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24 mai 2018

Déplacement en Fédération de Russie

Déclaration d'arrivée à Saint-Pétersbourg du Président de la République, Emmanuel Macron

Conférence de presse conjointe du Président de la République, Emmanuel Macron et de Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg

24 mai 2018

Transcription de la conférence de presse conjointe du Président de la République, Emmanuel Macron avec Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie à Saint-Pétersbourg

Seul le prononcé fait foi

Saint-Pétersbourg, Palais Constantin – Jeudi 24 mai 2018

 

LE PRESIDENT : Merci beaucoup Monsieur le Président, cher Vladimir.

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Parlementaires,

Mesdames, Messieurs,

Je veux avant tout remercier le président POUTINE pour son accueil et nous venons en effet, il vient d’en rendre compte, d’avoir un échange en tête-à-tête, puis un échange élargi qui a été, comme c’est toujours le cas entre nous, extrêmement direct et franc mais je dois dire plus long que nos équipes ne l’avaient initialement prévu parce que très fructueux et qui nous a permis, je crois pouvoir le dire, d’échanger en profondeur la vision aussi que nous avons de nos histoires et de nos devoirs contemporains.

Il y a un peu plus d’un an, nous étions ensemble à Versailles et nous avons ensuite cheminé pour voir cette exposition Pierre le Grand qui était organisée et qui racontait le voyage de Pierre le Grand en France auprès de Louis XV puisque avec Louis XIV, ce fut un rendez-vous manqué. Et nous voilà aujourd’hui dans sa ville et dans un lieu qui n’a rien d’innocent au regard de cette Histoire, dans cette ville de Saint-Pétersbourg qu’il avait voulu comme une fenêtre sur l’Europe, où il avait fait venir nombre d’artistes, d’intellectuels de son temps, comme ensuite Catherine II le fera aussi.

Et ce lieu, cette ville, je crois, nous rappelle ce qui nous lie très profondément et c’est aussi pour cela que lorsqu’en 1966, le général de GAULLE avait voulu venir prononcer un grand discours et faire un grand geste politique, il avait choisi Saint-Pétersbourg pour rendre hommage à la résistance héroïque des soldats soviétiques et des civils russes assiégés par l’armée hitlérienne. Et je me rendrai demain à mon tour à la nécropole pour rendre hommage aux soldats qui se sont battus et qui sont tombés, mais aussi aux civils et à toutes les victimes du siège de Leningrad durant la Seconde Guerre mondiale.

L’escadrille Normandie-Niemen avait une devise et elle n’est jamais loin lorsque nous pensons à ces moments de l’Histoire. Nous avons volé dans le même ciel. Et c’est un peu de cela aussi dont il s’agit, pensant également aux quelques combattants français qui ont été aux côtés de votre ville et de votre peuple. Votre ville, Monsieur le Président, parce que Saint-Pétersbourg, c’est en effet la ville qui vous a vu naître, grandir, étudier, administrer et qui, aujourd’hui, nous réunit à l’occasion de ce Forum économique international auquel la France, en effet, participe cette année en tant qu’invitée d’honneur aux côtés du Japon et je tiens à vous remercier pour cette invitation.

Et nous poursuivons ce faisant le fil historique dans lequel nous avons fait le choix d’inscrire nos échanges et je suis convaincu que nos deux pays ont vocation et intérêt à définir, pour reprendre les termes de DOSTOIEVSKI dont nous parlions tout à l’heure dans son discours sur POUCHKINE, un vrai terrain de conciliation pour toutes les contradictions européennes. C’est sans doute un peu de cela dont il s’agit lorsque nous parlons de la relation entre nos deux pays. Nous avons toutes les contradictions européennes qui habitent nos peuples à relever mais nous savons et nous avons su par le passé – et nous le saurons demain aussi – construire un vrai terrain de conciliation.

Nous avons un partenariat historique, il est là et il est fort et la France et la Russie ont en commun d’avoir hérité du combat de leurs aînés une place à part, celle de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies. Et cette place à part dans les temps que nous vivons nous oblige et nous en avons parlé avec le président POUTINE. Elle nous oblige parce que je crois qu’aujourd’hui, nous n’avons pas d’autre choix l’un et l’autre que de croire et défendre ce que j’ai pu appeler il y a quelques semaines un multilatéralisme fort, c’est-à-dire une grammaire de nos relations internationales qui croit à la coopération, qui croit aux règles dont nous nous sommes dotés, qui veut les respecter, mais qui considère que ces règles ne sont pas simplement des mots qui vaudraient pour les plus faibles ou ceux qui ne savent pas les faire respecter.

Cette responsabilité qui est la nôtre implique un dialogue construit, constant et une indépendance. Et le président POUTINE le sait, la politique étrangère de la France, sous ma direction, est pleinement indépendante. Nous ne nous alignons jamais sur personne, nous prenons nos décisions par nous-mêmes et pour nous-mêmes, nous croyons dans l’Europe pour en démultiplier la force, nous souhaitons aussi que ces décisions, lorsqu’elles sont prises, puissent être respectées en prenant en compte les intérêts de nos partenaires. Et notre dialogue avec la Russie est un élément de cette indépendance, comme l’est notre appartenance à une Europe démocratique et souveraine, comme l’est la relation que nous avons aussi avec notre allié des Etats-Unis d’Amérique et c’est constitutif de ce multilatéralisme fort que j’évoquais.

