Publié le 4 janvier 1988

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de la présentation des voeux du corps diplomatique, notamment sur l'accord de désarmement américano-soviétique, les otages et l'aide au développement, Paris, lundi 4 janvier 1988.

Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de la présentation des voeux du corps diplomatique, notamment sur l'accord de désarmement américano-soviétique, les otages et l'aide au développement, Paris, lundi 4 janvier 1988.

4 janvier 1988 - Seul le prononcé fait foi

Télécharger Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, à l'occasion de la présentation des voeux du corps diplomatique, notamment sur l'accord de désarmement américano-soviétique, les otages et l'aide au développement, Paris, lundi 4 janvier 1988. - PDF 265 Ko
Monsieur le Nonce,
- Ce n'est pas notre premier dialogue puisque depuis quelques années nous l'avons engagé en cette circonstance en exprimant nos voeux mutuels pour votre bonheur personnel et pour les intérêts que vous représentez, intérêts spirituels qui constituent pour notre société, notre civilisation française un apport d'une importance extrême.
- Vous voudrez bien transmettre à Sa Sainteté le Pape Jean Paul II nos sentiments et les souvenirs que nous avons des rencontres passées en même temps que les voeux que nous formons pour son pontificat.
- Mesdames et messieurs, vous représentez ici en France vos pays, nombreux avec lesquels la France entretient des relations diplomatiques. Et quelle que soit la -nature de nos relations, l'usage est respecté et doit l'être. De même que dans vos pays, les ambassadeurs de France sont présents pour saluer les représentants de l'Etat, de même vous venez nous rencontrer dans ce Palais de l'Elysée afin de célébrer une société internationale qui certes est loin d'être harmonieuse mais où l'on s'efforce de régler les problèmes qui pourraient conduire l'humanité à de nouveaux dangers.\
A cet égard, nous nous sommes réjouis - et nous l'avons dit - des premiers accords - les premiers depuis la dernière guerre mondiale - permettant de penser que le désarmement, et particulièrement le désarmement nucléaire, devient désormais possible et donc réalisable.
- Nous approuvons les deux grandes puissances qui ont su décider qu'il convenait de renverser le cours des choses, puisque nous avions assisté, depuis plusieurs décennies, au surarmement constant, jusqu'à l'excès, jusqu'à semble-t-il se doter du moyen de détruire plusieurs fois la terre. Comme si une fois n'était pas déjà de trop.
- Eh bien, c'est une date importante que cet accord initial qui devra en précéder d'autres. Quand je dis "devra", verbe au futur, ce n'est pas simplement l'application d'un temps, mais cela signifie en même temps une obligation morale et politique.
- Bien entendu, nous nous réjouirions de la même façon si ce désarmement contrôlé, équilibré, concomitant permettait d'établir des relations internationales plus confiantes et donc de commencer à régler avec le consentement des intéressés, que dis-je avec leur participation active, le règlement des conflits régionaux. Je n'en ferai pas la liste ici, elle est dans vos esprits, elle est longue : guerres ouvertes ou larvées, incapacité où se trouvent les organisations internationales (en dépit du grand talent de ses principaux dirigeants et particulièrement du Secrétaire général des Nations unies) faire avancer la paix entre les hommes comme c'est pourtant leur mission.
- Eh bien, ayons en tout cas le comportement de tâcherons qui veulent avancer pas à pas s'il n'est pas possible - je continue d'espérer que ce sera possible - de régler l'ensemble des problèmes brûlants par consentement mutuel, pas à pas, question par question. On est bien d'accord, monsieur le Nonce, et vous en avez exprimé l'idée, pour que la société internationale choisisse les moyens de la négociations et du dialogue plutôt que leur contraire. Ce trouble ou ces troubles dans le monde sont générateurs de crises plus graves encore.\
Et je voudrais insister un instant sur cet aspect particulier mais cruellement significatif, les prises d'otages. Comment, alors que sont si difficiles à apaiser les luttes d'intérêts entre peuples civilisés qui adhèrent également à la charte des Nations unies et plus encore à des principes moraux et de vie en société hors desquels il n'est pas de civilisation, est-il possible que l'on compte ici et là des otages ? Des personnes arrachées on ne sait pourquoi sinon comme monnaie d'échange et d'échange de quoi, et d'échange avec qui ? Des personnes arrachées à leur famille, à leurs amis, à leurs pays, à toutes les affections qu'ils pourraient espérer, à la vie tout simplement. C'est intolérable ! Il n'est pas concevable que la société internationale accepte, quels que soient les partenaires en cause, de recourir à des méthodes qui sont celles de la barbarie et qui doivent être dénoncées comme telles. Elle doit désigner comme indignes de prendre part à cette vie internationale ceux qui se livrent ou qui protègent de tels actes.\
