A l'Elysée :

Visite officielle en République hellénique avec Mme Brigitte MACRON (Athènes)

07 Septembre 2017

Type de contenu : VidéoLe discours à la Pnyx

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe discours à la Pnyx

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English below.

Seul le prononcé fait foi.

(Ouverture en grec) Je ne sais pas, Mesdames et Messieurs, si je dois prendre vos applaudissements comme un soulagement que je m’arrête de parler en grec, ou un remerciement de cet essai.

Merci en tout cas… Merci en tout cas, Monsieur le Premier Ministre, Cher Alexis, merci à vous, Mesdames et Messieurs, de m’accueillir en ce lieu, de m’accueillir aujourd'hui où je veux avoir, avant de m’exprimer devant vous, plus qu’une pensée, un partage avec l’ensemble de mes compatriotes qui, depuis hier, vivent l’angoisse, le dénuement, à quelques milliers de kilomètres d’ici, à Saint-Barthélémy et Saint-Martin, qui ont été touchés par un ouragan terrible. Nous avons des victimes, nous avons des vies bousculées, nous avons des dommages graves, et c’est ce soir pour eux que je veux aussi avoir une pensée.

Merci, Monsieur le Premier Ministre, de m’accueillir ici, et je vois, par notre présence, votre présence ce soir, la reconnaissance de l’amitié profonde et séculaire qui lie la Grèce et la France. Car peu de nations ont, comme les nôtres, transmis et hérité en quelque sorte des valeurs qui ont fait et qui font notre Europe. Peu de nations ont intégré si intimement leur propre culture et leur identité. Oui, ces liens qui nous unissent, ce sont ceux de la liberté, des Droits de l’homme, des valeurs qui ont fait notre Europe, et qu’aucune vicissitude de l’histoire n’a pu dénoncer.

Je ne saurais cependant me limiter à l’émotion, si vive soit-elle, que procurent ces lieux de mémoire. Et je veux plutôt me mettre à leur écoute. Parce que ces lieux nous obligent, puisque c’est ici que fut inventée la forme moderne de l’Etat, ici que cette cité d’Athènes construisit patiemment, par la souveraineté du peuple, la souveraineté de son destin, nous devons nous demander sans complaisance « qu’avons-nous fait, nous, Européens, de notre souveraineté ? ». Puisque c’est ici que fut pris le risque de cette démocratie qui confie au peuple le gouvernement du peuple, et considère que le plus grand nombre, c’est mieux que le petit nombre pour édicter une loi respectable, interrogeons-nous : qu’avons-nous fait, nous, de la démocratie ?

Et ces paroles que non loin d’ici, PERICLES prononça en l’honneur des guerriers morts au combat, écoutons-les résonner encore fortement. « La liberté », disait-il, « est notre règle dans le gouvernement de la République, et dans nos relations quotidiennes. La suspicion n’a aucune place. » Mais nous, Européens, nous faisons-nous encore confiance ?

Sur la Pnyx, prévalaient le goût de la parole libre, du débat, voire de la controverse. Aussi, je veux vous tenir ce soir un discours de vérité, un discours sans ambages : en Europe aujourd’hui, la souveraineté, la démocratie et la confiance sont en danger. Vous le savez mieux que personne car ce qu’on a appelé « la crise grecque » l’a révélé au grand jour.

Cette crise n’a pas été seulement une crise de la Grèce. Elle a été une crise de l’Europe, et en un sens, j’ose le dire, un échec de l’Europe. Faut-il se contenter d’en faire le constat amer et renoncer à l’idéal européen ? Parce que nous n’avons pas été à la hauteur de la promesse européenne, faut-il abandonner ce combat ? Ou faut-il – ce qui reviendrait au même – nous résigner aux sommets, crise après crise, péripéties après péripéties, de quelques-uns enfermés dans une salle qui ne parlent plus aux autres ? Ce serait une erreur profonde, une double erreur.

D’abord parce que l’Europe s’est toujours construite en triomphant des guerres et des échecs. La Grèce elle-même put rejoindre la Communauté européenne pour tourner la page des années de dictature militaire. Et l’Europe n’existe pas sans cet inlassable volontarisme ! L’Europe même n’a toujours été qu’une métamorphose ! Ceux qui voudraient fantasmer une identité figée ne savent donc pas quel est le mythe né sur ces rives : celle d’une métamorphose constante ! Ce n’est donc pas la même que nous devons reproduire, surtout lorsque nous nous sommes trompés. Lorsque l’Europe s’arrête, elle se trahit elle-même et elle court le risque de se démanteler.

Ensuite, ce serait une erreur parce que tous, nous voyons l'Histoire s'accélérer, disloquer chaque jour un peu plus l'ordre qui s'était installé depuis trente ans sans que personne ne puisse dire quel ordre surgira des mutations en cours.

Alors oui, dans ce monde où les alliances d'hier, parfois, se fissurent, où des risques nouveaux apparaissent et bousculent des pays que nous pensions indéplaçables, font émerger des puissances nouvelles dans ce monde, où nos valeurs mêmes, ce qui nous tenait dans la certitude que l'ordre établi était le nôtre, sont profondément chahutées. L'Europe est un des derniers havres où nous continuons collectivement de nourrir une certaine idée de l'Humanité, du droit, de la liberté, de la justice. Plus que jamais aujourd'hui, nous avons besoin de l'Europe. Le monde a besoin de l'Europe. En programmer le démantèlement n'aurait à cet égard aucun sens. Ce serait une forme de suicide politique et historique.

Voilà pourquoi ce soir, je veux que collectivement nous retrouvions l'énergie première, la force de refonder notre Europe, non pas de poursuivre ce qui ne va pas ou d'essayer de l'ajuster, mais bien de commencer par l'examen critique, sans concession, de ces dernières années, d’en retrouver la force première, l'ambition première.

Vous l'avez dit, Monsieur le Premier Ministre, il y a eu la génération des fondateurs, ils ont construit un espace inédit de paix, de liberté et de prospérité. Il y a eu une génération qui a fait croître cette Europe, parfois l’a égarée, s'est trompée. La nôtre a un choix simple, une alternative unique : continuer à gérer l'Europe comme elle va, faire semblant de ne pas voir ce qui est sous nos yeux. Alors cette génération prendra la responsabilité de laisser l'Europe mourir. Elle mourra dans des chocs, des sorties brutales, ou elle se délitera progressivement, année après année.

Mais l'autre choix, celui que je veux vous proposer ce soir, c'est celui de la refonder, parce que notre génération peut choisir de refonder l'Europe aujourd'hui, maintenant, par une critique radicale car nous avons tort de laisser la critique de l'Europe à ceux qui la détestent ! Ceux qui aiment l'Europe doivent pouvoir la critiquer pour la refaire, pour la corriger, pour l'améliorer, pour la refonder ! Mais avec cette même énergie, cette même envie, pas celle des chiffres, pas celle de la technique, pas celle de la bureaucratie, non ! Nous devons retrouver la force première de l'espérance qui a fait qu'après-guerre, qu’en tous les divisés, quelques-uns en Europe ont voulu une histoire plus grande, plus belle qu’eux-mêmes.

Alors oui, c'est pour parler de ces espérances, de ces trois espérances, de souveraineté, de démocratie et de confiance que je suis là ce soir.

La reconquête de notre souveraineté, c'est une nécessité première. Parce que je ne laisserai pas ce terme à ceux qu'on appelle les « souverainistes ». Non, la souveraineté, c'est bien ce qui fait que nous décidons pour nous-mêmes, que nous nous fixons nos propres règles, que nous choisissons notre avenir, et ce qui fait notre monde. La souveraineté n'est pas la propriété de celles et ceux qui préfèrent le rétrécissement sur les frontières ! La souveraineté, ne la laissez pas à celles et ceux qui veulent le recroquevillement, à celles de ceux qui prétendent qu'on défend, qu'on protège, qu'on décide, quand on se replie sur soi, qu’on déteste l’autre, qu’on ferme la porte à ce qui vient de l'extérieur, qu'on renie des décennies d'histoire commune où nous avons cherché enfin à dépasser les nationalismes !

La souveraineté véritable, elle construit, elle doit se construire dans et par l'Europe ! Celle dans laquelle nous croyons ! La souveraineté que nous voulons, c'est celle qui consiste précisément à conjuguer nos forces pour bâtir ensemble une puissance européenne pour pouvoir décider ne pas subir ce que les superpuissances feront mieux que nous.

Je crois dans la souveraineté, les souverainetés nationales qui sont les nôtres, mais je crois dans cette souveraineté européenne. Pourquoi ? Parce que nos défis ne sont plus à l’échelle de nos nations. Regardez le changement climatique et les cataclysmes qu'il produit ! Regardez le défi des migrations que votre pays a eu à affronter, il y a un peu plus de deux ans et dont il connaît encore aujourd'hui les conséquences, la crainte qu'il fait naître, les belles histoires qui en surgissent. Regardez le terrorisme qui, dans chacune de nos sociétés que nous pensions à l'abri de l'histoire, est revenu fracasser des vies et nous faire douter. Regardez les puissances nucléaires qui émergent là où nous pensions avoir des puissances secondaires.

Face à ce monde-là et chacun de ces risques nouveaux, face au risque des crises économiques et financières que nous avons subies, que vous avez subies il y a maintenant près de dix ans en votre cœur, quelle est la bonne protection ? Les Nations seules ? Allons, ces gens-là sont-ils raisonnables ? Veulent-ils encore mentir au peuple ? Non, les nations ont un poids ! Elles décident démocratiquement ! Mais oui ! La bonne échelle est l'échelle européenne ! Notre souveraineté européenne est ce qui nous permettra d'avoir des champions du numérique, de construire une économie forte, et faire une puissance économique dans ce monde qui change. Et non pas subir la loi des plus grands qui sont américains et demain chinois, mais qui ne sont pas les nôtres.

C’est par l'Europe que nous construirons les moyens de nous protéger de cette grande bascule du monde, des nouvelles migrations, mais surtout de les prévenir. C'est par l'Europe que nous construirons une ambition de développement avec l'Afrique, le Proche et Moyen-Orient, pour pouvoir y exister, les aider à se développer et construire un avenir.

C’est par l'Europe des coopérations nouvelles et plus fortes que nous préviendrons le terrorisme et que nous arriverons à l'éradiquer. Et parce qu'il ne faut jamais oublier que les terroristes, justement, n'attendent qu'une chose de nous : ce rétrécissement, ce rapetissement, cette peur de l'autre. C'est cela, leur plus grande arme. Alors n’y cédons rien.

Face à tous ces risques, je crois, avec vous, dans une souveraineté européenne qui nous permettra de nous défendre et d'exister, de nous défendre en y apportant nos règles, nos préférences. Qui protègera le respect de vos vies, les données de vos entreprises dans ce monde numérique ? L'Europe, et nul autre espace. Qui nous protègera, face au changement climatique ? Une Europe qui veut une autre forme de production de l'énergie, une Europe qui nous protégera de la dépendance à l'égard de puissances autoritaires qui nous tiennent parfois dans leurs mains. C'est cela, cette souveraineté dans laquelle nous devons croire, avec laquelle nous devons renouer, parce que nous avons nos propres préférences européennes, et nous ne devons jamais l'oublier. Ne pas être souverain, c’est décider que d'autres choisiront pour nous.

Mais sommes-nous comme eux ? Y a-t-il un autre continent avec un tel attachement pour la liberté, la démocratie, les équilibres sociaux qui nous tiennent ensemble, cette réconciliation de la justice et de la liberté, enfin réunies ? Je connais des espaces où on aime l'économie, le développement, mais où l'autorité politique prévaut sur la liberté, en Asie. Je connais des grandes puissances qui aiment la liberté, qui ont réussi dans le capitalisme, mais qui n'ont pas le même attachement que nous à l'égalité et à la justice sociale, de l'autre côté de l'Atlantique.