Nous parlons à tous et c’est la marque de notre indépendance. Nous le faisons de manière directe et franche, c’est la marque de notre fiabilité. Je suis très lucide sur les incompréhensions qui ont pu exister et s’installer entre nous. Une part de ces incompréhensions, je dois dire même l’essentiel, ne nous est pas imputable mais elles sont là et il nous faut donc savoir y revenir. Nous connaissons les termes du débat mais je souhaite ici que nous puissions avancer ensemble et, dès nos premiers échanges avec le président POUTINE, c’est sur cette base que nous avons souhaité travailler.

Ce multilatéralisme fort, cette indépendance de la politique étrangère française va aussi avec quelques principes auxquels je crois. Je crois que nous devons œuvrer, que c’est notre intérêt conjoint, pour défendre notre sécurité collective, que nous devons aussi défendre nos valeurs partout, mais que nous devons également respecter partout la souveraineté des peuples et je m’oppose clairement à je ne sais quelle prétention de vouloir se substituer à leurs choix. Et sur ce terrain, j’ai été clair dès le premier jour, la France prend des positions, elle construit des alliances, elle peut intervenir quand le non-respect est évident quant à certaines règles qui avaient été édictées avec une légitimité internationale réelle, mais jamais pour se substituer à la souveraineté d’un peuple.

Je respecte aussi le rôle renforcé que la Russie se donne dans son environnement régional et dans le monde, en particulier au Moyen-Orient. Et avec ce rôle retrouvé, vient aussi davantage de responsabilité et je suis pleinement conscient et je sais que le président POUTINE l’a en tête. En même temps – et le président le sait –, j’attends de la Russie qu’elle respecte elle aussi nos intérêts, notre souveraineté, celle de nos partenaires européens avec lesquels notre solidarité sera toujours sans faille et de cela aussi nous avons parlé. Je pense que nous pouvons collectivement cheminer.

Au fond, ce qu’il nous faut aujourd’hui, compte tenu de notre Histoire, de ce moment et des règles que nous avons fixées et des intérêts qui sont les nôtres, continuer à bâtir une confiance commune et je souhaite pour ma part que la Russie comprenne que la France est son partenaire européen crédible, ouvert et fiable pour préparer l’avenir. Et je crois que la discussion que nous avons eue allait dans ce sens. J’ai proposé au président POUTINE de s’engager avec la France dans la définition justement de ce multilatéralisme fort qui doit nous permettre de poser les fondements de l’ordre mondial contemporain, un multilatéralisme qui ne soit plus la coquille vide des affrontements idéologiques, mais qui produise des résultats sur des bases claires et qui permette d’obtenir des solutions concrètes. C’est l’intérêt de nos pays et, je crois, ce qui également nous anime.

C’est forts de ces principes et dans cet esprit que nous avons abordé les grands dossiers internationaux sur lesquels le président POUTINE vient de revenir. Sur le dossier iranien, les trois pays signataires européens, comme la haute représentante MOGHERINI, ont très clairement dit dès la décision américaine que nous restions dans l’accord et que l’accord du 14 juillet 2015 était pour nous un accord que nous avions signé et que nous devions respecter. Et je souhaite que l’ensemble des signataires reste dans l’accord et le préserve. Nous avons ainsi décidé la semaine dernière à Sofia, au niveau européen, de nous doter des instruments et des garanties à l’égard des entreprises pour s’assurer de la pleine efficacité à tous égards, y compris sur le plan économique, de cet accord. Mais je souhaite aussi que nous puissions travailler avec toutes celles et ceux qui y ont intérêt pour que cette efficacité soit pleine et entière et que nos entreprises puissent aussi trouver des solutions pragmatiques avec d’autres pays et d’autres entreprises qui ont intérêt, comme certaines entreprises d’ailleurs l’ont fait ces derniers jours, pour préserver leurs intérêts lorsqu’elles sont très exposées aux Etats-Unis, au marché américain, mais qu’on puisse garantir à l’Iran la viabilité des projets qui ont été lancé.

Dans le même temps, je souhaite que l’Iran reste pleinement engagé dans l’accord nucléaire et ne reprenne aucune activité. A cet égard, je considère que les dernières informations transmises par l’AIEA vont dans la bonne direction et sont réconfortantes. J’ai dit au président POUTINE cette volonté, je crois que nous la partageons et nous avons l’un et l’autre acté de cette volonté commune de préserver ce cadre qui nous semble être un cadre utile pour la sécurité régionale. J’ai dit aussi au président POUTINE quelles étaient nos autres préoccupations et je crois là aussi pouvoir dire que nous les partageons : l’activité nucléaire après 2025, l’activité balistique et l’activité régionale de l’Iran. Je souhaite que nous puissions engager avec l’Iran – et j’ai eu l’occasion de le dire à deux reprises au président ROHANI – un dialogue sur ces sujets. Mais il est évident que ce dialogue n’est possible que si nous savons collectivement aménager ce cadre crédible de l’accord de 2015, ce que nous sommes en train de faire.

