2018 06 08 19.25.14

Transcription - Conférence de presse conjointe du Président de la République Emmanuel Macron avec le Premier ministre du Québec, Philippe Couillard

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Rubrique : International, développement et francophonie

SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI.

Montréal – Jeudi 8 juin 2018

 

LE PRESIDENT : Merci beaucoup Monsieur le Premier ministre, cher Philippe, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs, je suis très heureux de passer ces quelques heures à Montréal au Québec, on fera aussi une halte à Québec avant de poursuivre mais dans un autre cadre avec plusieurs autres chefs d’Etat et de gouvernement à la Malbaie dans votre grande province au Québec pour ce G7.

Et je tenais absolument après votre voyage à Paris en début d’année à ce que nous puissions avoir cet échange et passer du temps ensemble.

Alors, je sais que beaucoup de gens s’interrogent et se demandent si dans mon esprit la relation avec le Québec est une relation stratégique ou affective. Alors, au début, je dois dire, je n’ai pas compris parce que pour moi « stratégique », c’était positif. En France, il y a un peu plus d’un an quand j’ai fait campagne, il y a une chose qui a caractérisé la démarche, c’est le « en même temps », et donc la relation entre la France et le Québec elle est stratégique et « en même temps » affective. On a le droit ! Et je crois que la déambulation qu’on a ce matin partagée dans la rue l’a montré, il y a un attachement particulier, il y a un sentiment entre nous qui est comme ça, très fort, et que je ressens aussi, et ça n’est pas un hasard si juste après cette conférence de presse, j’ai fait le choix de Montréal pour retrouver la communauté française parce qu’il y a aussi ce lien un peu particulier, cette affection toute particulière avec ce lieu, cette géographie et cette histoire et nous en avons vu d’ailleurs les traces il y a un instant ensemble dans ce beau musée.

Donc la relation est stratégique et affective et à chaque fois, nous l’avons ressenti, partagée, et portée.

Nos ministres, nos équipes ont beaucoup travaillé suite à votre visite et aux feuilles de route communes qui ont permis de faire avancer les travaux de coopération avec de nombreux échanges, des travaux communs qui placent la France et le Québec à l’avant-garde sur de nombreux sujets.

Il y a cinq points peut-être sur lesquels je souhaitais revenir dans la continuité de ton propos liminaire.

Tout d'abord, la jeunesse qui incarne le dynamisme de notre relation. Nous avons une histoire nous avons ce lien, mais nos jeunesses se parlent, voyagent, échangent, même si en effet il y a une jeunesse française qui vient beaucoup au Québec mais il faut qu'on attire, nous, davantage la jeunesse québécoise. J’ai déjà dit en mars ; aujourd’hui, plus de 10 000 étudiants français sont inscrits dans les universités du Québec, plus de 4 500 élèves fréquentent nos deux lycée franco-québécois, le collège Stanislas et le collège Marie de France, à quoi il convient de rajouter des milliers de jeunes qui traversent l'Atlantique chaque année dans le cadre d'échanges universitaires. Nous souhaitons faire mieux et accueillir encore davantage d'étudiants québécois en France et je salue à cet égard l'implication de votre gouvernement et votre implication personnelle. C'est aussi pour cela que la ministre m'accompagnait, que la conférence des présidents d'université s'est impliquée, l'ensemble des agences aussi compétentes en matière éducative côté français pour que nous développions les liens, les échanges l'accueil, que nous soyons plus attractifs, que nous développions les liens en termes de contenu éducatif dans cet espace francophone que nous partageons.

Et je le dis à la jeunesse québécoise, venez passer quelques années en France, nous vous attendons avec plaisir et c'est une porte pour l'accès à la connaissance, la compréhension de l'Europe.

La deuxième priorité, c'est que la France et le Québec sont engagés en faveur des grands enjeux mondiaux, c'est le cas de la lutte contre le dérèglement climatique, dans laquelle le Québec joue un rôle pionnier, nous avons là aussi évoqué, je pense au marché carbone que vous avez mis en place avec l'Ontario et la Californie. Un séminaire sera organisé prochainement pour réfléchir à l'interconnexion à terme des marchés européens et nord-américains et nous y travaillerons ensemble.

Pour ma part, je pousse au niveau européen des mécanismes qui permettent d'ailleurs de converger entre nos systèmes, puisque si on veut que le système européen converge vers le système que vous avez conçu à trois, il nous faut un prix plancher, et vous avez d'ailleurs tiré parfaitement les enseignements des dérèglements du marché européen, qui à défaut de prix plancher, a sous-valorisé les quotas pendant plusieurs années.

Nos scientifiques vont aussi collaborer pour diminuer justement sur l'empreinte écologique du transport maritime, et réduire les émissions de gaz à effet de serre, comme les impacts sur les mammifères marins et les écosystèmes côtiers, et plusieurs de vos chercheurs, de vos jeunes pousses, ont d'ailleurs contribué à l'appel à projet que nous avons lancé il y a quelques mois, « make our planet great again », en bon français, et qui a permis justement d'accroître les financements sur ces innovations.

La troisième priorité que nous souhaitons également développer, vous l'avez évoqué, c'est l'intelligence artificielle. Vous avez réussi, ici même, et d'ailleurs Montréal a ce vrai leadership au Canada, à développer un écosystème extrêmement fécond en matière d'intelligence artificielle.