Mais nulle part ailleurs, il n'y a un tel espace politique, social où les préférences collectives qui sont les nôtres sont ainsi défendues. C'est cela, la souveraineté européenne ! Si nous y renonçons, c'est simple : nous subirons les règles ou de l'un, ou de l'autre.

Oui, le choix qui est le nôtre, c'est bien de refonder celle-ci, sans répliquer les erreurs d'hier.

Nous avons, pendant les premières années de la zone euro, commis des erreurs multiples, qui ont reposé sur des mensonges, parfois, il faut bien le dire ici aussi avec humilité et détermination. On a parfois menti et on a menti au peuple en faisant croire que, sans rien réformer, on pouvait vivre à Athènes comme à Berlin, et ce n’était pas vrai. Mais qui a-t-on fait payer ? Les responsables politiques qui avaient menti ? Non, le peuple qui avait cru des mensonges.

C'est le peuple grec qui, après toutes ces années, lorsque la crise est survenue, cette crise financière devenue une crise des dettes souveraines, c'est le peuple grec qui a payé, des années durant lesquelles on a voulu corriger tout cela par des politiques qui, mues par la défiance, ont d'un seul coup créé, il faut bien le dire, des injustices et des incompréhensions. Nous avons perdu le sel de ce goût pour la cohésion sociale, ce qui nous tenait. Nous l’avons perdu parce que nous, nous sommes perdus dans une guerre civile, au sein de l'Europe, entre des puissances qui ne se faisaient plus confiance.

C'est cela, l'histoire de la décennie qui s'achève : une forme de guerre civile interne où on a voulu regarder nos différences, nos petites trahisons et où nous avons en quelque sorte oublié le monde dans lequel nous étions ; où nous avons préféré corriger ces petites différences et ces petites trahisons en oubliant que face à nous, il y avait des puissances radicalement différentes, et que la seule question qui nous était posée, c'est : comment faire de la zone euro une puissance économique qui puisse tenir, face à la Chine et face aux Etats-Unis ? Comment faire de notre Europe une puissance diplomatique et militaire qui puisse défendre nos valeurs et nos intérêts, face à des régimes autoritaires qui émergent des crises profondes qui peuvent nous bousculer. C'est cela notre seul défi, et pas un autre.

Alors oui, je veux que nous retrouvions, par la réconciliation d'une Europe qui sait conjuguer à nouveau la responsabilité et la solidarité, la force d'une souveraineté qui ne soit pas que nationale mais bien européenne.

Cela passera par des objectifs communs : une volonté de défendre ce qui nous a fait par des réformes institutionnelles indispensables. Dans les prochaines semaines, j'y reviendrai en détail avec une feuille de route que je proposerai à l'ensemble de nos partenaires européens. Mais oui, il faudra une Europe dans laquelle nous osons à nouveau défendre la convergence sociale, fiscale, parce que c'est ce qui nous tient réunis, et évite les divergences qui nous éclatent. Il faudra retrouver le sel de cette zone euro et inventer une gouvernance forte qui nous fera souverain, avec un budget de la zone euro, avec un véritable responsable exécutif de cette zone euro, et un parlement de la zone euro devant lequel il devra rendre compte.

Il nous faudra, par des propositions concrètes que je veux rapides, refonder cette souveraineté pour que notre Europe sorte de ses petites divisions et puisse construire, d'ici à dix ans, les termes de sa souveraineté. Pas pour ceux d'hier ; pour vous, les plus jeunes.

Nous ne pouvons, nous qui dirigeons aujourd'hui l'Europe, faire comme si de rien n'était. Nous avons encore ce luxe. Mais dans dix ans, quinze ans, vingt ans, quelle Europe nous vous laisserons ?

Je ne veux pas vous écrire votre avenir, mais je veux simplement que vous ayez la possibilité de choisir, que vous ayez ce luxe que nous avons eu, de faire des choix, difficiles parfois, certes, mais de choisir. C'est cela, la souveraineté européenne. C'est ce qui vous permettra, à vous, jeunesse d’Europe, d’écrire votre avenir. C'est ce qui fait que, en aucun cas, ce que nous avons vécu ces dix dernières années, n’est à la hauteur de notre Histoire ! Parce que qu'est ce que nous avons promis à la jeunesse grecque ? Nous lui avons donné quoi depuis dix ans ? L’austérité et le chômage pour la moitié d’entre elle ! Nous lui avons proposé quoi ? Un avenir radieux, si elle voulait bien aller à Berlin, à Paris ou ailleurs. Ce n’était pas la promesse initiale. La promesse initiale était bien celle d’une Europe souveraine où on pouvait aussi réussir chez soi, dans un espace plus grand et plus fort que nos simples nations. Alors, c’est cela ce que nous devons retrouver, c’est cela le cœur d’une souveraineté européenne, celle qui vous permettra à vous, les plus jeunes, de choisir !

Cette souveraineté qui est la capacité des nations à décider de leur destin, qu’est-elle si ce n’est pas le peuple qui décide du cap qu’ensemble nous poursuivrons ? Et comment ne pas voir que la défaite de l’Europe depuis tant d'années est aussi une défaite de la démocratie ?

Par l'ampleur qu'il a prise, l’élargissement qu'il a connu, la diversité qu'il a adoptée, le projet européen s’est soudain heurté voilà un peu plus de dix ans à un refus du peuple, des peuples. Ce qui s'est passé en 2005 en Europe, en France, aux Pays-Bas, ce sont des peuples parmi les Etats fondateurs qui ont d'un seul coup décidé que ce projet n’était plus pour eux. Les avons-nous entendus ? Non. Ceux qui dirigeaient l'Europe ont décidé de ne pas respecter ce choix ; ils ont fait comme si de rien n'était, ont cherché des accommodements à côté du peuple comme pour continuer une méthode qui pendant des décennies avait si bien réussi, celle de faire l'Europe un peu à part et d’expliquer ensuite.

Ce qui s'est passé en 2005, c'est qu'une page s'est tournée et nous ne l'avons pas vu tout de suite, c’est que l'Europe ne peut plus avancer à part des peuples ; elle ne peut continuer son destin que si elle est choisie, voulue et donc expliquée, portée par l'ensemble des peuples d'Europe et ce qui s'est passé il y a quelques mois au Royaume-Uni, ce n'est pas une autre histoire, c'est soudain le peuple de cette île qui s'est réveillé contre des choix bien souvent portés par ses propres gouvernants et qui a dit « cette Europe-là n'est pas faite pour moi, je ne m’y retrouve pas, je ne la comprends plus. Ces règles sont devenues absurdes, regardez cette Europe où je perds mes propres droits, où on me demande toujours plus d'efforts pour vivre moins bien. » C'est cela ce qui a été dit par le peuple britannique l'année dernière.

Alors oui, ces votes ont marqué l'arrêt d'une aventure qui faisait que l'Europe avait toujours avancé comme à l'abri de la volonté de nos peuples. Et lorsque je combats les dérives parfois bureaucratiques qui font que l'Europe voudrait avancer par des règles que nos citoyens ne comprennent plus, qui voudraient faire que l'Europe avance en s'occupant de chaque détail du quotidien parce qu'elle a perdu son grand dessein, c'est pour retrouver le sel de cette démocratie européenne, lorsque que je me bats pour que nous puissions réviser la directive des travailleurs détachés, je me bats contre cette Europe qui a fini par produire des règles absurdes où nos peuples ne parviennent même plus à comprendre les sociétés dans lesquelles nous voulons les faire vivre.

Tout ce qui nous a tenus pendant des décennies se disloque parce que ces fonctionnements deviennent absurdes. De cela, nous devons prendre notre part ; c'est nous qui croyons en l'Europe, qui avons permis que sa démocratie se fissure, qu'elle s'éloigne des peuples et les rende hostiles et de même que nous devons avoir le courage de retrouver le chemin de la souveraineté, nous devons avoir l'autre courage de retrouver la voie de la démocratie.

Cela passera d'abord par une autre méthode pour refonder l'Europe, voilà pourquoi je souhaite que cette feuille de route que je veux proposer à l'ensemble des États membres de l'Union européenne, cette feuille de route pour construire l'avenir de notre Europe sur les dix années qui viennent, je ne propose pas que ce soit un traité négocié en catimini, que ce soit un texte discuté derrière des portes dans une salle obscure à Paris, Bruxelles ou Berlin, non je propose que nous essayons une méthode nouvelle, que d'ici la fin de l'année, nous puissions construire les grands principes de la démarche, ce vers où nous voulons emmener notre Europe, de définir nos objectifs de manière claire et que nous puissions à partir du début de l'année prochaine les soumettre aux peuples européens. Que partout où les dirigeants choisiront de suivre cette voie, et je le souhaite avec ardeur, dans chacun des Etats membres, nous puissions pendant six mois organiser des consultations, des conventions démocratiques qui seront le temps durant lequel partout dans nos pays nos peuples discuteront de l'Europe dont ils veulent.

Enfin, je veux que nous sortions de cet espèce de dilemme infantile dans lequel l'Europe est aujourd'hui plongée ou d'un côté les uns veulent aller chercher le peuple pour lui faire dire un « oui » ou un « non » qu'ils manipuleront pendant des mois, où le référendum devient l'arme seule des populistes, des anti-européens et ou de l'autre côté, ceux qui croient dans l'Europe vraiment finissent par avoir peur de leurs peuples et se cachent derrière leurs propres doutes et se disent « avançons mais ne changeons jamais les traités de peur d'aller faire à nouveau un référendum, avançons mais faisons-le à petits pas entre nous, le peuple ne comprendra pas cela. »

Choisissons une autre voie, une troisième, la voie inventée ici, la voie inventée à l'endroit même où nous nous trouvons, qui n'était pas celle de la démagogie : c'était celle de la démocratie, de la controverse, du débat de la construction par l'esprit critique et le dialogue, celle qui consiste en rentrant dans l'intimité de chacune des questions et de leur complexité, à savoir ce que nous voulons pour la cité commune. C'est cela ce que je veux durant le premier semestre de l'année 2018 dans tous les pays de notre continent, de notre Europe, retrouver le sel de ce qui a été inventé à l'endroit où nous nous trouvons, ce qui a fait nos démocraties. Alors oui par ces conventions démocratiques durant six mois, débattons de cette feuille de route que les gouvernements auront construite dans ses principes et retrouvons-nous six mois plus tard pour en faire la synthèse et sur cette base, débattue, partagée par des débats sur le terrain, par des débats numériques partout en Europe, construisons ce qui sera le fondement d'une réinvention de notre Europe pour les dix ans, les quinze ans, qui viennent, construisons les termes de ce que nous voulons vraiment ensemble. C'est cette ambition que je veux en méthode pour les mois qui viennent !

Remonter l'histoire grecque, c’est rencontrer la force de cette démocratie, la force de ce débat et c’est cela ce que je veux qu'ensemble nous puissions retrouver pour notre Europe. Mais je veux, au-delà, que le fonctionnement quotidien de l'Europe de demain soit plus démocratique à nouveau, que nous sortions des règles inventées par quelques-uns pour le plus grand nombre et que nous retrouvions plus de démocratie dans notre fonctionnement quotidien.

C’est pour cela que je veux défendre pour les prochaines élections européennes des listes transnationales. Nos amis britanniques décident de nous quitter, n’essayons pas de nous réattribuer nation par nation les quelques places qu’ils libèrent au Parlement européen, non ! Considérons qu'enfin nous pouvons avoir un débat européen, des listes européennes, une vraie démocratie européenne qui vivra à travers les pays et demain si nous voulons une zone euro plus intégrée, un cœur d'Europe à l'avant-garde, donnons plus de forces démocratiques, mettons en place un Parlement de la zone euro qui permettra de construire les règles d'une responsabilité démocratique de celles et ceux qui prendront des décisions, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui

C'est tout cela, ce que je veux qu'ensemble nous puissions retrouver parce que l'aliment véritable de l'Europe, ce n’est pas la fascination pour la norme, c'est la vitalité démocratique. Renouer avec la promesse initiale de l'Europe, c'est possible si nous assumons notre désir de souveraineté et notre besoin de démocratie. Pour citer de nouveau PERICLES, nous ne ferons rien dans la défiance et la trahison. Depuis plusieurs années, cette défiance a rongé l'adhésion que requiert le projet européen, elle a corrodé la confiance et celle-ci doit cependant trouver à se rebâtir et pour cela, retourner au sens même de l'aventure européenne, à la conviction profonde qui l’étaye est indispensable.

