Transcription du discours du Président de la République auprès des forces mobilisées.

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SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI

Mesdames et Messieurs les élus du département et de la région,

Messieurs les Préfets,

Mesdames et Messieurs,

Si je suis à Calais aujourd'hui, c'est pour tenir un engagement. Un engagement que j’avais pris

devant vous, Madame la Maire, lors du dernier congrès des maires de France au mois de

novembre, où vous m'avez invité. Je m'étais engagé à venir avant la fin du mois de janvier, je

suis là.

Je vous remercie, Madame la Maire, de votre invitation, de votre accueil chaleureux, et à

travers vous, je souhaite ici adresser un message de fraternité, de solidarité et de

reconnaissance de la Nation à nos concitoyens de cette belle ville de Calais et du Calaisis. Ils

le méritent et nous leur devons.

Je pourrais, comme le général de GAULLE en 1959, évoquer l’exemplarité de votre ville, sa

contribution décisive à l’intégrité et à l’unité de notre pays et le lourd sacrifice consenti des

deux guerres mondiales.

Je pourrais, comme François MITTERRAND en 1983, évoquer le dur labeur des habitants de

Calais et leur participation éminente au développement de la France.

Permettez-moi, tout simplement, de rendre hommage également à leur courage et à leur

générosité, et de vous assurer que l’Etat sera toujours à leurs côtés, à vos côtés, pour continuer

à développer un territoire en pleine transformation et qui a tant donné au pays ; un territoire

qui dispose d’indéniables atouts ; un territoire qui doit absolument changer d’image pour voir

pleinement restaurée toute son attractivité économique et touristique.

C’est notre responsabilité collective, et je sais Monsieur le Président du conseil régional, Cher

Xavier BERTRAND, que la région est très impliquée avec l’Etat, les élus locaux et le monde

économique, dans cette transformation. Je sais combien vous y êtes impliqué et combien vous

attendez de nous dans un contexte ouvert par le Brexit et décisif pour la région. Nous serons

là, pas simplement à l’écoute de la région, mais en soutien de celle-ci, de son attractivité et de

son action économique.

C’est un territoire où le mot cohésion sociale revêt un sens tout particulier, avec des acteurs

locaux très impliqués, Monsieur le président du conseil départemental, Cher Jean-Claude

LEROY. Et je me trouve ici devant vous deux jours avant le sommet franco-britannique, et il

était essentiel d’une part que je vienne au contact des réalités que vous vivez depuis plusieurs

mois, plusieurs années, pour pouvoir en tenir justement et en tirer toutes les conséquences et

évoquer dans quarante-huit heures, avec Theresa MAY, plusieurs des éléments que nous

devons améliorer dans notre gestion commune.

Mieux gérer la question des mineurs isolés, renforcer la coopération policière à Calais et avec

les Etats d’origine et de transit, débloquer des fonds pour soutenir les projets importants pour

le développement du Calaisis. Ce seront les trois points que nous porterons dans quarante-huit

heures dans le dialogue que nous aurons avec nos amis britanniques.

Je souhaite que ce déplacement soit l'occasion d'évoquer les enjeux et les défis que nous

devons relever ici dans un contexte qui certes a profondément changé et j’y reviendrai, mais

qui depuis des années est celui d’une pression migratoire forte. Et je suis venu ici pour tenir

un langage de vérité.

La longue histoire de Calais et du Calaisis est toute entière inscrite dans sa géographie. Calais

est un double passage, le passage entre la Manche et la Mer du Nord et le détroit qui sépare de

32 km environ la France et l'Angleterre. D’ici, chacun peut voir à peu de choses près les côtes

d’en face.

Les missions pour lesquelles l’Etat œuvre à Calais sont connues : protéger la frontière,

garantir les passages légaux des hommes et des marchandises entre la France et la GrandeBretagne

et assurer la sécurité des personnes et des biens.

Parmi ces dernières, un enjeu fondamental est d’assurer la sécurité des deux infrastructures

majeures qui relient la France à l'Angleterre, le tunnel sous la Manche et le port de Calais

pour le contrôle de la frontière avec la Grande-Bretagne, pour la sécurisation de Calais et pour

la protection de ses habitants dans le respect de nos engagements internationaux.

Regardons les chiffres, ils sont là, ils disent tout. En 2017 sont passés par Calais, via les

navettes d'Eurotunnel et les ferries, plus de 4 millions de véhicules légers, plus de 3,5 millions

de camions et plus de 30 millions de voyageurs. Un quart du commerce britannique passe par

Calais et Calais est le premier port de voyageurs d'Europe. C’est aussi cela le visage de cette

ville, de cette région.

Je n’oublie pas le port de Boulogne-sur-Mer qui a aussi un rôle stratégique, notamment

comme port de pêche d’importance nationale et européenne. Cela montre combien cette

région ici est inscrite dans le passage, l’échange et une histoire européenne dans laquelle elle

est irrémédiablement ancrée. Et c’est ce positionnement qui a aussi conduit à une pression

migratoire toute particulière.

Calais connaît depuis vingt ans des phases de pressions migratoires, de reflux, et à nouveau

des arrivées de migrants qui ont crû ou parfois croient encore pouvoir franchir

clandestinement la frontière avec nos voisins britanniques. Aujourd’hui, la pression est

moindre. Et le nombre de migrants est sans commune mesure par rapport à celui que vous

avez connu avant septembre 2016.

Si des dizaines de milliers de migrants sont passés ici au cours des 20 dernières années, c'est

d'abord parce que le Royaume-Uni était leur destination finale. Qu'ils soient réfugiés, exilés

ou migrants économiques, la même détermination les pousse vers les îles britanniques. Parce

qu'ils y ont de la famille, des amis, un réseau communautaire pour les accueillir, ou peut être

parfois un projet professionnel ou d'études, dans une large majorité des cas, les migrants

présents à Calais ne souhaitent souvent pas rester en France. Pour eux, notre pays n'est qu'un

lieu de passage, comme l'ont été tant de pays avant nous.