Et donc je crois qu’il est cohérent que nous œuvrions ensemble à l’égard de l’Iran pour engager dès maintenant un dialogue franc, sincère, mais indispensable pour la sécurité régionale qui permette d’avancer sur l’ensemble de ces sujets. Vous avez reçu il y a quelques jours le Premier ministre israélien, je pense qu’il vous en a aussi parlé. Nous connaissons l’un et l’autre toutes les puissances amies, alliées ou que nous respectons de la région. Elles n’ont pas forcément la même lecture que nous de la situation mais nous ne pouvons mésestimer leurs inquiétudes et leurs intérêts. Et donc, pour éviter toute escalade, notre volonté est de construire cet accord plus large dans la région avec l’Iran et d’œuvrer ensemble pour ce faire.

En Syrie, l’intensification des tensions entre Israël et l’Iran démontre le risque là aussi d’une escalade de grande ampleur. Le moment est clairement venu de mettre autour de la table toutes les puissances concernées par la crise syrienne pour parvenir à un règlement politique du conflit. Le président POUTINE l’a dit, il y a aujourd’hui deux formats qui existent : le Format dit d’Astana et le Format dit du Small Group que nous avons constitué il y a maintenant quelques mois. Ces deux formats sont complémentaires et sur le sujet syrien, j’ai toujours été clair, notre priorité, notre volonté, c’est l’éradication du terrorisme et la lutte contre le terrorisme islamiste. Et même si nous avons pris des décisions très claires et toujours eu des positions claires vis-à-vis de Bachar EL-ASSAD et de sa politique, la politique française n’est pas de procéder depuis l’extérieur à quelque changement de régime que ce soit ou à quelque transition. Ce n’est pas ça depuis le mois de mai 2017 notre politique, c’est celle qui consiste à construire une solution politique inclusive qui permettra d’élaborer le cadre constitutionnel, qui permettra à tout le peuple syrien, y compris les Syriens ayant dû fuir, de voter et de choisir leurs gouvernants.

C’est cela le point d’aboutissement du processus politique qui est le nôtre et je crois pouvoir dire que notre discussion à cet égard était extrêmement instructive, en tout cas pour moi. Et donc nous avons souhaité, comme l’a dit le président POUTINE, mettre en place un mécanisme de coordination entre le groupe d’Astana et le Small Group. C’est pour moi une avancée très importante en termes de gestion du dossier syrien. Nous pouvons avoir des sensibilités différentes, bien sûr, mais nous avons une même volonté de stabilisation, un même respect de la souveraineté des peuples, une même volonté de faire aboutir le dossier en étant inclusif et en construisant la stabilité à long terme. Et donc ce mécanisme de coordination, nos équipes vont le construire dans les prochaines semaines mais il aura pour finalité d’avoir un agenda de discussions parallèle mais commun pour les deux groupes et de construire ensemble – et ce sera notre responsabilité aussi – les convergences qui permettront, je l’espère, cette solution politique. En tout cas, je crois beaucoup à cette option que j’appelle de mes vœux depuis plusieurs mois et je suis à cet égard, je dois le dire, extrêmement satisfait des avancées de notre discussion.

J’ai également proposé au président POUTINE que nous puissions travailler concrètement ensemble sur le terrain sur le plan humanitaire. En effet, j’ai décidé il y a quelques semaines maintenant, à la fin du mois d’avril, de réinvestir en matière d’engagement humanitaire et en particulier de réinvestir à hauteur de 50 millions d’euros pour financer les organisations non gouvernementales présentes sur le sol syrien. Sur ce sujet, nous allons travailler au nord-ouest et au nord-est avec ces organisations et j’ai souhaité que nous puissions le faire en coordination étroite, y compris dans la zone qui est sous le contrôle du régime syrien, le faire de manière étroite avec la Russie. Je pense que c’était ce que vous appeliez aussi de vos vœux depuis plusieurs mois et que cette avancée est de nature également à nous rendre collectivement utiles sur le terrain et permettre à ces organisations non gouvernementales de mieux travailler et d’accéder aux populations qui ont les besoins les plus sévères.

Sur la lutte contre le terrorisme en Syrie, la coalition achève de réduire les derniers bastions de Daesh et nous sommes d’accord pour que dans les décisions que nous prenons sur la Syrie, la nécessité de prévenir toute résurgence de cette organisation soit pleinement prise en compte. Sur le chimique, nous avons des désaccords, nous les connaissons, nous les avons partagés, mais je souhaite que nous puissions travailler sur le plan international afin de mettre en place un nouveau mécanisme indépendant, impartial et permanent qui permette d’attribuer la responsabilité d’emploi des armes chimiques et que les prochains mois puissent être utilement mis à contribution sur ce point.

Sur la situation en Ukraine enfin, le règlement pacifique de la crise au Donbass est l’élément clé d’un retour à des relations apaisées entre l’Europe et la Russie, nous y avons tous intérêt. J’ai dit au président POUTINE que les mois à venir seraient décisifs si nous voulons mettre fin à ce conflit. Le président vient de le dire, il n’y a pas d’autre solution que la mise en œuvre des Accords de Minsk par toutes les parties sur la base des propositions très concrètes que nous avons faites avec l’Allemagne. Il y aura une réunion des groupes techniques dans les prochaines semaines, puis une réunion des ministres des Affaires étrangères en Format Normandie et je souhaite que nous puissions trouver des avancées concrètes sur ce point là aussi.