Nous, Européens, nous partageons une histoire et un destin, c'est parce que nous retrouverons le fil de ce chemin que nous pourrons rebâtir la confiance. Voyez l'endroit où nous sommes ; apercevez encore dans la nuit qui arrive la colline derrière moi l'Acropole. Qui que vous soyez, quel que soit votre âge, votre nationalité, votre origine, dites-moi citoyens européens si le miracle de cette colline, ces colonnes du Parthénon, cette silhouette de l'Erechthéion et de ses cariatides n'éveille pas en vous le sentiment que quelque chose est né là qui vous concerne, qui vous appartient qui vous parle !

Oui l'Acropole d'Athènes est un miroir tendu à notre identité européenne, nous nous y reconnaissons, nous y lisons notre destin commun et ce temple fut celui des dieux antiques, mais aujourd'hui les croyances qui l’ont fait naître ont disparu et pourtant nous pensons encore à cette force. Nous sentons encore sa part sacrée.

Il y a comme le disait MALRAUX, il y a près de soixante ans ici même, il y a une Grèce secrète qui repose dans le cœur de tous les hommes d’Occident. Cette Grèce secrète, c'est ce qui nous dépasse, ce qui fait que si nous acceptons de nous prendre dans nos petits débats européens et ces guerres civiles que j'évoquais tout à l'heure, il suffit que nous soyons plongés à quelques milliers de kilomètres pour reconnaître un Européen, une image qui nous rappelle l'Europe, un sentiment qui nous unit, une odeur, une couleur, une lecture qui fait que nous nous sentons à nouveau européens.

Cette Europe de la littérature, des cafés, de la discussion publique, d'une convivialité et d'une civilité qui n'existe nulle part ailleurs, c'est celle dont le ciment profond est la culture, notre culture.

Nous ne nous battrons jamais assez pour que les Européens prennent conscience au plus vif d’eux-mêmes de ce socle commun qui depuis des siècles trouve à s'exprimer de mille manières, l'Europe des cénacles, des revues, des voyageurs, des bibliothèques et des idées, l'Europe des capitales lumineuses et des marges fascinantes, cette Europe qui a existé par tant et tant de voies qui ne nous disait même pas parfois son nom, qui n'a pas attendu nos institutions, nos traités, nos refondations, nos controverses. L'Europe de madame de STAËL et de Benjamin CONSTANT parlait presque toutes les langues, elle était là, cette Europe depuis tant de siècles qui nous unit, c'est celle de la culture. Et pour que vive cet esprit de reconnaissance et de connaissance mutuelle, pour que nous refondions enfin la confiance européenne, c'est bien par la culture que nous devons repartir !

Les échanges étudiants sont une clé essentielle, la circulation de notre jeunesse doit se faire plus vive encore, les échanges académiques, l'apprentissage de nos langues réciproque, bien au-delà de mes tentatives poussives en début de discours, c'est cela ce qui doit rendre notre Europe vive ; ce ne sont pas des règlementations, des décisions obscures. C'est d'être plus ambitieux encore dans cette Europe de la culture, des échanges universitaires et académiques !

Je veux que dans les propositions que nous ferons, dans cette feuille de route à dix ans, nous retrouvions de l'audace, de l'ambition profonde pour que cette Europe de la culture, de la connaissance, du partage des langues soit profondément refondée.

Il nous faut aussi une Europe du patrimoine. Je parlais de l'Acropole dont la restauration et le nouveau musée ont eu un prix élevé. Tout ce qui incarne notre passé commun – art grec, art romain, art médiéval, baroque au classique – tous ces édifices, toutes ces œuvres sont la substance même de notre mémoire et de notre être.

Les protéger et les faire vivre doit être une préoccupation de tous les Européens. Lorsque la civilisation est attaquée, elle est attaquée dans la culture, dans son patrimoine. Regardez partout au Proche-Orient, au Moyen-Orient ou en Afrique ! Et donc ce patrimoine, nous devons le défendre, le porter, le réinventer, nous le réapproprier parce qu'il est notre identité et notre avenir !

Les quelques concours de l'Union européenne ne suffisent pas aujourd'hui à aider ou la Grèce ou l'Italie quand elles sont face à des défis immenses sur ce sujet de même encore dans tant de pays, et la France ne fait pas exception, où ce qui témoigne de notre histoire sombre parfois dans l'indifférence, voire la négligence.

Je souhaite donc que nous puissions rapidement lancer des Assises du patrimoine au niveau européen afin d'adopter une approche coordonnée de ces sujets, afin de retrouver une ambition véritable du patrimoine et de la culture. Recommençons aussi par la culture et afin que l'Europe protège le patrimoine et réinvente son avenir. Je suggère que ces assises se réunissent à Athènes où tout a commencé et nous verrons que par la culture, nous retrouverons ce qui nous unit, que par la culture et le patrimoine, nous retrouverons cette force de l’échange et de sites qui nous dépasse, de ce qui fait que, au-delà de nos divisions, à chaque moment important de notre Europe, nous avons décidé d'avancer ensemble, de construire quelque chose de plus fort que nous.

Je veux aussi revoir largement les conditions de diffusion des œuvres de l'esprit en Europe, littérature, philosophie, poésie, histoire, géographie, cinéma, spectacle vivant, sciences, sont notre terreau commun. Nous avons donc besoin là aussi de créer des programmes européens d'œuvres prioritaires qu'elles soient issues du patrimoine culturel de chaque pays ou de la création contemporaine. La connaissance des uns par les autres tient à tout cela, à ces rencontres de hasard. Aujourd'hui chacun, éditeur, écrivain, traducteur, créateur s'arrange pour se faire connaître et pour traduire ce qui doit l'être, mais le résultat n'est pas suffisant : nous avons besoin d'organiser ce domaine essentiel de notre culture, de reformer une Europe des traducteurs, des passeurs, de cette ambition culturelle qui nous unit. Ce sont les langues, les inventions, notre imaginaire commun qui ont forgé l'Europe au-delà des différences. Nous sommes nous, Européens, les habitants de cet improbable Babel que la diversité des langues et de traditions ne cesse d’enrichir et d'enthousiasmer.

Alors, oui, ayons à nouveau cette ambition de la culture, par laquelle notre confiance sera refondée. Souveraineté, démocratie, culture, ce sont les trois espérances que je veux offrir à la jeunesse d’Europe, qu'elle s'en empare, qu'elle se les approprie. Leur avenir est là, leur responsabilité, notre responsabilité, la responsabilité de notre génération dont je parlais tout à l'heure est de faire que les plus jeunes retrouvent le sens d'une Europe forte et légitime. Alors oui, peut-être à certains, cette entreprise apparaîtra comme vouée à l'échec. Je sais bien, certains diront : parlons de la technique, des détails, des textes, voulez-vous changer de traité ou pas ? Que modifions-nous et quels articles ? Nous y viendrons mais parce que nous sommes perdus dans les labyrinthes de ces discussions, devenues confuses, nous avons perdu le cap, la volonté profonde et l'ambition. Mais devons-nous pour autant avoir peur de cette ambition extrême ? Devons-nous pour autant avoir peur de ce que les générations qui nous ont précédés n'ont pas craint ?

Imagine-t-on encore la secrète anxiété des fondateurs de l'Europe lorsqu’ils tendirent la main à leurs ennemis de la veille sur un continent encore rempli de ses victimes ? Imagine-t-on la folle ambition qu'on décrivait chez certains lorsqu'ils allaient raconter que nous allions avoir une monnaie commune ? C'était il y a trente ans !

N’avons non plus le droit d'avoir une ambition, nous ? Je pense tout le contraire. Alors le défi que je veux vous lancer ce soir, quelques semaines avant de proposer à l'ensemble des pays européens, ce que la France pense, veut, préfère, à soumettre au débat : avez-vous peur de l'ambition européenne qui vous fera retrouver le sens de la souveraineté, de la démocratie, de la culture ?

Regardez l'heure que nous partageons, c’est ce moment dont HEGEL parlait, ce moment où la chouette de Minerve s'envole. Il est délicieux ce moment parce qu'il a quelque chose de confortable et de rassurant. La chouette de Minerve porte la sagesse mais elle regarde toujours derrière, c'est aussi ce que nous dit HEGEL avec humilité en parlant du philosophe, elle regarde derrière parce qu'il est toujours si facile et si agréable de regarder ce que nous avons, l'espace déterminé de ce que nous connaissons !

Ne vous arrêtez pas à la chouette de Minerve, ayez cette ambition folle à nouveau de vouloir une Europe plus forte, plus démocratique, refondée par sa culture et ce qui nous unit ! Je vous demande vous et en particulier vous, jeunesse d'Europe, d'avoir cette ambition extrême peut-être un peu folle !

Ce que nous espérons est entre nos mains ; désirons-le ensemble pour nous et pour nos enfants ! Alors je vous le promets, nous réussirons ! Suivons-en cela les paroles du poète Georges SEFERIS et je le cite : « Et quand on cherche le miracle, il faut semer son sang aux quatre coins du vent car le miracle n'est pas ailleurs mais circule dans les veines de l'homme. »

Alors donnons une chance à ce miracle ensemble pour notre Europe !

Je vous remercie.

* * *

(Opening in Greek) I do not know, ladies and gentlemen, if I should take your applause as indicative of your relief that I have stopped speaking in Greek or your thanks for my having tried.

I thank you anyway... Thank you, Prime Minister, dear Alexis, thank you, ladies and gentlemen, for welcoming me to this place, for welcoming me today, but before I start my speech today, I would like to more than spare a thought for my fellow citizens, I wish to stand with those who, since yesterday, are living in worry and destitution, several thousand kilometres from here in Saint Barthelemy and Saint Martin, who have been hit by a terrible hurricane. The hurricane has left victims. damaged lives and serious damage in its wake and, this evening, I would like to spare a thought for them, too.

Thank you, Prime Minister, for welcoming me here. Our presence, your presence, here this evening is the recognition of a profound and secular friendship which links Greece and France. Because there are few nations who have transmitted and inherited in some way the values which have made and make our Europe in the way our countries do. Very few nations have such an intimate link between their own culture and their identity. Indeed, these ties which unite us, are the ties of freedom, Human Rights, values which have made our Europe and which no vicissitude of history has been able to sway.

I cannot, however, limit myself to the emotion of these historical sites, no matter how strong. Rather, I wish to hear what they have to say. Because these places demand that we listen to them, because it was here that the modern State was created, here that the city of Athens was built patiently by the sovereignty of the people, the sovereignty of their destiny, we must ask ourselves without complacency “what have we Europeans done with our sovereignty?”. Because it was here that the risk of democracy was taken, the risk that puts the government of the people into the hands of the people in the belief that respectable law is better decided by as many as possible and not as few, we should ask ourselves: what have we done with our democracy?

And the words that, not far from here, Pericles spoke in honour of warriors who died in war, let us listen to them and reflect even more deeply. “Freedom”, he said, “is our rule for governing the Republic, and our daily relationships. Suspicion has no place.” But we Europeans, do we still have trust in ourselves?

On the Pnyx, it was free speech, debate and even controversy that prevailed. Therefore, I would like to be frank with you this evening and speak plainly: in Europe today, sovereignty, democracy and trust are in danger. You will know this better than anyone, because the so-called “Greek crisis” brought this into the open.

