Publié le 18 avril 2016

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les relations entre la France et l'Egypte, au Caire le 18 avril 2016.

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les relations entre la France et l'Egypte, au Caire le 18 avril 2016.

18 avril 2016 - Seul le prononcé fait foi

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Mesdames, messieurs,
Mes chers compatriotes,
Mes chers compatriotes.
Pardon pour le retard. Nous avons eu beaucoup de contacts aujourd'hui, beaucoup de visites, et je voulais terminer ce déplacement avec vous ici dans cette résidence avec les ministres qui m'accompagnent. Le ministre de la Défense, qui ici a ses habitudes car il y a est venu à de multiples reprises, Jean-Yves LE DRIAN £ la ministre de la Culture parce que madame AZOULAY sait bien l'ampleur de la coopération culturelle que nous avons ici en Egypte £ et puis des parlementaires, la présidente de la Commission des Affaires étrangères, les deux présidents des groupes d'amitié à l'Assemblée nationale et au Sénat. Le tout sous la surveillance de monsieur l'Ambassadeur.
Donc nous sommes ici dans cette résidence. Cette résidence magnifique. Y est conservé, me dit-on, un exemplaire original de la description de l'Egypte avec ce travail qui avait été mené par tous les savants qui avaient accompagné Bonaparte, et qui avaient fait en sorte de pouvoir identifier tout ce que l'Egypte portait en terme de patrimoine et aussi de faune, de flore et de tant d'autres choses merveilleuses.
Cela avait suscité d'ailleurs une très grande curiosité en France à l'égard de l'Egypte qui ne s'est jamais démentie au cours des décennies passées et aussi une passion de l'Egypte pour la France dont la francophonie est une des expressions, mais aussi le droit public. J'étais tout à l'heure au Parlement égyptien et le président du Parlement, professeur de droit constitutionnel, me disait qu'il avait fait ses études à Paris 1, ce qui nous permettait d'avoir de grandes espérances par rapport à la convergence de nos systèmes juridiques.
C'est la deuxième fois que je viens en Egypte. La première c'était à l'occasion du doublement du Canal de Suez, et puis aujourd'hui en visite d'Etat au Caire. Et je tenais à être parmi vous.
Les relations entre la France et l'Egypte sont historiques mais profondes. J'en ai eu une fois encore la preuve. Il y a d'abord la relation politique. Nous sommes conscients, l'Egypte et la France, de l'instabilité des désordres, des conflits dans la région du Moyen Orient. Et nous avons une responsabilité chacun à notre place de pouvoir contribuer au règlement de ces graves questions.
D'abord la Libye parce que l'Egypte a 1200 km de frontière commune, et parce que d'une certaine façon, ce qui se passe en Libye nous inquiète au plus haut point.
Donc, le gouvernement de monsieur SARRAJ qui est en train de s'installer et qui a pour nous la légitimité indispensable, qui a eu le soutien de l'ensemble des représentants de Libye, il est très important que nous puissions lui donner toutes ses chances, toutes les conditions pour qu'il puisse réussir avec l'armée libyenne à sécuriser ce pays.
Nous avons également une responsabilité par rapport à ce qui là encore devrait se produire pour la Syrie, c'est-à-dire une négociation. Or, au moment où j'étais au Caire nous avions les plus graves inquiétudes sur l'enlisement, pour ne pas dire la rupture, de la négociation. Et l'opposition a suspendu sa participation.
Nous devons tout faire pour qu'il puisse y avoir le maintien de la trêve et que l'ensemble des parties prenantes fassent les pressions nécessaires pour que la transition puisse être la perspective. Et si la négociation ne reprenait pas, si les combats en revanche devaient, eux, reprendre, il y aurait de nouveau les pires inquiétudes pour la population civile, les conséquences en terme de réfugiés. J'étais hier au Liban précisément pour marquer la solidarité de la France à l'égard du Liban, qui accueille un million et demi de réfugiés.