Mais ce qui ne devait être qu'un passage se transforme en impasse, souvent en profonde

détresse. Car la frontière est fermée aux franchissements illégaux. Aussi, je veux revenir ce

matin devant vous, d’abord, sur cet ordre public républicain que nous devons pleinement

assurer ici, à Calais, pour le présent et le futur. Ensuite, sur l’accueil, que nous avons

profondément transformé dans la région pour faire face aussi à nos devoirs. Et je veux dire

quelques mots de notre politique d’asile et d’immigration et de l’avenir du Calaisis.

Je l’ai dit, Calais, de par sa géographie, sa place, est cette terre de passage qui est devenue une

impasse pour des milliers de femmes et d’hommes qui ont parfois passé des mois, des années

à travers cette route, qui les a menés loin de leur pays. Chacun doit le savoir, tout est fait pour

que le passage illégal vers le Royaume-Uni ne soit pas possible. Calais n'est pas une porte

d'entrée dérobée vers l'Angleterre, et je veux être ici très clair, cela continuera à être le cas.

En aucun cas, nous ne laisserons ici se constituer ou se développer des filières illégales, en

aucun cas, nous ne laisserons ici se reconstituer une jungle ou une occupation illégale du

territoire. C’est pourquoi je veux m’adresser d’abord aux forces de l’ordre, mais également

aux services de l’Etat, et vous dire ce que j’attends dans ce contexte de vous.

Je veux d’abord vous exprimer les remerciements et la reconnaissance de nos concitoyens de

Calais et d'ailleurs, pour le travail que vous effectuez jour après jour, nuit après nuit ; travail

remarquable mais peu connu, parfois décrié, souvent caricaturé. Les approximations sur votre

action à Calais, parfois les mensonges, souvent, les manipulations, ne visent au final qu'un

seul but : mettre à mal la politique mise en œuvre par le gouvernement. Il faut donc faire

œuvre de pédagogie, décrire méthodiquement, je le ferai, dans le détail, vos missions, et dans

quelles conditions vous les effectuez.

Mais je veux le dire ici très clairement, la France est une République, il y a un président de la

République, il y a un Premier ministre qui conduit l’action du gouvernement et un ministre en

charge de l’Intérieur. Il a auprès de lui des préfets, la politique, elle est une, elle est expliquée,

le gouvernement en est responsable devant le Parlement, et il en répond chaque jour où il est

interrogé.

Et dans la République, les fonctionnaires appliquent la politique du gouvernement. Et c’est le

cas chaque jour. Alors que ceux qui ont quelque chose à reprocher au gouvernement

s’attaquent à sa politique, mais qu’ils ne s’attaquent pas à ses fonctionnaires, qu’ils ne disent

pas des contre-vérités sur ses fonctionnaires, et je m’étonne que des commentateurs, que des

dirigeants d’organisations, diverses et variées, qui, parfois d’ailleurs, ont à s’exprimer sur la

Fonction publique ou ont à représenter des fonctionnaires, se permettent d’écrire ce qu’ils ont

pu écrire sur le quotidien de notre Fonction publique.

Dans la République française, les fonctionnaires, quels qu’ils soient, ne se comportent pas tel

qu’ils le disent. Je veux remercier ici l’ensemble des forces de sécurité qui interviennent dans

des conditions difficiles pour assurer la sécurité de nos concitoyens et les transports de

marchandises. Je veux également remercier les agents de la direction interrégionale des

routes, la DIR-Nord, qui interviennent en urgence en pleine nuit pour rendre les axes routiers

à nouveau praticables et sans danger.

En tentant de pénétrer tous les jours de l'année dans les sites protégés d'Eurotunnel ou du port

de Calais, afin de monter dans les camions qui partent de l'autre côté de la Manche, les

migrants risquent leur vie et celle des autres. En 2017, vous avez déjoué 115.000 tentatives

d'intrusion sur ces sites et dans les zones d'activité de Calais et de sa périphérie, comme la

zone d’activité des Dunes, Marcel-Doret, ou du Virval, des noms bien connus pour les forces

de sécurité et l’ensemble des acteurs ici présents.

115.000 tentatives en un an, soit une moyenne de 315 par jour ! 24.000 étrangers en situation

irrégulière, contre 55.000 en 2016, ont été interpellés à la frontière alors qu'ils étaient cachés

dans des camions, le plus souvent à l'insu des chauffeurs, parfois après avoir payé quelques

centaines et jusqu'à plusieurs milliers d'euros.

Une économie souterraine du passage clandestin vers la Grande-Bretagne s’est développée,

organisée par des filières de passeurs structurées, souvent violentes et qui n'hésitent pas à

exploiter les migrants, en en faisant des marchandises. En 2017, la police aux frontières a

démantelé 24 de ces filières dans le Calaisis. Je veux ici aussi saluer son action. Les forces de

l’ordre sont mobilisées, comme je le disais, et le jour et la nuit, y compris dans les zones les

plus obscures où il faut intervenir entre 03h et 04h du matin, où des opérations de maintien de

l’ordre sont assurées par les CRS, les escadrons de gendarmerie ou les effectifs de police du

commissariat de Calais.

On compte, durant ces opérations, plusieurs blessés dans vos rangs. 24 parmi les CRS et deux

parmi les policiers de Calais, le plus souvent par jets de projectiles lors de ces contrôles.

Les forces de l’ordre doivent également faire face à des modes opératoires que l'on ne

rencontre nulle part ailleurs en France. Je pense notamment aux barrages érigés la nuit, afin de

ralentir les camions et monter dans les remorques. Le nombre de barrages sur les routes qui

mènent au port de Calais a très nettement baissé depuis le démantèlement du camp l'année

dernière. En 2017, 41 barrages ont été installés contre un barrage quasi quotidien en 2016.

Mais, vous constatez là aussi sur le terrain un durcissement des modes opératoires,

l’utilisation de plots en béton, de poteaux, de troncs d'arbre, de barres de fer, ce qui augmente

à chaque fois le risque d’un accident grave.

Je veux ici rappeler notamment le décès de ce chauffeur de nationalité polonaise au mois de

juin dernier, après que sa camionnette se soit embrasée lors d'un accident sur un barrage.