This crisis was not entirely restricted to Greece. It was a European crisis, and in a sense, I would dare to say, a European failure. Should we just accept to swallow this bitter pill and give up on the European ideal? Should we give up this fight, because we have not been able to live up to the European promise? Or should we instead resort to summits during every crisis, every bump in the road, a few individuals locked away in a room not talking to anyone else? This is tantamount to resignation and would be a profound mistake, a double error.

Firstly because Europe has always been built by triumphing from war and failure. Greece itself joined the European Community to turn the page following years of military dictatorship. Europe does not exist without this unbending willpower! Europe itself has always been nothing but a metamorphosis! Those who would like to fantasize about an identity set in stone know nothing of the myth born on these shores, the myth of a constant metamorphosis! We should not aim, therefore, for such an identity, especially when we have made mistakes. When Europe stops, it betrays itself and runs the risk of dismantling itself.

It would also be a mistake because we see history moving faster, every day contributing to the break-up of the order which established itself over the last thirty years making it impossible to say what order will come from the current changes.

So yes, in a world where the alliances of the past are, in some cases, breaking apart, and new risks are appearing rocking countries that we believed steadfast, bringing out new powers in this world where our values, that which held us in the certainty that the established order was ours, are profoundly shaken. Europe is one of the last havens where we collectively continue to harbour a certain idea of humanity, law, freedom and justice. We need Europe now more than ever. The world needs Europe. Organizing its dismantlement would therefore make no sense. It would be a sort of political and historical suicide.

That is why, this evening, I want us collectively to get back that primary energy, the force to rebuild our Europe, not to continue what does not work or try to tweak it, but to start with an uncompromising critical assessment of these last years, to give us the primary strength, the primary ambition.

As you mentioned, Prime Minister, there was the founding generation who created an unprecedented space for peace, freedom and prosperity. There was a generation who grew this Europe, sometimes leading it astray, taking the wrong path. Our generation has a simple choice, a unique alternative: continue to manage Europe as it is, pretending not to see what is under our eyes. In this case, this generation will take the responsibility of letting Europe die. It will die from the clashes, brutal exits, or it will be left to wither and die, year on year.

But the other choice, which I am going to propose to you this evening, it to rebuild Europe, because our generation can choose to rebuild Europe today, now, by radically criticizing it because we would be wrong to leave the criticizing solely to those who hate Europe! Those who love Europe should be able to criticize Europe to rebuild it, correct it, improve it, rebuild it! But with this same energy, same desire, not figures, not technicalities, not bureaucracy, no! We must bring back the primary force of hope which led certain individuals in Europe, despite the divisions of the post-war period, to desire a bigger story, more beautiful than themselves.

Indeed, I am here tonight to talk about these hopes, these three hopes of sovereignty, democracy and confidence.

Reconquering our sovereignty is essential. Because I will not allow the so-called “sovereigntists” be the only ones to use this term. No, sovereignty is what allows us to decide for ourselves, to decide our own rules, our own future, it is what makes our world. Sovereignty is not the property of those who prefer to withdraw into national borders! Do not leave sovereignty to those who wish to wither, those who pretend that looking inwards is a defence, a protection, a decision when actually it is a hate for others, a refusal of those who come from abroad, a denial of decades of shared history where we have finally tried to move beyond nationalisms!

True sovereignty is constructed, it must be constructed in and by Europe! This is what we believe in! The sovereignty that we want, is sovereignty which is there precisely to bring our forces together to build together a European power to decide not to be subjected to what the superpowers will do better than we will.

I believe in sovereignty, our national sovereignties, but I believe in this European sovereignty. Why? Because our challenges are no longer on a nation-scale. Take climate change and the disasters it is producing! Take the migration challenge that your country had to face a little over two years ago and you are still dealing with the consequences, the fears that it created, the beautiful stories that came from it. Take terrorism which, in each of our societies where we thought we were safe, has broken lives and made us doubt. Take the nuclear powers emerging where we thought we had secondary powers.

Faced with this world and each of these new risks, faced with the risk of economic and financial crises which we have suffered, that you have suffered at your heart for nearly ten years now, how can we protect ourselves? As Nations alone? Are these people really serious? Do they want to lie to the people once again? No, nations have weight! They decide democratically! Yes! The right level is the European level! Our European sovereignty is what will enable us to be digital champions, build a strong economy, and make us an economic power in this changing world. And not be subjected to the law of the fittest, the Americans and, soon, the Chinese, but our own law.

It is Europe that will enable us to acquire the means to protect us from these great global shifts, and from new migrations, but above all to prevent them. It is Europe that will allow us to generate ambition for development with Africa and with the Middle East, so as to be present, and to help them develop and build a future.

It is through a Europe of new, greater cooperation that we will prevent terrorism and manage to eradicate it. And because we must never forget that terrorists want to see just one thing from us: shrinking inwards, withdrawing, fear of others. That is their greatest weapon. So we will cede no ground.

Face with all these risks, I believe, like you, in European sovereignty that will allow us to defend ourselves and to exist, to defend ourselves by applying our rules and preferences. Who will protect respect for your lives and for the data of your businesses in this digital world? Europe, and no other region. Who will protect us in the face of climate change? A Europe that seeks another form of energy production, a Europe that will protect us from dependence on authoritarian powers that sometimes have a grip on us. That is the sovereignty we need to believe in, which we need to find once more, because we have our own European preferences and we must never forget that. Not being sovereign means allowing others to choose in our place.

But are we like them? Is there any other continent with such a commitment to freedom, democracy and the social balances that hold us together, to this reconciliation of justice and freedom which are at last combined? I know regions where they like the economy and development, but where political authority prevails over freedom, in Asia. I know great powers that love freedom and have succeeded in capitalism, but which do not have the same commitment we have to equality and social justice, on the other side of the Atlantic.

But nowhere else is there such a political and social space where collective preferences – our preferences – are defended as such. That is what European sovereignty is about! If we give it up, the result is simple: we will be subject to the rules of one side or another.

Yes, our choice is to overhaul Europe without repeating the mistakes of the past.

In the early years of the eurozone, we made many mistakes, sometimes based on lies. Here, we need to say that too with humility and determination. Sometimes we have lied to the people, suggesting that life in Athens could be like that in Berlin without reform, and that was not true. But who paid for that? The political leaders who lied? No, the people who believed those lies.

It was the Greek people who paid, after all these years, when the crisis broke out – the financial crisis that became a sovereign debt crisis. The Greek people, after years during which we sought to correct all those mistakes through policies which, born of distrust, created, in one fell swoop, it has to be said, injustices and incomprehension. We lost the zest for social cohesion, which held us together. We lost it because we lost ourselves in a civil war, within Europe, between powers that had lost confidence in one another.

That is the history of the decade that is coming to an end: a form of internal civil war where we have sought out our differences, our little betrayals, and where we have somehow forgotten the world in which we live. A civil war where we have preferred to correct these little differences and betrayals, forgetting that, opposite, there are radically different powers and that the only relevant question was how to make the eurozone an economic power that could stand up to China and the United States. How to make our Europe a diplomatic and military power capable of defending our values and interests in the face of authoritarian regimes that emerge from deep crises that can shake our societies. That is our only challenge, not another.

So yes, I want us to rediscover the strength of a sovereignty that is not national but European, by reconciling a Europe capable once more of combining responsibility and solidarity.

That will require common goals and a will to defend what made us what we are through essential institutional reforms. In the coming weeks, I will come back in detail with a roadmap that I will propose to all our European partners. But yes, we will need a Europe in which we once again dare to defend social and fiscal convergence, because that is what holds us together and avoids the divergences that split us asunder. We need to rediscover the zest of this eurozone and invent strong governance that will ensure our sovereignty, with a eurozone budget, and a genuine executive responsible for that eurozone, and a eurozone parliament he will have to report to.

Through concrete proposals that I hope will be speedy, we need to overhaul this sovereignty to allow our Europe to rise above its petty divisions and build, over the next decade, the terms of its sovereignty. Not for those of the past, but for you, young people.

We who are leading Europe today cannot pretend nothing is happening. We still have that luxury. But in ten, fifteen, twenty years, what Europe will we leave to the next generations?

I do not want to write your future, but I want to say, quite simply, that you can choose, that you have that same luxury we have had, that you can make choices that are, of course, sometimes difficult. But choices nonetheless. That is what European sovereignty is about. That is what will allow you, young Europeans, to write your own future. That is what means that what we have experienced in the last decade is not, in any case, equal to our history! Because what have we promised to Greece’s young people? What have we given them in the last decade? For half of them, austerity and joblessness! What have we offered them? A bright future – if they were prepared to go to Berlin or Paris, for example. That was not the initial promise. The initial promise was that of a sovereign Europe where people could succeed at home, in a wider, stronger space than mere nations. So that is what we need to rediscover. That is the heart of European sovereignty, your sovereignty, as young people, to choose!

That sovereignty is the ability of nations to decide their own destiny. What is that worth, if it is not the people who decide the course that we follow? And how can we not see that Europe’s failures over so many years are also failures of democracy?

Through its scale and the expansion it saw, through the diversity it adopted, the European project suddenly encountered, some ten years back, a refusal from the people, from its peoples. What happened in 2005, in Europe, in France, in the Netherlands, was that peoples among the founding States suddenly decided that the project was not for them anymore. Did we listen? No, we did not. Those who led Europe at the time decided not to respect their choice. They pretended nothing had happened, and sought compromises aside from the people, so as to continue a method that for decades had worked so well: building Europe a little to the side and explaining it afterwards.

What happened in 2005 is that a page was turned and we did not realize straight away that Europe could no longer move forward without its peoples. It could no longer continue towards the destiny it had chosen itself, desired and therefore explained, driven by the peoples of Europe together. What happened a few months ago in the United Kingdom is not a whole different story: suddenly, the people of that island rose up against choices often supported by its own leaders and said “this Europe is not for me. I do not have my place here, and I no longer understand it. These rules have become absurd. Look at this Europe where I am losing my own rights, and where I am expected to make more and more effort to live less well.” That is what the British people said last year.

So yes, these ballots have brought an end to an adventure in which Europe had always moved forward as if sheltered from our people’s will. And when I fight the sometimes bureaucratic excesses that mean that Europe seeks to move forward through rules its citizens no longer understand, that mean that Europe moves forward by controlling every detail of daily life because it has lost its grand purpose, it is to rediscover the zest of this European democracy. When I fight for a revision of the posted workers directive, I fight against a Europe that has ended up producing absurd rules where our peoples are no longer able to understand the societies in which we want them to live.

Everything that has held us together for decades is coming apart because these approaches are becoming absurd. We need to play our part in addressing this: it is we, those who believe in Europe, who have allowed cracks to appear in democracy, distancing peoples and making them hostile. And similarly, it is we who must rediscover the path of sovereignty: we need the other form of courage, rediscovering the path of democracy.

That will require, first and foremost, a new method to overhaul Europe. That is why I want this roadmap that I intend to propose to all EU Member States – this roadmap to build the future of our Europe over the next decade – not to involve a treaty negotiated sneakily behind closed doors in Paris, Brussels or Belin. No, I propose that we try a new method: that by the end of the year, we sketch out the major principles of our approach, where we want to take our Europe, and define our objectives clearly. We can then, at the beginning of next year, submit those principles and objectives to the peoples of Europe. I propose that wherever leaders choose to take this path – something I hope for most earnestly – in each of the Member States, we organize six months of consultations, democratic conventions that will be an opportunity for our peoples, throughout our countries, to discuss the Europe they want to see.

Lastly, I want us to put behind us this sort of childlike dilemma Europe is currently tied up in. A dilemma where on the one side, some want to make the people say “yes” or “no” and manipulate them for months, where the referendum becomes the weapon of populists and anti-Europeans alone; and where on the other, those who believe in Europe end up afraid of their peoples and hide behind their own doubts, saying to themselves “let’s move forward but without changing the treaties, for fear of having to hold another referendum. Let’s move forward in baby steps, behind closed doors. The people will not understand.”

