Type de contenu : Communiqué de presseLe communiqué de presse

Visite du Président de la République en Côte d'Ivoire, au Niger et au Tchad

Le chef de l’Etat, François HOLLANDE, effectuera une visite officielle en République de Côte d’Ivoire, le 17 juillet 2014, suivie d’une visite d’Etat en République du Niger, le 18 juillet 2014, et d’une visite officielle en République du Tchad, le 19 juillet 2014.

 

PROGRAMME 

 

VISITE OFFICIELLE EN REPUBLIQUE DE CÔTE D’IVOIRE – JEUDI 17 JUILLET 2014 

09h45 Visite en bateau des sites « ville durable », dans la lagune d’Abidjan 

11h30 Entretiens avec M. Alassane OUATTARA, Président de la République de Côte d’Ivoire. 

12h55 Conférence de presse conjointe au Palais présidentiel 

13h35 Clôture du forum économique franco-ivoirien sur la ville durable 

18h00 Réception de la communauté française 

19h45 Diner officiel offert par le Président de la République de Côte d’Ivoire et Mme Dominique OUATTARA

 

VISITE D’ETAT EN REPUBLIQUE DU NIGER - VENDREDI 18 JUILLET 2014

 
11h15
Entretiens avec M. Mahamadou ISSOUFOU, Président de la République du Niger, suivis d’une signature de conventions 

12h45 Conférence de presse conjointe

13h30 Visite de la base aérienne 101 (Détachement Air)

15h45 Visite par les deux chefs de l’Etat de l’entreprise NUTRISET, société de transformation alimentaire

16h45 Visite par les deux chefs de l’Etat d’une usine de production d’eau potable de Goudel 

18h30 Réception de la communauté française 

19h45 Rupture du jeûne (Iftar) à la Présidence de la République nigérienne 

 

VISITE OFFICIELLE EN REPUBLIQUE DU TCHAD – SAMEDI 19 JUILLET 2014 

10h00 Cérémonie d’honneurs militaires au Palais présidentiel 

Entretiens avec M. Idriss DEBY ITNO, Président de la République du Tchad, suivis d’une conférence de presse conjointe 

12h00 Visite de la base militaire française KOSSEI, futur dispositif « Barkhane » 

- Adresse aux troupes françaises 

- Déjeuner avec les troupes françaises basées au Tchad 

- Visite du centre de commandement régional 

Type de contenu : Communiqué de presseLe dossier de presse

Tout savoir sur la visite de François Hollande au Tchad : le dossier de presse

Type de contenu : Album photosLes photos

Type de contenu : VidéoDiscours devant la communauté française

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte du discours

Discours du président François Hollande devant la communauté française à Ndjamena

Madame l’ambassadrice,

Merci de nous avoir accueillis, d’abord cette nuit, dans le calme le plus absolu, grâce à une protection limitée. Merci aussi d’avoir invité la Communauté française, dans cette période un peu particulière de l’année, à venir nous rencontrer. Je suis accompagné du ministre de la Défense, qui lui est un habitué de Ndjamena. Il y a une espèce de TGV entre Lorient et Ndjamena qui a été lancé, grâce au Groupe BOLLORE j’imagine. Et puis, il y a Annick GIRARDIN qui est la nouvelle ministre du Développement et de la Francophonie. Il y a également Pouria AMIRSHAHI qui est le député des Français de l’étranger. M’accompagnent aussi un certain nombre de chefs d’entreprises ou de représentants de grandes entreprises, qui sont dans ce voyage depuis maintenant trois jours. Et ceux qui sont restés, sont les plus méritants, forcément. Ou en tous cas, ceux qui pensaient qu’au Tchad il y avait, et ils avaient raison, encore des investissements à faire.

Donc, avant-hier, j’étais en Côte d’Ivoire et c’était un pays qui sortait après des années de crise, de la torpeur que les violences avaient pu créer. Mais un pays qui à partir d’infrastructures solides, vit une croissance extrêmement rapide et a retrouvé des conditions de sécurité à peu près correctes.

Le Président OUATTARA est un leader régional. Il a d’ailleurs longtemps présidé la CEDEAO et la Côte d’Ivoire a tous les moyens de connaitre un développement, aussi harmonieux que rapide.

Il a souligné lui aussi combien il avait apprécié l’intervention de la France au Mali et combien il souhaitait que nous puissions trouver une autre forme d’action et de présence.

Hier nous étions au Niger, pays le plus pauvre, ou l’un des plus pauvre du monde, mais vaillant, soucieux de ses libertés, de ses règles démocratiques, avec une entreprise française particulièrement implantée depuis longtemps au Niger, qui est AREVA, et avec laquelle le Niger a trouvé un compromis et un accord durable, équilibré et je pense dans l’intérêt de tous.

Il y a des entreprises qui s’y investissent, j’évoquais pour sourire, le Groupe BOLLORE, parce qu’il y a la construction d’un train, mais il y a aussi le Groupe Vinci qui est particulièrement apprécié et puis d’autres entreprises qui viennent dans des domaines assez différents, de la santé, de l’eau et avec l’Agence française de développement qui est très présente et dans les deux cas, Côte d’Ivoire comme Niger, l’Agence française de développement a trouvé des formules adaptées de désendettement et d’investissement, voire de prise de participation.

Alors aujourd’hui, nous sommes à Ndjamena au Tchad, c’est un pays où la France est depuis longtemps. J’entends par là, depuis l’indépendance. Car dès l’indépendance, le Tchad a connu des premiers soubresauts. Et les plus anciens ici se rappellent que l’armée française a été conduite à intervenir à la fin des années 60, début des années 70, puis après continûment.

Dans mes souvenirs de jeune étudiant, puis ensuite de responsable politique, j’ai toujours entendu parler de la présence française au Tchad. Et beaucoup de ministre de la Défense s’y sont impliqués, pas toujours dans des conditions aisées. Le beau film sur l’enlèvement de cette chercheuse ethnologue, avait marqué les esprits. Et puis ensuite, il y a eu un certain nombre de guerres, de guerres civiles, mais aussi l’intrusion de la Libye. Bref, cela a toujours été un pays soumis à de très lourdes épreuves.