Cette action ne s’est pas faîte aux dépens de la sécurité publique. En 2017, grâce à votre

engagement quotidien, la délinquance générale a reculé à Calais de manière significative, une

baisse de plus de 10 % en zone police, de près de 2 % en zone gendarmerie. Les vols avec

violences sans arme à feu ont baissé de plus de 48 %, les vols au préjudice de particuliers ont

diminué de 16 %, et les cambriolages de 10 %.

Je veux ici vous remercier toutes et tous, remercier aussi la police municipale de Calais pour

sa contribution à cette mission partagée qu'est la sécurité. La coopération entre la police

nationale et la police municipale est une garantie de succès en matière de tranquillité

publique.

Votre mission est donc ici hors norme sur ce territoire, parce que la situation est hors norme.

Pour y faire face, l’Etat maintient à Calais d’importants moyens complémentaires de police à

travers 450 policiers et gendarmes, sous forme de moyens mobiles, en appui aux forces

locales. Au total, 1.130 policiers et gendarmes sont présents dans le Calaisis.

En complément de ces moyens civils, une section Sentinelle de 30 hommes est détachée dans

le Calaisis pour assurer la sécurité des sites sensibles. Chaque jour, vous effectuez des

patrouilles aléatoires sur le site d’Eurotunnel, le port de Calais, la gare TGV de Frethun, le

centre-ville et la zone commerciale Europe de Calais.

Je veux aussi rendre hommage, Monsieur le Ministre, à l’action efficace des douaniers.

Collaborant pleinement à l’action de toutes les forces de sécurité que je viens de rappeler.

L'ensemble de vos missions sont remplies avec engagement, dans le respect des principes

républicains et je vous exprime ici toute la reconnaissance de la Nation.

Les missions liées à la régulation des flux migratoires sont des missions républicaines. Elles

sont au cœur du contrat démocratique. Et je le dis ici aussi qui bien souvent, à ceux qui ont

parfois commenté ce quotidien, c’est parce qu’il y a des femmes et des hommes qui font votre

travail que d’autres peuvent vivre en tranquillité et prétendre à être heureux.

Je ne laisserai personne caricaturer ce travail et que vous soyez forces de l’ordre affectées

dans les services des étrangers des préfectures et sous-préfectures, à l’OFII, à la police aux

frontières ou dans les services de police et de gendarmerie.

Ce travail que vous faites au quotidien, pour qui le faites-vous ? Pour les Françaises et les

Français et qui protégeons-nous ; nos concitoyens, évidemment au premier chef ceux du

Calaisis, mais nos concitoyens les plus populaires, ceux qui vivent les conséquences les plus

directes, de l’inaction lorsqu’elle a pu parfois s’installer. Ceux qui veulent et qui peuvent

prétendre à une vie normale et qui s’attendent simplement à ce que l’ordre républicain soit

maintenu. Qui peut penser une seule seconde qu’une femme ou qu’un homme quitte son pays

en prenant tous les risques et va parfois passer des mois à traverser un continent, une mer pour

arriver jusqu’ici ? Personne. Je les ai vu ce matin, plusieurs élus étaient avec moi à Croisilles,

personne ne peut penser que c’est un geste innocent, que les femmes et les hommes qui sont

ici dans le Calaisis à chercher un avenir, sont des gens heureux, ce sont des êtres humains à

qui nous avons ce devoir d’humanité à reconnaitre.

Mais qui peut penser une seule seconde qu’un gendarme, un policier, un fonctionnaire de

préfecture s’est engagé pour accomplir ces missions délicates qui sont faites au quotidien pour

faire ce que vous faites chaque jour ? Pour faire ce que parfois certains décrivent sans venir le

vérifier eux-mêmes, qui peut le penser ? La situation est ce qu’elle est, par la brutalité du

monde qu’est le notre. Il nous faut tout à la fois, avoir cette humanité parce que ce sont des

femmes et des hommes à qui nous la devons et nous devons la reconnaitre, qui sont face à

nous, mais parce que ce sont des femmes et des hommes ; fonctionnaires de notre République,

qui sont là, qui se sont engagés au quotidien et qui ont droit au respect eux aussi, parce que

c’est leur souci de chaque jour qui rend notre tranquillité possible, parce que c’est leur

engagement de chaque jour qui rend l’ordre de la République possible.

Pour cela vous devez être exemplaires. J’exige que chacun dans la République reconnaisse

votre dignité, je viens de le dire, mais nous devons et la République se doit de reconnaitre la

dignité de chacun.

L’exemplarité se traduit dans le respect absolu de la déontologie policière, dans le respect

absolu des droits. Je sais que le respect de ces règles est au cœur de vos missions. Je ne peux

pas laisser accréditer l’idée que les forces de l’ordre exercent des violences physiques,

confisquent des effets personnels, réveillent les personnes en pleine nuit, utilisent du gaz

lacrymogène sur des points d’eau ou au moment de la distribution des repas. Si cela est fait,

c’est contraire à toute déontologie. Si cela est fait et prouvé, cela sera sanctionné.

Pour autant, nous ne laisserons pas installer de nouvelles occupations illicites, mais à chaque

fois que les occupations sont défaites conformément à la loi, les effets doivent être récupérés

par les intéressés et le seront. Depuis le mois d’août dernier, un système a été mis en place

qui, dès l’arrivée de nouvelles forces, conduit à ce que celles-ci soient dûment réunies en

sous-préfecture, puissent rencontrer les associations et que toutes ces règles déontologiques

soient précisément rappelées.

Treize réunions de ce type ont été tenues. Aucun manquement à la doctrine, à vos règles

d’emplois qui sont formalisées, et à la déontologie qui organise votre action ne sera toléré. Et

si manquement il y a, des sanctions seront prises. La réaction des autorités, ma réaction, sera

proportionnelle à la confiance sans faille que nous plaçons en vous. Et c’est aussi la raison

pour laquelle je suis extrêmement attentif lorsque l’action des forces de l’ordre est mise en

cause et lorsque l’on parle de violences policières.

Je sais aussi que nombre d’habitants de Calais et du Calaisis, avec leur tradition d’hospitalité,

sont meurtris lorsqu’ils entendent qu’ils pourraient tolérer des violences de quelque nature

que ce soit dans leur région. D’abord, il existe des voies de recours qui sont ouvertes par la loi

à tout requérant, la saisine directe de l’inspection générale de la police nationale ou celle de la

justice, via le procureur de la République territorialement compétent. Que ceux qui assistent à

des scènes telles qu’ils les commentent les dénoncent et déclenchent de telles procédures. Ou

alors, de fait, ils se rendent coupables de n’être que des commentateurs du verbe, il faut agir.

