Publié le 12 février 2013

Point de presse conjoint de MM. François Hollande, Président de la République, et Jean-Claude Juncker, Premier ministre du Grand-Duché de Luxembourg, notamment sur les relations franco-luxembourgeoises et sur le budget de l'Union européenne, à Paris le 12 février 2013.

Point de presse conjoint de MM. François Hollande, Président de la République, et Jean-Claude Juncker, Premier ministre du Grand-Duché de Luxembourg, notamment sur les relations franco-luxembourgeoises et sur le budget de l'Union européenne, à Paris le 12 février 2013.

12 février 2013 - Seul le prononcé fait foi

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LE PRESIDENT : « Mesdames et Messieurs, jai accueilli avec beaucoup de plaisir Jean-Claude JUNCKER, le Premier ministre du Luxembourg : pays ami, dirigeant ami et avec lequel nous avons de grandes convergences de vues sur lensemble des questions, que ce soit sur le plan bilatéral, que ce soit sur le plan européen ou que ce soit sur le plan international.
Commençons pas les questions bilatérales. Nous les avons évoquées. Le Luxembourg accueille de nombreux Français qui viennent y travailler. Nous avons sûrement encore des améliorations à produire pour leur protection sociale, pour la santé, pour les retraites Nous avons là une très bonne collaboration.
Sur le plan bilatéral aussi, en terme dinfrastructure, nous travaillons à des liaisons communes et nous avons aussi à faire en sorte quil y ait une très bonne coopération entre le Luxembourg et la région Lorraine. Je remercie le Premier ministre pour tout ce quil fait dans cette direction.
Sur le plan européen, nous siégeons à la même table du Conseil européen. Jean-Claude JUNCKER y apporte sa grande expérience : je ne dirai pas depuis combien de temps il y siège, y travaille et y parle. Je dois dire que sur laccord que nous avons trouvé vendredi dernier, nous nous sommes nous-mêmes convaincus que cétait un accord dans le contexte que nous connaissions, dans la circonstance que nous traversons le moins mauvais quil soit possible de trouver. Notamment en terme de volume de dépenses 960 milliards deuros en terme de soutien à la croissance puisque Jean-Claude JUNCKER avait défendu avec moi le « pacte de croissance » au mois de juin dernier et également en terme de maintien de la politique agricole commune puisque la France avait là-dessus des intérêts et en même temps des objectifs à affirmer.
Sur le plan européen, nous sommes aussi conscients que nous devons, au cours de cette année 2013 qui sera encore difficile soutenir autant quil sera possible la croissance. Nous y travaillons avec la même opiniâtreté.
Sur la question internationale, je voudrais remercier le Luxembourg pour ce qui est fait, non seulement en terme de soutien politique de notre intervention au Mali, mais daccompagnement puisque le Luxembourg, à la fois en terme daide, en terme de présence, nous permettra davoir le bon accompagnement de ce que lon appelle la MISMA et la mission européenne de soutien et de formation de larmée malienne.
Enfin, je rappelle que le Luxembourg siège au Conseil de sécurité des Nations Unies et que nous aurons à travailler sur lopération de maintien de la paix qui suivra ce que nous avons déjà engagé au Mali.
Voilà, pour toutes ces raisons, jai été tout à fait heureux daccueillir Jean-Claude JUNCKER. Je sais quil va maintenant se rendre auprès de Jean-Marc AYRAULT pour encore approfondir les questions que je viens daborder. Cest un partenaire, cest un ami. Je considère quil a beaucoup fait pour lUnion européenne, pour lEurogroupe. Il en était le Président jusquà ces dernières heures et je voudrais lui dire toute notre reconnaissance pour laction quil a conduite au sein de lEurogroupe et quil continue de mener au sein de lUnion européenne ».
