mon verre avec confiance en l'honneur du président de la République fédérale d'Allemagne, à l'amitié de nos deux pays, à la solidarité de nos peuples, à la constance de leur action pour le progrès et pour la paix.\

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