Ensuite, j’ai demandé au Ministre de l’Intérieur d’examiner systématiquement et de rétablir la

vérité des faits, soit pour défendre les agents lorsque ceux-ci justement n’ont pas commis de

tels faits, y compris devant les juridictions, soit pour prendre toutes les mesures et sanctions

qui s’imposent. Je ne tolérerai jamais que l’on travestisse la vérité. Face à ces dénonciations

faites sans éléments de preuves et non portées à la connaissance de la justice, deux possibilités

s'offrent à nous après les avoir examinées avec toute la rigueur nécessaire.

Soit les faits dénoncés ne sont pas avérés et relèvent de la diffamation, la réponse de l’Etat

sera claire : répondre et, lorsque les conditions juridiques sont réunies, saisir la justice en cas

de diffamation ou d’injure, et apporter tout le soutien juridique aux préfets et aux forces de

l’ordre. Je sais aussi que certains policiers, mis en cause personnellement, ont eux-mêmes

engagé des procédures.

Soit les faits ont une apparence de vérité, semblent probables, et j’ai également là demandé au

Ministre de l’Intérieur qu’ils soient portés à la connaissance des autorités administratives et

judiciaires, afin de mener les enquêtes nécessaires à la manifestation de la vérité. Et si les faits

sont avérés, il y aura des sanctions administratives et la justice passera.

En la matière, il n’y a pas demi-vérité. L’ensemble de ces dispositions seront consignées dans

une circulaire adressée par le Ministre de l’Intérieur aux préfets. Les forces de l’ordre doivent

assurer l’effectivité de l’application de la loi. Si les migrants n'acceptent pas les propositions

de mise à l'abri qui leurs sont faites systématiquement par les services de l’Etat, s'ils refusent

les prises d'empreinte nécessaires dans le cadre du règlement Dublin, s'ils commettent des

infractions, notamment en détériorant les camions ou des propriétés privées, ils le font en

toute connaissance de cause, en toute responsabilité.

Aussi, nous leur devons ce message de vérité : rester à Calais, se fabriquer des abris de

fortune dans les sous-bois et les marais, parfois dans des squats, constituent une impasse.

L'alternative est claire et ouverte : elle passe par l'accueil dans des centres d'hébergement où

la situation de chacun sera examinée avec la plus grande attention, notamment pour ceux qui

demanderaient l'asile dans notre pays.

L’ordre républicain vaut pour tout le monde et je ne saurais expliquer à nos concitoyens qui

chaque jour se lèvent, vont au travail, qui payent leurs impôts, qui se comportent en bon

citoyen, qu’il y aurait une forme de non-droit pour certains autres. Il y a un devoir

d’humanité, mais il y a aussi le devoir de respecter la loi de la République.

Enfin, j’ai demandé au Ministre de l’Intérieur, au regard des conditions particulières

d’exercice de leurs missions, d’accorder cette année aux policiers et gendarmes affectés à titre

permanent dans le Calaisis une prime exceptionnelle de résultat. Vos missions et votre

exemplarité sont indispensables à la bonne mise en œuvre de cette nouvelle politique, celle

dont nous avons besoin. Vous l’avez donc compris, mesdames et messieurs, c’est la plus

grande rigueur, la plus grande exemplarité et le soutien complet de la nation qui vous est ici

apporté.

L’accueil à Calais et dans le Calaisis est organisé et il est organisé selon des règles avec

humanité, avec clarté, mais là aussi dans un ordre que nous avons défini et entendons faire

respecter. Les premiers résultats de l’action conduite depuis plus d’un an sont tangibles.

Depuis le démantèlement de la jungle, 8 200 personnes ont vu leur situation examinée dans

les centres d’accueil et d’orientation et certains ont rejoint des centres d’accueil pour

demandeurs d’asile. Ce fut en fin d’année 2016 une opération d’une ampleur exceptionnelle

au niveau national.

Et l’Etat a mis en place dans le Pas-de-Calais, et notamment pour toutes les personnes qui

justement sont arrivées depuis la jungle de Calais, un dispositif unique, expérimental, mais

qui organise l’accueil que nous voulons ici, assurer. Il n’y aura aucune reconstitution de

jungle et aucune tolérance sur une occupation illégale du domaine public ou privé à Calais ou

dans ses environs.

Il y a par contre des centres d’accueil et d’examen des situations administratives qui ont été

mis en place depuis le mois d’août dernier. Suite au discours que j’ai tenu à Orléans, le 27

juillet, trois centres ont été ouverts dans le Pas-de-Calais et deux dans le Nord. J’ai visité ce

matin, avec plusieurs d’entre vous, le CAES de Croisilles, il s’inscrit pleinement dans ce

dispositif. Et il répond aux engagements que j’ai pris. L’hébergement y est assuré, de manière

inconditionnelle.

Un délai est octroyé à chacune et chacun à partir du moment où il arrive dans le centre

d’accueil, d’une dizaine de jours, que dans la période hivernale, nous allons porter à une

quinzaine de jours, suite à quoi, les personnels ici présents, avec justement la préfecture,

l’OFII, les associations qui contribuent à ce travail, assurent l’accompagnement administratif

pour que la procédure puisse se déclencher au plus vite. Nous avons divisé par quatre les

délais d’instruction depuis la mise en œuvre de ce dispositif. C’est donc efficace et pertinent.

Le CAES leur permet ainsi de voir leur situation administrative examinée pour le plus

rapidement possible avoir un rendez-vous devant le guichet unique de demande d’asile à la

préfecture de Lille. Un mois au lieu de quatre mois avant ce dispositif, la qualité de la prise en

charge repose sur un engagement que j’ai pu mesurer ce matin, et je veux remercier tous les

acteurs de ce dispositif, la préfecture, la ville avec un maire exemplaire, qui s’est engagé, qui

a dû convaincre, et aujourd’hui, une population qui s’est engagée.

