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Discours d'Emmanuel Macron à la Base aérienne 125 d'Istres-Le tubé – Jeudi 20 juillet 2017

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Rubrique : Défense

Madame la ministre,

Monsieur le chef d’état-major des armées,

Monsieur le chef d’état-major de l’armée de l’air,

Mesdames et messieurs les élus,

Mesdames et messieurs,

Je suis, je dois vous le dire, très heureux d’être parmi vous aujourd'hui, à Istres, sur cette base aérienne 125, emblématique de l’excellence de l’armée de l’air et de l’importance des missions qu’elle conduit pour la défense et la sécurité de la France, et je tenais à vous remercier de l’accueil que m’avez réservé aujourd'hui, toutes et tous, officiers, sous-officiers, mesdames et messieurs. J’y ai été sensible. J’y ai vu, comme à chaque fois, la même fierté des missions qui sont les vôtres et l’extrême humilité qui accompagne votre quotidien.

Vous fêtez le centenaire de votre base cette année, et beaucoup d’entre vous ont été mis à l’honneur en défilant vendredi dernier sur les Champ Élysées ; de cela, nous sommes, également, fiers.

La dissuasion nucléaire est au cœur de notre défense ; elle est la garantie de nos intérêts vitaux et, en tant que chef de l’Etat et chef des armées, j’en suis le garant. C’est pourquoi j’ai souhaité, très rapidement, rendre visite à celles et ceux qui assurent la permanence de notre posture au sein de nos deux composantes, sous-marine et aéroportée, lesquelles sont toutes deux indispensables et complémentaires.

Je suis allé à la rencontre de vos camarades de la force océanique stratégique, à l’Ile Longue et à bord du SNLE Le Terrible, il y a deux semaines. Il était tout aussi important pour moi de venir aujourd’hui, à vos côtés, vous qui servez la dissuasion dans l’armée de l’air, au sein ou en concours des forces aériennes stratégiques, vous, également, les marins de la force aéronavale nucléaire, qui êtes susceptibles de participer à la dissuasion depuis le porte-avions.

Toutes et tous, dans vos compétences et vos grades, vous participez, par cette mission essentielle, à la sécurité de la Nation.

Ici, à Istres, je veux rendre hommage à tous les aviateurs, qui, depuis bientôt cinquante-trois ans, ont assuré et assurent, quelles que soient leurs fonctions, la permanence de l’alerte opérationnelle de notre composante aéroportée. Depuis la première prise d’alerte d’un Mirage IV et d’un C-135 sur la base aérienne de Mont-de-Marsan, en octobre 1964, les forces aériennes stratégiques sont mobilisées, 7 jours sur 7 et 24h sur 24.

C’est cela votre mission, c’est cela notre fierté. Et je sais qu’au-delà, c’est l’armée de l’air, dans toutes ses composantes, qui est mobilisée sur cette base. A travers la variété de vos fonctions et de vos responsabilités, vous en êtes le meilleur exemple.

La crédibilité de notre dissuasion repose d’abord sur vous, les femmes et les hommes qui la mettez en œuvre. Je le sais, je l’ai encore vu à l’instant, vous agissez avec un très grand professionnalisme et dans la plus absolue discrétion. Je sais parfois l’ingratitude de missions qu’on ne peut raconter, de secrets qu’on ne peut partager, de ce qu’on ne peut dire ni aux proches ni aux familles. Mais c’est votre quotidien, c’est la crédibilité même de notre pays. C’est la condition de la crédibilité de la France sur la scène internationale, dans nombre de théâtres d’opérations, et lorsqu’elle participe à des coalitions.

Ce matin, à travers nos échanges et les visites que j’ai faites, j’ai pu constater votre rigueur, votre force de caractère. J’ai constaté également cette humilité, que j’évoquais à l’instant, face à l’importance de la mission, au rôle essentiel que vous jouez dans notre système de défense. Fierté et humilité, c’est cela qui fait votre force, qui fait notre force, et je veux vous le dire cet après-midi.

J’ai mesuré enfin votre haut niveau d’entraînement, qui vous rend aptes et prêts pour la mission, en tout temps, quelles que soient les circonstances : chaque jour, sur les bases, dans les centres opérationnels, dans les airs, vous vous exercez en conditions réelles, avec les exigences des circonstances réelles. C’est ce que vous nous avez parfaitement expliqué durant toute cette matinée et je tenais tout particulièrement à vous en remercier.