La France est aujourd'hui le premier pays d'Europe continentale en termes de création de start-up, de jeunes pousses, et se développe fortement sur ce secteur. Nous sommes très engagés, le gouvernement, les parlementaires qui m'accompagnent et l'ensemble de notre écosystème de recherche, d'innovation et entrepreneurial, pour justement aller plus loin. Nous avons toutes les capacités fondamentales, mathématiques, informatique, et l'organisation qui nous permet de faire encore plus.

Je souhaite que nous puissions poursuivre, en termes d'innovation, de création d'entreprises, en termes d'avancées scientifiques et technologiques, mais que dans le même temps, nous soyons aussi en situation de mieux encadrer ces innovations pour remettre la personne au centre de celle-ci et donc nous assurer aussi des avancées en termes d'éthique, d'encadrement, de respect de la vie privée et des évolutions que l'intelligence artificielle peut nous conduire à vivre, pour le meilleur, mais peut-être aussi pour le pire.

Et je crois que sur ce sujet, la coopération entre Québec et la France, peut être particulièrement féconde, c'est le sens d'ailleurs des échanges qui sont tenus ce midi avec la ministre, les parlementaires, plusieurs entreprises et associations qui échangeaient pendant que nous nous parlions, et la déclaration franco-québécoise sur l'intelligence artificielle que nous venons d'adopter aujourd'hui, va totalement en ce sens : approfondir nos échanges pour mieux appréhender l'ampleur des transformations et mieux les encadrer. Et la réunion que vous avez évoquée, ira dans ce sens, et notre souhait est de pouvoir structurer progressivement cette démarche, cette philosophie commune.

La quatrième priorité, c'est l'économie. La France est le premier investisseur au Québec, ce qui montre mieux que n'importe quelle déclaration que mon pays croit en l'avenir du Québec et en sa réussite, mais nous devons aller plus loin. Et s'agissant du commerce, compte tenu de notre proximité historique, culturelle et linguistique, la France pourrait occuper une place bien plus importante. Je sais que le Premier ministre québécois partage cette volonté d'accroître nos échanges commerciaux, et c'est ce que, sur différents secteurs, nous avons décidé de faire ensemble. Le Québec est déjà la porte d'entrée privilégiée des entreprises françaises qui souhaitent s'implanter en Amérique du Nord, nous sommes ici dans ce port qui est une merveilleuse porte d'entrée dans ce continent, et l'accord économique et commercial global entre l'Union européenne et le Canada, est un cadre sur lequel nous avons beaucoup travaillé ces derniers mois, avec une vraie implication là aussi de nos parlementaires, de nos scientifiques, de nos sociétés civiles, pour lever toutes les craintes qu'il y avait, suivre et évaluer la mise en œuvre de manière progressive, et réussir à améliorer la relation bilatérale, dans ce contexte.

La mise en œuvre provisoire de cet accord, a déjà démontré que certaines craintes n'étaient pas fondées et que certains premiers résultats sont gagnant-gagnants, comme il convient de dire et comme la réalité le montre.

Je veux que la France joue pleinement ce rôle de porte d'entrée, de plateforme au niveau européen, pour les entreprises québécoises. A ce titre, notre banque publique d'investissement et la Banque coopérative Desjardins, vont désormais appuyer les entreprises françaises et canadiennes dans leurs démarches d'installation et ce fonds sera doté de 75 millions d'euros. Je veux ici saluer l'engagement de messieurs DUFOURCQ et CORMIER sur ce sujet. Je crois que c'est un accompagnement très concret de ce nouveau cadre.

Enfin la cinquième priorité, c'est la francophonie. C'est évidemment une priorité conjointe de toutes celles que je viens d'évoquer. Si nous voulons faire plus en matière d'intelligence artificielle, c'est aussi pour développer ce nouveau continent dans cet espace linguistique commun. Si nous pouvons et devons faire plus en termes de mobilité, c'est parce que nous avons cette francophonie en commun, et c'est d'ailleurs, je dirais, le cœur de l'engagement de l'Office franco-québécois pour la jeunesse, qui fait beaucoup sur ce sujet, et dont je veux saluer l'engagement.

La francophonie, c'est un domaine sur lequel nous souhaitons nous engager ensemble. Province francophone en Amérique du Nord, le Québec a su préserver son identité culturelle et linguistique, et je souhaite qu'ensemble nous puissions développer des domaines de coopération très concrets, mais également œuvrer ensemble pour l'Organisation internationale de la Francophonie, il y aura des échéances à venir, mais nous en avons parlé il y a quelques instants ensemble, nous avons une volonté commune qui est d'améliorer la gouvernance, d'œuvrer à la réforme, à la clarification des missions de cette organisation internationale, et je crois pouvoir dire que nous avons une exigence commune sur ce sujet qui est forte, parce que la francophonie, est ce que nous partageons avec de nombreux autres pays, mais qui, je crois pouvoir le dire, est un lien tout particulier qui continue à faire vivre au quotidien, la relation historique et affective que j'évoquais il y a un instant.

Voilà Mesdames et Messieurs, Monsieur le Premier ministre, cher Philippe, ce que je souhaitais souligner, pour rendre compte de notre entretien et souligner l'excellence de la relation et de son potentiel. Et malgré les distances géographiques et les décalages horaires, il n'y a pas de distance réelle entre la France et le Québec, elles sont abolies par l'histoire, par la langue et par l'amitié. C'est pour ça que je suis très heureux, une nouvelle fois, d'être avec toi et très heureux d'avoir passé cette journée avec vous.

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