29 mars 2017 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur la coopération maritime entre la France et l'Indonésie, à Jakarta le 29 mars 2017.

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Madame la ministre, chère Susi,
Mesdames et Messieurs,
Vous êtes les deux équipes qui n'en forment plus qu'une, équipe de France, équipe d'Indonésie, désormais rassemblées pour porter le même partenariat.
C'est vrai que la France et l'Indonésie ont chacune pour ce qui les concerne des espaces maritimes qui sont parmi les plus grands du monde, ce qui nous confère à la fois une opportunité et une responsabilité.
L'opportunité, c'est ce qui a été dit, la mer est une ressource exceptionnelle parce qu'il y a là tous les aliments possibles, les matières premières, les énergies, les matériaux et nous n'avons pas fini encore de tout connaitre de ce que la mer peut apporter, et en même temps de tout ce que nous pouvons faire pour valoriser ce que la mer contient.
C'est donc une opportunité considérable pour les pays qui disposent de cette surface maritime. Il a été rappelé que la France a la deuxième au monde et c'est aussi une responsabilité parce que nous devons protéger la mer car c'est-à-dire notre responsabilité au titre de la planète. Si la mer est atteinte, alors la terre l'est aussi. Et nous savons que le réchauffement a des conséquences immédiates avec le niveau de la mer qui s'élève, des îles qui peuvent disparaitre et des territoires entiers qui peuvent être ainsi menacés. Si nous ne faisons rien, nous savons bien que le processus est inéluctable. Protéger la mer, c'est aussi protéger contre les intrusions, contre les spoliations, contre les prélèvements, contre les pollutions et c'est ce que nous avons aussi comme devoir et comme objectif.
Alors je remercie tous ceux qui sont intervenus dans ce débat et je voudrais résumer autant qu'il est possible mon propos en trois conclusions.
La première, c'est que l'enjeu maritime le plus important aujourd'hui pour vous, mais c'est vrai aussi pour nous, c'est la pêche et c'est ce que nous pouvons obtenir d'elle, c'est-à-dire une activité importante pour des pays comme les vôtres, mais aussi pour les pays développés qui ont dû investir considérablement dans les techniques et dans les bateaux et dans la formation des marins. Et nous avons donc comme obligation de nous protéger par rapport aux pêches illégales. Et ce n'est pas un sujet qui serait propre à cette partie-là du monde, c'est vrai partout. Je ne parle pas simplement de la piraterie qui met en cause les trafics maritimes qui sont le fondement même de notre développement économique et à cet égard, la France avait pris l'initiative d'une lutte contre la piraterie, l'Indonésie d'ailleurs l'avait rejointe dans ce combat et nous avons pu obtenir des résultats très significatifs. Chaque fois qu'il y a des passages qui sont stratégiques, il y a de la piraterie.
Nous avons déployé nos forces militaires et le ministre de la Défense est là et nous avons pu engager des coopérations qui ont été particulièrement efficaces. Mais il y a aussi ce qu'est de la pêche illégale et vous avez pris à cur ce sujet et vous avez ici démontré qu'il était possible d'agir. C'est toujours la même question : est-ce que c'est possible d'agir par rapport à des phénomènes que l'on croit inévitables ou irréversibles ? Oui, c'est possible et vos résultats l'attestent, vous avez pu détruire un certain nombre de bateaux et vous avez pu dissuader un certain nombre de pénétrer dans vos eaux territoriales ou dans les zones économiques exclusives.
Pour cela il faut avoir de la volonté, mais il faut aussi avoir des moyens technologiques, je suis satisfait de voir que l'Indonésie est en pointe en matière d'observation maritime et nous avons nous-mêmes contribué à ce déploiement d'outils innovants avec le projet INDESO dont le centre de commandement nous a été présenté.
Nous avons aussi, comme obligation, non seulement de lutter contre les pêches illégales, contre les intrusions de navires qui n'auraient pas d'attention particulièrement pacifique, mais aussi contre les marées noires ou tout ce qui peut être des facteurs de pollution, d'où la nécessité de se doter de véritables instruments, d'observation, de contrôle, et de pilotage, et c'est ce que nous avons décidé de faire à travers ce partenariat.