Et donc nous devons, et l'Egypte peut être également un partenaire, faire en sorte que les pressions puissent s'exercer pour que les négociations reprennent.
Et puis il y a la question de la sécurité. Sécurité de l'Egypte, sécurité de la région, sécurité de l'Europe parce que tout se tient. Lorsque des actes terroristes se produisent, ici en Egypte il y en a eu de nombreux, en France il y a eu les attaques du mois de janvier 2015, du 13 novembre, nous sommes conscients que nous sommes face au même fléau. Nous devons coopérer, coordonner nos efforts, régler les sources mêmes qui l'alimentent le terrorisme.
J'ai été très sensible aux marques de solidarité de l'Egypte à l'égard de la France alors même que l'Egypte avait aussi à faire son deuil. Je me souviens de cette image des pyramides aux couleurs de la France. Nous devons faire plus que simplement coordonner nos efforts. Nous devons assurer la sécurité de l'Egypte dès lors qu'elle nous en fait la demande. Et c'est la raison pour laquelle lorsqu'il y a eu sollicitation de la part du président SISSI, pour que la France fournisse un certain nombre de matériels, j'ai demandé au ministre de la Défense de faire en sorte de pouvoir y répondre. C'est ainsi que des Rafale ont pu être fournis et que les bateaux Mistral ont pu être également proposés.
Cette sécurité pour l'Egypte c'est la sécurité pour la région. L'Egypte est le plus grand pays du Moyen-Orient, le pays le plus peuplé, le pays qui a donc à faire face aux défis de l'instabilité mais aussi au défi de la réponse aux aspirations du peuple égyptien, et également à faire face au terrorisme.
Nous avons voulu avoir ces relations en termes politiques, en termes de sécurité, mais nous n'avons pas voulu nous arrêter là. Il y a aussi une relation économique que nous avons voulu amplifier ces dernières années. Je salue ici tous ceux qui y contribuent, bien sûr du côté des pouvoirs publics mais surtout du côté des entreprises. Il y a à peu près 150 filiales de groupes français qui sont présentes ici en Egypte, qui font travailler plus de 30 000 personnes. De nombreux chefs d'entreprise m'ont accompagné lors de cette visite - je les en remercie -. Il y a eu ce matin un forum économique de grande qualité et des contrats ont été annoncés, d'autres signalés, dans des domaines très différents : transports avec la prolongation de la ligne du métro qui est une uvre que nous avons engagée il y a maintenant près de 30 ans et qui va se poursuivre encore les prochaines années £ les domaines également de l'énergie £ des infrastructures £ des réseaux £ des villes durables. Bref, de tout ce qui peut contribuer à améliorer la vie des Egyptiens.
Il y a une demande qui nous est adressée et nous devons y répondre. Ce matin je donnais ce chiffre, nous sommes le sixième partenaire économique de l'Egypte. Alors ceux qui pensent qu'être dans les dix premiers, c'est bien, peuvent être satisfaits. Mais nous méritons mieux et l'Egypte aussi. Le président SISSI, je reprends toujours cette formule, nous dit que les entreprises françaises sont les meilleures, qu'elles ont les meilleures technologies. Ce qui est vrai, ce qui n'est pas un compliment, c'est un constat. Vous devez ici le partager puisque vous y contribuez. Les entreprises françaises sont parmi les meilleures au monde dans de nombreux domaines. Alors après il ajoute, parce qu'il y a toujours des intérêts à préserver de chaque côté, que les prix sont souvent plus élevés. Mais c'est normal puisque la technologie y est meilleure et que la qualité y est plus grande. Nous devons effectivement offrir aux Égyptiens les meilleures technologies, et nous devons faire des offres qui soient les plus globales possibles et c'est ce que les entreprises françaises ont décidé de constituer. Je remercie la Chambre de commerce qui y travaille.
