Publié le 8 mai 2016

Interview de M. François Hollande, Président de la République, avec France 2 le 8 mai 2016, sur les cérémonies du 8 mai, le rôle des forces armées et sur la politique gouvernementale.

8 mai 2016 - Seul le prononcé fait foi

Interview de M. François Hollande, Président de la République, avec France 2 le 8 mai 2016, sur les cérémonies du 8 mai, le rôle des forces armées et sur la politique gouvernementale.

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Jeff WITTENBERG : Monsieur le Président.
LE PRESIDENT : Bonjour.
Jeff WITTENBERG : Merci de nous accorder cette interview. Vous venez, on le voyait sur les images de France 2, de parler avec des jeunes. Est-ce que vous avez l'impression que le 8 mai signifie encore quelque chose pour les jeunes générations ?
LE PRESIDENT : La guerre, c'était il y a un peu plus de 70 ans. On pourrait penser que c'est de l'histoire, et que cela doit s'inscrire dans les mémoires. Mais hélas, la guerre est aussi à nos portes : la Syrie, des massacres, Alep, encore ces derniers jours, en Irak, au Sahel. La guerre peut ressurgir, on le sait. Il faut donc que les générations qui arrivent soient conscientes et de ce qui s'est produit dans l'histoire et de ce qui peut se reproduire dans le futur. Le 8 mai c'était la fin de la Seconde Guerre mondiale, c'était enfin la paix, après une période qui avait été épouvantable. L'Europe s'est forgée au lendemain de cette période terrible et aujourd'hui, l'Europe est menacée, non pas par la guerre, mais elle est menacée par la dislocation, par l'oubli justement de ce qui a pu justifier sa création. Alors là encore, c'est aux jeunes générations et à ceux qui ont la responsabilité des pays concernés, de porter de nouveau le message européen.
Jeff WITTENBERG : Monsieur le Président, est-ce que vous avez l'impression que les Français aujourd'hui se sentent en phase, se sentent plus proches de leurs forces armées, notamment parce qu'elles contribuent à lutter contre le terrorisme, à travers par exemple l'opération Sentinelle ?
LE PRESIDENT : Oui, nos forces armées ne sont pas simplement là pour aller mener des opérations extérieures, même si c'est très important. J'ai salué tout à l'heure un certain nombre d'anciens de ces opérations extérieures. Aujourd'hui c'est la Syrie, c'est l'Irak, c'est surtout le Mali et le Sahel, mais cela a été aussi la Centrafrique, c'est encore la Centrafrique
Jeff WITTENBERG : Où vous allez vous rendre dans quelques jours.
LE PRESIDENT : Je vais m'y rendre. Nous avons réussi à séparer des hommes et des femmes qui voulaient s'entretuer et à faire qu'il y ait des élections, maintenant un Président élu. C'est donc un succès pour la paix et la France y a contribué. Alors il y a aussi la lutte contre le terrorisme. Ce que font nos forces armées en Irak, en Syrie, au Sahel, c'est lutter contre le terrorisme, contre ceux qui ont décidé de faire les attentats de l'année dernière, en janvier et en novembre. A partir de là, nous avons voulu aussi que les forces armées contribuent à la sécurité du territoire. Aujourd'hui il y a plus de 10 000 soldats qui patrouillent, qui surveillent un certain nombre de sites, avec les forces de police, avec les forces de gendarmerie et qui assurent notre sécurité. Alors j'ai fait l'effort je l'avais annoncé, vous vous souvenez, au lendemain des attentats du 13 novembre de renforcer les moyens de notre défense, de lui affecter plus de ressources. Ce n'est pas facile, dans une période où il y a ces contraintes-là. Je l'ai fait pour la sécurité des Français. Je l'ai fait parce que nos armées y contribuent, loin d'ici et tout près.