Sur le plan de la relation bilatérale, nous avons – et le président POUTINE l’a également évoqué – discuté de ce sujet toujours sensible de l’activité dans le cyberespace et des cyberattaques et nous avons souhaité l’un et l’autre inaugurer un processus qui jusqu’alors n’existait pas mais que nous allons mettre en œuvre d’échange d’informations et de traitement très concret des situations pour construire un cadre commun qui permette de réguler ce cyberespace déjà entre nos deux pays et avec l’ambition d’essayer de travailler avec nos partenaires sur ce sujet absolument déterminant.

Nous avons une relation économique extrêmement vivace, le président l’a rappelé, qui fait de la France l’un des tout premiers partenaires économiques en termes d’emploi comme en termes d’investissement et sans doute le partenaire économique le plus fiable dans la durée, y compris dans les temps les plus difficiles. Demain au Forum de Saint-Pétersbourg, la délégation française sera très importante, preuve que nos entreprises sont là et souhaitent accompagner la modernisation économique et sociale de la Russie, la diversification de son économie, son développement scientifique et technologique et continuer à jouer ce rôle de premier employeur étranger dans le pays. Et malgré les sanctions, malgré les difficultés, elles sont présentes, comme le sont nos chercheurs, nos artistes, nos penseurs et je crois que c’est une présence indispensable.

Nous avons aussi constaté la très bonne avancée des travaux que nous avions lancés il y a un an. Nous avons fait des progrès important. Le Dialogue de Trianon qui est cette enceinte dans laquelle nous avons voulu rassembler justement les représentants de la société civile, du monde académique, culturel. Intellectuels et scientifiques ont travaillé de manière active. Il a permis des échanges renouvelés entre nos sociétés civiles. Deux plateformes numériques ont été lancées en France et en Russie pour faciliter la circulation des initiatives et des idées et les membres français et russes du Conseil de coordination du Dialogue se réunissent tous pour la première fois ensemble physiquement à l’occasion de cette visite demain. C’est un résultat important pour développer ces liens et il a d’ailleurs permis à plusieurs jeunes Français d’être sélectionnés dans le cadre d’un concours et de découvrir votre pays, ce qui forge aussi ces relations dans la durée.

Aujourd’hui et demain, nous actons plusieurs accords, une cinquantaine au total d’accords-cadre. Et au-delà des accords d’entreprise signés devant nous, des accords de nos grands acteurs de recherche, quel que soit le secteur, le spatial, le nucléaire civil, l’énergie sont mis à l’honneur en même temps que les sciences, la recherche, la culture, le patrimoine, l’enseignement supérieur, avec la création de nouveaux doubles diplômes pour nos étudiants à Saint-Pétersbourg, ici même. L’année 2018 est aussi l’Année des Langues et Littératures marquée par le succès du Salon du Live de Paris qui succède à l’Année du Tourisme culturel en 2017, avec l’immense succès aussi de plusieurs expositions consacrées à la collection CHTCHOUKINE à Paris et Saint-Louis et les Reliques de la Sainte-Chapelle au musée du Kremlin à Moscou.

C’est également la culture que nous sommes ici venus accompagner dans le cadre de ce Dialogue avec entre autres la ministre. Nous serons demain justement pour célébrer l’anniversaire de Monsieur PETIPA dont beaucoup de monde en Russie pense qu’il est Français, qu’il est, pardon, Russe, mais il était avant tout Français et Marseillais, je dois dire, mais il a eu un rôle, parce que la Russie lui a fait confiance, essentiel au Mariinsky en particulier et dans la création de nombreux ballets qui ont forgé notre histoire culturelle commune, notre identité.

Sur tous ces sujets, nous souhaitons continuer à œuvrer ensemble, continuer à dialoguer, continuer à avancer et c’est dans ce dialogue exigeant mais volontaire que nous souhaitons, avec le président POUTINE, dessiner un peu de ce siècle qui s’ouvre. Les enfants français ont appris l’immensité du territoire russe en lisant « Michel STROGOFF », ils ont parfois eu peur en écoutant « Pierre et le loup », ils ont rêvé justement grâce aux ballets de Marius PETIPA. Il y a beaucoup de monde lorsqu’on voyage dans les villes de la Volga, on demande justement aux visiteurs les hôtels où a résidé l’auteur des « Trois Mousquetaires ». Les héros russes ont habité l’imaginaire français et DOSTOIEVSKI n’aurait sans doute pas été lui-même sans l’influence de la France et des auteurs français.

Toute cette histoire culturelle, c’est ce qui nous oblige parce que nos imaginaires sont communs, ils sont européens, ils sont européens. Et c’est surtout quand l’Histoire se complique qu’il faut essayer de la rendre simple, de savoir d’où l’on vient, de constater les désaccords, mais de chercher à faire. Et donc je souhaite que la France et la Russie de demain soient à la hauteur de leur Histoire pour, dans ce monde incertain, construire leur destin. Je vous remercie Monsieur le Président, cher Vladimir.

Conférence de presse du Président de la République, Emmanuel Macron à Saint-Pétersbourg

Discours du Président de la République, Emmanuel Macron lors du forum économique à Saint-Pétersbourg

25 mai 2018

Transcription du discours du Président de la République, Emmanuel Macron, à l'expoforum forum économique international

Seul le prononcé fait foi

Saint-Pétersbourg – Vendredi 25 mai 2018

Monsieur le président de la Fédération de Russie,

Monsieur le Premier Ministre du Japon,

Mesdames et Messieurs les chefs de Gouvernement,

Madame la Directrice générale du Fonds monétaire international,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les chefs d'entreprise,

Chers amis,

Merci, Monsieur le Président, de nous accueillir dans ce forum, pour ce forum dans une ville qui nous rappelle, ô combien, que lorsque la confiance se perd, elle peut conduire au pire.