Depuis quelques années, le Président DEBY a de nouveau stabilisé le pays. Je ne reviens pas sur d’autres épisodes que vous avez pu connaitre, « Arche de Zoé » et autres qui ont défrayé la chronique.

Alors avec le Tchad, nous, nous avons une relation que nous voulons durable et que nous voulons organisée. Cela sera présenté tout au long de la matinée, dans le cadre de l’opération Barkhane. Puisque nous voulons signer un accord avec le Tchad, pour réorganiser l’ensemble du dispositif de la présence militaire française, dans la zone du Sahel. C’est-à-dire rationaliser nos implantations, les rendre plus efficaces, plus mobiles, plus rapide lorsqu’il s’agit d’intervenir. Les structures de commandements seront donc placés, ici, à Ndjamena, venants de Bamako.

Cela voudra dire, un peu plus de militaires, ici, cela voudra dire, un peu moins ailleurs et cela voudra dire surtout, une très belle fluidité de manière à ce que l’information puisse permettre éventuellement la réaction et l’intervention.

Par exemple, hier, avec les ministres, nous étions à Niamey, où il y a un détachement -air de l’armée, et où des drones sont installés. Le ministre de la Défense étant soucieux de son budget, il a montré deux drones. Un qui était parfait et l’autre qui était d’une catégorie moins performante. Quand on comparait les deux images, on allait forcément vers le drone parfait. C’est pour cela qu’il le propose dans le cadre de la loi de programmation militaire.

Ces drones permettent d’avoir un degré de précision très élevé sur l’observation du terrain, qui ensuite s’il y avait danger, autorise une intervention qui peut venir d’autres lieux, du Tchad notamment.

Le Tchad, lorsque la France est intervenue au Mali, il ne faut jamais l’oublier, c’est-à-dire, lorsque j’ai pris la décision de venir en soutien, en aide, en secours du Président par intérim malien, M. TRAORE, et dans le cadre d’une opération qui était africaine. Les premiers avions qui ont décollé, les premières frappes qui ont brisé la colonne terroriste, ces avions sont venus de Ndjamena. Il faut saluer les militaires qui ont remplis cette mission, parce qu’elle était extrêmement périlleuse. Mais c’est parce que nous étions tout prês, enfin pas trop loin, qu’il y a eu cette capacité d’intervenir.

Et, cela ne pouvait se faire que par les voies aériennes et c’est là que les groupes terroristes ont été brisés. Puis ensuite, l’intervention au sol a pu obtenir des résultats que vous savez.

Donc, c’est très important que la France soit là à Ndjamena. Faut-il aussi que les autorités politiques tchadiennes acceptent cette organisation. Donc, le ministre de la Défense, la ministre du Développement, l’Ambassadrice ici, ont bien travaillé ces derniers jours pour que nous ayons un accord qui j’espère sera signé aujourd’hui.

Alors je voulais, à l’occasion de ce déplacement, de cette visite – visite à laquelle le président DEBY est très attaché, puisqu’il nous a confié qu’il n’y avait eu que deux présidents de la République qui avaient dormi ici à Ndjamena, le président POMPIDOU et moi-même. Donc je n’ai pas dormi à Niamey – j’espère que les Nigériens ne m’en voudront pas pour améliorer encore nos rapports. Et je dois dire que le président DEBY, il était tard hier soir, a eu la délicatesse, la courtoisie et l’amitié de nous accueillir.

Donc qu’est-ce que nous allons faire aujourd'hui ? D’abord vous rencontrer, vous, communauté qui n’est pas abondante, mais qui est de qualité, et qui traduit souvent une affection très grande que vous portez à ce pays, soit depuis longtemps, quelles qu’aient été les aventures qu’il a pu traverser, aussi les marques d’intérêt que vous pouvez lui accorder, notamment sur le plan économique, parce que ce pays a des ressources : ressources pétrolières, les Chinois s’en occupent, mais ressources également agricoles, ressources minières. Donc nous devons faire en sorte d’être présents. Et puis ce pays a également une population qui augmente, avec des besoins importants, donc vous faites en sorte d’y répondre, dans des secteurs d’activités tout à fait différents ; et si l’on peut vous y aider, nous y sommes prêts.

Et puis il y a aussi des militaires qui sont là ; compte tenu de ce que je viens d’annoncer, il y en aura davantage, et qui vivent ici plusieurs années pour certains d’entre eux, d’autres pour des missions plus ponctuelles, ici au Tchad. Enfin, il y a le personnel diplomatique, consulaire, qui assure notamment la gestion des visas, le règlement de situations particulières, et je veux ici les en remercier. Et puis les enseignants, parce qu’il y a un lycée qui permet justement à la communauté française de pouvoir scolariser ses enfants, même si je sais que c’est des coûts qui sont parfois très élevés.

Donc voilà, Mesdames et Messieurs, ce que j’étais venu vous dire, vous remercier, parce que vivre au Tchad, l’apparence est agréable, flatteuse si on reste dans la résidence de l’ambassadeur : le fleuve, l’appendice aquatique que vous avez créé là, même si un oiseau fait bonne garde, et puis ce jardin, cette résidence. Mais je sais que les conditions de vie sont parfois rudes, avec un climat qui n’est pas toujours favorable. Et je sais ce que vous permettez à la France d’être, c’est-à-dire représentée, à la France de pouvoir faire travailler des Tchadiens, mais aussi des compatriotes. Vous permettez aussi qu’il y ait un courant d’échanges. Et vous permettez qu’au-delà des vicissitudes politiques – il y en a eu –, la relation entre la France et le Tchad soit restée ce qu’elle est, c’est-à-dire de bonne qualité. Moi j’ai avec le président DEBY, le ministre de la Défense y veille aussi, une relation continue, avec des sujets de coopération qui ne sont pas faciles, des financements du FMI qui sont compliqués, mais enfin c’est dans l’intérêt aussi de notre présence ici.