La deuxième conclusion c'est que la mer va être l'objet de beaucoup d'investissements en matière d'énergies marines, c'est une dimension, là aussi, importante de notre partenariat, nous devons tout faire pour que, dans le cadre de la diversification des sources d'énergie, nous puissions utiliser pleinement ce que la mer peut nous fournir.
Il faut aussi que nous puissions disposer de météorologie qui nous permette, autant qu'il est possible, de prévenir un certain nombre d'effets, y compris du réchauffement climatique, ou des risques sismiques, et c'est également une coopération que nous avons lancée depuis déjà longtemps et qui va trouver un terrain d'application, je remercie les services de la météorologie d'avoir pleinement investi ce sujet.
Puis, la troisième conclusion, c'est que le transport maritime, le développement de l'activité maritime, est une source de croissance considérable, le commerce mondial se développera, et se développe, avec le transport maritime. Nous avons vu combien les ports pouvaient se moderniser et permettre une diminution du temps d'immobilisation des bateaux, combien il était maintenant possible d'avoir des outils logistiques qui nous permettent d'avoir le moins de main-d'uvre possible, c'était un travail très dur que celui qu'effectuaient ceux qui faisaient ce transbordement, les dockers, donc nous pouvons avoir maintenant des installations de très haute performance.
Nos navires, également, sont de haute technologie, c'est-à-dire que nous pensions que nous avions trouvé là aussi un plafond, que nous ne puissions pas aller beaucoup plus loin dans le volume des bateaux, dans le nombre de conteneurs que nous pouvions disposer, eh bien si, grâce à la technologie nous avons pu avoir des bateaux encore plus grands, un nombre de conteneurs encore plus élevé, et des ports encore plus modernes.
Donc, ma conclusion, c'est que nous devons investir massivement dans les installations portuaires, pour cela nous devons mettre en place des financements et aménager toutes sortes d'installations. C'est pourquoi je me réjouis que l'Agence Française de Développement ait pu vous accompagner dans un certain nombre de projets de ports ou de services portuaires, parce que dans un archipel comme le vôtre, avec toutes les îles dont vous disposez, il est très important que vous puissiez assurer les liaisons et acheminer les marchandises.
Donc, nous aurons, dans les prochaines années, des investissements massifs à faire dans les domaines portuaires et logistiques. Les économies les plus compétitives, les plus performantes seront celles qui auront fait cet effort. C'est pour ça que c'est une chance d'avoir un domaine maritime.
La France a toujours du mal à reconnaître ses atouts et à penser qu'elle n'a pas de ressources énergétiques, ce qui est vrai, qu'elle n'a pas toujours les performances que l'on peut attendre dans un certain nombre de domaines, mais elle a cette ressource irremplaçable qui est l'espace maritime et qui est d'avoir aussi des ports et des installations de très haut niveau. Donc, nous voulons mettre cette expérience en commun avec l'Indonésie.
Ce que je voulais à travers cette visite, qui était donc une visite historique, ne serait-ce que par le temps qu'il a fallu pour qu'il y ait, si je puis dire, un successeur à François MITTERRAND, donc puisqu'il a fallu 30 ans, et donc cette visite historique elle doit nous permettre de définir une politique commune sur le plan maritime, un partenariat stratégique entre l'Indonésie et la France, mais aussi qui doit avoir une vocation mondiale, c'est-à-dire que nous devons montrer que nous, nous sommes porteurs, dans la région, bien sûr de l'Asie du sud-est, mais plus largement que nous sommes porteurs d'une vision de l'avenir du monde maritime. C'est la raison pour laquelle je voulais absolument participer à cette table ronde et féliciter tous les acteurs, parce que c'est votre rencontre qui va être déterminante, je remercie tous ceux qui s'y investissent et tout le partenariat que nous avons été capables de mener à bien. Merci.

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