We need to choose another, a third way, the one invented here, at this very spot. That way was not that of demagogy, but that of democracy, of controversy, of constructive debate driven by critical thinking and dialogue. It was the way that involved entering into the detail of each question and its complexity, to decide what we want to do for the common city. That is what I want to see in the first half of 2018 in all the countries of our continent, of Europe, to rediscover the zest of what was invented at this spot where we are standing, and which formed the basis for our democracies. So yes, through these six months of democratic conventions, we should debate this roadmap, the principles for which the governments will have designed, and then we can meet again to reconcile them and, on that basis, after debate, including grassroots debate locally and digital debates across Europe. Then we can build what will be the foundations for an overhaul of Europe for the coming ten, fifteen years, we can build the terms of what we really want together. That is the ambition I want to see as a method in the coming months.

Looking back over Greece’s history means seeing the strength of this democracy and debate. That is I what I want us to rediscover together for our Europe. But beyond that, I want the everyday operation of tomorrow’s Europe to once again be more democratic. I want us to put behind us the rules invented by the few for the many, and to reinject more democracy into everyday operations.

That is why I am advocating transnational lists for the next European elections. Our British friends have decided to leave. We should not try to redistribute the few seats they free up in the European Parliament between us. No! Just think: at last we can have a European debate, and European lists, a genuine European democracy that will live through countries. And tomorrow, if we want a more integrated eurozone, an avant-garde core of European countries, we should ensure greater democratic strength. We should establish a eurozone Parliament to design the rules to make those who make decisions democratically accountable – which is not the case today.

All that is what I want us to rediscover together, because the true fuel of Europe is not a hunger for standards, but democratic vitality. Rediscovering the initial promise of Europe is possible if we assume our desire for sovereignty and our need for democracy. To once again cite Pericles, we will achieve nothing in distrust and treachery. For years, this distrust has undermined the adhesion that is essential to the European project. It has worn away confidence which now needs to be rebuilt. That requires a return to the very meaning of the European adventure, to the deeply held conviction that supports it.

As Europeans, we share a history and a destiny. We can rebuild confidence because we will rediscover this path. Look where we are standing: even now, during the night, you can see the hill behind me: the Acropolis. Whoever you are, whatever your age, your nationality and your origin, does the miracle of this hill, the columns of the Parthenon, the silhouette of the Erechtheion and its caryatids not awaken in you the feeling that something was born here that concerns you, that belongs to you, that speaks to you?

Yes the Acropolis of Athens is a mirror reflecting our European identity, we recognize ourselves, we read our common destiny in this mirror and this temple was that of the gods from antiquity, but today the beliefs that created it have vanished and yet we still have this force in our minds. We can still fell its sacred element.

As André Malraux said, some nearly sixty years ago in this very place, there is a hidden Greece that is lying in the hearts of all men and women of the Western world. This hidden Greece is what we do not grasp, which means that even if we allow ourselves to get caught up in our trivial European debates and these civil wars that I mentioned earlier, we can be a few thousand miles away and still recognize a European, an image that reminds us of Europe, a feeling that unites us, a smell, a colour, something we read, that makes us feel European again.

This Europe of literature, cafés, public discussion, our peoples’ warmth and civility that exists nowhere else in the world, is one whose true cement is culture, our culture.

We will never fight enough for Europeans to recognize of their own accord this shared foundation that for centuries has been expressed in myriad ways, the Europe of the literary sets, reviews, travellers, libraries and ideas, the Europe of luminous capitals and fascinating fringes, this Europe that has existed through so many and so many paths that at times did not even mention its name, that did not wait for our institutions, our treaties, our reorganizations, and our controversies. The Europe of Madame de Staël and Benjamin Constant spoke nearly every language, it was there, this Europe that has united us for so many centuries, it is the Europe of culture. And for this spirit of recognition and mutual understanding to live, and for us to finally restore European confidence, we should clearly begin with culture as our basis.

Student exchanges are key, our young people should travel to even a greater extent, academic exchanges, learning one another’s language, far beyond my fervent attempts earlier, this is what should make our Europe vibrant, not obscure rules and decisions. That means being even more ambitious in this Europe of culture, university and academic exchanges.

In the proposals we will make, in this ten-year roadmap, I would like to see us embrace this bold and far-reaching ambition so that this Europe of culture, knowledge and language sharing can be completely overhauled.

We also need a Europe of heritage. I spoke of the Acropolis whose restoration and new museum were extremely costly. All that makes up our common history—Greek art, Roman art, medieval, baroque and classical art—all of these buildings, all of these works are the very substance of our collective memory and our being.

Protecting and perpetuating them must be a concern of all Europeans. When civilization is attacked, its culture and its heritage is attacked. Look at what has happened throughout the Near and Middle East and in Africa! Therefore we must defend this heritage, support it, reinvent it, reclaim it as our own, because it is our identity and our future!

The few European Union contributions do not suffice to assist either Greece or Italy in meeting the huge challenges in this regard or so many other countries, and France is not the exception to the rule, where what reflects our past suffers from indifference and even neglect.

I would therefore like us to be able to hold cultural heritage conferences at European level as soon as possible to adopt a coordinated approach to these areas, in order to restore genuine ambition for heritage and culture. Let us start over through culture and so that Europe can protect heritage and reinvent its future. I would suggest that these conferences be held in Athens where everything began and we will see that through culture, we can rediscover what unites us. Through culture and heritage, we will rediscover this power of exchange and of the sites that we do not understand, which means that moving past division, at every crucial time for our Europe, we have decided to move forward together, to build something that is stronger than ourselves.

I would also like to review the conditions for the circulation of academic and artistic work in Europe. For literature, philosophy, poetry, history, geography, film, live performances and sciences are our common ground. We therefore need to create European programmes for priority works, whether they be part of the cultural heritage of every country or a contemporary creation. Knowledge we have of each other comes from all of this, from these chance meetings. Today, each publisher, writer, translator and designer is doing what they can to become known, and to translate what should be translated, however, more needs to be done. We need to organize this essential area of our culture, to reform a Europe of translators, of communicators, of this cultural ambition that unites us. Languages, inventions, our common imagination are what has forged Europe, overcoming our differences. We, Europeans, are the inhabitants of this improbable Babel that the diversity of language and traditions continue to enrich and enthusiastically animate.

So, yes, let us once again acquire this ambition for culture, through which our confidence will be revitalized. Sovereignty, democracy and culture are the three areas of opportunity that I would like to offer to the young people of Europe in the hope that they will seize them and consider them their own. Their future lies in these areas, their responsibility, our responsibility, the responsibility of our generation of which I spoke earlier, is to ensure that young people discover the meaning of a strong and legitimate Europe. So yes, some people may consider this undertaking to be destined for failure. I am sure some people will ask if we will talk about technical aspects, details or texts and ask whether we should change a treaty or not. Or if we should amend a treaty and if so, what articles? We will address these questions but since we are lost in these tangled discussions, which have become confusing, we have veered off course and lost sight of our strong determination and ambition. But should this make us fear this extreme ambition? Should we fear what previous generations did not?

Imagine the concern the founders of Europe had to hide when they extended their hand to their former enemies on a continent that was still filled with victims. Imagine the crazy ambition that some people described they had when they were getting ready to tell us that we were going to have a single currency. That was just thirty years ago!

Are we no longer allowed to have ambition? I think we are. So the challenge I am putting forth to you tonight, a few weeks before all of the European countries, what France thinks, wants and prefers, to submit to the debate: are you afraid of the European ambition that will help you rediscover the meaning of sovereignty, democracy and culture?

Look at the time that we are sharing, it is the moment of which Hegel spoke, the moment when the owl of Minerva takes flight. This is such a wonderful time because there is something comfortable and reassuring about it. The owl of Minerva provides wisdom but it continues to look back, it is also what Hegel said with humility when speaking of philosophy, it looks back because it is always so easy and so nice to look at what we have, a determined space of what we know!

Do not be like the owl of Minerva, have this crazy ambition again to desire a stronger, more democratic Europe, revitalized by its culture and what unites us! I am asking you and especially you, the young people of Europe, to have this extreme and perhaps a bit crazy ambition!

What we are hoping for is in our hands; let us desire this together for ourselves and our children! I promise you that we will succeed! To do so, apply the words of the poet, George Seferis, and I quote: “And when you look for the miracle you’ve got to scatter your blood to the eight points of the wind because the miracle is nowhere but circulating in the veins of man.”

So let us together give this miracle a chance for our Europe!

Thank you.

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe discours à la communauté Française

Écouter

Merci beaucoup monsieur l’Ambassadeur ;

Madame et messieurs les ministres ;

Monsieur le député ;

Monsieur le directeur de l’école française d’Athènes ;

Madame la conseillère à l’Assemblée des Français de l’étranger ;

Mesdames et messieurs les conseillers consulaires ;

Mesdames et messieurs ;

Je suis très heureux d’être parmi vous aujourd’hui ici dans notre école d’Athènes.

Dans ce moment cruel pour toute la France, à quelques milliers de kilomètres de Paris, je suis à vos côtés, comme il se doit et heureux de vous retrouver, mais à quelques milliers de kilomètres de nous, de l’autre côté de l’Atlantique, nous avons des Françaises et des Français qui ont perdu la vie, qui sont dans le dénuement, la souffrance, l’inquiétude après le passage de l’ouragan Irma. Et je veux avoir pour eux aujourd’hui une pensée.

La France est sur tous les continents. C’est pour ça qu’elle est obligée de penser et de vouloir le monde. Alors nous devons, et nous apporterons toute la solidarité à nos concitoyens. Nous déplorons d’ores et déjà aujourd’hui plusieurs victimes, des dommages matériels immenses ; les prochains jours, les prochaines semaines, les prochains mois feront l’objet d’une mobilisation indispensable, celle des services publics, celle sur le terrain de nos forces de sécurité civile, des forces de l’ordre, de l’ensemble des Françaises et des Français qui y vivent et de la solidarité de toute la communauté nationale. Nous serons là.

Et vous le voyez, il y a quelque chose qui ressemble à la France dans notre rencontre d’aujourd’hui. Nous sommes là, Françaises, Français dans un morceau de Grèce regardant l’Orient, dans un lieu que notre pays a choisi de créer pour mieux comprendre ce qui était si loin à l’époque. Ce que Victor Hugo appelait « les orientales ». Et nous pensons à des Françaises et des Français à l’autre bout du monde.

Je vous le dis pour que chacune et chacun ait présent à l’esprit que la France n’est pas la France lorsqu’elle se rétrécit sur elle-même, lorsqu’elle pense que ses frontières se réduisent à l’hexagone. Et vous qui êtes là, Françaises et Français vivant à Athènes ou en Grèce, vous le savez mieux que d’autres.

Alors je ne suis pas venu aujourd’hui vous faire un long discours, mais je suis venu vous dire que nous avons dans le moment que nous vivons collectivement une immense responsabilité. Celle d’être l’un de ces rares pays qui a toujours été plus ambitieux que simplement pour lui-même, qui s’est toujours construit dans un rapport à l’universel, à l’autre, qui s’est toujours inventé et réinventé dans sa capacité à propager à travers le monde ses valeurs, ses idées, sa culture, sa volonté de comprendre l’autre, sa présence.

Vous êtes cette présence. Et cette présence dans ce lieu de l’école française d’Athènes a quelque chose d’éminemment symbolique. C’est la France qui décide lorsque un jeune Etat se crée et sort du joug impérial, non seulement d’aider la jeune Grèce avec des débats au Parlement français qui ressemblent terriblement au débat que nous sommes en train d’avoir sur les aides financières, mais qui décide aussi qu'aider un pays c’est mieux le comprendre. C’est envoyer ses meilleurs éléments. C’est vouloir mieux le connaitre, l’aider à comprendre son histoire et son présent.