Donc j’ai souhaité vous exprimer ma gratitude, et puis parce que nous ne sommes pas nombreux à avoir un échange entre nous sur un certain nombre de points qui vous paraissent devoir être approfondis ou signalés, pour que l’ensemble des autorités ici rassemblées puissent mieux répondre encore aux besoins de la communauté française. Et vraiment, permettez-moi de le dire, savoir qu’il y a des Français à Ndjamena alors même qu’il y a une zone à risque, je ne peux pas ici l’ignorer même s’il n’y a pas eu encore… peut-être il n’y aura jamais (j’espère) d’agressions venant de l’extérieur. Mais nous sommes dans tout ce que la zone peut comporter de groupes armés, voir terroristes, et notamment du côté du Cameroun avec Boko HARAM qui, hier, a frappé le Nord du Nigeria, qui a pu intervenir également ces dernières semaines au Cameroun. Donc je sais que ce n’est pas facile, mais qu’en même temps nous faisons aussi en sorte de vous assurer la sécurité.

Merci beaucoup et toutes mes félicitations pour être des Français de Ndjamena.

 

Type de contenu : VidéoLa conférence conjointe

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte de la conférence

Conférence de presse conjointe avec M. Idriss DEBY ITNO, président de la République du Tchad

INTERVENANT - Excellence monsieur le Président de la République française, excellence monsieur le Président de la République du Tchad, mesdames, messieurs les membres des délégations, au nom de la presse nationale, permettez-nous tout d’abord de souhaiter la cordiale bienvenue au Tchad, ainsi qu’un agréable séjour à son excellence monsieur François HOLLANDE.

A l’issue des entretiens entre les deux chefs d’Etat, il est prévu une conférence de presse conjointe. Avant de vous laisser la parole, mesdames messieurs les journalistes, nous allons dans un premier temps suivre les déclarations liminaires des deux chefs d’Etat. Nous donnons tout d’abord la parole à son excellence monsieur Idriss DEBY ITNO, Président de la République du Tchad, chef de l‘Etat.

M. Idriss DEBY ITNO - Merci. Mesdames, messieurs les journalistes, avant de vous laisser poser vos questions, si vous en avez une bien sûr, je voudrais une fois de plus remercier notre illustre hôte, le Président de la République française François HOLLANDE pour l’honneur qu’il nous fait en nous rendant cette visite.

Je le répèterai encore, pour ce qui concerne le Tchad, c’est la deuxième visite officielle d’un Président de la République française depuis l’indépendance jusqu’à nos jours. Le premier c’est en 70, c’était l’ancien Président… feu Président POMPIDOU. Il y a eu des passages rapides, on a eu une visite de travail, c’est la deuxième du genre sur 60 ans d’indépendance. Le cinquantenaire, nous l’avions fêté il y a 10 ans, donc c’est un acte pour nous extrêmement significatif et qui nous renforce aussi dans notre conviction que les relations entre les deux pays sont des relations d’amitié et de coopération, qui se sont renforcées au fil du temps et qui ont atteint un niveau extrêmement important.

Cette visite bien que brève nous a permis de faire le tour d’horizon des relations de coopération entre le Tchad et la France, et les possibilités de les cimenter dans l’intérêt bien compris de nos deux peuples. Comme vous le savez, la France est le principal partenaire du Tchad. La question de l’aide au développement a été l’un des sujets qui ont été abordés au cours de nos discussions. Je saisis cette opportunité pour exprimer ma gratitude à ce pays ami, qui a été de tous temps et continue d’être au côté de notre pays. Sa présence à nos côtés s’est régulièrement manifestée par des aides multiformes.

Comme vous pouvez l’imaginer, la question de paix et de sécurité en Afrique, ainsi que d’autres sujets d’intérêt commun n’ont pas été perdus de vue. Je vous fais l’économie des détails, puisque le communiqué de presse conjoint vient de vous être lu, il résume toutes nos activités d’aujourd’hui. Je vous remercie tout en restant à votre disposition pour les éventuelles questions.

LE PRESIDENT - Monsieur le Président, je tenais à venir hier et aujourd’hui au Tchad pour réaffirmer la qualité de nos relations et pour vous exprimer ma gratitude, celle de la France, pour la solidarité dont vous avez fait preuve au cours de ces derniers mois, par rapport à des conflits qui auraient pu bousculer l’ensemble de la région. Je pense notamment à ce que vous avez décidé avec nous pour l’intervention au Mali. S’il n’y avait pas eu le renfort du Tchad avec ses soldats, son armée, nous n’aurions pas pu atteindre les résultats que nous connaissons aujourd’hui.

Je sais le sacrifice que cela a représenté, puisqu’il y a eu une trentaine de soldats tchadiens qui sont morts dans cette opération. Mais nos deux armées ont tissé des liens qui font qu’aujourd’hui encore, nous sommes présents au Mali pour prévenir les actions terroristes. Il y a eu un deuxième moment où le Tchad a pris ses responsabilités avec la France, c’est en République centrafricaine, lorsque le danger d’un affrontement entre communautés pouvait laisser penser qu’il y avait là tous les risques d’une dérive génocidaire. Et le Tchad a fait en sorte dans les premiers jours, avec la France, d’empêcher bon nombre d’exactions. Ensuite le Tchad, après avoir fait son devoir, a décidé de se retirer de République centrafricaine, et nous comprenons parfaitement sa position.

Je veux enfin réaffirmer la gratitude de la France à l’égard du Président DEBY, puisque nous avons pu tenir deux grandes réunions dans lesquelles il a joué son rôle. Le Sommet de l’Elysée entre la France et les pays africains, c’était en décembre 2013, et c’est là que nous avons convenu de mener un soutien, un accompagnement aux forces africaines, de manière à ce qu’elles puissent assurer elles-mêmes leur propre sécurité. Et puis le Président DEBY est venu à Paris, à la suite de l’enlèvement des jeunes filles au Nigeria par Boko Haram, pour cette rencontre que j’avais organisée à la demande du Nigéria, et qui a permis d’obtenir des résultats, non pas hélas la libération de toutes les jeunes filles, mais une meilleure coordination des actions, notamment du Cameroun avec le Nigeria. Et là aussi, nous aurons à faire en sorte qu’il puisse y avoir un prolongement.