Aujourd'hui, tout semble aller bien, on pourrait vouloir oublier l'Histoire et parce que nous sommes dans un forum économique, ne parler que d'économie. Vous avez vous-même à l'instant parler d'enjeux géopolitiques.

J'étais ce matin à la Nécropole de Piskarevskoïe pour rendre hommage à celles et ceux qui, il y a quelques décennies simplement, dans cette ville, ont tenu l'un des sièges les plus longs du monde et où des millions de vies ont été perdues, soldats, habitants, enfants et où cette ville qui avait un peu plus de 3,5 millions d'habitants au commencement de la 2ème Guerre mondiale, en est sortie avec à peine 500 000.

Je sais, Monsieur le Président, que cette Histoire, vous l'avez vécue dans votre famille même et votre chair.

Je veux commencer mon propos en y faisant référence, à la fois pour rendre hommage à l'Histoire de cette ville et de celles et ceux qui ont tenu ce siège et pour dire que lorsque la confiance commence à se perdre et qu'on n’y fait pas attention, lorsqu'on ne comprend pas que des signes avant-coureurs laissent entendre que quelque chose de plus grave s'annonce, on peut être amené à prendre des responsabilités historiques et à ne pas voir les vents mauvais qui se lèvent.

Le moment que nous sommes en train de vivre est un moment où la confiance en effet sur le plan international est bousculé par des phénomènes multiples, géopolitiques, parfois militaires, parfois économiques aussi qui peuvent conduire au pire.

Donc, le thème que vous avez choisi pour cette année me semble être le bon. La confiance, ce n'est pas simplement le respect formel des règles, c’est le degré minimal de la confiance, non. C'est la capacité à avoir confiance en soi pour donner confiance à l'autre. C'est la capacité à construire quelque chose dans la durée d'une âme commune, c'est ce qu’au fond dans « Guerre et Paix », est exprimé le mieux entre Bézoukhov et Karataev. Ce dernier déploie une simplicité et une joie, une foi en autrui qui fait que Bézoukhov, qui tout au long du roman, doute de lui-même, finit par dire qu'en le regardant – je cite – il « ressens cette paix de l'âme, ce contentement de soi-même, que jusque-là, il avait en vain appelé de tous ses vœux ». Il devient plus fort dans et par la rencontre de l'autre. Parce que l'autre a compris quelque chose de lui-même et de celui qu’il a en face. C'est ça la confiance.

Donc, ça suppose du temps, du respect d'autrui, la connaissance de nos Histoires communes, une dialectique dans le rapport à l'autre et à soi et c'est cela ce que nous avons aujourd'hui à bâtir.

Les relations entre la France et la Russie permettent de construire, je le crois très profondément, aujourd'hui la confiance, malgré le contexte très difficile qui est le nôtre et c'est sur ce premier point que je voulais revenir.

La confiance, la vraie, se bâtit pas à pas et c'est ce que nous faisons sur le plan économique avec la Russie. Ensemble, nous avons œuvré à la maîtrise des propriétés civiles de l'atome, nous avons tissé des liens pour l'approvisionnement énergétique de l'Europe, nous avons porté plus haut le rêve de l'exploration spatiale et nous avons construit et maintenu, malgré les vents mauvais, des grands projets dans le domaine énergétique.

Les entreprises françaises – nous l'évoquions tout à l'heure – étaient là quand la Russie est entrée en récession en 2009, puis en 2014. Elles ne sont pas parties et elles ont maintenu dans tous les secteurs d'activité où elles étaient investies leur place. La France est ainsi aujourd'hui l'un des premiers employeurs étrangers avec près de 170 000 emplois. Nous sommes parmi les tout premiers investisseurs en flux. L'Union européenne est le premier partenaire commercial de la Russie, elle représente 45 % de ses exportations, loin devant la Chine, quand on regarde l'Union européenne.

D'autres projets sont en cours, nos entreprises ont conclu aujourd'hui, il y avait une cinquantaine d'accords lors de cette visite et de nos relations de travail, certains partenariats vieux de quarante ans ont été conçus dans une période de tension extrême et nous devons retrouver le sens de cette volonté fondatrice.

L'un et l'autre, nous y croyons et le choix de la France comme invitée d'Honneur, avec le Japon, pour ce Forum de Saint-Pétersbourg, démontre que cette volonté est partagée.

C'est pour poursuivre dans cette direction que je demande aussi que nous puissions ensemble continuer à œuvrer et je me félicite du discours que vient de tenir le Président POUTINE, cher Vladimir, à faire respecter les règles du jeu favorables aux affaires, à réagir toujours, les uns et les autres, avec proportion aux sanctions, à renoncer à tout repli sur soi, à respecter les engagements multilatéraux pris à l'Organisation mondiale du commerce en matière de barrières tarifaires et non tarifaires.

Nous devons apporter un soutien clair au projet stratégique franco-russe et renouveler notre coopération, en appui à la diversification de l'économie russe, en la développant dans de nouveaux secteurs qui seront les moteurs de la croissance de demain, les nouvelles mobilités, la ville, la santé, les transports urbains, le numérique. Nous devons le faire dans un contexte dont nous connaissons toutes les difficultés, mais précisément pour pouvoir les dépasser.