Jeff WITTENBERG : Pour revenir, d'un mot, à cette cérémonie du 8 mai, on vous a vu tout à l'heure saluer l'ancien Président, votre prédécesseur Nicolas SARKOZY et remettre un document à Ségolène ROYAL et la curiosité des téléspectateurs de France 2 m'oblige à vous demander ce qu'était ce document ?
LE PRESIDENT : Un porte-drapeau m'a remis une photo de Ségolène ROYAL, alors j'ai voulu la restituer à celle qui était sur la photo et qui était dans une cérémonie patriotique, il y a quelques jours, avec ce porte-drapeau. Voilà, je voulais que cette photo lui soit donnée. Je n'ai pas reçu d'autres documents, sinon je les aurais remis aux intéressés.
Jeff WITTENBERG : C'est votre avant-dernier 8 mai de ce mandat, est-ce que c'est un sentiment particulier ? L'an prochain, le 8 mai, une élection présidentielle aura eu lieu, on ne sait pas si c'est un nouveau Président qui sera là mais est-ce que vous vivez cette journée, du coup, avec quelque chose d'un petit peu différent des autres années ?
LE PRESIDENT : Non. La seule information que je peux vous donner, c'est que je serai là le 8 mai prochain. Merci !
Jeff WITTENBERG : Merci beaucoup, Monsieur le Président.
LE PRESIDENT : Merci à vous ! Bon 8 mai ! Parce qu'il y a aussi un temps qui est particulièrement agréable dans toute la France et je pense que cette période est aussi utile pour que les Français profitent de ces jours-là. Nous avons bien redressé le pays, depuis maintenant quatre ans. Je fais en sorte qu'il puisse y avoir un certain nombre de redistributions qui se fassent, dans la maîtrise de nos finances publiques. Il ne s'agit pas de cadeaux qui devraient être faits, je n'ai pas cette conception-là. Mais quand l'effort a été mené, lorsque les comptes publics sont redressés, lorsque, je l'ai dit, cela va mieux pour le pays, même si cela ne va pas mieux pour beaucoup de nos compatriotes, il faut aussi qu'il y ait un soutien à des catégories qui ont participé à l'effort et puis à tous les Français. Ce que je veux, c'est que nous puissions être à la fois un pays plus compétitif, plus moderne, mais en même temps que notre modèle social puisse être protégé. Voilà, il faut que nous puissions avancer, que nous soyons un grand pays, respecté dans le monde on le voit avec nos forces armées, on le voit avec notre diplomatie, on le voit aussi avec un certain nombre de réussites économiques mais il faut aussi que le modèle social soit protégé, élargi, même, parce qu'il y a cette nécessité. C'est la France. La France, c'est à la fois une influence, c'est une parole, c'est une culture, c'est une langue. C'est aussi des réussites industrielles considérables, agricoles et puis c'est un modèle social, un mode de vie. Ce que les attentats nous ont révélé, hélas, ce que les terroristes voulaient viser, c'était notre mode de vie, c'était ce que nous sommes. Nous sommes tous ensemble ici, avec les diverses sensibilités politiques, mais c'est que nous sommes, un pays qui a une culture et qui a une force.
Jeff WITTENBERG : C'est un message politique que vous êtes en train de faire passer ! Certains disent que vous êtes déjà en précampagne électorale. A vous entendre, là, ce matin, on a encore ce sentiment !
LE PRESIDENT : Non, c'est le Président qui parle. Parce que je veux que les Français soient fiers de leur pays, quel que soit le sentiment qu'ils puissent porter sur ceux ou celles qui le dirigent en ce moment, c'est qu'ils soient fiers de leur pays, qu'ils se disent que nous avons une grande et belle histoire, que nous avons fait un certain nombre d'efforts, les uns et les autres, pour être encore plus respectés, que nous avons une parole qui porte et que nous avons un avenir. Ce que veulent signifier ces cérémonies, ce n'est pas le souvenir simplement, c'est l'avenir que nous avons à faire ensemble. Merci.
Jeff WITTENBERG : Merci Monsieur le Président.

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