Avril 2014

Le Palais de L'Élysée et son histoire

Le quartier de l'Elysée en 1872

Au début du XVIIIème siècle, l'actuel faubourg saint-Honoré n'était encore qu'une plaine traversée de pâturages et de cultures maraîchères, et de quelques maisons au toit de chaume.

Entre la Grande Rue du faubourg saint-Honoré, simple chaussée menant au village du Roule, et le Grand Cours (Champs-Elysées), le neveu par alliance d'André Le Nôtre, l'architecte Armand-Claude Mollet, possédait un terrain qu'il vendit en 1718 à Henri-Louis de la Tour d'Auvergne, comte d'Evreux.

Le contrat de vente prévoyait qu'Armand-Claude Mollet serait chargé d'y construire un hôtel, destiné à la résidence du comte d'Evreux.

L'architecte, à la demande du comte, éleva l'hôtel entre cour (côté rue) et jardin (côté Champs Elysées), formant le point de départ du plan d'urbanisme du faubourg Saint-Honoré. Dès 1742, Pignol de la Force évoquait déjà ce quartier, qu'il considérait comme l'un des plus beaux de Paris.

Edifié et décoré entre 1718 et 1722, l'Hôtel fut aménagé selon les principes d'architecture en vogue à l'époque. Il reste l'un des meilleurs exemples du modèle classique : un vestibule d'entrée situé dans l'axe de la Cour d'Honneur et des Jardins, un corps de logis double en profondeur, un Grand Appartement ou Appartement de Parade partagé en son milieu par un Grand Salon ouvert sur le jardin.

Par ailleurs, le bâtiment comprenait un corps central à trois degrés, et deux ailes en simple rez-de-chaussée : un Appartement des Bains à droite et un Petit Appartement (appartements privés) à gauche.

Une vaste cour arrondie s'ouvrait par un portail monumental à quatre colonnes ioniques, encadré par des murs aveugles surmontés d'une balustrade. Majestueuse, la Cour d'Honneur répondait au prestige que le comte d'Evreux souhaitait conférer à sa demeure. Elle était bordée de deux murs avec arcades en "défoncé" dissimulant les communs (écuries, cuisine, bûcher, remises....).

Un jardin à la française, avec son allée centrale dans l'axe de l'hôtel, ses parterres de broderies et ses allées de marronniers bordées de charmilles, complétaient plaisamment l'hôtel.

Cette ordonnance des lieux permettra toutes les adaptations souhaitées par les propriétaires successifs. D'importantes modifications seront réalisées selon la destination de l'édifice : hôtel particulier, demeure princière ou palais présidentiel, et au gré du goût des occupants et des modes.

Le décor des salons de réception, bien que modifié au cours des siècles, a conservé l'essentiel de son aspect d'origine. Ainsi, les boiseries du Grand Salon (Salon des Ambassadeurs) sculptées par Michel Lange d'après Hardouin-Mansard, les décors de la Seconde Antichambre (Salon des Aides de Camp), de la Chambre de Parade (Salon Pompadour) et du Salon des Portraits sont encore, pour la plus grande partie, d'origine et les transformations ultérieures n'en ont pas altéré le caractère.

A sa mort en 1753, le comte d'Evreux laissera un hôtel admiré de tous ses contemporains, y compris de Blondel qui appréciait "la plus belle maison de plaisance des environs de Paris".

Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de Pompadour, soucieuse d'acquérir une demeure parisienne, l'acheta. Lassurance, son architecte favori, fut chargé de modifier l'ordonnance de la Chambre de Parade et d'aménager le premier étage. Le jardin fut remanié par l'introduction de portiques, de charmilles, de cascades, d'un labyrinthe et d'une grotte dorée. A sa mort, la marquise légua la résidence à Louis XV.

D'abord mis à la disposition des Ambassadeurs extraordinaires séjournant à Paris, l'hôtel fut destiné, par décision royale du 14 août 1765, à la présentation des tableaux des Ports de France commandés par Louis XV à Joseph Vernet pour "les personnes curieuses et les amateurs de beaux arts".

Transformé provisoirement en Garde-Meuble de la Couronne en 1768, jusqu'à l'achèvement des bâtiments de Gabriel sur la Place Louis XV, l'hôtel d'Evreux fut vendu en 1773 au financier Nicolas Beaujon.

Propriétaire de l'hôtel jusqu'en août 1786, date à laquelle il le céda à Louis XVI sous réserve d'usufruit, Nicolas Beaujon modifia profondément la résidence. C'est notamment l'architecte Etienne-Louis Boullée qui fut chargé de ces transformations.

Il le chargea de prolonger l'aile des Petits Appartements vers les Champs-Elysées en retour d'équerre. L'actuel Salon d'Argent garde encore les proportions d'un boudoir décoré de glaces.