Votre aptitude opérationnelle et, donc, votre crédibilité repose également sur la participation des FAS aux autres missions de l’armée de l’air, qu’il s’agisse de la protection de notre espace aérien national ou de l’intervention en opérations extérieures.

Cet engagement, votre engagement, l’engagement de l’armée de l’air, comme celui de toutes les armées, est nécessaire, et je le respecte profondément. Ce ne sont pas que des mots. Lorsque je parle de nos armées, je parle de femmes et d’hommes, de leur famille, et de leur vie. C’est pour cette raison que le jour même de mon investiture j’étais à Percy aux côtés de vos camarades blessés, dans la semaine à Gao, et aujourd’hui auprès de vous.

Parce que je sais ce que cela implique, parce que je sais l’exigence de votre condition – civils comme militaires, vous qui travaillez pour le ministère des Armées – parce que je sais ce que la Nation vous doit. Oui, il ne s’agit pas d’un ministère comme les autres, parce que des vies sont engagées au quotidien, parce que la place de la Nation en dépend, parce que la sécurité de nos concitoyens réside précisément dans vos missions.

C’est pour cela que je tiens à ce que vous puissiez exercer ces missions dans les meilleures conditions opérationnelles, et c’est pour cela que je veux que les ressources nécessaires y soient consacrées. C’est cette conviction qui m’a conduit à m’engager sur une trajectoire budgétaire qui permettra de porter l’effort de défense à 2 % du produit intérieur brut en 2025, afin de continuer à conduire les opérations là où nous devons les mener, à préparer l’avenir, et à moderniser les équipements.

Mais qu’est-ce qu’un tel engagement s’il ne repose pas avant tout sur une stratégie, une volonté, une réflexion sur notre environnement, sur la nature de la menace ?

La stratégie que nous voulons conduire, la stratégie en termes capacitaires que nous voulons déployer, c’est cela la clef de tout. Ce ne sont pas des chiffres qu’on égrène, parce qu’alors, comment pourrais-je aller devant celles et ceux qui, parfois, à vos côtés, assurent, dans d’autres cadres, la sécurité de nos concitoyens ? Que pourrais-je dire aux policiers ou aux gendarmes ? Qu’irais-je dire aux infirmières ou aux infirmiers ? On est sérieux avec eux et on les respecte simplement quand on fait des additions ?

Allons ! Nous méritons collectivement mieux qu’un tel débat. Je veux que vous ayez les moyens de la mission, d’assurer et d’exécuter la stratégie définie, dans un cadre donné, avec une vraie réflexion capacitaire.

Le premier élément, c’est d’avoir une stratégie diplomatique, militaire et capacitaire. Elle sera construite dans les prochaines semaines, sous l’autorité de la ministre des Armées, qui me rendra, à l’automne, les conclusions de la revue indispensable que nous devons mener.

Ensuite, c’est de déployer les engagements que j’ai pris et que je tiendrai, ces 2 % à horizon 2025 qui permettront d’exécuter cette stratégie. Je le sais, beaucoup d’encre a coulé avant, pendant et après les arbitrages budgétaires. Mais la seule vérité est celle-ci : le montant de la Loi de finances initiale 2017 sera respecté. Il y a eu une contribution des armées à la solidarité nationale, en gestion, pour l’année 2017. Mais est-elle la trace d’une stratégie que nous sommes en train de construire et d’un mandat qui commence ? Non. Elle est la part de décisions conséquentes prises sous la responsabilité du Premier ministre, qui ont conduit à devoir demander à chacun et chacune des efforts pour tenir nos engagements en 2017. Mais ces décisions de gestion sur une année en cours d’exercice n’auront aucun impact ni sur la stratégie, ni sur les capacités, ni sur les forces. Je veux ici le rappeler, et je n’accepterai aucun discours de défaite en la matière. Ils ne sont pas à la hauteur des armées et de ce que vous êtes.

Dès 2018, avant même la Loi de programmation militaire, et pour nous mettre sur la trajectoire justement des 2 % que j’évoquais, nous augmenterons notre effort de défense. Le budget du ministère des Armées, qui est sous la responsabilité de la ministre, sera porté à 34,2 milliards d’euros de crédits budgétaires, dont 650 millions d’euros de provision OPEX et 200 millions d’euros consacrés au renforcement de la protection de nos forces, c’est-à-dire votre quotidien. Et là aussi, je ne laisserai personne dire que tel ou tel choix budgétaire se fait aux dépens des forces, de votre quotidien, de votre sécurité : c’est faux. J’en suis le garant et c’est la mission au quotidien de la ministre des Armées.