Je crois très profondément que la Russie a son Histoire et son destin dans l'Europe, mais dans une Europe partenariale, qui, cher Shinzo, Monsieur le Ministre, a vocation à travailler avec tout le monde, à dialoguer avec le Proche et Moyen-Orient, comme avec l'Asie. Mais notre Histoire, notre ancrage est commun.

Simplement, ces vingt-cinq dernières années ont parfois été faites d'incompréhensions, sans doute d’erreurs qui ont parfois nourri les tensions et ont pu nous faire diverger, alors même que ces vingt-cinq dernières années, nous aurions dû en quelque sorte réconcilier les Histoires, parachever une Histoire commune, celle que justement nos imaginaires littéraires, notre Histoire, notre géographie, notre identité profonde aurait dû conduire à mener.

Je souhaite donc que nous puissions, dans la décennie qui s'ouvre, réussir à œuvrer ensemble pour justement recréer cette confiance européenne indispensable. Cela suppose de partager des choix géostratégiques, cela suppose de savoir régler les différends qui existent et les crises en cours. Là-dessus, nous en avons parlé hier avec le Président Poutine, nous connaissons le cadre, le format, il faut maintenant œuvrer et avancer. Cela suppose de porter des projets nouveaux, une philosophie nouvelle pour notre Europe.

Je viens d'entendre vos quatre priorités que vous venez d'évoquer, Monsieur le Président. Mettre l’Homme, un nouvel humanisme, la volonté de reconnaître et de laisser s'exprimer toutes les libertés de l'Homme dans une société qui a confiance en elle-même. C'est le projet fondateur de l'Europe.

Donc, dans cette perspective, pour mieux vivre, pour construire un modèle économique plus fort et un modèle social où votre peuple vivra mieux – je vous ai entendu – je suis convaincu que c'est dans cet ancrage et ce partenariat fort avec l'Europe que nous pouvons le faire. C’est ce qui a alimenté, nourri l'Histoire de l'Europe, qui est ce continent où la démocratie, le progrès des classes moyennes, l'économie de marché et les équilibres sociaux ont été inventés.

Donc, notre défi commun, c’est face à toutes les peurs contemporaines, toutes les grandes bascules, les craintes que vous évoquiez, qu'elles soient géopolitiques ou technologiques, de savoir reconstruire cette grammaire pour remettre l'Homme au centre. C'est par ce biais que nous pouvons ensemble construire ce nouveau partenariat que j'appelle de mes vœux.

Nous devons aussi ensemble réussir à améliorer le fonctionnement des mécanismes de paix et de sécurité sur le continent européen, c'est notre responsabilité. Revoir cette architecture est notre intérêt partagé. Alors mettons-nous autour de la table et travaillons. J'y suis prêt.

La fenêtre d'opportunité existe, elle est maintenant et si elle n'était pas saisie, elle pourrait se refermer. C'est pourquoi je tiens à cet ancrage de la Russie en Europe et avec l'Europe. Je tiens à la présence de la Russie dans le Conseil de l'Europe et je souhaite que sur les sujets économiques, stratégiques comme de défense, notre dialogue stratégique pour la décennie à venir trouve une nouvelle dynamique.

Car en effet – c'est le deuxième point sur lequel je voulais insister – la question de confiance posée à l'échelle mondiale nous place dans une situation inédite. Il y a toutes les craintes que nous connaissions face aux changements climatiques, face aux transformations énergétiques, face à un monde numérique où tout s'accélère. Il y a des inégalités contemporaines du monde, où notre organisation mondiale vit une crise qui a fait accroître les inégalités au sein des pays et entre les pays et a fragilisé en quelque sorte ce consensus des classes moyennes.

Oui, nous vivons – cela depuis plusieurs années – une crise de la mondialisation contemporaine qui fait douter nos peuples. C'est ce qui a conduit à des choix, ces dernières années, là où on les pensait impossibles, du Brexit à la montée des régimes dits « illibéraux», une crise s'est installée aujourd'hui dans une bonne partie du monde.

Mais face à cette crise, dont, je le crois très profondément, les causes sont la défiance de nos peuples, les causes sont le manque d'efficacité et d'équité de ce développement, nous voyons une réponse qui est en train de se dessiner à l'échelle internationale et vous l’avez dénoncée, celle de la fragmentation du monde. Celle qui consiste, en jouant sur les peurs, à vouloir diviser, à vouloir en quelque sorte nourrir cette crise de confiance par plus de défiance encore.

Qu'il s'agisse du commerce, qu'il s'agisse des sujets de défense ou de sécurité collective, qu'il s'agisse des sujets de numérique, la division ne sera que l'instrument de la peur.

Or, le Japon, la Russie comme la France, avec eux la Chine et tous nos partenaires ont un intérêt commun, celle justement de savoir répondre dans ce contexte, en inventant une méthode nouvelle et en se basant sur quelques principes simples et c'est le troisième point sur lequel je voulais achever mon propos.

Nous avons besoin pour combattre la défiance de construire les termes de ce que j'ai pu appeler ce multilatéralisme fort. Il passe pour moi par trois leviers : la souveraineté bien comprise, la coopération résolue et l'adhésion au multilatéralisme auquel nous devons redonner un sens et un contenu.