Une galerie longeant les salons des Petits Appartements permettait d'exposer la collection des tableaux du banquier grâce à un éclairage zénithal. Cette collection comptait des toiles remarquables dont La Bohémienne de Frantz Hals et Les Ambassadeurs de Holbein. D'autres transformations notables ont été réalisées dans le Pavillon Central, l'alcôve de la Chambre de Parade sera transformée en hémicycle, la Salle d'Assemblée divisée, des décors en boiserie sculptés, et une serre installée dans une partie de l'Appartement des Bains.

Le jardin a été complètement transformé et aménagé à l'anglaise avec terrasses, bosquets, allées sinueuses et rivières aboutissant à un petit lac. Ces aménagements sont à l'origine du Parc actuel.

Les aménagements de Boullée et la collection de tableaux de Nicolas Beaujon firent de cette demeure l'"une des premières de Paris".

Louis XVI, comme son grand-père, affecta l'hôtel au séjour des Ambassadeurs extraordinaires à Paris, puis le vendit en 1787 à sa cousine, la duchesse de Bourbon. L'hôtel prit alors le nom de sa propriétaire "Hôtel de Bourbon". Pierre-Adrien Pâris modifia une partie de l'oeuvre de Boullée. La chambre de la Duchesse sera créée en partie sur la galerie des tableaux : c'est l'actuelle bibliothèque Napoléon III.

Pendant la Révolution et après l'arrestation de la duchesse en avril 1793, l'Hôtel de Bourbon connut plusieurs affectations.

En 1794, il accueillit la Commission de l'Envoi des lois et l'Imprimerie du Bulletin des Lois, puis fut transformé, quelques mois plus tard, en dépôt national de meubles provenant des saisies d'émigrés ou de condamnés.

Libérée en 1795, la duchesse de Bourbon put retrouver en janvier 1797 sa résidence parisienne. Pour subvenir à ses besoins, elle mit en location le rez-de-chaussée de l'hôtel et donna l'autorisation à son locataire, un négociant du nom d'Hovyn, d'organiser des bals populaires dans les salons et le jardin.

Le passage du public, de la cour vers les jardins, nécessita l'ouverture des deux arcades de part et d'autre de la porte du vestibule menant au Grand Salon.

C'est à cette époque que l'hôtel prit son nom d'Elysée par référence à la promenade toute proche.

Exilée en Espagne, la duchesse de Bourbon vendit l'hôtel aux enchères et les Hovyn se portèrent acquéreurs. Certaines parties de la demeure furent louées en appartement. C'est ainsi que l'Elysée abrita le comte et la comtesse Léon de Vigny et leur quatrième fils, Alfred. La mode des fêtes et des bals passant, la fille d'Hovyn se vit contrainte à vendre l'hôtel en 1805 pour faire face à ses dettes.

Joaquim Murat, maréchal de France, prince d'Empire, se porta acquéreur. Soucieux de redonner tout son lustre à l'ancien hôtel d'Evreux, Murat confia la restauration des lieux et leur réaménagement à Barthélémy Vignon, futur auteur de la Madeleine, et Barthélémy Thibault.

C'est à ces deux architectes que l'on doit la création du Grand Escalier, à gauche du Vestibule d'Honneur, et de la Galerie des Tableaux utilisée en salle de bal (actuel Salon Murat), par la réunion de la salle-à-manger Beaujon et de la chapelle voisine. Une Salle des Banquets fut également installée dans l'aile ouest.

Par ailleurs, l'aile des Petits Appartements devint l'appartement de Caroline Murat dont seule subsite une pièce, le Salon d'Argent. Le premier étage du bâtiment central fut affecté au Prince selon les convenances, et le second étage à ses enfants, Caroline et Joaquim.

Napoléon affectera plus tard cet étage à son fils le Roi de Rome. Nommé roi de Naples en 1808, Murat céda à l'Empereur l'ensemble de ses propriétés en France dont l'Elysée, qui prit le nom d'Elysée-Napoléon. Désormais son histoire sera liée à l'histoire de France.

L'Empereur y résida du 1er mars 1809 jusqu'à son départ pour la campagne d'Autriche, s'installant dans l'appartement de Caroline. Après avoir cédé cette demeure à Joséphine lors de son divorce, Napoléon reprit possession de l'Elysée en 1812, qui fut le témoin des dernières heures de l'Empire. Il a signé son abdication dans le boudoir d'Argent. L'Elysée devint par la suite la demeure du tsar Alexandre durant l'occupation de Paris par les Alliés puis fut mis à la disposition du duc de Wellington en novembre 1815.

En 1816, l'Elysée entra définitivement dans les biens de la Couronne et Louis XVIII l'attribua à son neveu, le duc de Berry, à l'occasion du mariage de ce dernier avec Marie-Caroline de Bourbon-Siciles.

La Salle des Banquets fut transformée en Orangerie.

En 1820, Louis-Philippe prit possession du Palais qui devint, jusqu'en 1848, la résidence des hôtes étrangers de la France en visite à Paris.

Puis, pendant le gouvernement provisoire de la IIème République, le Palais prendra le nom d'"Elysée National", et les jardins seront

ouverts au public. Le 12 décembre 1848, l'Assemblée nationale assignait par décret l'"Elysée National" comme Résidence du Président de la République.