C’est la solidarité justement que ce maire de Croisilles, que nous avons vu tout à l’heure, nous

dit devoir à Calais, c’est cela le territoire de la République. Et donc c’est l’engagement de ce

maire, des bénévoles dans sa commune, des associations qui œuvrent chaque jour à ce travail.

Je veux rendre hommage collectivement et individuellement à toutes celles et ceux qui

rendent concrète, effective cette action et permettent d’organiser cet accueil inconditionnel,

des cours de français dès les premiers temps, du temps de présence, de l’accueil humain, et

qui nous permettent d’assurer les procédures administratives beaucoup plus rapidement que

naguère.

La qualité de la prise en charge passe par cette coopération avec les collectivités territoriales,

de manière structurée. Et je veux ici tout particulièrement dire combien ce dispositif est

important lorsque nous parlons des mineurs isolés. En effet, un dispositif d'accueil spécifique

a été mis en œuvre pour offrir à tous ceux qui le souhaitent un hébergement digne et un

accompagnement social adapté. Sur l’ensemble de l’année 2017, un peu plus de 2.200

personnes étrangères se déclarant mineures ont été prises en charge, à partir de Calais, au

centre de protection de l’enfance situé à Saint-Omer, à une trentaine de kilomètres d'ici, dans

un département qui reçoit chaque année 6.000 mineurs.

Le nombre de mineurs concernés en atteste : il est près de deux fois plus élevé en 2017 qu'au

cours de l’année 2016, alors que la population concernée est nettement moins importante,

comme je le rappelais tout à l’heure. Il y a donc aujourd’hui une préoccupation toute

particulière pour ce département au sujet des mineurs non accompagnés.

Je veux ici remercier chaleureusement le président du Conseil départemental du Pas-deCalais,

Monsieur Jean-Claude LEROY, et les agents du service de l'aide sociale à l'enfance,

pour votre engagement fort au service de cette politique de protection des mineurs étrangers

non accompagnés. L’Etat prendra des dispositions particulières sur ce sujet, une réflexion

d’ensemble, comme vous le savez, est conduite, mais pour le Pas-de-Calais tout

particulièrement, il nous faut mettre en œuvre des réponses spécifiques, ce qui sera fait dans

les prochaines semaines, et je souhaite que nous puissions aussi avoir de la part de nos amis

Britanniques des réponses spécifiques sur ce sujet.

Je sais que la tâche est rude. Mais je sais également que le partenariat noué avec la préfecture,

les services de l'OFII, les magistrats du tribunal de grande instance de Boulogne-sur-Mer

porte ses fruits dans ce contexte. La Garde des sceaux, qui est à quelques kilomètres d’ici en

ce moment même, s’est rendue jeudi dernier à Boulogne-sur-Mer, au tribunal de grande

instance pour justement examiner la mise en œuvre de ce dispositif.

Je veux aussi, à cet instant, rappeler qu’au niveau national, nous faisons face à l’arrivée

croissante, sur l’ensemble du territoire, de mineurs isolés étrangers, près de 25.000 en 2017,

principalement en provenance d’Afrique, et donc au-delà de ce défi du Calaisis, nous avons

évidemment une réponse structurée que nous apporterons.

Vous le voyez, c’est un dispositif complet, d’accueil et de prise en charge qui est mis en

place, qui est organisé, et non plus subi, et sur lequel nous tiendrons. La qualité de la prise en

charge des personnes qui se trouvent dans la rue repose sur des maraudes organisées par

l’Etat, par l’intermédiaire des associations, qui permettent d’aller au contact direct de ces

populations. Parce que je sais, là aussi, l’inquiétude, et comme vous, j’ai vu les scènes, et je

sais que beaucoup les voient au quotidien, les associations que je verrai tout à l’heure, les

services de la ville aussi, qui nous font assister à ces scènes où de nombreuses femmes, de

nombreux hommes restent encore cachés dans les sous-bois, dans des squats, dans la rue.

Sur ce sujet, nous allons au contact, l’organisation des maraudes est le moyen de les ramener

vers ces centres d’accueil que j’évoquais à l’instant. Et nous devons continuer à développer ce

qui est cette approche humanitaire et d’explication. J’appelle ici toutes les associations à la

responsabilité, lorsque des associations encouragent ces femmes et ces hommes à rester là, à

s’installer dans l’illégalité, voire à passer clandestinement de l’autre côté de la frontière, elles

prennent une responsabilité immense.

Jamais, jamais, elles n’auront l’Etat à leurs côtés. Toujours, nous défendrons les associations

qui, travaillant en partenariat avec l’Etat et les collectivités territoriales, vont au contact,

apportent les services élémentaires, protègent, expliquent et permettent d’accompagner dans

ces centres d’accueil. C’est ainsi que l’Etat organise les maraudes avec des associations, un

financement complémentaire de l’Etat a été attribué à France, Terre d’Asile, qui est

l’opérateur du département pour cette mission. Désormais, c’est une équipe de 7 travailleurs

sociaux qui interviennent au contact, en permanence, de ces populations.

Et je veux ici leur rendre hommage. A chaque fois qu’une personne est identifiée, une

proposition systématique de mise à l'abri lui est faite. A chaque fois qu’on lui dit qu’elle sera

emmenée à la police, on lui ment, à chaque fois qu’on lui dit que lorsqu’elle est emmenée

dans un centre d’accueil, si la police qui l’attend, on lui ment. Et c’est ce mensonge diffusé

par de trop nombreux commentateurs, qui, aujourd’hui, nuit à notre efficacité collective, qui

aujourd’hui nuit même à l’humanité que nous devons à ces personnes.

Je veux remercier ici les équipes de maraudeurs pour leur mission difficile, ô combien

difficile, et ce contact direct qu’elles ont au quotidien avec ces populations. Notre honneur,

c’est de protéger les plus vulnérables. Mais notre honneur n’est pas simplement d’avoir des

déclarations faciles, faites depuis Paris, loin d’ici, en regardant telle ou telle photographie,

notre honneur, c’est sur le terrain, d’aider celles et ceux qui apportent, non pas une situation

d’expédients, non pas en quelque sorte l’installation dans une situation intenable, la

promotion de l’illégalité, l’impasse, non, celles et ceux qui apportent l’humanité durable dans

la République !