LE PREMIER MINISTRE : « « Merci, M. le Président. Cest avec une grande joie qui frise le bonheur que je me suis rendu à Paris. Pour un premier ministre luxembourgeois, être reçu à lElysée constitue toujours un grand évènement. Nous disons du Luxembourg quil est « la petite France de létranger ». Je ne me sens pas à létranger lorsque je suis à Paris.
Nous avons évoqué, le Président et moi, outre les problèmes bilatéraux il faut dire que dune façon générale les relations entre les deux pays sont excellentes un certain nombre de sujets européens.
Nous avons passé en revue les récents accords budgétaires dont nous avions décidé les principes jeudi et vendredi derniers. Je dois dire que sur lessentiel et en dépit dune légère déception, puisque ce budget na pas le profil de toutes les ambitions que lEurope doit avoir que nous sommes satisfaits de laccord qui fut trouvé. Parce que nous ne voulons pas, comme dautres lont fait, nous déclarer vainqueurs car cela présupposerait quil y aurait également eu des vaincus. Sur lessentiel des positions qui étaient françaises et luxembourgeoises, presque partagées par les deux pays, nous avons eu, comme dirait lautre, gain de cause.
Or lessentiel nétait pas là. Lessentiel était de conclure un bon accord budgétaire pour une période de sept années. La PAC a été préservée dans son ensemble. Les éléments de croissance, qui reposent sur linitiative de François HOLLANDE de juin dernier, ont trouvé une traduction budgétaire dans le cadre des perspectives que nous avons dégagées. Il y a la prise en compte du douloureux problème du chômage des jeunes, les instruments de solidarité ont été grosso modo préservés puisque les politiques de cohésion pourront fonctionner comme elles le firent auparavant.
Nous avons évoqué les problèmes gravitant autour de la zone euro pour nous reconfirmer que, oui la rigueur budgétaire est une option quon ne peut pas écarter mais que les politiques de croissance ont la même importance.
Sur le Mali, je dois dire ici à Paris et en présence du Président que nous admirons, non pas de loin mais de tout près, laction qui est celle de la France, action courageuse puisquelle implique non seulement la mise à disposition de matériels mais également de soldats. Les pays qui nont pas de soldats engagés sur les théâtres de conflits ne savent pas la responsabilité de celui qui est le chef des armées. Je pense personnellement quen intervenant comme elle la fait au Mali et au nom de ses principes et de ses valeurs, la France a aussi permis à lEurope de donner delle-même une expression en Afrique quelle naurait pas sans la France. Nous continuerons à appuyer la France pour tout ce qui concerne le Mali ».
QUESTION : « Vous avez tous les deux dénoncé ces derniers jours, un euro trop fort. Il semble que vous ayez reçu une fin de non-recevoir de lAllemagne. Est-ce que lEurope est condamnée à avoir une devise surévaluée, est-ce que nous avons perdu la guerre des devises sans même lavoir menée ?
Ensuite, M. le Président vous avez plaidé à Strasbourg pour un objectif de change à moyen terme pour leuro, mais il semble aussi que cet objectif soit exclu par le communiqué que le G7 vient de diffuser. Je voulais vous demander à tous les deux si vous réitérez tous les deux, lobjectif davoir un taux de change à moyen terme pour leuro ».
LE PREMIER MINISTRE : « Oui, il est sage pour au moins les Premiers ministres je ne parle pas de la sagesse présidentielle de ne pas sexprimer sur les niveaux adéquats des taux de change. La Banque centrale européenne, elle, na pas un objectif de taux de change. Mais il faut, à la vérité, dire quil ne faut pas tout de même négliger tout ce qui se passe en matière de relations monétaires entre les grands ensembles qui constituent la communauté monétaire internationale.
Il ny a pas un taux de change optimal pour leuro mais nous devons avoir à lil les comportements des autres qui sont concurrents directs. Moi, je ne plaiderai jamais pour une dévaluation interne de leuro mais il serait naïf de ne pas voir ce qui, dune façon visible, se joue sous nos yeux ».