Le prince-président Louis-Napoléon s'y installa le 20 décembre 1848, avant de disposer du Palais des Tuileries en 1852. En 1853, l'Elysée accueillit Eugénie de Montijo, fiancée de l'Empereur et Napoléon III décida de la rénovation complète du Palais par un nouvel architecte, Joseph-Eugène Lacroix. Les structures actuelles du Palais proviennent pour l'essentiel de cette époque, et l'ensemble de ces travaux, qui s'achevèrent en 1867, constituent les derniers grands aménagements.

Les travaux concernèrent successivement l'aile ouest bordant l'avenue Marigny, puis celle des salons de réception du rez-de-chaussée et enfin l'appartement du premier étage.

Par ailleurs, l'Empereur fit percer l'avenue de la Reine Hortense (actuelle rue de l'Elysée) et doubla la surface des petits appartements qui furent dotés d'un étage supplémentaire, sans affecter le Boudoir d'Argent.

Les salons de réception du Pavillon Central ont été dotés d'une seconde série de portes en enfilade. Le Salon du Conseil fut pourvu de dessus de porte aux portraits des souverains de l'Europe, succédant aux Muses de Mme de Pompadour et aux portraits de la famille impériale (actuel Salon des Portraits).

Le premier étage du Pavillon Central fut complètement redécoré. Jean-Louis Godon se vit confier la décoration du Grand Salon et de la Salle de Bains avec l'aide de Charles Chaplin.

Une nouvelle chapelle fut construite sur la cour d'honneur au rez-de-chaussée de l'aile Est, et une salle de bal commencée dans le prolongement du Salon Murat fut achevée pour le Maréchal Mac Mahon.

Le portail d'entrée fut sensiblement modifié pour être remplacé par une porte en forme d'arc de triomphe, et la façade donnant sur la rue du faubourg Saint-Honoré percée de fenêtres.

Pour l'Exposition Universelle de 1867, les travaux sont achevés et les souverains étrangers seront recus à l'Elysée : le Tsar Alexandre II, le Sultan de Turquie Abdul-Aziz et l'Empereur d'Autriche François - Joseph.

Après la chute de l'Empire, le Palais reprit le titre d'Elysée-National. Le Palais n'eut à subir aucun dommage pendant la Commune et Thiers, chef du pouvoir exécutif en février 1871 puis Président de la République en août, y fit quelques séjours. Son successeur, le maréchal Mac Mahon élu en mai 1873, s'installa définitivement à l'Elysée à partir de septembre 1874.

Le Palais de l'Elysée sera désormais la résidence officielle de tous les présidents de la République.

Des travaux s'avèreront nécessaires pour répondre aux exigences de la fonction présidentielle. La création de la Salle des Fêtes inaugurée en 1889, permettra de recevoir les festivités de l'Exposition Universelle.

Le palais présidentiel ne subira pas des transformations architecturales majeures pendant la IIIème République. Cependant, il se modernisera. Le téléphone, l'électricité, le chauffage central et le "confort moderne" y seront installés. Seuls, la distribution des pièces et leur ameublement varieront au gré des besoins et du goût de ses hôtes.

Fermé du 13 juin 1940 jusqu'en 1946, le Palais retrouvera sa fonction présidentielle avec Vincent Auriol. Sa présidence verra la suppression de la galerie des vestiaires et de l'hémicycle du Salon Pompadour. Des décorateurs contemporains, Arbus et Leleu, seront appelés pour décorer le premier étage du Pavillon Central.

La Vème République conservera l'Elysée comme palais présidentiel. La distribution des pièces en sera profondément modifiée pour répondre aux nouvelles exigences de la fonction présidentielle.

Les pièces du premier étage du Pavillon Central seront converties en bureaux. Le Salon Doré deviendra le bureau présidentiel, et les principaux collaborateurs du Président s'installeront dans l'ancien appartement d'Eugénie.

La salle du Conseil des Ministres sera déplacée du Salon des Portraits au rez-de-chaussée, au premier étage, dans l'ancienne salle à manger privée.

L'aile est sera affectée aux appartements, le premier étage réservé aux appartements privés et le rez- de- chaussée aux appartements semi-officiels.

Cette nouvelle distribution, qui correspond à la division traditionnelle des grandes demeures du XVIIIème siècle, sera maintenue par les successeurs du Général de Gaulle. La salle du Conseil des ministres déménagera néanmoins sous la présidence de Georges Pompidou au Salon Murat.

Par ailleurs, les appartements privés et semi-officiels seront aménagés au goût des chefs d'Etat et, comme sous la Présidence de Vincent Auriol, des créateurs contemporains appelés par Georges Pompidou et par François Mitterrand. Largement transformé au cours des siècles, le Palais de l'Elysée garde cependant une grande cohérence architecturale.

Résidence du chef de l'Etat et siège de la Présidence, cet hôtel particulier est devenu un palais hautement symbolique de la République.

 

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