Publié le 23 décembre 2014

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les efforts en faveur de Saint-Pierre et Miquelon, à Miquelon-Langlade, le 23 décembre 2014.

23 décembre 2014 - Seul le prononcé fait foi

Déclaration de M. François Hollande, Président de la République, sur les efforts en faveur de Saint-Pierre et Miquelon, à Miquelon-Langlade, le 23 décembre 2014.

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Monsieur le Maire,
Mesdames et Messieurs les Conseillers municipaux,
Je partage votre émotion. Je suis venu avec la ministre, à l'invitation de vos parlementaires, en compagnie aussi d'une secrétaire d'Etat, qui est la première ministre de Saint-Pierre-et-Miquelon qui siège au gouvernement de la France. C'est dire le lien qui existe entre Saint-Pierre-et-Miquelon et la République.
Mais jusqu'à aujourd'hui, aucun chef de l'Etat n'était venu à Miquelon Langlade. J'éprouve une légitime fierté à être le premier. Je comprends l'attente qui est portée vers la République à travers ma personne. Car, venir est une reconnaissance, reconnaissance de votre ténacité, de votre obstination, génération après génération, pour développer Miquelon Langlade.
Mais ce que vous attendez aussi du Président de la République, c'est un acte de solidarité. Cette solidarité est celle qui a toujours été prodiguée à Saint-Pierre-et-Miquelon depuis des années, au-delà même des alternances politiques. Mais aujourd'hui, Miquelon Langlade attend encore davantage, puisque je suis là.
Vous avez évoqué les différents dossiers. Vous avez des ressources limitées, puisqu'un peu plus de 600 habitants et un budget qui forcément ne dépasse pas 2 millions d'euros. Vous avez des moyens qui sont forcément étroits pour faire face, non seulement au fonctionnement, mais également à l'investissement.
Sur les dossiers, il y a d'abord le traitement des déchets, la gestion de l'eau. Il y a aussi l'abattoir. Tout cela représente, à travers les normes qui vous sont demandées, parfois près de 2 millions d'euros de travaux. Vous ne pouvez pas assumer seuls, même avec le soutien qui peut vous être apporté par la collectivité. L'Etat sera à vos côtés et j'y veillerai.
Vous avez également parlé du port, de l'aéroport. Il faut être ainsi désenclavé, que les bateaux puissent accéder, que les avions puissent venir et que la population puisse être également en sécurité, y compris pour ces évacuations sanitaires.
Il faut que les touristes, nombreux, aussi puissent venir. Il n'y a pas que le Président de la République qui doit venir à Miquelon Langlade. Je crois que vous avez déjà un certain nombre d'équipements et d'installations. Travaux sur le port, travaux sur l'aéroport, il y a ce qui relève de la collectivité et ce qui relève de l'Etat.
Vous avez insisté sur le dossier de deux entreprises, qui forment un ensemble et nous irons les visiter. La première a bénéficié d'un soutien à l'investissement pour qu'un tunnel de surgélation permette de pouvoir traiter cette matière première qu'est le poisson. L'entreprise de coquillages attend une subvention, qui, à un moment, a pu être remise en cause et qui sera confirmée pour 2015, je vous l'assure.
Enfin, il y a ce que vous souhaitez pour votre île. Vous avez plein de projets. Vous êtes une nouvelle équipe et vous avez constaté un déficit. Mais je vous l'ai dit ça peut arriver à d'autres de constater les déficits ce qu'il faut, c'est pouvoir non seulement bien traiter ces finances publiques, mais en même temps pouvoir continuer à investir.
C'est le message que je voulais porter ici. Vous êtes le symbole d'une population qui s'est toujours battue, qui s'est battue pour vivre. Je rappelle qu'à plusieurs reprises, elle est partie et est revenue, parce qu'elle voulait être sur cette île de Miquelon Langlade.
Elle s'est battue aussi pour la France et pour la République. J'étais tout à l'heure au Monument aux Morts. Pendant la guerre de 14-18, une partie de la population a été appelée à servir la France, la République, le territoire français. Il y a eu des dizaines de morts venant de Saint-Pierre-et-Miquelon lors de la Première guerre mondiale.
Puis, ensuite, cette population s'est battue à l'occasion de la Seconde guerre mondiale. Vous avez rappelé ce que sera la cérémonie de demain, c'est celle qui marque le ralliement de Saint-Pierre-et-Miquelon à la France libre. Plusieurs dizaines de marins sont morts pour sauver le pays.
C'est une population qui s'est battue ensuite pour assurer son développement économique, pour faire qu'il puisse y avoir une pêche. Ça a été un combat qui n'a pas pu trouver sa traduction. Beaucoup de promesses avaient été faites. A un moment, il avait été espéré qu'il n'y aurait pas ce moratoire. Il y a ensuite eu une décision prise par le Canada qui a considérablement affecté la pêche sur Miquelon et sur Saint-Pierre.
Vous vous êtes battus pour pouvoir diversifier votre économie. C'est ce combat que je suis venu honorer, parce que vous montrez que lorsqu'il y a une conviction, lorsqu'il y a une foi, lorsqu'il y a un engagement, lorsqu'il y a une ténacité, génération après génération, il y a un résultat.
Aujourd'hui encore, vous vous battez pour que votre île soit une île, je veux dire par là, pas trois îles. Avec l'isthme et le réchauffement climatique, il existe un risque sérieux à ce que dans quelques dizaines d'années, pas davantage, il y ait séparation.
Ce que nous préparons à travers la Conférence sur le climat en décembre 2015, c'est justement pour répondre à ce défi. Ce défi qui, ici, est visible, parce qu'année après année, vous voyez la montée des eaux, la montée de la mer. Vous voyez le risque que la séparation peut représenter, qui rendrait encore plus difficile l'accès à votre territoire.
C'est ce combat que nous menons ensemble et soyez sûrs, pour les prochaines années, que la République sera à vos côtés. Vous avez suffisamment fait la preuve de votre esprit républicain, je parle ici de Miquelon Langlade mais également de l'ensemble de l'archipel, pour que la République n'oublie pas ce territoire en Amérique du Nord. C'est un territoire qui a voulu vivre français et a voulu aussi donner une place à la France.
Grâce à vous, nous sommes en Amérique du Nord, nous, la France. Grâce à vous, nous avons un espace maritime. Grâce à vous, nous pouvons porter une revendication sur le plateau continental. Grâce à vous, nous pouvons rayonner. C'est la raison pour laquelle la solidarité que nous marquons n'est pas une solidarité fondée sur une générosité, une assistance, non. C'est une solidarité fondée sur une conviction, c'est que nous allons réussir ensemble.
Merci à la population de Miquelon Langlade de m'avoir accueilli comme elle l'a fait.
Merci à Monsieur le Maire et à son Conseil municipal.
Vive la République !
Et Vive Miquelon !

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