Donc la raison de ma présence aujourd’hui ici, une fois évoquée la gratitude, c’est montrer l’étroitesse des liens, liens liés à l’histoire, liens qui n’ont cessé de se renforcer ces dernières années et surtout ces derniers mois. Des liens qui ne sont pas simplement ceux de la sécurité mais aussi des liens économiques qui doivent être encore davantage tissés. Et c’est pourquoi je remercie les chefs d’entreprise qui m’accompagnent aujourd’hui. L’ambassade travaille à multiplier les soutiens en termes de développement et d’accompagnement. Il y a d’ailleurs plusieurs projets qui ont pu être évoqués, et nous avons également insisté sur l’accord avec le FMI, sur les crédits européens qui ont considérablement augmenté, de façon à ce que le développement du Tchad puisse être accéléré.

Mais il y a une troisième raison qui explique cette visite d’Etat, c’est que je voulais informer le Président DEBY de ce que la France veut faire dans l’Afrique de l’Ouest, et comment elle entend réorganiser l’ensemble de son dispositif, c'est-à-dire l’opération Barkhane. Nos forces seront présentes dans 5 pays et avec une capacité de pouvoir réagir, de pouvoir être le plus efficace possible face aux menaces. Et nous avons décidé de mettre notre structure de commandement ici, à Ndjamena avec le plein soutien, le plein accord – ça n’aurait pas été possible sans cette volonté – du Tchad et du Président DEBY. Et c’est aussi un élément de reconnaissance que je voulais lui témoigner. Parce que grâce à ce dispositif, 3.000 hommes, l’opération Barkhane va pouvoir non pas simplement sécuriser la région ou les pays dans lesquels elle sera installée, elle va pouvoir être beaucoup plus efficace dans l’accompagnement des ramées africaines.

Avec le Président DEBY, nous avons évoqué des menaces, et il y en a de nombreuses autour du Tchad. L’une nous a plus particulièrement préoccupés, même si je ne veux pas faire de hiérarchie, c’est ce qui se passe au Sud de la Libye. Tous les éléments d’information qui nous parviennent, nous mettent en alerte. Ce qui aujourd’hui est en cause, c’est l’existence de foyers terroristes dans un pays – la Libye – dont on connaît aujourd’hui l’instabilité, la faiblesse de l’autorité de l’Etat, avec toutes ces conséquences. Donc nous avons là aussi décidé d’avoir une attitude particulière par rapport à cette menace.

Enfin, la France – vous le savez – accueillera la conférence sur le climat en 2015, nous avons parlé de ces sujets avec le Président DEBY. Il y a la mobilisation autour du lac Tchad. Il y est très attentif ; il y a aussi tout ce que nous pouvons faire pour le Fonds vert et pour porter un bon nombre de projets de développement, et je crois que ça fait partie aussi de l’amitié. Une amitié, ce n’est pas simplement une protection, une coopération en matière de sécurité, ce n’est pas simplement des contrats économiques, une amitié c’est de préparer ensemble la planète de demain. Et le Tchad là encore est pleinement responsable, et fait en sorte d’assurer son développement avec toutes les précautions nécessaires pour la préservation de l’environnement.

Je vais terminer pour dire que pour la France, le Tchad a un rôle particulier, parce que par sa position géographique, par sa situation géopolitique, par le courage dont ses dirigeants – et notamment Idriss DEBY – ont fait preuve, la France et le Tchad sont liés. Il n’y aura pas de sécurité en Afrique sans un Tchad capable d’être fort, responsable. Et c’est pourquoi je voulais ici être présent à la fin de ce déplacement, qui m’aura conduit donc de Côte d’Ivoire jusqu’ici, et en ayant pu passer – ce qui était effectivement ma volonté – une nuit à Ndjamena, une nuit à Ndjamena, au nom de l’amitié franco-tchadienne. Merci.

INTERVENANT - Nous remercions leurs excellences pour leur déclaration liminaire. Mesdames, messieurs les journalistes, comme les deux chefs d’Etat l’ont souligné, les thèmes de cette conférence sont axés sur la sécurité et le développement. La première question va être posée par notre confrère Gérard GRIZBEC de FRANCE TELEVISIONS.

QUESTION - Oui, Gérard GRIZBEC de FRANCE 2. Messieurs les Présidents, on a bien compris que la relation était bonne, on a bien compris également que le développement était au centre de ces discussions, et puis l’opération Barkhane qui se prépare, qui se met en place. Je voudrais savoir s’il y a également un volet droits de l’homme dans cette configuration. On se souvient qu’ici, en février 2008, il y a eu des combats à Ndjamena, qu’à la suite de ces combats il y a un certain nombre de membres de l’opposition qui ont été arrêtés, dont un qui a disparu après son arrestation. Est-ce que cette question a été discutée, où est-ce qu’on en est ? Cet homme avait fait des études en France, à Orléans, il y a une plainte qui a été déposée en France, il y a une résolution de l’Assemblée nationale. Alors monsieur le Président tchadien, est-ce que vous pouvez nous apporter plus d’éléments sur cette disparition de ce leader de l’opposition ? Et monsieur le Président français, est-ce que finalement l’opération Barkhane va se faire au détriment des droits de l’homme ?

M. Idriss DEBY ITNO - Je voudrais simplement vous rappeler que le Tchad est un pays de droit, est un pays démocratique, un pays souverain. La justice tchadienne est une justice souveraine, indépendante. Le Tchad est un pays indépendant et souverain. Ce qui s’est passé dans ce pays entre le 1er et le 2 février 2008, il n’y a que les Tchadiens qui sont aujourd’hui à même de l’évaluer. Cette attaque qui est venue d’un autre pays, d’un pays étranger reste vivace dans le cœur et dans les esprits des Tchadiens. Il n’y a pas qu’un seul homme qui est parti, il y a eu plus de 600 tchadiens qui ont perdu leur vie… Nous avons eu le courage et les magistrats tchadiens ont eu le courage de se pencher sur le dossier, ils ont donné leur verdict. Il y a eu un recours, les magistrats sont sur le dossier, nous attendons le résultat donc du travail que les magistrats tchadiens feront, puisqu’il s’agit d’un problème intérieur tchadien, tchado-tchadien, et que la justice tchadienne est habilitée à se pencher sur cette question-là.