Alors, oui, la qualité de la prise en charge est assurée avec des financements complémentaires

dégagés par l’Etat, et c’est normal, Madame la Maire, que l’Etat soit là sur ce sujet, parce que

la ville a déjà beaucoup assumé. Des douches, des sanitaires, des points d’eau, un accès aux

soins, de manière organisée et régulée. L’Etat le fait, grâce à l’ensemble des acteurs ici

présents, en lien avec ces associations, des travailleurs sociaux, qui le font dans un cadre

organisé. L’Etat le finance.

L’Etat le finance, 30 personnes sont accueillies chaque jour, en moyenne, à la permanence

d’accès aux soins, de santé, du centre hospitalier de Calais, 30 par jour, c’est l’Etat qui le

finance, qui l’assure, qui le fait. Et que les agents hospitaliers, qui accueillent ces personnes et

les soignent, soient ici remerciés, que l’ensemble des acteurs de santé, qui font les premiers

soins dans les centres que j’évoquais, soient ici remerciés. Que les associations, les bénévoles,

qui s’engagent à nos côtés, soient ici remerciés.

Et je veux vous le dire ce matin très clairement, nous apportons tous ces services, mais il y en

a un, aujourd'hui, que nous n’apportons pas encore, c’est l’accès à la nourriture, aux repas, qui

est assuré aujourd'hui par des associations. Alors, je vais vous le dire très clairement, nous

allons le prendre à notre charge, mais nous allons le prendre à notre charge de la même

manière, de manière organisée, avec des points mobiles, sans tolérer aucune installation de

campements illicites et en incitant tous ceux qui sont prêts à financer cette prestation, à

contribuer à son financement dans le cadre organisé par l’Etat et avec l’Etat. C’est ce socle

humanitaire que nous devons à chacun et chacun, mais dans l’ordre républicain, dans l’ordre

assuré chaque jour, et en ne tolérant aucune reconstitution de campements illicites à Calais et

dans le Calaisis. Ce travail est réalisé dans des conditions difficiles, là aussi inconnues

ailleurs, et je veux ici apporter à l’ensemble des acteurs, que j’ai cités, la reconnaissance de la

Nation.

Mais au-delà de Calais, ce qui est en jeu aujourd'hui, c’est l’ensemble de notre politique

d’asile et d’immigration, et sur ce sujet les recettes trop faciles, les déclarations à l’emportepièce,

n’apportent souvent pas grande solution. La nouvelle politique que nous voulons

conduire est le fruit de valeurs qui sont les nôtres, d’humanisme, c’est un accueil

inconditionnel dans l’hébergement des femmes et des hommes, en les protégeant, et du

respect de l’asile que nous devons à chacun. Mais c’est aussi l’esprit de responsabilité que

nous devons à tous nos concitoyens, quand on regarde l’état du monde, les dérèglements de

nombreuses zones de voisinage, et la nécessité d’organiser dans la République cet accueil.

Notre ligne est claire, à chacun nous devons garantir un accueil digne et humain, en particulier

la mise à l’abri lorsque c’est nécessaire. A tous nous voulons donner une réponse rapide. A

ceux qui sont admis au séjour nous devons donner une vraie chance de s’intégrer. Mais à ceux

qui ne sont pas admis, après l’exercice des voies de recours qui leur sont ouvertes, nous

devons faire en sorte qu’ils regagnent effectivement leur pays.

Depuis tant d’années nous faisons tout à l’envers, nous accueillons de manière indifférenciée,

nous prenons des délais inacceptables, et bien plus longs que tous nos voisins européens, 18

mois en moyenne pour obtenir l’asile, dans certaines régions c’est plus de 2 ans, nous

n’investissons pas assez pour intégrer pleinement celles et ceux qui obtiennent des titres de

séjour, l’asile ou des titres durables, et nous ne reconduisons pas celles et ceux qui s’installent

dans des situations irrégulières.

La politique mise en place depuis l’été dernier c’est de remettre tout cela dans le bon ordre.

D’abord par une politique internationale responsable, une politique de coopération,

d’échange, avec les Etats d’origine et de transit. Celle mise en place dès le 28 août dernier à

Paris, avec l’Union africaine, plusieurs Etats africains d’origine de transit, l’Union

européenne, et plusieurs pays européens, pour permettre d’envoyer des missions de l’OFPRA

qui assureront la protection, l’octroi de l’asile à des femmes et des hommes qui depuis le

Niger et le Tchad y ont droit, leur évitant de passer des années, parfois, dans des camps en

Libye, ou de traverser, à leurs risques, la Méditerranée, mais de permettre aussi le retour vers

les pays d’origine de femmes et d’hommes qui n’ont aucune chance d’accéder à une

protection, quelle qu’elle soit, en Europe. Ce travail est organisé avec et par l’Union

européenne, en partenariat avec l’Office des migrations internationales et l’Union africaine. Il

a commencé à donner ses premiers résultats, ce sera un travail long, patient, mais il suppose

une coopération étroite avec l’ensemble des Etats du golfe de Guinée, de la bande sahélosaharienne,

jusqu’à la Libye.

Il est évident que les actions que nous menons par ailleurs pour stabiliser politiquement la

Libye seront une des réponses durables pour mettre fin à ce qui est aujourd’hui un trafic

organisé de femmes et d’hommes, dont le résultat final est vécu ici, mais qui se joue à

l’international. L’action de la France est, sur ce sujet, cohérente, déterminée, vigoureuse.

C’est ensuite une politique européenne conséquente qu’il nous faut mettre en place, parce que

dans nombre de cas nous vivons ici les incohérences, les insuffisances, de la politique

européenne. Lorsque, je le vivais tout à l’heure avec certains d’entre vous, au centre on nous

dit qu’on a tel ou telle femme ou homme qui se trouve en situation d’être contrôlé et qui avait

demandé quelques mois plus tôt l’asile, en Italie ou en Allemagne, et qu’il faut reconduire

dans ce pays pour qu’il puisse reprendre les délais, et puis qu’il revient quelques semaines

plus tard. Le système de Dublin tel qu’il a été mis en place est plein d’incohérences, en tout

cas n’est pas aujourd'hui satisfaisant.