Cette augmentation du budget, dans une année où aucun budget autre que celui des armées ne sera augmenté, est inédite ; et je veux que vous en mesuriez l’importance, parce qu’elle est en cohérence avec nos engagements et parce que durant les dernières années, il n’y a jamais eu une telle augmentation de 1,8 milliard d’euros du budget des armées. Je le redis : cela n’a de sens que parce que cela permettra de déployer une vraie stratégie, une vraie réflexion capacitaire, une vraie réflexion sur l’ensemble des théâtres d’opérations où vous êtes engagés, en lien avec la revue qui sera présentée à l’automne.

Et c’est aussi pour cela que j’ai demandé, sous l’autorité de la ministre, qu’une réflexion en profondeur, que le CEMA aura à me présenter, soit conduite, là aussi pour l’automne, qui permettra de réviser les modalités de l’opération Sentinelle.

L’effort que nous avons décidé, je vous le redis ici, est cohérent avec les engagements que j’ai pris, la stratégie qui est la nôtre, les besoins de sécurité et de crédibilité de notre Nation ; et vous le méritez, compte tenu de votre engagement, au quotidien, dans les bases, en OPEX, et dans toutes les missions qui vous sont confiées.

Le général de VILLIERS a souhaité hier passer la main. C’est son choix et je le respecte entièrement. Je tiens à lui rendre un chaleureux hommage, car il a été un grand soldat, aimé et admiré de ses subordonnés et il vous a brillamment commandés pendant un peu plus de trois ans.

Sur proposition de la ministre, j’ai nommé le général d’armée François LECOINTRE comme nouveau chef d’état-major des armées. Mon général, je veux, ici, saluer devant vos troupes votre exceptionnelle carrière opérationnelle. Je connais votre sens des responsabilités. Je sais votre détermination. Vous avez toute ma confiance, la confiance de votre ministre et, je le sais, la confiance de toutes celles et ceux que vous commandez désormais. Avec la ministre, avec vous, avec les armées, nous allons conduire ensemble ce projet ambitieux, pour construire l’outil de défense dont la France a besoin tout en menant les opérations pour protéger notre pays.

Pilotes, navigateurs, équipages, mécaniciens, personnels des bases, opérateurs, je sais le haut niveau d’engagement qui vous est demandé, et j’en mesure les conséquences sur votre vie personnelle. Je sais que votre hiérarchie y est aussi sensible, nous en avons parlé avec le général LANATA. Je tiens à vous exprimer ma reconnaissance, et celle de tous les Français, et je vous félicite pour cet engagement au quotidien, au service de tous.

Mais je sais aussi, et j’aurai mon dernier mot pour elles, l’engagement à vos côtés de vos familles. J’ai demandé, il y a quelques instants, à chacune et chacun ce qu’il en était. Je sais que c’est parfois difficile d’expliquer la mission même qui est la vôtre, peut-être encore plus ici qu’ailleurs, de faire comprendre les contraintes du quotidien, lorsqu’on revient d’OPEX, ce qu’on a dans la tête et qu’on ne peut pas dire, la force et l’intensité de ce que vous vivez chaque jour.

Alors, oui, ces remerciements de la Nation, nous les devons aussi à vos familles.

Je sais que nous vivons dans un monde qui n’est pas celui d’il y a vingt ou trente ans ; je sais que les contraintes des familles ne sont pas les mêmes, que ce qu’on acceptait sans rien dire, parfois, rend les choses plus difficiles. Alors, oui, nous devons avoir davantage de considération pour elles et ouvrir un travail, une réflexion, en profondeur pour qu’il en soit autrement.

C’est pourquoi j’ai demandé, pour l’automne, à la ministre des Armées, de faire des propositions concrètes, de prendre des mesures concrètes, pour que la vie des familles soit davantage prise en compte dans les affectations, dans les décisions du quotidien, et pour que toutes celles et ceux qui peuvent être aidés dans leur quotidien le soient.

Et je veux qu’aujourd’hui, vous soyez mes porte-voix et mes ambassadeurs pour, une nouvelle fois, remercier les vôtres.

À vous tous, officier, sous-officiers, aviateurs et marins, je veux redire aujourd’hui ma profonde estime, vous assurer de toute ma confiance, et vous dire que cette estime et cette confiance, ce ne sont pas des mots. Ce sera une présence à vos côtés, au quotidien ; ce seront des décisions cohérentes, et dans la durée ; et ce sera une détermination au quotidien, à hauteur d’hommes, c’est-à-dire la même que la vôtre.

Vive la République et vive la France !

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