LE PRESIDENT - Je connais cette affaire puisqu’il y a une procédure judiciaire au Tchad mais il y a aussi une procédure judiciaire en France. Ce qui doit d’ailleurs conduire à coordonner les recherches, les enquêtes et faire en sorte que les magistrats puissent travailler ensemble. Chaque fois qu’il est question du droit d’une personne ou de la disparition d’un responsable politique ou d’un journaliste, je fais toujours entendre la voix de la France. Ce que je veux dire aussi, c’est que la France ne transige pas, il y a une opération Barkhane, elle va concerner 5 pays, et il n’y a aucune discussion pour des concessions qui devraient être demandées pour les uns ou pour les autres. Nous le faisons parce que c’est l’intérêt global, général, et donc il n’y a aucune règle qui voudrait que parce que nous avons une relation fondée la sécurité, sur l’intérêt de l’Afrique de l’Ouest, nous n’ayons pas les mêmes principes partout en Afrique et ailleurs, fondés sur les droits de l’homme, la démocratie et le pluralisme. Je rappelle qu’il y a aussi des sénateurs, vous les avez évoqués, qui travaillent sur cette question.

INTERVENANT - Bien. Mesdames, messieurs les journalistes, je rappelle que les thèmes de cette conférence restent la sécurité et le développement. La deuxième question va être posée par Monsieur Jerôme BERTOLUS de I TELE.

QUESTION - Messieurs les Présidents, bonjour, j’ai bien entendu qu’effectivement le thème de cette conférence était la sécurité mais il y a deux crises internationales majeures qui se sont invitées dans le déplacement du Président de la République française ici et si vous me le permettez, je vais lui poser deux brèves questions. D’abord, monsieur le Président de la République, est-ce en ce qui concerne l’Ukraine, vous auriez des éléments similaires aux éléments développés par le Président américain Barack OBAMA sur le fait que selon lui,, un missile a été tiré depuis la zone pro-russe contre le vol de la MALAYSIA AIRLINES ? Est-ce que vous avez des éléments des services français qui étayent effectivement ce qu’a dit monsieur Barack OBAMA ? Et deuxième question très rapide, si vous me le permettez, vous avez souhaité interdire les manifestations à Paris et dans le reste de la France, manifestations pro-palestiniennes, ça a été confirmé par la justice administrative française mais des partis politiques français maintiennent leur appel à la manifestation. Est-ce que vous ne craignez pas des débordements supplémentaires et que finalement, cette interdiction suscite de la frustration ? Merci.

LE PRESIDENT - Première question : est-ce que nous disposons d’éléments nouveaux permettant de savoir quelle est la cause de la destruction de l’explosion de cet avion ? Nous, nous avons demandé, la France, et le Conseil de Sécurité y a donné droit, une enquête internationale, sans entrave, qui puisse forcément impliquer des partenaires incontestables et une enquête sur place pour faire en sorte de recueillir tous les éléments de preuve. C’est sur cette base-là que des conclusions devront être tirées, conclusions incontestables, conclusions qui ne pourront pas en rester à un constat et si nous voulons qu’il y ait une suite, si nous voulons qu’il y ait une responsabilité, si nous voulons qu’il y ait des conséquences, il ne faut pas être simplement sur des hypothèses, il faut avoir des certitudes. C’est vrai qu’il y a des services qui m’informent et qui peuvent me donner des éléments d’appréciation mais moi, je ne vais pas rentrer tout de suite dans la publication de ce que je n’ai pas pu établir par les seuls moyens français ; j’attends les résultats de l’enquête internationale. Je crois que ce sont de bons principes parce que c’est ce qui permettra que cette tragédie, que ce malheur puisse avoir des conséquences et des conclusions y compris pour ce qui se passe en Ukraine.

Le deuxième sujet, c’est la situation dans la zone de Gaza. Le ministre des Affaires étrangères qui devait m’accompagner tout au long de ces trois jours a été mandaté pour aller d’abord en Egypte, puis ensuite en Israël, devant l’Autorité palestinienne et il sera également en Jordanie. La France veut que le cessez-le-feu puisse être proclamé le plus rapidement possible et c’est également le message que j’ai fait passer à notre représentant au Conseil de Sécurité. Toute la communauté internationale doit agir pour qu’il y ait le retour à la trêve. Nous avons fait en sorte d’appeler les pays qui sont proches du Hamas, ou au moins ont un contact avec le Hamas, pour qu’ils fassent passer le message, éviter encore d’autres victimes civiles palestiniennes et nous avons dit aussi aux Israéliens, au-delà de la retenue, au-delà de la protection des populations civiles, que le cessez-le-feu devait intervenir le plus rapidement possible. Des manifestations ont été un moment évoquées en France ; nous nous souvenons d’une manifestation qui a particulièrement dégénéré et qui pour les slogans qui y avaient été prononcés, à la fin de la manifestation – je ne confonds pas tous les manifestants – avaient eu un caractère antisémite et avec une volonté d’intrusion dans deux synagogues. Par ailleurs, il y avait des mouvements qui s’étaient organisés, notamment de Juifs de France, pour y répondre avec des risques très sérieux, si ces manifestations étaient confirmées, de troubles à l’ordre public. Quelle est ma responsabilité ? Dès lors que j’ai dit que ce conflit ne devait pas être importé en France, c’est de laisser s’affronter des citoyens français selon leur religion, selon leurs préférences et d’avoir ensuite des dégradations de lieux et notamment de lieux de culte ? C’est pourquoi j’ai demandé au ministre de l’Intérieur, après enquête, que ces manifestations puissent ne pas se tenir, ce qui n’empêchera pas d’autres moyens d’expression mais, là aussi, je crois que les organisateurs ont un rôle particulier. Enfin pour ceux qui veulent à tout prix manifester, ils en prendront là encore la responsabilité.

INTERVENANT - La parole est à l’ONRTV.

QUESTION - Merci beaucoup. Ma question s’adresse au Président français. Monsieur le Président François HOLLANDE, nul n’ignore aujourd’hui les engagements que vous prenez, vous, en tant que Président de la République française et avec le chef de l’Etat du Tchad, Idriss DEBY ITNO dans le combat contre le jihadisme et les jihadistes. Quelle portée voudriez-vous donner après « Serval », vous déplacez la zone de commandement ici au Tchad, quelle portée voudriez-vous donner à ce combat que vous menez contre les jihadistes et le jihadisme en Afrique ?

