Publié le 21 janvier 2017

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les relations entre la France et le Chili, à Santiago du Chili le 21 janvier 2017.

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les relations entre la France et le Chili, à Santiago du Chili le 21 janvier 2017.

21 janvier 2017 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames, messieurs ministres, parlementaires, ambassadeurs, amis de la France et du Chili,
Je vous retrouve ici madame la présidente, au Palais de la Moneda qui est pour le monde entier un lieu chargé de symboles.
Pour mes compatriotes, le Chili a été longtemps le merveilleux monde du bout du monde, selon la belle expression de votre poète Luis SEPULVEDA. Et nous sommes conscients que dès le 19ème siècle, beaucoup de français sont venus ici bâtir leur vie, en créant une communauté. Des centaines de milliers de descendants portent un nom français, vous aussi madame la présidente.
L'histoire récente du Chili a profondément marqué le peuple français £ et l'ultime sacrifice de Salvador ALLENDE demeure à jamais une leçon de courage pour tous les défenseurs de la liberté.
Dès le lendemain du coup d'Etat du 11 septembre 1973, la France a accueilli de nombreux chiliens venus y trouver l'asile. Ils ont enrichi considérablement notre pays par leur talent, par leur travail, par leurs créations.
Et nous sommes aussi à vos côtés depuis longtemps pour la reconstruction démocratique de votre pays, vous y êtes parvenus. Aujourd'hui, le Chili a trouvé l'apaisement, sans céder à l'oubli et je l'ai mesuré en visitant le Musée de la mémoire.
Et de voir tous les visages de ces suppliciés, de ces torturés, de ces victimes était pour nous un moment intense d'émotion. Il y avait d'ailleurs sur le mur, madame la présidente, le visage de votre père.
La France mettra à la disposition du Chili ses propres archives, pour que la vérité soit pleinement établie sur cette période. Mais depuis 25 ans, votre pays s'est imposé comme un modèle de stabilité politique, de solidité économique et se hissant au premier rang des pays de l'Amérique latine en termes de richesse par habitant.
Le Chili a su entreprendre des réformes courageuses sous votre direction, qui vont dans le sens d'une plus grande justice pour l'éducation, pour la santé, pour les droits des femmes. Et là encore, vous êtes regardés comme une référence.
Le Chili est aussi un modèle d'intégration régionale, puisque vous participez à la fois à l'UNASUR, à la CELAC, à l'Alliance du Pacifique qui souhaite elle-même se rapprocher du MERCOSUR. Et la France appuie aussi l'actualisation de votre accord d'association avec l'Union européenne.
Je suis ici en visite officielle et je tenais à le faire, puisque vous-même vous étiez rendue deux fois sous ma présidence à Paris. Je voulais le faire parce qu'au-delà de l'histoire, la France est un tout premier partenaire du Chili et 230 entreprises françaises sont présentes ici. Beaucoup de chefs d'entreprise peuvent en témoigner, employant plus de 50.000 personnes.
Nous avons également pu bâtir une coopération scientifique, universitaire, technologique exemplaire et nous l'avons démontré aujourd'hui en lançant « L'Année de l'innovation ». Et je veux saluer ici universitaires et chercheurs qui y ont contribué.
Nous avons également voulu rapprocher nos meilleures entreprises, nos start-up et nous avons pu en donner un exemple notamment dans le domaine de la santé. La santé justement, c'est la responsabilité de Marisol TOURAINE, elle est très attachée à ce que nous puissions être en avant-garde avec le Chili et vous en connaissez les raisons.
Nous voulons également avoir avec vous une coopération en matière d'éducation, la France est le 3ème pays d'accueil des étudiants chiliens dans le monde et nous voulons qu'ils soient encore plus nombreux. Et c'est pourquoi nous avons signé un accord, c'était l'année dernière, pour la reconnaissance mutuelle des diplômes.
La culture est également un lien entre nos deux pays, et comment ne pas évoquer ici Pablo NERUDA qui fut ambassadeur à Paris et l'ami de Louis ARAGON. Un film qui connaît un grand succès en France, je sais ce qu'il en est au Chili, retrace la vie de Pablo NERUDA.
Je veux aussi saluer tous ceux qui sont venus dans l'exile apporter à la France leurs talents : les peintres José BALMES, Guillermo NUNEZ £ les cinéastes Patricio GUZMAN, Raoul RUIZ et la cinémathèque à Paris a rendu hommage l'an dernier à ce cinéaste.
Puis, il y a aussi les musiciens, Isabel et Angel PARRA et PARRA disait que tous les Chiliens ont quelque chose en commun avec les Parisiens, il aurait pu dire avec les Français. Ils ont bon cur et mauvais caractère. Mais ils aiment ensemble la culture.
Je veux souligner aussi le rôle du Chili pour la paix, je n'oublie pas que vous avez participé à des missions de maintien de la paix des Nations Unies, notamment en République centrafricaine, en Haïti. Et je sais le rôle du Chili pour accompagner la Colombie et le président SANTOS, pour l'accord avec les FARC et je serai demain également en Colombie.
Je salue aussi le Chili pour ce qu'il a fait pour la réussite de la COP 21, car il a fallu que nous puissions conjuguer nos efforts pour aboutir à cet accord. Mais il va falloir maintenant qu'il est signé, qu'il est ratifié, il va falloir le mettre en uvre et le défendre, par rapport à ceux qui voudraient le mettre en cause ou nier la réalité du réchauffement climatique.
Donc nous savons que nous aurons encore beaucoup à faire pour mener à bien le combat qui est le nôtre pour la planète. D'ailleurs, c'est la planète qui doit d'abord être notre priorité, d'abord la planète, d'abord la démocratie, d'abord la solidarité, d'abord la liberté avant de penser à chacun de nos pays.
Mais la solidarité, je veux également l'exprimer ici alors que le Chili fait face à des incendies. Nous en avons parlé vous et moi et nous sommes prêts, la France, à mettre à la disposition du Chili un détachement de sapeurs-pompiers, des experts en matière de lutte contre l'incendie, pouvant venir ici d'ici 3 jours pour apporter autant qu'il est possible une coopération technique face à ce fléau.
Madame la présidente, mesdames, messieurs, je reviens à Salvador ALLENDE qui dans son ultime message aux Chiliens et finalement au monde entier déclarait : allez de l'avant, tout en sachant que bientôt s'ouvriront de grandes avenues sur lesquelles passeront des hommes libres, libres de construire une société meilleure. Oui, il faut aller de l'avant et c'est ce que vous faites ici, au Chili, pour que vous puissiez avoir l'espérance qui vous a été promise.
Nous, nous savons que la démocratie, que la liberté ne sont jamais des biens acquis pour toujours et que ces valeurs doivent être défendues. Nous savons que le Chili sera toujours là avec la France pour défendre ces principes, ces valeurs universelles. Et il faudra dans ces prochaines années être ensemble face à un certain nombre de dangers ou de menaces.
Nous sommes pour l'ouverture, nous pensons que le monde doit être maîtrisé, régulé, organisé et que nous sommes ouverts au monde et nous ne voulons jamais nous replier.
Je voudrais conclure en disant qu'au-delà de tout, il y a entre les Chiliens et la France une passion commune qui est le vin. Et donc je ferai une entorse à tous les protocoles et je saluerai le vin chilien ce soir en levant mon verre pour l'amitié entre la France et le Chili.
Merci.

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