Nous, ministres de la Santé du G7, avons approuvé la présente Feuille de route afin de renforcer nos efforts collectifs dans la lutte contre le cancer.
Prenant acte des efforts multilatéraux importants déployés au cours de la dernière décennie pour renforcer la prévention et la lutte contre les maladies non transmissibles ainsi que la promotion de la santé mentale et du bien-être, notamment dans le cadre de l’Assemblée générale des Nations unies, nous entendons œuvrer à l’accélération de la mise en œuvre d’un ensemble d’actions prioritaires fondées sur des données probantes, efficaces en termes de coûts et financièrement accessibles en matière de cancer, conformément aux législations nationales, aux priorités, aux capacités et aux ressources disponibles.
Le cancer cause près de 10 millions de décès chaque année dans le monde et le nombre de nouveaux cas devrait augmenter de 80 % à l’échelle mondiale d’ici 2050, compte tenu du vieillissement de la population et de ses interactions avec les facteurs de risque environnementaux et comportementaux, faisant peser une charge toujours plus lourde sur les sociétés, les systèmes de santé et les économies. Des progrès importants ont été accomplis au cours des dernières décennies à travers des stratégies nationales et des initiatives régionales ou internationales. À cet égard, nous saluons le fait que ces avancées aient rendu l’élimination du cancer du col de l’utérus envisageable et nous accélérerons nos efforts en ce sens. Néanmoins, d’importants défis subsistent et les progrès demeurent inégaux, notamment dans la prévention et le traitement des cancers touchant les femmes, où des disparités persistent en matière d’accès au dépistage précoce, à la prévention et aux résultats. En outre, afin de prévenir et de prendre en charge les infections associées à de nombreux traitements contre le cancer, l’accès à des antimicrobiens sûrs et efficaces, y compris aux antibiotiques, demeure essentiel.
Dans plusieurs domaines clés, une coopération internationale renforcée est nécessaire afin de consolider et de compléter les efforts en cours. Les membres du G7 ont donc un rôle important à jouer pour maintenir l’attention politique, favoriser la coopération et encourager des actions concrètes dans des domaines ciblés, en étroite collaboration avec les régions et les pays les plus concernés.
Nous reconnaissons que l’accès de tous à des soins oncologiques de qualité demeure un défi majeur. À cette fin, nous entendons :
• Soutenir les efforts menés par les pays pour renforcer des systèmes de santé résilients et autonomes capables de fournir à tous des soins oncologiques de qualité ;
• Encourager le développement de centres intégrés de lutte contre le cancer, en tant que pôles d’excellence en matière de recherche, de qualité des soins et de formation à l’échelle internationale ;
• Promouvoir une utilisation sûre, responsable et digne de confiance des technologies numériques fondées sur des données probantes, de l’intelligence artificielle et de la recherche quantique afin d’améliorer le dépistage précoce, d’appuyer la prise de décision clinique, de renforcer les soins palliatifs et d’étendre l’accès à des soins fondés sur des données probantes pour tous, tout en préservant la confidentialité des patients.
Les principaux outils et plateformes existants jouent un rôle catalyseur pour la coopération visant à accélérer la lutte mondiale contre le cancer, notamment les réseaux informels tels que le « Groupe de coordination des organisations de lutte contre le cancer », composé d’instituts nationaux du cancer et d’organismes de recherche de premier plan issus de certains des pays les plus avancés, sur une base volontaire. Ceux-ci entendent contribuer à l’alignement des initiatives internationales, régionales et nationales en cours, à maximiser leur impact collectif et à s’appuyer sur les programmes et infrastructures existants afin de faciliter la mise en œuvre de la présente feuille de route, dans le respect des priorités nationales et des ressources de chaque membre du G7.
Pilier 1 : Accélérer l’accès international aux données relatives aux cancers pédiatriques, des adolescents et des jeunes adultes
Les cancers touchant les enfants, les adolescents et les jeunes adultes présentent plusieurs caractéristiques spécifiques qui nécessitent une coopération internationale particulièrement forte :
• Ces cancers sont souvent rares, très différents des cancers de l’adulte et extrêmement hétérogènes. Ils regroupent de nombreux types de tumeurs distincts, dont plusieurs ne comptent qu’un très faible nombre de cas ; aucun pays ne peut donc, à lui seul, produire des données suffisamment robustes couvrant l’ensemble des cancers pédiatriques, des adolescents et des jeunes adultes afin d’en améliorer la compréhension ou d’accélérer le développement de nouveaux traitements. Le renforcement de l’utilisation (ou de la réutilisation) transfrontalière des données est donc essentiel pour permettre des avancées médicales.
• Étant donné que la majorité (>80 %) des enfants atteints de cancer peuvent vivre plusieurs décennies après leur traitement , l’accélération de l’accès international aux données est également essentielle pour mieux comprendre les résultats à long terme, notamment les effets tardifs, les rechutes, la fertilité, les impacts neurocognitifs et la qualité de vie.
• La hausse observée de certains cancers à apparition précoce chez les adolescents et les jeunes adultes, conjuguée à la nécessité de réponses adaptées à l’âge, renforce l’urgence d’un meilleur accès international aux données afin de détecter plus précocement les tendances émergentes, d’améliorer la comparabilité des données et de soutenir des actions plus ciblées.
• Cependant, les progrès dépendent de l’intégration de données multidimensionnelles à grande échelle (cliniques, génomiques et d’imagerie), ce qui nécessite des systèmes interopérables et des approches internationales coordonnées.