LE PRESIDENT - Oui, vous me posez la question de l’opération « Barkhane ». Ici, il y a eu longtemps, le Président DEBY s’en souvient, l’opération « Epervier » dont on ne voyait plus très bien quelle était sa motivation, en tout cas son prolongement. donc nous avons décidé avec le ministre de la Défense, avec le Premier ministre, de réorganiser notre présence en Afrique de l’Ouest et avec le souci d’être beaucoup plus réactif, d’avoir des informations fiables et de coordonner avec les armées de l’Afrique de l’Ouest et notamment l’armée tchadienne nos éventuelles répliques en termes d’actions ciblées. Alors je vais donner un exemple. Hier, j’étais à Niamey. A Niamey, où il y a détachement-air. Il s’occupe essentiellement de collecter de l’information. Ensuite, imaginons qu’il y ait un risque, une menace et une nécessité de lancer une intervention. Elle pourra se faire par exemple ici, du Tchad, dès lors que nous y avons un certain nombre d’avions qui peuvent remplir parfaitement la mission. Parfois, cela peut être aussi parce que nos amis africains peuvent disposer d’une information indiquant une menace. L’opération « Barkhane », donc, c’est sur cinq pays une réorganisation de nos forces et puis aussi une présence qui sera différente. Il ne s’agit pas d’avoir de gros rassemblements mais une présence plus diffuse, pour être au plus près des zones où la menace existe. J’ai évoqué tout à l’heure avec le Président DEBY le sud de la Libye. On ne peut pas simplement avoir de l’information qui nous parvienne de loin, donc nous aurons aussi à nous organiser par rapport à cette menace. Tout à l’heure, on a parlé du lac Tchad, avec un risque aussi que nous connaissons. Nous travaillerons également dans ce contexte très particulier où nous devons être beaucoup plus mobiles, beaucoup plus efficaces, beaucoup plus rapides et je pense que ça accompagnera aussi les efforts des armées africaines. L’opération « Barkhane », c’est donc une opération où la France réarticule son organisation pour être au service des principes qui sont les siens mais aussi au service de la sécurité de l’Afrique de l’Ouest.

M. Idriss DEBY ITNO - Je voudrais apporter, ajouter une précision sur la question qui vient d’être posée par le journaliste d’ONRTV. Il faut savoir que la réorganisation actuelle du dispositif français en Afrique de l’Ouest, c’est un élément essentiel dans le cadre de la mutualisation des efforts faits, non pas seulement de l’armée française mais par l’armée française avec les armées africaines, pour faire face évidemment aux menaces multiformes qui se pointent aujourd’hui à l’horizon, dont vous connaissez les origines. Le deuxième aspect important, que nous avons eu à discuter avec le Président français, c’est de faire en sorte que dans les années à venir les Africains, comme il l’a dit d’ailleurs dans son intervention tout à l’heure, prennent en charge eux-mêmes, que nous prenions en charge nous-mêmes, notre propre sécurité. La France ne peut pas continuer à être, n’est-ce pas, toujours aux côtés des Africains pour trouver des solutions à des crises ou à des menaces. Il est temps que les Africains trouvent les possibilités qui leur permettent avec l’aide des partenaires intéressés comme la France, de monter des dispositifs qui permettent à chaque pays, à chaque sous-région, voire même au niveau continental, de prendre en charge la sécurité, sa sécurité, la sécurité du continent. C’est là où intervient le rôle important de la France, dans la sensibilisation des partenaires de l’Afrique, des partenaires de l’Afrique qui sont nombreux et la France peut être le porte-parole de l’Afrique pour permettre de bénéficier de la formation, d’acquérir les matériels nécessaires pour que les armées africaines soient à même d’assurer leur propre sécurité, notre propre sécurité dans nos pays, pour que nous ne soyons pas, nous ne continuons pas à être un poids, tout au moins je dirais pour la France, pour l’armée française qui a perdu déjà autant d’hommes pour la cause de la paix de l’Afrique.

INTERVENANT - Dernière question, journal privé Ndjamena Bi Hebdo.

QUESTION - Ma question s’adresse également au Président français. Dans quels domaines, monsieur le Président, la France va apporter ou accroitre son aide au développement du Tchad d’ici 2015 dans le cadre du plan national du développement ? Et est-ce qu’on peut déjà avoir le montant chiffré de l’enveloppe qui va accompagnent cette aide ?

LE PRESIDENT - Alors, avec le Tchad, nous avons une coopération qui est d’abord française et qui nous permet d’agir avec l’Agence française de Développement dans de nombreux domaines : sanitaire, éducatif, également des infrastructures. Ce que je souhaite, c’est que – on en a parlé avec le Président DEBY - ça aille vite, que ça ne soit pas simplement des affirmations chiffrées mais que très rapidement, les institutions qui sont chargées de mettre en œuvre ces engagements puissent délivrer ces crédits et lancer les travaux. De la même manière, j’ai pu obtenir que l’Union européenne fasse bien plus que par le passé son soutien au Tchad et nous avons augmenté de plus de 50% la dotation – 60 même – 60% la dotation que l’Europe accordait et donc va accorder maintenant au Tchad.

Enfin, nous avons réussi, je pense maintenant, à débloquer l’affaire du FMI et donc l’ensemble de ces procédures, la France avec l’Agence française de Développement, le FMI et l’Europe, tout cela pourra donner au Tchad les moyens de faire un développement renforcé et rapide mais je veux quand même ajouter un mot. Le Tchad a mené des opérations militaires dans le cadre international. Et tout le monde était bien content de trouver le Tchad, et il est clair que cette demande de compensation que le Tchad prononce me paraît justifiée, je dirai à peu près la même chose sur la France. Nous sommes appelés pour régler un certain nombre de questions qui ne sont pas simplement des questions régionales. Quand c’est pour la Centrafrique, quand c’est pour le Mali, c’est des questions internationales. Et lorsque l’Europe est présente, c’est aussi une vocation européenne que la France peut ainsi faire prévaloir. Eh bien, il serait légitime que les grandes organisations internationales, que les grandes institutions pour le développement tiennent compte aussi des charges qui pèsent sur un certain nombre de pays en matière de sécurité de façon à ce que ces pays-là n’aient pas à souffrir, parce qu’ils sont dans des zones dangereuses, ou parce qu’ils font l’effort de se défendre, d’un manque de ressources financières ou d’un manque de développement à cause de leurs responsabilités internationales.