Et puis il y a ce qu'il y a peut-être de plus cher au cur de beaucoup d'entre vous, la relation humaine, la relation culturelle. Vous avez tous voulu en venant vivre ici ou en partageant vos vies entre la France et l'Egypte, marquer plus qu'une solidarité, marquer presque une intimité à l'égard de ce pays. Et la culture y contribue puissamment.
D'abord parce qu'il y a une tradition notamment archéologique. La France a beaucoup contribué à mettre en valeur les antiquités égyptiennes. Il y a des écoles qui se sont constituées et je veux saluer ici tous ceux qui y contribuent. De cette relation est née une volonté de porter l'ambition culturelle au plus haut niveau et dans de nombreux domaines, aussi bien le spectacle vivant, le cinéma, la littérature. Nous avons eu l'occasion de rencontrer un certain nombre de ces créateurs égyptiens qui attendent beaucoup de la France, qui attendent que la France aussi soit présente sur la question des droits de l'Homme, sur les principes fondamentaux, sur les libertés essentielles, parce que c'est ce qui fait aussi que nous sommes la France et que nous pouvons être à notre place lorsque nous nous exprimons ainsi. Non pas pour faire la leçon, non pas pour nous interférer dans la vie de l'Egypte en particulier.
Non, tout simplement parce que si on ne le faisait pas, nous ne serions pas la France. Vous-même, vous êtes toujours exigeants à l'égard de ce que la France doit faire. Si nous faisons - et c'est légitime- tout ce qu'il faut pour lutter contre le terrorisme, si nous assurons avec d'autres la sécurité autant qu'il est possible dans notre propre pays et à travers les interventions de nos forces armées, nous n'oublions jamais les principes, jamais les libertés, jamais les droits de la personne humaine.
Il est même nécessaire, si on ne veut pas que le terrorisme puisse utiliser les failles de nos systèmes juridiques pour les dénoncer, nous devons être exemplaires. Je veux vous remercier pour ce que vous faites ici en Egypte dans de nombreux domaines. J'ai parlé des entreprises, j'ai parlé de ceux qui contribuent à la promotion de la culture et de la langue française. Je n'oublie pas les personnels enseignants, les personnels qui travaillent dans les établissements scolaires, les deux lycées au Caire, Alexandrie, de nombreux établissements qui enseignent en français. Je voulais vous remercier pour cette tâche, qui est plus qu'une tâche, qui est une vocation, qui est de transmettre, mais aussi de faire que la langue française soit une langue partagée.
Je voulais aussi saluer tous les personnels qui contribuent avec l'ambassade, les consulats et notamment ici au Caire à ce que la communauté française puisse avoir les services qu'elle attend de l'Etat et de la République. Je sais aussi ce que vos élus peuvent faire. Je les salue parce qu'ils vous représentent et ils vous permettent de faire valoir un certain nombre de vos revendications- et il y en a de nombreuses - parmi les Français qui vivent à l'étranger, notamment sur les droits sociaux, sur la question des frais de scolarité, et tant d'autres.
Je voudrais saluer aussi les binationaux qui sont nombreux, Français et Egyptiens. C'est une chance pour la France d'avoir des binationaux, d'avoir ces femmes et ces hommes, ces familles qui ont deux pays et les aiment tout autant et qui sont encore plus Français que beaucoup de Français et sans doute plus Egyptiens que beaucoup d'Egyptiens parce qu'ils sont justement le produit de ces deux cultures.
J'ai voulu aussi me rendre à la Citadelle et aussi dans le musée Copte pour bien souligner ce qu'est la diversité de l'Egypte, ce qu'est la pluralité de l'Egypte, ce qu'est la possibilité du dialogue entre les cultures, entre les religions. Dans ces lieux il y avait toutes les religions et il y a encore toutes les religions qui sont représentées et nous devons y veiller. Je pense aux Coptes puisque j'étais dans le musée Copte, et je sais ce que représentent les Chrétiens d'Orient. Nous avons l'ambition, l'intention, la volonté de tout faire pour que le Moyen Orient reste une région où toutes les cultures, toutes les religions puissent être représentées, puissent vivre ensemble et les Chrétiens d'Orient notamment.