Alors, j’entends les critiques de ceux qui veulent mettre fin au système de Dublin et de l’Etat

responsable pour la demande d’asile, pour le remplacer par un système où la demande d’asile

pourrait être déposée dans n’importe quel Etat européen. A court terme ce n’est pas une

solution envisageable parce qu’elle conduirait à déresponsabiliser tous les pays d’entrée. Ce

que nous devons faire c’est organiser une politique européenne plus solidaire à l’extérieur et

en son sein, et donc mettre plus de moyens aux contrôles des frontières, plus de cohérence

dans la politique à l’extérieur de nos frontières, tel que je viens de l’évoquer, et faire

converger nos systèmes d’octroi de l’asile, nos règles, et assurer le déploiement d’un système

unique et intégré de contrôle. C’est en cours, mais cela va trop lentement.

Les Etats doivent continuer à être responsabilisés, mais il nous faut, aujourd’hui, assurer une

gestion plus harmonieuse, au sein de l’Union européenne, qui nous permettra, dans le cadre de

cette avancée, d’aller vers un Office européen de l’asile, qui est l’objectif que nous

poursuivons. C’est pourquoi je souhaite que nous accélérions les travaux de déploiement d’un

système unique pleinement sécurisé de contrôle des identités et de partages complets des

informations entre Etats européens de l’espace Schengen. C’est pourquoi nous devons nous

donner tous les moyens pour assurer une plus grande convergence de nos législations, c’est

tout l’enjeu de la négociation européenne en cours, dont je souhaite une conclusion rapide. Et

nous en tirerons toutes les conclusions au niveau national.

La refonte de notre politique d’asile et d’immigration, à travers le projet de loi porté par le

ministre d’Etat, vise justement à la plus grande convergence avec nos principaux partenaires

européens, notamment avec l’Allemagne. Nous devons accélérer nos délais pour instruire la

demande d’asile. J’ai parlé du délai de 18 mois en moyenne, nous devons le ramener à 6 mois,

parce que c’est la protection que nous devons à quelqu’un qui demande l’asile en France, et

parce que, si nous voulons pouvoir reconduire quelqu’un qui n’obtient pas l’asile, au final, si

nous mettons des procédures qui durent 2 ans, il s’est installé dans une vie normale, et nous

n’appliquons pas les conséquences d’une telle mesure.

Nos voisins savent conduire ces procédures en 6 mois. C’est donc vers cela que nous irons, en

raccourcissant les procédures et, dès le début de la phase, en commençant l’instruction des

dossiers. C’est mieux protéger ceux qui ont droit à l’asile, et c’est éviter de créer des

situations inextricables, mais c’est aussi rendre plus efficaces nos politiques de reconduite à la

frontière.

J’entends les commentaires sur ce sujet dans un projet où il est question de porter la durée

maximale de la rétention administrative de 45 à 90 jours. Regardons des pays, que j’ai

souvent défendus, l’Allemagne, la chancelière allemande a eu une politique courageuse sur

les réfugiés. Quel est le droit en Allemagne ? La durée moyenne est de 180 jours, jusqu’à 18

mois dans certaines situations, mais enfin, que les gens qui nous disent que ce serait la fin de

tout, regardent comment ça se passe à nos frontières, dans l’Union européenne, dans des pays

que nous prenons comme exemples. Ce qui ne va pas c’est justement quand mes divergences

sont profondes entre des pays voisins, qui partagent des frontières, quand nos délais de

rétention, nos délais d’instruction sont totalement décorrélés les uns des autres, parce qui

l’utilise ? Les filières de passeurs, ceux qui exploitent la misère, et qui guident d’un côté ou de

l’autre, en contrepartie d’argent.

C’est un effort historique, qui est accompli par l’Etat en la matière, et que nous mènerons à

son terme, parce que l’objectif, oui, il est bien d’accueillir tout le monde de manière

inconditionnelle, de vérifier tout de suite, de pouvoir instruire rapidement, de protéger les uns,

de raccompagner les autres. En la matière l’hébergement d’urgence est évidemment une

question éminemment sensible.

J’ai pris des engagements et nous irons au bout et nous les tiendrons. Et en matière

d’hébergement d’urgence, nous avons depuis le mois de juillet dernier poursuivi une ambition

qui était inconnue jusqu’alors. 143 000 places financées par l’Etat sont ouvertes pour

accueillir chaque nuit les personnes en détresse contre 126 000 l’année dernière à la même

époque.

Nous avons consacré cette année plus de deux milliards d’euros pour l’hébergement

d’urgence des personnes vulnérables. Pour les demandeurs d’asile, nous ouvrirons 4 000

places supplémentaires en 2018 et encore 3 500 en 2019, pour atteindre à cette date un délai

total de 88 000 places, c’est deux fois plus qu’en 2012. Pour les réfugiés, nous mobiliserons

20 000 logements d’ici la fin 2018, avec la mise en place d’un dispositif spécifique d’accès

hors DALO et 5 000 nouvelles places de centres provisoires d’hébergement pour les réfugiés

les plus fragiles en 2018-2019.

Mais enfin, ces chiffres ont un sens. Il y a une réalité derrière. Il y a un engagement

budgétaire. C’est l’engagement de toute la nation et, là aussi, je ne peux accepter celles et

ceux qui profèrent des contre-vérités et ne reconnaissent pas cet engagement inédit.

Simplement cet engagement, il va avec un contrôle. C’est le contrôle que nous devons aux

concitoyens français. C’est le contrôle qui va là aussi avec l’ordre républicain et c’est le

contrôle qui va avec l’esprit de responsabilité qui fait que lorsqu’on installe dans un logement

puis progressivement dans un vie normale un réfugié, on ne va pas l’installer dans les

quartiers les plus difficiles de la République qu’on a déjà depuis bien longtemps abandonnés.

Parce qu’on fait la République au concret, on ne la fait pas en deux lignes un matin de

mauvaise conscience.

Aussi si l’accueil inconditionnel des personnes vulnérables est « l’honneur de la

République », l’accueil inconditionnel ne veut pas dire l’accueil indifférencié. Je ne sais pas

expliquer aux Français que nous consacrons des moyens budgétaires croissants sans connaître

la situation de chacun au regard de la loi. J’ai aussi au-delà de ce sujet d’hébergement une

ambition forte pour l’intégration dont je souhaite revoir en profondeur la politique conduite

jusqu’à présent avec un contrat d’intégration républicaine qui sera complètement revue.