INTERVENANT - Le programme du Président de la République étant chargé, Excellence, avec votre permission nous allons mettre un terme à cette conférence de presse. Encore une fois, merci beaucoup.

M. Idriss DEBY ITNO - Merci à vous aussi.

 

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte du discours à la base militaire de KOSSEI

Discours du président François Hollande à la base militaire française KOSSEI, à Ndjamena

Madame, Monsieur les ministres,

Madame l’Ambassadrice,

Mon Général,

Messieurs, Mesdames, les officiers, sous-officiers, militaires du rang,

Mesdames, Messieurs,

 

Je tenais à l’occasion de cette visite d’Etat au Tchad, à aller à votre rencontre, à vous parler, à vous dire ce que nous voulions faire de nos dispositifs militaires en Afrique de l’Ouest. Ceux que vous servez depuis des mois et parfois, pour beaucoup d’entre vous, depuis des années.

Si je regarde l’histoire, l’armée française, elle est présente au Tchad depuis des décennies. Presqu’au lendemain de l’indépendance, il y a eu appel aux forces militaires françaises, donc à la France, pour venir en soutien de la sécurité du Tchad.

Les années 1970, particulièrement tumultueuses, avaient justifié bon nombre d’opérations. Puis, ensuite, plus tard, en 1986, ce fût l’opération « Epervier ». Nous y sommes encore d’une certaine manière. Il s’agissait à l’époque d’épauler le Tchad, qui était sous la menace d’une invasion libyenne, nous n’en sommes plus là. Et en même temps, il y a suffisamment de signes, d’informations sur la présence de groupe terroriste en Sud-Libye, pour que nous puissions prendre en compte la réalité de cette menace.

Dans les années 2000, c’est la situation au Soudan qui avait fait craindre son extension, ici, au Tchad. Et aujourd’hui, encore les crises du Darfour, ce qui se passe au Soudan du Sud, justifie votre présence.

De la même manière, en Centrafrique, il y a eu souvent appel aux forces stationnées à Ndjamena, pour venir régler les différents conflits qui pouvaient séparer les acteurs centrafricains.

A l’ouest, il y a la menace de Boko HARAM au Nigéria. Et je l’évoquais, au Nord, il y a la frontière avec le Sud libyen. Toutes ces raisons justifient que vous soyez présents.

Mais néanmoins, vous serez présents d’une autre façon que par le passé. Les forces françaises doivent s’adapter. Vous avez rempli ce que l’on appelle une mission de réserve d’intervention pour la région. Je m’en souviens très bien et notamment de votre capacité à vous déployer.

Lorsqu’il s’est agi de déclencher l’intervention au Mali, au début de l’année 2013, lorsque sur la proposition du ministre de la Défense, du Chef d’Etat-Major, il fallut que je décide de l’engagement des forces, pour arrêter des terroristes, c’est vous, c’est d’ici, de Ndjamena que sont partis les avions qui ont permis d’obtenir les premiers résultats. Je sais donc ce que la France vous doit et le Mali plus encore.

De la même manière, lorsqu’il a fallu intervenir en Centrafrique, c’est également de Ndjamena qu’ont été mobilisé des unités du Groupement Terre, pour qu’il puisse y avoir les premiers engagements.

Mais revoir le dispositif militaire en Afrique, pourquoi donc si cela a si bien fonctionné jusqu’à présent? Parce que la menace s’est diffusée, s’est multipliée. Pace que nous devons maintenant répondre à des défis qui sont ceux de la rapidité, de la mobilité, de l’efficacité et de le faire avec de nouveaux moyens.

D’abord, les fondements de notre présence ici, ce n’est plus d’assurer la sécurité du Tchad. Le Tchad, son armée, j’étais avec le Président DEBY aujourd’hui, est en pleine capacité, en pleine souveraineté pour protéger ses frontières et pour assurer sa défense. Il ne s’agit donc plus de cela.

De la même manière, le Tchad a été capable de s’associer à nous pour des opérations de projection. J’ai évoqué le Mali, ou il a perdu, le Tchad, plusieurs dizaines de soldats. J’ai évoqué la Centrafrique, où le Tchad est allé avec nous, puis a jugé nécessaire de se retirer, en pleine souveraineté. Donc, l’idée maintenant de votre présence, du dispositif militaire français en Afrique de l’Ouest, ce n’est pas simplement la sécurité des pays qui nous accueillent, parce que ces pays-là doivent assurer eux-mêmes leur défense. Nous, la France, nous devons les accompagner, les former, parfois les encadrer, et leur donner un certain nombre d’information ou de matériel, dont ces pays ne disposent pas.

Nous en avons décidé ensemble, les pays africains et la France, lors d’un sommet que j’avais organisé à la fin de l’année 2013, que l’on a appelé le « Sommet de l’Elysée », parce que cela se tenait là, qu’il devait y avoir une autre manière d’agir, que maintenant, c’était aux Africains de constituer des forces d’action rapide et en même temps à nous,, Français, je devrai dire aussi, Européens, puisque l’Europe veut également s’engager dans cette direction, à nous de leur permettre d’être les plus efficaces possible.

Mais, nous avons aussi nous même à nous protéger, parce que, comprenons-nous bien, les menaces qui frappent les pays africains, notamment, ici, au Sahel, ce ne sont pas des menaces simplement qui concernent l’Afrique, on voit bien que cela peut concerner nos propres ressortissants. Il y a eu des enlèvements, il y a eu des otages. J’étais hier au Niger, c’était là qu’il y avait eu plusieurs otages qui avaient été capturés, quatre d’entre eux détenus trois ans, et nous ne les avons libérés que très récemment.

C’est à Niamey qu’il y avait eu l’enlèvement de deux jeunes qui étaient dans un café, un restaurant et ensuite qui ont été tués, au moment où nous cherchions à les libérer.