Alors oui, quand je dis que nous avons une responsabilité aujourd’hui inédite c’est que tout dans le monde que nous traversons pourrait nous pousser vers le rétrécissement. Les forces extrêmes sont à l’œuvre ici en Grèce comme elles le sont dans notre pays, la France, qui conduisent à laisser croire à certains que notre avenir pourrait se construire en regardant nos petites différences, en défendant nos intérêts particuliers. Vous savez bien, ce qui est bon pour vous et qui se ferait contre les autres.

La France ne s’est jamais construite ainsi parce que le monde ne va pas ainsi. Et vous faites partie de ces femmes et ces hommes qui avez décidé d’être des ponts. C’est-a-dire d’être à hauteur de l’histoire de notre pays.

Je sais bien que parmi vous il y en a qui sont venus parce qu’ils ont lien depuis plusieurs générations. Il y en a qui sont ici parce qu’ils dirigent des entreprises, ont voulu faire avancer leurs affaires, d’autres sont parfois arrivés là pour des histoires d’amour qui durent encore ou qui se sont réinventées. Certains sont venus pour m’accompagner, ils repartiront, mais qui sait ce qu’ils trouveront dans les deux jours qu’ils passent avec moi.

Toutes ces histoires, ce sont ces petits points cousus entre la Grèce et la France. Et vous les faites vivre. Et vous les avez fait vivre durant ces années particulièrement difficiles où la Grèce a eu à traverser une crise profonde, qui n’était pas que la crise de ce pays, qui était une crise européenne. Qui a été une crise due au manque de responsabilités de quelques uns, à des mensonges qui ont été faits, à des contournements, mais qui a été aussi due à un manque de solidarité, un manque de volonté, d’ambition européenne qui a frappé plusieurs pays dont celui-ci. Et vous êtes restés. La France est restée durant la crise.

Et je le disais tout à l'heure encore et au Président de la République grec, et au Premier ministre grec, la France a toujours été là. Elle était là tout au début de la construction de l’Etat, elle était là durant la crise. Elle était là parce que les entreprises françaises sont restées lorsque c’était difficile et elle sera là demain.

Mais cette présence, elle ne se décrète pas dans un endroit donné, à Paris ou ailleurs. Elle est vivante parce que vous êtes là. Et en venant ici pour cette première visite d'Etat avec mon épouse, c'est ce message aussi que nous voulions vous transmettre. Vous avez une part de la vérité française parce que vous êtes la France hors des frontières. Et ne laissez jamais celles et ceux qui veulent faire croire à l'étranger que la France est elle-même lorsqu’elle se rétrécit qu'ils ont une part de notre vérité : c'est faux. Ils voudraient faire bégayer l'Histoire ou faire résonner les pires moments de celle-ci.

Vous êtes une part de notre pays à l'autre bout de l'Europe, parce que vous portez aussi cette ambition européenne et ce dont elle a besoin pour vivre, c'est-à-dire la présence de toutes les femmes et les hommes d'Europe. Je l'ai dit hier, lors de mon discours à la Pnyx. Cette volonté d'Europe, nous devons la refonder, lui redonner son énergie profonde, cette force qui nous unit.

Mais elle se construit sur quoi ? Oui, des politiques, une détermination, des traités existants et de nouveaux traités qu'il nous faudra porter, des réformes institutionnelles dans tant et tant de secteurs que vous représentez : l'énergie, le numérique, les infrastructures, la défense, l'industrie, le tourisme, l'agroalimentaire...

Mais à la fin, comme le disait Jacques DELORS, est-ce qu'on tombe amoureux du marché commun ? Est-ce qu'on tombe amoureux d'un traité, des institutions, des réformes constitutionnelles ou autres ? Rarement. On peut tomber amoureux d'une Grecque ou d’un Grec, d'une culture, d'un pays, d'un livre.

L’Europe, c'est une aventure qui unit les hommes. C'est cela le fondement de ce qui nous a fait. Il n'y a pas un espace au monde qui soit fait de tant de langues, de tant de diversités, de tant de spécificités. Regardez le reste de la planète : il n'y a pas un endroit où le concentré de civilisation dans sa pluralité est si fort. Il n'y en a pas un qui ait été traversé par autant de guerres, de divisions. C’est l’Histoire de notre continent et depuis 70 ans, nous avons réussi une aventure unique : nous avons uni les hommes par notre choix, par nos décisions.

Alors votre présence ici en Grèce, elle fait partie de cette union. Elle fait partie de ce mouvement perpétuel que nous devons consolider, qui nous fonde et qui nous rend plus forts. L'Europe est ici, en Grèce, aussi forte, aussi légitime, aussi vibrante qu'elle l’est à Berlin, à Paris, à Madrid ou à Rome. Et votre présence a continué à dire partout que cette légitimité était bien là. Alors je veux qu'ensemble, durant les prochains mois, durant les prochaines années, nous puissions avec force refonder cette Europe. C'était l'un des objets de ma visite ici. Expliquer aux Grecs, aux Français, aux Européens que oui, nous devons retrouver cette ambition première, un peu folle, de retrouver cette union des hommes.

Je souhaite donc que d'ici la fin de l'année, nous puissions construire une nouvelle feuille de route qui puisse, lorsqu'on parle de culture, de langue, d'enseignement, d'économie, de défense, de sécurité, sur tous ces sujets que nous ayons une dizaine non pas de mesures techniques mais d'objectifs, de volonté profonde de pouvoir construire à dix ans. Refonder ce qui, il y a 70 ans, nous a fait. L’ambition véritable.

C'est ce que je soumettrai dans quelques semaines à nos partenaires européens. C'est ce que je souhaite que nous puissions ensuite consolider avant de lancer partout - et je vous demande d'y participer ici, où vous êtes - ces conventions démocratiques où le peuple doit choisir, dans la controverse et la délibération, ce qui sera son avenir. C’est ce que nous devons aussi à la Grèce et à tant de pays européens qui ont souffert durant ces années. Ils ont souffert en voulant rester dans l'Europe. Ils ont parfois souffert parce qu'ils pensaient que, pour eux, l'avenir était en Europe alors que tant et tant leur ouvraient les bras.

La Turquie leur proposait une autre aventure moins difficile, la Russie même pour certains leur proposait des lendemains heureux. Ces peuples ont choisi l'Europe avec toutes les difficultés que cela emportait. Nous ne leur devons qu’une chose : de l’ambition, encore davantage. De les tirer, de les emmener, de vouloir davantage d'Europe. Parce que l'Europe ne s’est jamais construite sur des équilibres bancals, sur des arrangements quotidiens, sur la bureaucratie ou des petites techniques. Elle s'est construite sur des rêves, des ambitions, de la littérature.

Pensez donc, au moment où l'école française d'Athènes ici se construisait, la France débattait de ce qui se passait entre la Grèce et la Turquie. Des Françaises et des Français étaient émus par quoi ? Pas par des textes ou par des réglementations : parce que des poètes français avaient décidé que c'était aussi leur aventure. C'est cela, l’Europe. C’est une série de rêves tissés. Alors notre génération aujourd'hui peut-elle accepter qu'elle n'a plus de rêve ? Ou qu'elle devrait rêver moins fort, moins beau qu'il y a 150 ans ? Que ce serait peu crédible ou, au fond, réservé à des idéalistes de faire cela ? Alors je dis à tous ceux qui pensent ainsi, regardez la France.

Tous ceux qui vous disent aujourd'hui : « En Europe l'ambition, le rêve ne sont pas possibles », moi je les ai entendus de très près. Ils étaient les mêmes en France, des commentateurs, des déçus, des gens qui pensent que l'extrême modernité c'est de ne plus avoir de grands récits, de grands rêves, de grandes histoires, qui pensent qu'on vit mieux assis, que tout est un peu triste, que les accommodements dans leur subtilité sont ce qui doit faire le sel de notre vie aujourd'hui. Le peuple français leur a donné tort, alors suivez l'exemple du peuple français partout.

Croyez dans l'ambition parfois un peu folle ; croyez dans des valeurs et des mots que les autres n'osent plus prononcer : la bienveillance, l'ambition, la solidarité. Non pas pour les répéter, mais pour donner un contenu, pour convaincre, pour avancer. C’est cela, ce temps européen, qui s'ouvre. C'est cela ce que nous devons réussir et c'est ce pourquoi je compte, ici où vous êtes, tant sur vous. Vous étiez là, dans les années difficiles ; soyez là pour aider les Grecs à rêver plus encore, à vouloir aller plus loin et plus haut.

Alors enfin en France, puisque c'est notre patrie, nous allons dans les semaines, les mois, les années qui viennent, continuer à transformer. Faire ce pour quoi les Françaises et les Français m'ont élu, sans hésitation, avec la calme détermination du choix démocratique, et cette certitude chevillée au corps que notre pays en a besoin, porté par l'ambition.

Ce sont nos politiques publiques. Chacun dépend de notre économie et de notre Etat que nous allons transformer pour que nos jeunes aient un avenir. Non pas un avenir qu'on leur impose, mais qu'ils puissent choisir. Pour que notre pays soit plus efficace, produise davantage, puisse innover avec force dans cette Europe que nous aurons refondée. Mais puisse le faire pour défendre aussi nos valeurs, ces valeurs qui n'existent presque nulle part ailleurs qu'en Europe. Celles d'une justice à laquelle nous tenons tant, mais sans céder à aucune des tromperies du moment.

Cette transformation française ne se fera pas contre l'Europe ou contre le monde. Elle se fera parce que la France aura une ambition européenne et mondiale assumée. Cette transformation française, elle ne se fera pas au bénéfice simplement de quelques-uns, parce que la France est un pays qui a la passion de l'égalité. Mais cette transformation ne peut pas se faire si la première réponse toujours apportée est de savoir comment on corrige les petites jalousies du moment, où on répartit ce qu'on n'a pas encore produit. Le pays ne sera juste que s'il est efficace. Il ne sera juste que s'il n'est pas jaloux. Il ne sera progressiste que s'il embrasse la modernité, non pas pour s'y adapter, mais pour la faire.

Et je l'ai souvent dit et je le disais devant nos compatriotes il y a quelques semaines, en Roumanie. D’aucuns faisaient semblant de découvrir cette forme de provocation que j'assume. La France n'est pas un pays qui se réforme ; notre pays ne se réforme pas. Parce que nos concitoyens, aussi longtemps qu'il est possible de ne pas faire les réformes indiquées par les livres ou les procédures, se cabrent, résistent, contournent. Nous sommes ainsi faits, mais le temps que nous vivons n'est plus un temps à faire des réformes ou des ajustements, c'est le temps d'une transformation profonde.

Pourquoi ? Parce que c'est la survie du pays, les valeurs que nous défendons dans un monde où tout est bousculé. Parce que c'est notre capacité à porter une Europe et une ambition européenne. Pensez-vous, croyez-vous un instant que nos partenaires européens vont regarder la voie que nous ouvrons si, chez nous, nous ne savons pas changer les choses ? La capacité de la France à se transformer, c'est sa capacité démontrée à transformer l'Europe dans le même temps.

Et aujourd'hui, au moment où je vous parle, près d'ici, des puissances que ce pays a si longtemps connues tournent le dos aux valeurs démocratiques. De nouvelles puissances autoritaires émergent. Le doute se fait dans le camp même de l'Occident, sur nos fidélités et nos finalités. De nouveaux risques adviennent. Pensez-vous que nous pourrons tenir notre rang ? Défendre nos intérêts et nos valeurs si nous ne sommes pas forts, si nous ne transformons pas les choses ?