La première chose, c’est la souveraineté, on ne peut pas se faire confiance – comme je le disais en citant « Guerre et Paix » – si on n'a pas confiance en soi-même et si on ne se respecte pas soi-même et si on ne sait se faire respecter.

Dans ce contexte international, je suis attaché dans toutes ses formes à la souveraineté. Je suis attaché à ce qu’entre nous, nous nous respections et qu’il n’y ait pas d'intrusion, de quelque nature qu'elle soit. Je suis attaché, lorsque l'un de nous prend une décision souveraine d'adhérer à un accord, qu'il puisse y rester, même si un autre décide d'en sortir. C'est un choix souverain. Je suis attaché à ce qu’une véritable souveraineté puisse être défendue dans tous les registres. Pourquoi ? Parce que c'est la condition du respect, mais c'est la condition aussi d'un bon fonctionnement avec les milieux d'affaires.

Que nous demandez-vous ? De pouvoir régler des problèmes, de faire respecter des règles, parfois de poser des limites, c'est le principe même de la souveraineté. Que nous demandent nos concitoyens ? De pouvoir en rendre compte. Qui en rend compte, si ce ne sont les dirigeants d'Etat ou de structures dans lesquelles ils ont décidé de coopérer.

C'est pour cette raison que je suis attaché à la souveraineté de mon pays et au choix que nous avons fait en signant l'accord nucléaire iranien, choix souverain de signer un traité et de se conformer, ce faisant, au droit international. Pacta sunt servanda : les traités signés sont là pour être respectés. Vous l’avez rappelé. Nous allons ainsi procéder.

Je suis attaché à la souveraineté de mon pays et je veux ici construire un cadre souverain en matière de cyberespace, en matière de protection de l'intégrité de l'information qui y est donnée, des débats qui y sont conduits. Nous avons eu ce débat hier ensemble en actant d'une coopération.

Je suis aussi attaché à une souveraineté européenne, qui, pour que ces nouvelles règles du monde puissent aboutir, est nécessaire. Cette souveraineté européenne, c'est celle que nous avons renforcée ces derniers mois, en actant d'une Europe de la défense, qui était à l'arrêt depuis le milieu des années 50, qui est la clé de cette souveraineté.

La France – comme vous le savez – est aujourd’hui la première armée de l'Union européenne et nous avons pris des choix ambitieux pour continuer à être à la hauteur justement de cette stratégie. Mais nous avons aussi besoin de le faire au niveau européen. Je crois à cette souveraineté européenne sur le plan du numérique, aujourd'hui même rentre en vigueur une réglementation européenne inédite qui va permettre de protéger les données de nos concitoyens et qui va s'imposer à tous les grands acteurs internationaux qui opèrent en Europe, c'est un signe de souveraineté. C'est une marque aussi de confiance, encore une fois, pour nos concitoyens, qui sauront dans quel cadre on opère leurs données et quels comptes on peut leur rendre, là où l'absence de régulation a affaibli la conscience et fragilisé ces mêmes acteurs économiques.

C'est aussi parce que je crois à la souveraineté européenne que je veux renforcer notre souveraineté commerciale et financière. Nous devons pouvoir être encore plus forts, pour non seulement protéger nos intérêts stratégiques, nous avons commencé à le faire par des décisions inédites, mais également avoir une souveraineté financière qui puisse conduire l'Europe à mener ses propres choix et à ne dépendre de personne. Ce faisant, la coopération, le dialogue que nous menons et que nos acteurs financiers mènent est un élément indispensable de cette stratégie.

Deuxième pilier qui va avec la construction de ces nouvelles relations internationales et de ce nouveau monde, c'est celui de la coopération. La souveraineté n'a de sens et n'est soutenable, que si on coopère, si on dialogue, si on respecte, si on est un acteur qui exprime ses vues, sa stratégie et cherche à œuvrer. C'est, je crois, ce que nous faisons ensemble depuis le premier jour.

Nous avons des désaccords. Mais il se trouve que ces désaccords en quelque sorte sont partagés. Ils sont connus, ils sont visibles et lisibles. Mais nous avons aussi beaucoup d'accords. Sur ces accords, nous pouvons avancer et je crois que nous avons, l'un et l'autre, partagé, de manière inédite également, une feuille de route extrêmement claire, qui, j'en suis sûr, nous permettra d'aller plus loin.

Cette coopération, c'est celle qui nous conduit ensemble, avec nos partenaires, avec le Japon, comme la Russie, à non seulement défendre l'accord nucléaire iranien que nous avons signé en 2015, mais à vouloir aussi aller plus loin et pour préparer et stabiliser toute la région, réussir justement à avoir un dialogue avec l'Iran sur les activités balistiques, les activités régionales et dans la durée les activités nucléaires au-delà de 2025. C’est parce que je crois à cet esprit de coopération que j'ai souhaité, qu'avec notre partenaire chinois, nous puissions travailler sur l'initiative des nouvelles routes de la soie, qui peut être profondément structurante et qui – nous le savons – vise à redéfinir le multilatéralisme et le faire en cohérence avec nos engagements climatiques, le respect de la loyauté commerciale et le respect de la souveraineté comme de la stabilité des pays traversés.