C'est vrai que le désordre des esprits peut parfois se comprendre lorsque l'on constate l'aggravation des conditions de vie des deux tiers de l'humanité, la difficulté qu'il y a à exprimer quelques principes simples et quand c'est le cas à les mettre en oeuvre.
- Je pense en particulier au décalage croissant entre le développement des pays dits du Nord et ceux du Sud, les pays industriels et ceux qui ne le sont pas. Encore faudrait-il établir des distinctions à l'intérieur de ce que l'on appelle communément le tiers monde car il est aussi des pays pauvres et même très pauvres et d'autres qui vivent plus aisément.
- C'est un problème majeur. Nous avons besoin d'un ordre économique international, nous avons besoin d'un système monétaire qui permette enfin d'empêcher les spéculations et les rapports de force de dominer le monde et de réduire souvent à la misère et parfois au désordre économique, politique et social des pays qui ne demandent qu'à redresser leur économie et qu'à présider au progrès de leur peuple.
- La France, dans toutes les tribunes internationales, a témoigné pour que soit mis un terme aux problèmes de l'endettement et par la participation des pays débiteurs et par la participation des pays créanciers. Elle a aligné ses actes sur ses paroles. La France est un pays qui accru sa contribution et son aide, aussi bien dans le -cadre multilatéral que dans le -cadre bilatéral. Nous ne nous proposons pas en modèle. Nous appartenons au groupe des pays industriellement les plus avancés. Il y a des choses que nous pouvons faire et nous sommes aussi pris dans la crise et nous avons aussi l'intérêt, comme vous, mesdames et messieurs, à ce que l'intelligence humaine et l'esprit d'organisation puissent dominer les contradictions, les faiblesses, les insuffisances, l'imprévision et finalement la misère.\
Nous avons engagé une construction particulière dont je ne dirai qu'un mot puisque vous êtes nombreux ici à représenter d'autres continents ou même une autre partie de l'Europe, d'autres Etats. Nous nous sommes engagés, nous Français, dans la construction de l'Europe, initialement économique, aujourd'hui politique, le cas échéant sécuritaire, c'est-à-dire d'une Europe désireuse de se doter des moyens de la puissance légitime dans le monde, mais en même temps détentrice des propres moyens de sa sécurité dans le -cadre des alliances choisies.
- Je veux dire un mot à ceux de nos partenaires ici présents pour qu'ils sachent qu'ils sont pour nous des voisins et amis très chers et qu'ils doivent aussi comme nous faire l'effort qui convient pour que l'Europe en question, celle de la communauté, puisse dominer ses contradictions et prendre part aux grands choix mondiaux.\
Mesdames et messieurs, comment n'aurais-je pas profité de cette occasion qui m'est donnée de vous rencontrer tous et de vous dire, au-delà de tout ce qui peut diviser les Etats ici présents, que nous avons au moins un même devoir, celui de permettre à nos peuples de vivre mieux par la liberté et par le progrès, de vivre en paix par la primauté des principes internationaux, des organisations internationales et par le souci partagé qu'ont eu heureusement deux des plus importants en franchissant, je le répète pour la première fois, l'étape jusqu'ici interdite qui verra les Etats du monde travailler pratiquement à édifier la paix par le désarmement sans oublier bien entendu les autres conditions à remplir.
- Nous sommes très honorés, mesdames et messieurs, de vous recevoir dans ce Palais de l'Elysée. La République française vous en remercie. La France respecte ses partenaires dans le monde. Elle en est respectée. Vous êtes plus que les témoins, vous êtes les acteurs au nom de vos pays, de ce grand concert international. Puisque notre nouvelle année, celle qui détermine le rythme de nos étapes, celle de notre vie personnelle, celle de notre vie internationale m'en donne l'occasion, je tiens à exprimer les voeux pour votre santé et pour votre bonheur, pour la réussite de vos actions, pour le progrès de la paix.
- Je vous remercie mesdames et messieurs.\

Voir tous les articles et dossiers