LE PRESIDENT : « Vous avez évoqué une déclaration du G7 qui met en garde la communauté internationale par rapport à des dévaluations compétitives. Nous devons donc faire en sorte que les monnaies ne soient pas linstrument décarts de compétitivité qui ne seraient pas réels mais qui seraient simplement monétaires. Nous devons faire en sorte que les parités ne soient pas utilisées à des fins commerciales ».
LE PREMIER MINISTRE : « Je persiste à croire que les taux de change doivent refléter les données économiques fondamentales. Elles le font parfois insuffisamment ».
QUESTION : « Bercy annonce une révision des perspectives de croissance la semaine prochaine, vraisemblablement à la baisse. Je voudrais savoir dabord si vous, M. le Président, vous en tirez des conséquences sur la politique à mener dans les prochains mois, soit pour respecter le critère des 3% en fin dannée, soit pour soutenir la croissance comme vous lavez dit. Plus généralement, est-ce que tous les deux vous estimez quil est temps, peut-être, de desserrer un peu la contrainte budgétaire pour soutenir la croissance en 2013 ? »
LE PREMIER MINISTRE : « On ne combat pas la dette publique en laugmentant et on ne lutte pas contre les déficits en les élargissant. Je crois quil faudra maintenir la rigueur budgétaire sans oublier les éléments de croissance qui revêtent la même importance.
Rigueur ne veut pas dire austérité absolue. Rigueur ne veut pas dire que lon fasse des économies là où les économies pourraient nuire à la reprise économique. Tout est donc objet de mesure, de calibrage et de bon dosage ».
LE PRESIDENT : « Nous, en France, nous avons maintenant depuis plusieurs mois un principe de vérité. Cest-à-dire que nous affichons des objectifs de croissance en fonction de que nous pensons être la réalité économique prévisible. A chaque fois, nous avons réajusté nos objectifs de croissance lorsque nous avons eu ces confirmations. Nous le ferons donc dans les prochains jours si cest nécessaire. Il ne sert à rien dafficher des objectifs sils ne peuvent pas être atteints.
En revanche, nous devons tout faire pour que dans lannée 2013 nous ayons le sérieux budgétaire sur lequel nous sommes engagés, mais que nous ayons aussi une volonté de préserver lactivité. Cest en fonction de ces deux exigences exigence de sérieux, exigence demploi et dactivité que nous aurons à faire les choix liés à cette perspective de croissance ».
QUESTION : « Petite question sur MITTAL. MITTAL ne sera pas présent à la réunion ministérielle à Bruxelles. Est-ce que vous en avez discuté ? La France et le Luxembourg peuvent-elles mener une action de concert sur ce dossier ?
LE PRESIDENT : « Nous en avons discuté, oui, et nous allons continuer à en parler, je le confirme ».
LE PREMIER MINISTRE : « Il y a entre la France et le Luxembourg et notamment au niveau de ses bassins sidérurgiques, une solidarité de fait. Evidemment, nous en avons parlé, pas pour la première fois aujourdhui, de lavenir de la sidérurgie européenne et notamment de celle qui concerne nos territoires respectifs. Nous restons en contact étroit, nous échangeons souvent sur ces questions. Il eût été plus facile au gouvernement français quaux Luxembourgeois de dialoguer avec M. MITTAL si il sétait rendu à un rendez-vous.
En règle générale, lorsque trois gouvernements se réunissent pour parler dune entreprise, il est quelque peu inconvenable que le principal propriétaire de cette entreprise ne soit pas présent. Mais on le verra parce quon le trouvera ».
LE PRESIDENT : « Vous avez votre réponse : il sera trouvé. Mais avant, je dois dire que nous devons veiller à travailler ensemble Belges, Luxembourgeois, Français pour éviter que MITTAL, en loccurrence, utilise les relations bilatérales pour dire à chacun ce quil veut entendre. Ce qui compte, cest ce qui peut être fait sur lensemble de la sidérurgie européenne qui concerne notamment nos trois pays. Merci à vous. A bientôt ».

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