C'est pourquoi le Premier ministre et le ministre d’Etat ont demandé au député TACHE de

faire des propositions ambitieuses en matière d’intégration des personnes ayant obtenu un

droit de séjour en France. Ses conclusions pourront alimenter le projet de loi sur l’asile et

l’immigration. Nous devons faire plus le plus tôt possible pour enseigner le français,

permettre une intégration plus rapide comme nous l’avons parfaitement vu ce matin du fait de

bénévoles et d’un engagement local, associatif, citoyen.

Nous devons non seulement le valoriser mais l’encourager, investir plus que nous ne faisons

aujourd'hui. Le volume de cours de langue française doit être porté à son maximum, à ce qui

est utile et crédible pour qu’une femme ou un homme qui vient de l’autre bout du monde et à

qui nous apportons la protection que nous lui devons puissent entrer dans la communauté

nationale.

Je veux aussi que cet engagement soit un engagement en matière de formation

professionnelle, d’accès à l’emploi, avec une logique de contractualisation avec les

partenaires sociaux pour offrir une formation qui soit adaptée aux filières en tension dans les

régions concernées. Je veux sur ce sujet une impulsion très forte, spécifique, portée sur

l’intégration des réfugiés.

L’Etat mettra en place un accompagnement personnalisé renforcé concernant les réfugiés les

plus vulnérables. Je pense en particulier aux femmes réfugiées. Dès la semaine prochaine, un

délégué interministériel à l’accueil et l’intégration des réfugiés sera nommé en Conseil des

ministres.

Vous le voyez, cette politique est exigeante, complète, mais elle implique à chaque étape un

discours de vérité, une exigence qui est celle de la République. L’Etat s’engage, l’Etat n’est

pas dans la démagogie, dans la facilité ou dans l’irresponsabilité et avec lui, l’ensemble des

collectivités territoriales de la République. Et je veux saluer ici l’engagement de la région, du

département, de la ville et des nombreuses villes que j’évoquais depuis tout à l'heure qui sont

ici partenaires.

C’est cet esprit républicain qui nous fera tenir et avancer. Parce que c’est ce que nos

concitoyens attendent de nous. Ils attendent l’ordre, l’autorité là où elle doit être exercée,

l’humanité à chaque instant et ils n’attendent pas des déclarations. Ils attendent des manches

retroussées pour agir sur le terrain dans ce cadre, avec celles et ceux qui portent la République

et l’ambition de la République au quotidien.

Mais l’Etat, et je conclurai sur ce point, sera aussi présent pour l’avenir du territoire. C’est ce

que nous devons au Calais d’aujourd'hui et de demain. Un territoire qui dispose de

formidables atouts, sur lequel nous devons capitaliser ensemble. Je les évoquais tout à l'heure

en parlant des atouts de la région, de sa situation géographique, de sa place dans les échanges

européens, de sa place en matière de logistique, en matière économique, industrielle, de

services, en matière de pêche.

Sur ce sujet, je sais les intérêts de la région dans le contexte tout particulier du Brexit. Je sais,

monsieur le Président de la région, madame la Maire, combien vous êtes sur ce sujet

soucieux.

Je sais aussi combien sont soucieux de nombreux milieux économiques de la pêche, de

l’industrie, de la logistique, qui s’interrogent sur les conséquences possibles du Brexit. Les

intérêts de la région seront pleinement pris en considération dans le cadre des discussions et

des négociations que la France mènera. Je vous les rendrais transparentes dans le cadre du

mandat que nous préparons pour le mois de mars à l’endroit de notre négociateur, Michel

BARNIER.

Il est évidement nécessaire que l’ensemble de ces filières soit pleinement pris en compte.

Quelles que soient les évolutions à venir et les relations entre l’Union européenne et le

Royaume Uni, le territoire demeurera attractif sur ce plan et doit le demeurer.

La région est également attractive pour les investisseurs internationaux et vous pouvez

compter sur l’Etat pour vous accompagner dans cette démarche. La région s’est beaucoup

mobilisée, l’Etat sera toujours à ses côtés, nous continuerons à l’être dans les prochains jours

et les prochaines semaines.

L’Etat apporte aussi à Calais un soutien important, notamment dans le cadre du contrat de

développement du Calais où tous les engagements pris ont été, et seront tenus, en particulier

dans la deuxième phase de mise en œuvre.

J’ai notamment demandé une mobilisation de toutes les administrations concernées pour

débloquer certains dossiers majeurs pour le territoire. Je pense au soutien aux entreprises ou à

certains projets d’aménagement.

Je souhaite que nous poursuivions ce soutien au regard de vos nouvelles priorités et je suis

favorable à ce que soit examiné et à ce qu’une réponse positive soit apportée à deux

opérations qui pourraient être réalisées à court et moyen terme, via un avenant au contrat de

développement du Calais, la réalisation de la seconde phase de l’opération d’aménagement du

front de mer de la ville de Calais et l’opération culturelle, le Dragon, qui je le sais, Madame la

Maire, vous est chère.

Voilà Mesdames, Messieurs, ce que, aujourd'hui j’étais ici venu vous dire. Vous le comprenez

si j’ai souhaité m’exprimer devant vous, c’est pour vous dire à tous, combien vous méritez la

reconnaissance des Français pour votre action. A travers toutes ces épreuves, Calais est

aujourd'hui un défi pour la République, mais Calais est une image de la République.

Agents de l’Etat et des collectivités territoriales, soyez fiers de votre engagement, policiers,

CRS, militaires de la gendarmerie, militaires, douaniers, soyez fiers de votre action, comme la

République peut être fière d’avoir en son sein des agents engagés pour faire gagner l’intérêt

général. Associations, bénévoles, citoyens engagés, soyez remerciés pour cette détermination

de chaque jour.

Mesdames et Messieurs les élus, je veux également ici vous dire la reconnaissance qui est la

mienne pour vos actions et le travail qui est conduit ici avec l’Etat.

Vive Calais, Vive la République et Vive la France.

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