Je sais aussi combien les questions de sécurité vous préoccupent et c'est bien légitime. Je sais aussi ce qu'a été votre préoccupation à l'égard d'un de nos ressortissants qui a été tué dans des conditions qui restent obscures, Eric LANG. Je sais ce que sa famille attend et nous la soutenons autant qu'il est possible. Je sais que les parlementaires comme les élus ici se sont mobilisés. Il y a également parce que nous sommes l'Europe, la question de l'élucidation aussi de la mort de ce jeune Italien et combien cette situation a mobilisé pas simplement en Italie, les opinions publiques. Nous devons vous assurer aussi cette sécurité. Nous en avons parlé bien sûr avec les autorités égyptiennes et nous faisons en sorte qu'il y ait autant que possible la meilleure relation pour vous protéger. Protéger l'Egypte, c'est vous protéger.
Je veux terminer en vous demandant, vous les 6000 membres de la communauté française - pas tous rassemblés ici. Ici, je n'ai qu'une délégation, mais sans doute la plus brillante, la plus représentative - je voudrais vous dire que ce que vous faites ici est très important, très important pour l'Egypte, très important pour la France parce que la communauté française avec cette diversité aussi, avec sa pluralité, permet de faire rayonner la France.
Vous savez ce qu'est aujourd'hui l'interrogation que l'on a en France, toujours la même : quelle est notre place, quel est notre destin, quel est notre avenir, est ce que nous sommes encore capables de peser sur la vie du monde, est-ce que nous pouvons avoir une parole forte qui permette de faire respecter les valeurs que nous portons ? Il y a toujours même cette question : est-ce que l'économie française pourra trouver sa place dans la mondialisation, avoir la capacité technologique pour tenir son rang et même en gravir d'autres ? Vous, vous avez la réponse.
D'abord parce que, quand on vit ici en Egypte mais, c'est vrai dans beaucoup de pays du monde, on est toujours saisi par l'amour que des pays qui paraissent lointains portent à la France. Même s'ils ne sont jamais allés en France, parce qu'ils savent ce que la France représente, ils attendent beaucoup de la France. Et donc ils chérissent la France. Parfois on se demande pourquoi. Nous, nous avons une partie de la réponse parce que nous continuons à porter un message particulier, parce que nous sommes un pays singulier et parce que nous sommes porteurs non pas simplement de technologies et de capacités économiques ou de moyens de défense, mais parce que nous sommes porteurs d'une idée qui est plus grande que nous, qui est la France, avec ses principes, avec ses idéaux.
Et partout, dans tout parlement que je visite, il y a toujours l'évocation de l'histoire de la France comme exemple. Et puis vous, vous savez mieux que d'autres ce que c'est que de lutter pour que la France puisse avoir justement les récompenses de son action, aussi bien sur le plan de sous l'influence diplomatique culturelle, politique mais aussi, économique. Et si la France est ce qu'elle est aujourd'hui, avec cette interrogation qu'il faut lever sur son destin, je vous demande de lui apporter la meilleure des réponses, parce que vous êtes au service de la France en étant ici en Egypte, également au service de l'Egypte. Vous savez qu'en préparant l'avenir de ce grand pays qu'est l'Egypte, vous préparez aussi l'avenir de la France. L'Egypte, c'est 90 millions d'habitants, deux millions chaque année de plus, avec tous ces besoins qui doivent être satisfaits, mais tous ces enjeux aussi de savoir ce que cette jeunesse pourra trouver comme perspective et comme confiance dans son propre avenir. Alors faites en sorte de répondre à toutes les attentes des Égyptiens, faites en sorte d'être pleinement Français ici en Egypte et ayez confiance en la France puisque vous êtes la France.Merci.

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