C’est parce que je crois à la coopération que j'ai souhaité pouvoir œuvrer avec le Japon, l'Australie, la Nouvelle Zélande et l'Inde à une stratégie Indo-Pacifique pour construire les voies et moyens de cette liberté de notre souveraineté dans l'espace Indo-Pacifique ensemble.

C’est parce que je crois à cet esprit de coopération que la France s’est engagée, avec les Etats du Sahel et plus largement avec l'ensemble des Etats membres de l'Union africaine, Monsieur le Président, pour œuvrer à une nouvelle politique de stabilité et de maintien de la paix et de lutte contre le terrorisme partout en Afrique.

Enfin, après la souveraineté, la coopération permanente, il nous faut reconstruire, rebâtir ce multilatéralisme fort. Tout ce que nous évoquons depuis tout à l'heure n'a de sens que si nous savons préserver le cadre international qui nous permet d'être là. Un multilatéralisme fort, c’est un multilatéralisme qui nous permet d'obtenir des résultats, pour protéger nos classes moyennes contre les destructions d'emplois et l'augmentation des prix que provoquerait une guerre commerciale, pour apporter une véritable réponse aux déséquilibres mondiaux en renforçant notre coordination au G20 et à l'OMC, pour que les technologies, les financements, les compétences soient partout au rendez-vous de l'économie bas carbone, pour enrayer la course vers le bas en matière fiscale comme en matière sociale, pour valoriser et réguler la transformation technologique, pour construire les instruments du maintien de la paix et de la baisse de la conflictualité. C'est ça l'objectif du multilatéralisme.

Nous en avons les instruments : l’Organisation des Nations unies, l'Organisation mondiale du commerce, le Fonds monétaire international. Nous avons des structures de concertation, le G7, le G20. Nous devons œuvrer dans ses cadres.

Il se trouve que la Russie et la France sont tous deux membres permanents du Conseil de sécurité. Allons plus loin, renforçons ce Conseil de sécurité des Nations unies pour justement bâtir ensemble ce multilatéralisme fort qui obtiendra des résultats, c'est d'ailleurs l'un des seuls leviers. Il se trouve que la Chine, à nos côtés, a aussi cette volonté. Tous trois, avec nos deux partenaires anglais et américain, œuvrons en ce sens et rendons ces Nations unies plus fortes encore, ne les laissons pas être fragilisées.

Nous sommes, avec le Premier Ministre ABE, nous serons dans quelques semaines au G7, faisons du G7 une instance utile pour la pacification commerciale, le respect de nos règles internationales et justement de cette coopération indispensable.

Nous serons ensemble au G20 dans quelques mois, faisant de cette enceinte également une enceinte utile pour ce multilatéralisme auquel nous croyons.

A ce titre, le Japon et la France auront l'année prochaine une responsabilité éminente en présidant le G7 et le G20 la même année. C’est dans cet esprit que je veux que nous avancions dans les prochains mois et les prochaines années, pour essayer de rebâtir cette confiance indispensable autour de ce triptyque : souveraineté, coopération et multilatéralisme fort.

Vous l'avez compris, la France et l'Union européenne y sont prêtes. Elles ont cette volonté. Nous portons avec notre partenaire allemand, avec qui, sur ces sujets, nous œuvrons main dans la main, à chaque instant et avec l'ensemble des pays européens, cette ambition cet agenda fort pour l’Europe.

Mesdames et Messieurs, je suis lucide en vous disant tout cela. La tâche sera difficile et elle demandera en quelque sorte d'en finir avec ce qu'Alexandre SOLJENITSYNE, dont nous fêtons le centenaire, appelait il y a trente ans, « le déclin du courage ».

La période que nous vivons a besoin de courage, pas du courage qui divise, pas du courage bravache qui consiste à définir des formes de souveraineté qui seraient un souverainisme de repli, une non coopération, une fragmentation. Non. D'un courage porté par la confiance en soi, l'ambition, chacun où nous sommes, pour notre pays, nos entreprises, les organisations que nous dirigeons. Nous avons beaucoup de travail et croyez bien que la France est en train de le faire pour avoir cette pleine confiance et ce plein optimisme.

Mais le courage aussi de faire ensemble, d’œuvrer ensemble, d’agir ensemble.

Le courage est de retour en France. Il est de retour en Europe. Il est de retour dans l'ensemble des pays ici présents et nous en avons besoin.

Alors que la Russie s'apprête à accueillir une grande compétition sportive, je veux conclure sur le sport pour former un vœu.

Nous connaissons tous votre goût, Monsieur le Président, cher Vladimir, pour le judo. Je sais que vous appréciez les valeurs de la voie de la souplesse, comme on dit dans ce sport qui est aussi un art. Elle repose sur la maîtrise de ses propres forces, la tactique plutôt que la force brute, les qualités de la volonté et le respect de l'adversaire. Il y a beaucoup de sources d'inspiration pour les liens entre les peuples et entre les Nations dans ces valeurs.

Moi, j'aime le football, c'est un sport collectif, mais il exige très largement les mêmes qualités.

Alors, je souhaite que nous trouvions en nous la force de nous engager ensemble dans un jeu collectif, coopératif, fondé sur ces valeurs de respect et de confiance que nous devons mieux protéger.

Voilà, Mesdames et Messieurs, chers amis, le message que je voulais avec vous aujourd'hui partager.

Je vous remercie.

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