Alors oui, je vous le dis. Des choses qui paraissent terriblement infaisables : réformer le droit du travail, transformer la formation des chômeurs, réformer le marché du logement, les transports, tout ce qui a fait hésiter, bégayer l'histoire en France depuis tant de décennies, nous allons le faire. Sans brutalité, avec calme, avec explications, avec sens. Parce que je ne veux répondre en ces matières à aucune jalousie ou à aucune directive de l’un ou de l’autre. Je veux juste que notre pays soit plus fort pour pouvoir être plus juste. Soit plus fort pour porter l'Europe dans cette ambition que je décrivais. Soit plus fort pour défendre ce qu'il est et qu'il a toujours été à travers le monde.

Nous sommes là, dans ce jardin. Il y a quinze ans, j'aurais sans doute tenu un autre discours. On aurait pu peut-être imaginer une forme de fin de l'histoire. Ce pays pensait que la croissance lui était offerte désormais, que tout irait bien et que l'Europe était une forme de créature devenue évidente qui pouvait s'assoupir. C'est un peu ce qui s'est passé. Les quinze dernières années nous ont montré que rien n'était ainsi.

Et aujourd'hui les valeurs, la force, tout ce qui a porté ce projet français et grec qui nous réunit est bousculé par le monde qui va. Sur les autres rives de la Méditerranée, ceux qui nous attaquent détruisent les œuvres d'art qu’ici on protège et on fouille. C'est pourquoi je crois tant à la culture, en ce qu'elle dit de notre civilisation, en ce qu'elle dit de nos valeurs, en ce qu'elle dit de ce que nous sommes et de ce que nous voulons faire. Mais tout cela nous a rappelé une chose : la démocratie ici inventée est fragile ; la paix que nous avons inventée en Europe après guerre est fragile ; l'esprit de culture que nous avons défendu et porté ici est fragile ; cette volonté d'universel qui vous fait là est fragile.

Alors c'est parce que c'est fragile que je veux vous dire, pour terminer, deux choses. Je serai d'une détermination absolue et je ne cèderai rien ni aux fainéants, ni aux cyniques, ni aux extrêmes. Et je vous demande d'avoir, chaque jour, la même détermination. Ne cédez rien ni aux égoïstes, ni aux pessimistes, ni aux extrêmes. Vous êtes une part d'Europe ici, une part d'Europe redoublée.

Et votre voix est importante. Et notre voix est importante parce qu'elle est attendue. C’est l'immense responsabilité de notre génération. Elle ne pourra pas s'asseoir, elle ne pourra pas se reposer, elle ne pourra pas attendre. Parce que je ne veux pas dans quinze ans qu’un autre président puisse venir dire que c'est pire encore. Alors je compte sur vous comme vous pouvez compter sur moi. Vive la République et vive la France.

Type de contenu : VidéoLe discours à la fondation niarchos

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLa déclaration commune avec Alexis Tsipras

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Cher Alexis, monsieur le Premier ministre merci pour ces mots et pour votre accueil aujourd’hui, pour la discussion très riche et détaillée que nous venons d’avoir l’un et l’autre ; et puis avec nos ministres.

Je voudrais d’abord vous remercier monsieur le Premier ministre pour les mots de solidarité que vous venez d’avoir pour la France qui a en effet été touchée hier par un ouragan et qui se bat aujourd’hui pour à la fois sauver ses blessés et ses victimes et apporter les aides de premier secours aux habitants de Saint-Martin et Saint-Barthélemy.

Et je veux également associer l’ensemble de nos amis européens dans cet hommage, qu’ils soient néerlandais, britanniques comme nos amis haïtiens, dominicains et américains.

Monsieur le Premier ministre vous avez été extrêmement détaillé dans le compte rendu que vous venez de faire de notre entretien et je n’ai pas un mot à retirer de celui-ci. Nos deux pays sont liés par une histoire commune, des échanges multiples, croisés, qui ont fait nos sociétés, qui ont fait nos intellectuels, nos artistes, et nos imaginaires respectifs sont faits des œuvres de philosophes, de cinéastes ou de romanciers qui à l’aune des aléas de l’histoire ont parfois traversé notre continent.

Les jeunes Français ou les moins jeunes ont grandi avec les films de COSTA-GRAVAS, pour ceux qui ont fait de la philosophie ; les réflexions de CASTORIADIS et la génération que vous venez d’évoquer il y a un instant, je dois le dire, fait partie du musée imaginaire ou des références intellectuelles des Français. C’est ce qui nous fait européens.

Et ce qui nous lie aussi c’est la langue, puisque le Français est choisi en deuxième langue vivante par la moitié des élèves en Grèce, et je souhaite que nous puissions d’ailleurs faire encore davantage pour développer le français dans votre pays. J’y tiens beaucoup et je pense que ce multilinguisme, ces échanges permanents entre nos langues c’est aussi ce qui fait notre Europe.

Nous avons en effet longuement évoqué la situation de la Grèce, et de ce qu’il est convenu d’appeler depuis plusieurs années la crise grecque. Je voulais aussi dire qu’à mes yeux il s’est toujours agi avant tout d’une crise européenne. Je n’ai pas à revenir sur ce que vous avez dit qui était très complet, je veux ici dire combien j’ai conscience des efforts qui ont été faits par la Grèce durant les dernières années et en particulier l’action qui a été la vôtre, monsieur le Premier ministre, pour mener à bien la conclusion des deux premières revues du programme du mécanisme européen de stabilité, et de l’ensemble des réformes qui ont été décidées dans ce cadre.

Et après des années de contraction de l’activité nous voyons bien cette année des chiffres positifs arrivent, ils sont toujours fragiles, et donc il faut les conforter, mais ils marquent un tournant important dans l’histoire contemporaine de la Grèce avec cette capacité à renouer avec la croissance et l’investissement.

Je souhaite que dans ce contexte là, pour mener justement durablement la Grèce sur le chemin de la croissance nous puissions refonder la confiance et réussir, comme vous l’avez dit, d’ici à l’été prochain à tenir l’ensemble des engagements et permettre à la Grèce de pleinement retrouver une situation normale. Les prémisses en ont été données par votre retour sur les marchés il y a quelques semaines. Ainsi je souhaite que la Grèce puisse conforter son engagement à consolider les réformes, c’est le vôtre, que le FMI puisse conforter son engagement à participer au programme en bonne foi et sans exiger de nouvelles conditionnalités toujours plus difficiles, et enfin pour l’Eurogroupe que nous puissions confirmer l’engagement à accompagner cette transition, cette sortie de programme et à prendre les mesures d’allègement de dette comme la France le propose depuis plusieurs mois.

Les discussions sur ce sujet doivent débuter début 2018 et je souhaite qu’elles puissent aboutir rapidement pour restaurer pleinement la confiance.

Et dans ce cadre il y a aussi tout le travail pour relancer l’investissement, le retour à la croissance dans votre pays.

Et je souhaite que la France y prenne toute sa part et puisse vous aider par tous les moyens.

Vous avez évoqué notre coopération administrative pour aider à la modernisation de l’Etat, nous accompagnerons demain une initiative vous permettant de construire et consolider votre banque de développement à laquelle la Banque Publique d’Investissement française prendra toute sa part, en termes de coopération et d’investissement. Et je suis en effet accompagné par de nombreuses entreprises françaises, grandes entreprises, PME, start-up, qui ont vocation à participer à l’investissement, au développement de la Grèce dans les secteurs du tourisme, de l’agroalimentaire, du numérique, de l’énergie verte, des infrastructures. Autant de secteurs indispensables pour permettre le retour de la croissance, la consolider dans la durée et permettre de développer de nouveaux secteurs d’activité indispensables à l’emploi dans votre pays.

Nous serons donc au rendez-vous de ce retour à la croissance comme nous étions au rendez-vous de la solidarité dans les années d’austérité pour votre pays. Et c’est cette continuité, cette cohérence de l’action française, et je dois le dire à cet égard depuis plusieurs années qui je crois marque aussi notre relation.

Ensuite, nous avons évoqué les sujets européens de court terme. Le premier d’entre eux est le sujet justement du programme que je viens de mentionner, mais plus largement l’agenda dans lequel je crois nous avons vraiment des convergences de vue entre Athènes et Paris.

En effet, les prochaines semaines nous permettront d’acter des avancées significatives sur un agenda de protection de l’Europe qui doit accompagner notre ambition indispensable.

Nous avons évoqué la réforme de la directive des travailleurs détachés, sur laquelle nous souhaitons avec le Premier ministre œuvrer ensemble. Nos équipes ont d’ores et déjà beaucoup travaillé sur ce sujet et je l’espère nous permettra d’aboutir à une révision en profondeur de cette directive avant la fin de l’année. Et cela dans la continuité de la tournée que j’ai effectuée il y a plus d’une quinzaine de jours en Europe centrale et orientale.

Ensuite, l’Europe qui protège c’est l’Europe de la défense. Dans la continuité du Conseil européen de juin dernier, qui a acté une coopération structurée et permanente en matière de défense, 8 pays se sont d’ores et déjà aujourd’hui rassemblés pour construire une offre renforcée, une capacité à construire une programmation et une ambition commune en matière de défense, et je souhaite que nous puissions poursuivre le dialogue entamé avec la Grèce et consolider cette défense européenne parfaitement compatible avec nos ambitions et nos engagements au sein de l’OTAN.

L’Europe qui protège c’est également celle qui protège nos investissements stratégiques, et je souhaite que la Grèce puisse continuer à rester attractive, à s’ouvrir aux investisseurs internationaux, mais que l’Europe l’aide pleinement à maintenir une souveraineté européenne, soit au rendez-vous de l’investissement dans votre pays pour préserver nos investissements stratégiques partout en Europe.

Enfin l’Europe qui protège c’est celle qui protège face aux grandes migrations. Vous avez eu à en connaitre lorsque la route des Balkans était ouverte. L’Europe n’a pas toujours été sur ce sujet-là non plus au rendez-vous de la solidarité. Aussi je souhaite que dans les mois à venir nous puissions accélérer l’agenda de réformes de cette Europe, de l’asile, des migrations et de la sécurité commune qui autour de 7 textes règlementaires aujourd’hui en discussion permettra d’une part de renforcer nos moyens de contrôle aux frontières, et d’autre part d’avoir des règles claires et communes d’asile et de solidarité au sein de notre Union européenne.

Enfin, nous sommes ici dans un endroit qui nous permettra également de parler d’avenir et à un moment essentiel pour parler d’avenir. En effet, l’Europe est en train de sortir – parce que nous sommes résolus, parce que nous avons accéléré ces derniers mois nombre de sujets – l’Europe est en train de sortir d’une période de crise dans laquelle elle s’était enlisée. Et plus fondamentalement je pense que l’Europe doit tourner la page d’une décennie de tâtonnements.

Et les prochaines semaines et les prochains mois doivent nous conduire à marquer une avancée profonde, un moment de refondation de l’Union européenne que je souhaite très profondément pour notre Europe et qui fait partie des engagements que j’ai pris devant les Français. Ce moment que nous vivons nous en parlerons dans quelques instants ensemble en ayant l’un et l’autre un discours qui nous permettra de parler de cet avenir européen, d’en poser les jalons. Et je souhaite très profondément que l’année qui s’ouvre devant nous permette des avancées profondes en la matière et soit marquée par une ambition pour notre avenir européen.

C’est en tout cas la voix que la France portera dans cette période, monsieur le Premier ministre.

Merci à nouveau pour votre accueil, merci pour nos échanges.

Vous savez que la France est et restera à vos côtés dans les moments difficiles comme dans les moments de joie, parce que nous avons une ambition commune qui est d’être à la hauteur de nos histoires, à l’un et à l’autre.

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLa déclaration de presse

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Monsieur le Président,

Merci pour vos propos à l’instant, votre engagement, je vais y répondre et je suis très heureux de me trouver aujourd'hui en Grèce, très sensible à l’honneur que vous me faites en me décernant cette haute distinction. Cet honneur est réciproque puisque vous portez et vous êtes déjà titulaire des honneurs de la France.