Nous entendons :
• Promouvoir, lorsqu’il y a lieu, la coopération entre les ressources et programmes de données existants afin de mettre en réseau les registres nationaux, de faire progresser les normes d’interopérabilité et de permettre une collaboration transfrontalière responsable en matière de données, conformément aux cadres juridiques et réglementaires applicables et dans le respect des compétences nationales ;
• Soutenir l’intégration de données multidimensionnelles à grande échelle, notamment des données cliniques, génomiques et d’imagerie, permettant une utilisation sûre et sécurisée des données sans nécessiter leur transfert direct, en s’appuyant, lorsque cela est approprié et conformément aux cadres juridiques et réglementaires, sur l’intelligence artificielle ;
• S’appuyer sur les initiatives internationales, régionales et nationales existantes afin d’éviter les duplications, de combler les lacunes et de renforcer la coopération internationale en matière de recherche sur les cancers pédiatriques, des adolescents et des jeunes adultes.
La mise en œuvre de ce pilier devrait reposer sur les modalités suivantes :
• S’appuyer sur les initiatives internationales, régionales et nationales existantes relatives aux enfants, adolescents et jeunes adultes atteints de cancer en mettant l’accent sur leurs synergies, en identifiant les lacunes et en promouvant l’interopérabilité des systèmes ;
• Renforcer la coopération et promouvoir les travaux engagés par les consortiums de recherche nationaux, régionaux et internationaux sur les cancers pédiatriques, afin de constituer des cohortes de recherche plus vastes et interconnectées et de promouvoir de nouvelles approches thérapeutiques ;
• S’appuyer sur les initiatives existantes pour explorer l’utilisation de plateformes sécurisées et conformes aux exigences légales, permettant un usage transfrontalier sûr et responsable des données, lorsqu’il y a lieu, conformément aux législations internationales, régionales et nationales applicables en matière de protection des données, ainsi qu’aux garanties éthiques, aux priorités, aux capacités et aux ressources disponibles.
Pilier 2 : Intensifier notre lutte contre les cancers de mauvais pronostic
Les cancers de mauvais pronostic constituent l’un des principaux défis de santé publique et nécessitent une coopération internationale renforcée :
• Malgré les progrès majeurs réalisés dans la prévention, le diagnostic et les traitements, plusieurs cancers demeurent associés à une survie très faible et à une mortalité disproportionnellement élevée. Pour ces cancers, moins de 25 % des patients demeurent sans maladie au cours de la première année suivant le traitement, tandis que la survie à cinq ans reste inférieure à 30 %. Dans la plupart des cas, les améliorations enregistrées ont été extrêmement limitées par rapport à celles observées pour d’autres types de tumeurs.
• Pour certains de ces cancers à forte mortalité, l’incidence augmente de manière préoccupante, notamment pour les cancers du pancréas ou du poumon. Le cancer du poumon représente à lui seul 12 % de l’ensemble des cancers dans le monde et 18 % des décès par cancer ; chez les femmes, son incidence augmente d’environ 5 % par an.
• Les progrès seraient facilités par un meilleur alignement des efforts de recherche, une coopération renforcée dans le domaine des essais cliniques et un meilleur accès à l’innovation entre les pays. Relever ces défis nécessite une coopération de plus grande ampleur, un meilleur alignement des priorités de recherche et une traduction plus rapide des avancées scientifiques dans la pratique clinique. Une mise en œuvre efficace suppose également la disponibilité de recommandations fondées sur les données les plus récentes ainsi que de mesures d’assurance qualité dans les établissements de santé.
Nous entendons :
• Soutenir la recherche sur les cancers de mauvais pronostic ainsi que les travaux visant à établir une définition internationale commune et un programme de recherche partagé pour ces cancers, en les reconnaissant comme un défi mondial majeur ;
• Fixer des objectifs ambitieux pour le déploiement des programmes de dépistage et pour l’augmentation du nombre de cancers diagnostiqués au stade I, selon ce qui est approprié au regard des systèmes de santé nationaux et des contextes propres à chaque pays, afin d’améliorer les taux de survie des cancers de mauvais pronostic et, en particulier, de réduire significativement la mortalité liée au cancer du poumon au cours des dix prochaines années ;
• Favoriser des programmes de recherche internationaux innovants, améliorer la coopération dans les essais cliniques et accélérer la traduction des avancées scientifiques, notamment grâce aux technologies numériques, à l’intelligence artificielle et à la recherche quantique, dans la pratique clinique au bénéfice des patients.
La mise en œuvre de ce pilier devrait reposer sur les modalités suivantes :
• Mettre l’accent sur la complémentarité et l’alignement des priorités et des efforts au sein des outils existants ;
• Soutenir des avancées significatives de la recherche au moyen des initiatives internationales, régionales et nationales existantes, notamment les Cancer Grand Challenges, les appels à projets de partenaires et d’autres appels ciblés consacrés aux cancers de mauvais pronostic, sous réserve des ressources disponibles ;
• Promouvoir les travaux collaboratifs sur la caractérisation moléculaire et biologique, les biomarqueurs, le diagnostic plus précoce, les modèles innovants d’essais cliniques et l’accès à de nouvelles thérapies ;
• Encourager le déploiement et la promotion internationale de programmes de dépistage du cancer du poumon fondés sur des données probantes pour les populations éligibles, parallèlement aux efforts de prévention et de lutte ;
• S’appuyer sur les initiatives existantes aux niveaux international, régional et national afin de promouvoir l’adoption d’approches fondées sur des données probantes et d’accélérer la traduction des connaissances existantes en améliorations concrètes des résultats pour les patients.