Donc, nous protégeons nos ressortissants et je peux en citer d’autres, au Mali, deux journalistes, près de Kidal qui ont été tués. Donc, nous protéger ici, c’est protéger nos ressortissants, cela c’est déjà un premier aspect. Mais ensuite, si nous laissons les terroristes prospérer dans cette partie-là du continent africain, il y aura des conséquences aussi en Europe et en France. Prenons un exemple, lorsqu’il se passe depuis trois ans une guerre, il s’agit bien de cela, en Syrie, qui maintenant se diffuse en Irak, que constate-t-on ? Qu’il y a des jeunes Français, pas simplement des jeunes Français, des jeunes de tous pays qui vont combattre en Syrie, qui reviennent avec des images de guerre, de violence et qui peuvent à un moment déclencher des attentats, cela s’est produit, avec ce qui a été fait à Bruxelles. C’était un musée de la culture juive et c’est ce musée-là qui a été frappé, par un homme, le procès en dira davantage, qui avait était jusque-là en Syrie. Donc, nous nous protégeons en étant ici, vous nous protégez.

Alors, je l’ai dit, nous voulons redéfinir la mission. De quoi avons-nous besoin, de renseignement, de transport, d’appui aérien, également de pouvoir déclencher des actions ciblées et c’est ce que vous êtes prêts à faire, ici, à Ndjamena, comme à Abéché, comme à Faya-Largeau. Ce sont ces moyens-là qui nous permettent d’appuyer les forces africaines, par exemple au Mali, la « MINUSMA », mais d’appuyer aussi les armées africaines qui peuvent être confrontées à une situation de crise.

Alors comment nous le faisons ? Au Mali, il n’y aura bientôt que 1000 soldats français présents. C’est assez logique, puisque c’est la « MINUSMA » qui doit prendre le relais. Mais ce que j’ai voulu avec le ministre, avec le Chef d’Etat-Major, c’est que nous puissions réorganiser notre dispositif, pour que des hommes qui n’ayant plus besoin d’être au Mali puissent être mis sur d’autres bases, d’autres lieux pour être encore plus efficaces, pour répondre à tous ces défis.

Au total, ce que l’on appelle l’opération « Barkhane », ce sera 3000 hommes. Ce sera sur cinq lieux et je pense que c’était aussi important d’avoir cette organisation sur l’ensemble de la zone Sahel.

Et, nous aurons notre unité de commandement, ici, à Ndjamena.

Une des discussions que j’ai eu ce matin avec le Président DEBY, c’est justement pour permettre que nous puissions organiser sereinement l’unité de commandement qui sera présent, ici, à Ndjamena. C’était bien le moins, nous ne sommes pas ici comme chez nous, nous avons besoin d’avoir des relations fondées sur le respect et le Président DEBY a bien voulu s’associer à ce que nous faisons, en nous permettant d’avoir cette organisation.

Vous avez ici de très beaux avions qui ont montré leur efficacité. Hier, j’étais à Niamey, Mon Général, vous étiez aussi là, et on me faisait la démonstration des drones, avec une habilité qui ne m’est pas apparue inconvenante. J’ai observé deux modèles de drones, un modèle ou l’on ne voyait pas grand-chose, et un modèle avec lequel on voyait très bien. Donc, la tentation était quand même de choisir le modèle où on voyait très bien. Sur le plan budgétaire, cela coûte sans doute un peu plus cher, mais c’est plus efficace. Mais en même temps, je ne veux pas dire que le premier modèle ne nous est pas utile et il peut être même, dans un moment de combat, tout à fait précieux.

Donc, il y a un lien entre ce qu’il se passe à Niamey, obtenir des informations, observées et avec une précision extraordinaire, je dis bien extraordinaire. On en arrivait à reconnaitre le ministre de la Défense à 10 000 m d’altitude, et pas simplement à cause de sa chevelure, donc il y avait là toutes les conditions pour que ces observations permettent de voir s’il y a des hommes en armes ou pas en armes. Donc, nous avons cet outil.

Mais pour que cet outil soit pleinement efficace, faut-il encore qu’il y ait des avions pour agir et pour avoir une capacité d’intervention. Et bien, c’est cela l’opération « Barkhane », c’est de pourvoir mettre en commun tous nos moyens et d’être organisé au mieux et aussi de faire que nous ayons la meilleure coopération avec les armées africaines.

Donc, le ministre de la Défense, Jean-Yves LE DRIAN, qui je vous l’assure, suit avec beaucoup d’attention, et les opérations extérieures et le respect de la loi de programmation militaire, m’a proposé qu’un commandement centralisé régional soit institué pour diriger et coordonner les opérations, ici à Ndjamena.

Il sera confié, dans les prochains jours au Général FOUCAULT, qui vient de commander pendant une année, les opérations au Mali et je veux saluer devant vous sa clairvoyance, sa compétence, son sang-froid, qui nous ont permis dans des circonstances les plus difficiles de faire face, grâce à vous, et d’observer la réussite de la mission.

Je salue aussi l’action de chacune et de chacun d’entre vous, pour ce que vous faites dans les pays du Sahel : lutter contre les groupements terroristes, appuyer les forces françaises déployées dans la région. Cette mission, vous la remplissez non seulement avec professionnalisme, non seulement avec rigueur, mais avec passion, avec amour pour votre pays, pour le rôle de la France, pour son rayonnement, pour la conception que vous avez de notre défense qui n’est pas pour écraser, qui n’est pas pour soumettre, qui au contraire est une force au service de la paix, au service de la dignité, au service de la liberté. Etre soldat français, c’est toujours servir la liberté et être toujours présent, même quand il faut faire la guerre et vous l’avez faite pour que la paix puisse revenir.

C’est pourquoi, sachez bien que ce que vous faites, ce que vous êtes, dans vos différentes fonctions, que ce soit pour vous, soldats du Groupement désert, pour vous aviateurs du détachement de chasse, de transport, de ravitaillement, pour ceux qui servent les hélicoptères, pour les militaires de la logistique, pour les membres des service, oui tout ce que vous faites est au service de la France, au service des valeurs qui nous rassemblent, au service de la République. Vos familles peuvent être fières de vous, le Chef de l’Etat, le Chef des Armées vous exprime ici, avec le ministre de la Défense et vos chefs, toute notre reconnaissance.

Vive la République et vive la France !

 

Type de contenu : VidéoDiscours à la base aérienne KOSSEI


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