Je veux avant tout avoir quelques mots pour vous remercier également de vos propos concernant mes compatriotes qui ont été touchés hier par un ouragan et c’est la France qui a été touchée, nous avons plusieurs décès. Il est à cette heure trop tôt pour tirer quelque bilan que ce soit, des dommages matériels très lourds, des Françaises et des Français sidérés par ce qu’ils ont vécu après la violence de ce qui s’est abattu sur eux.

J’ai eu l’occasion hier de tenir une première réunion de crise, le Premier ministre est en ce moment même avec plusieurs ministres à la cellule interministérielle de crise, il fera un bilan cet après-midi. Je veux redire ici combien la France toute entière est mobilisée sur ce sujet. Et je vous remercie, Monsieur le Président de la République, pour vos mots sincères de solidarité.

Je vous remercie aussi d’avoir bien voulu souligner l’émotion que nous avons dans ces moments lorsque nous sommes touchés ou que nos amis sont touchés, parce qu’au moment où nous nous parlons, ce sont aussi les Pays Bas, le Royaume-Uni et beaucoup d’autres nations européennes qui sont là-bas touchées. Nous attendrons dans les prochaines heures à nouveau les Américains, c’est pour les jours à venir aussi une grande menace pour Haïti ou la République dominicaine et donc ce sont des peuples entiers qui sont touchés. Ce sont des nations parfois très pauvres qui sont touchées. Mais cette émotion n’est sincère que si ceux qui les éprouvent veulent bien avoir l’esprit de conséquence et vouloir s’attacher aux causes profondes qui créent ce type d’évènement.

Et vous l’avez rappelé l’engagement pour le réchauffement climatique, ce n’est pas contre le réchauffement climatique, pardonnez-moi, et les déséquilibres de la planète, cet engagement c'est pour réussir à stabiliser la situation dans laquelle nous sommes. Cela nous touche tous et toutes, et ce n’est pas un luxe du quotidien, c’est un engagement indispensable pour nos peuples aujourd’hui et demain. Et c’est pourquoi la France restera déterminée à la fois dans les décisions que nous prenons au quotidien, nous l’avons fait hier en Conseil des ministres, dans les décisions que nous porterons au niveau européen comme dans l’agenda que nous défendrons au niveau international, à lutter contre le réchauffement climatique et à tout faire pour prévenir ce type de désastre.

Monsieur le Président de la République, vous l’avez dit avec beaucoup d’éloquence dans vos propos, nos deux pays sont amis, ils ont une histoire, forte, politique, historique, linguistique, culturelle. Vous êtes en quelque sorte l’illustration même de cette histoire, vous, comme votre épouse, qui parlez le Français, vous qui portez notre langue, qui avez passé de longues années à la Sorbonne et au Conseil d’Etat. Et à ce titre mon épouse et moi-même, nous sommes heureux de venir tresser en quelque sorte ces liens dans ces deux jours que nous passerons à vos côtés.

L’école d’Athènes, la présence même que nous avons ici, ce qui lie nos imaginaires le montrent. L’Europe, les jeunes Français la comprennent lorsqu’ils découvrent l’histoire antique, lorsqu’ils découvrent votre histoire. Permettez-moi de le dire, notre histoire. Et donc ce commun, certains l’ont parfois oublié, ou l’actualité a pu le détourner de nos convictions profondes, mais il nous lie.

Et ce que je veux dire également aujourd'hui c'est que c'est un présent et un futur qui nous rassemblent et dans la marche commune entre nos deux pays, c'est bien cette volonté de redonner à l'Europe tous ses équilibres. Vous l'avez dit, mon prédécesseur dans les fonctions qui étaient les siennes, moi-même dans d'autres fonctions que j'ai pu avoir, aujourd'hui votre serviteur, le gouvernement de la République française et l'ensemble de ses ministres se sont toujours battus pour que la Grèce ait toute sa place non seulement dans l'Union européenne, mais dans la zone euro.

Et à ce titre, je veux ici saluer les réformes, que vos gouvernements ont conduites et j'aurais tout à l'heure l'occasion d'échanger avec monsieur le Premier ministre TSIPRAS sur ce sujet. Mais ces réformes doivent aller de pair avec un engagement collectif qui doit continuer à permettre d'aménager la dette de votre pays. Des erreurs ont été commises, mais le peuple grec les a payées très cher, parfois plus cher que ceux qui avaient pu commettre ces erreurs ne l’ont payé. Et nous devons aujourd'hui trouver la voie d'une réconciliation entre l'esprit de responsabilité et les réformes que chacune et chacun doit conduire et l'indispensable solidarité sans laquelle l'Europe s'effondre.

Je veux répondre ici aux trois lignes de force que vous avez bien voulu esquisser et dans lesquelles je me retrouve. En effet si nous voulons faire avancer l'Europe de concert, nous avons besoin d'avoir une Europe puissante, une Europe qui dans le monde tel qu'il va sait défendre ses intérêts, ses valeurs, sa souveraineté. Je souscris à cette ambition, c'est pour cela que j'ai pu défendre dans le dernier Conseil européen des ambitions en matière de défense, que cette coopération structurée, je souhaite que nous puissions ensemble lui donner plus de sens et qu’une Europe qui existe dans le concert des nations aujourd'hui, c'est une Europe forte sur le plan diplomatique, sur le plan militaire, sur le plan de la sécurité intérieure. Nous avons besoin à cet égard de réponses rapides, nous avons besoin, à ce titre, de faire avancer la coopération structurée permanente et d'avoir une véritable Europe qui permet de protéger face aux grandes migrations et votre pays a eu à les connaître ces dernières années. D’avoir une Europe qui se tienne dans tous les termes de la souveraineté. Pour cela nous devons faire avancer les initiatives récentes qui ont pu être prises et avoir une ambition redoublée, c’est cela ce que je proposerai aussi, dans les prochaines semaines, pour prendre une initiative, de proposer une initiative française à l’ensemble de nos partenaires, mais à vous écouter je sais où la Grèce se trouvera.

Ensuite nous avons besoin d’une puissance économique, forte, notre zone euro doit sortir d’une forme de guerre civile interne où on regarde les petites différences, elle doit retransformer par les réformes, que chacun mène, de manière souveraine, vous le faites dans votre pays, nous le faisons dans le nôtre, mais cela implique cette solidarité que j’évoquais tout à l’heure.

Vous avez ici rejoint plusieurs réflexions dans votre propos, oui, nous avons besoin d’une zone euro plus intégrée, et donc d’un vrai budget de la zone euro, d’un ministre des Finances permanent qui dirige cet exécutif, c’est une responsabilité démocratique au niveau de la zone euro, et à ce titre il faut le maximum d’ambition. A court terme, et avant cela, et sans que ces objets ne se confondent en rien, il nous en effet retrouver les formes de notre indépendance.

Pour ma part je considère que le Fonds Monétaire International n’avait pas sa place dans les affaires européennes, et je souhaite donc que l’Europe puisse retrouver son indépendance pleine et entière, et nous avons créé, durant la crise, des mécanismes qui permettent d’y répondre. Le mécanisme européen de stabilité a cette fonction de gestion de crise, nous devons l’activer, et nous devons en effet aller vers un Fonds Monétaire Européen, mais qui en rien ne se confond avec un budget, c’est un mécanisme, d’accompagnement des crises, pour permettre, aussi, aux uns et aux autres, de pouvoir se relever lorsque des crises comme celle que vous avez eu à vivre sont traversées.

Mais cette zone euro, notre zone euro, si nous voulons la faire avancer, a besoin d’un esprit de responsabilité dans chacun de nos pays, de beaucoup de courage pour mener les réformes, vous le faites ici, nous le faisons chez nous, et de cette ambition partagée pour trouver, là aussi, les termes de la puissance économique qui permettront de produire, de créer, d’innover, davantage sur notre continent. Et à ce titre je veux que nos relations bilatérales s’inscrivent dans cette ambition.

Je suis accompagné d’une délégation de plusieurs dizaines de chefs d’entreprise, grandes, moyennes et petites, je souhaite qu’elles puissent encore davantage participer au redressement de l’économie grecque et contribuer à l’ambition qui est la vôtre, dans votre pays.

Enfin, vous avez parlé d’une forme de cohésion européenne, cette cohésion doit être de valeurs et de droits, et j’y souscris pleinement, mais c’est simplement retrouver l’ambition initiale de notre Union européenne, celle qui nous a tôt liés, et qui fait que l’Europe ne peut pas durablement vivre lorsqu’en son sein certains mettent en cause ses valeurs fondamentales et ses principes, qu’il s’agisse de l’indépendance de la justice, des droits fondamentaux, et nous avons tort d’être timides à ce titre. C’est ce qui nous a fondés, c’est ce qui vient d’ici, et j’aurai tout à l’heure l’immense honneur, à la Pnyx, de m’adresser, devant vos compatriotes, là où la démocratie européenne, ce qui est le cœur-même de notre ambition, de nos valeurs, s’est déployé.

Quiconque oublie l'importance de ce message, ce qui nous tient, ce qui fait que l'Europe est l'Europe, et a pu essaimer à travers le monde, convaincre tant d'esprits, ceux qui considèrent que nous pourrions avoir une forme de lecture émolliente, partielle, de cette ambition première que les Grecs ont portée pour nous, se trompent. Et cette cohésion se porte aussi dans nos droits sociaux, dans l'ambition que nous devons avoir pour nos peuples, l'avenir de l'Europe n'est pas dans moins de droits chez les uns ou les autres, il n'est pas dans la destruction de nos équilibres, il est dans une ambition commune, là aussi unique, que seul notre continent a portée, de réconcilier la force économique et les droits sociaux conquis de haute lutte par chacune et chacun.

C’est d'ailleurs dans cet esprit que depuis plusieurs semaines je mène, avec le gouvernement français, un combat, partout en Europe, pour réformer en profondeur la directive des travailleurs détachés, afin que cette Europe qui poursuit une forme de moins-disant social, qui pense que l'avenir de quelques-uns pourrait se construire dans la déconstruction des droits des autres, ne puisse pas nous égarer, et que l'ambition que nous portons dans chacun de nos pays soit une ambition d'amélioration de la vie de nos concitoyens partout en Europe. C'est à ce titre, aussi, que je ferai, dans les prochaines semaines, des propositions pour aller plus loin et rétablir la confiance dont nous avons besoin.

Depuis maintenant près de 10 ans, vous traversez une situation extrêmement difficile, et votre pays, avec beaucoup de courage, a tenu. Et me rendant ici, en effet, pour cette première visite d'Etat, ce que je voulais vous dire, Monsieur le Président de la République, c'est que la France continuera à se tenir à vos côtés, parce que l'Europe s'est toujours construite en changeant, par des métamorphoses successives, mais avec une ambition toujours accrue. L'Europe ne s'est jamais construite par soustraction, elle s'est construite par ambition.

Et cette ambition européenne que je veux porter, c'est ce que nous vous devons, parce que la résistance dont vous avez fait preuve, le courage de mener plusieurs réformes, la volonté de ne rien oublier des principes, et cette volonté que vous, votre Premier ministre et votre gouvernement, avaient toujours eue, de tenir la Grèce dans l'Europe, alors qu'autour de vous tant d'extrêmes poussaient votre peuple à la quitter, elle nous oblige, elle nous oblige à avoir plus d'ambition encore, pour cette Europe que nous continuons à chérir, elle nous oblige à ne rien céder, ni au cynisme, ni à la facilité, elle nous oblige à retrouver ce qui vient d'ici. Cette ambition folle, que votre peuple a eue il y a plusieurs millénaires, de se tenir comme un peuple, et de considérer que ce qui nous tient c'est la force du peuple et pas la décision de quelques-uns.

Alors, pour toutes ces raisons, nous allons avoir ensemble, avec votre Premier ministre, avec le monde économique, culturel, universitaire de votre pays, des échanges que je sais fructueux, mais c'est dans cette histoire et avec cette ambition que ces échanges seront portés. Merci Monsieur le Président de la République.