A l'Elysée :

Visite officielle aux Emirats arabes unis. Abou Dabi - Dubaï

09 Novembre 2017

Type de contenu : Vidéole discours

Type de contenu : VidéoL'interview

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe transcripte du discours

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Altesse ; majesté ;

Messieurs les présidents ;

Mesdames et messieurs les ministres ;

Mesdames et messieurs.

Au moment d'inaugurer le Louvre Abu Dhabi aux côtés de mon ami le Prince héritier Mohamed BIN ZAYED, que je remercie très chaleureusement pour son invitation, une phrase me revient qui semble définir ce qui nous unit aujourd'hui. Cette phrase n’est ni de votre culture ni tout à fait de la mienne, c'est la phrase prononcée par le personnage d'un roman russe, un personnage de Dostoïevski qui dit « la beauté sauvera le monde ». Et il serait naturel que je vous parle de culture, d'éducation, de civilisation mais un mot s'impose d'abord à nous ce soir qui sommes réunis, c'est précisément celui de beauté.

Elle est le cœur et le fondement de la culture. Elle est la raison d'être de l'Education. Elle connaît plusieurs formes, plusieurs expressions, elle s'est parfois alliée au bon de manière indéfectible. Elle est une recherche permanente, une poursuite. Elle a ceci de commun que nous la reconnaissons quand nous la voyons. Elle nous frappe en plein cœur quand nous la croisons.

Alors aujourd'hui ce qui nous réunit ici, ce qui, quelles que soient les vicissitudes du temps présent qui est le nôtre et quel que soit l'ampleur de nos défis, ce qui me rend optimiste, c'est que nous sommes au milieu de cette beauté qui sauvera le monde.

Aujourd’hui en ces lieux, c'est elle qui nous accueille. D'abord parce que Jean NOUVEL et son équipe ont conçu ici un lieu qui va rayonner vers le monde entier. Cette ville-musée abritée par un dôme monumental qui multiplie les jeux de lumière, cette ville qui est aussi une île où l'eau miroite et se reflète, ce musée composé de petites maisons rappelant les villages émiriens ; tout cela, cet entrelacs du dedans et du dehors, du lieu clos et toujours ouvert ; tout cela constitue un ensemble où l'œil à chaque détour s'émerveille parce que cette complexité infinie, ce chef d'œuvre d'architecture réveillent des émotions profondes, parce qu'il y a là quelque chose qui rappelle les édifices sacrés du monde entier. Vous avez construit, cher Jean NOUVEL, un temple pour la beauté, ici.

Ce lieu si sophistiqué et si simple à la fois accueille des œuvres d'exception. C'est le génie de l'humanité qui converge ici à travers ses plus grands artistes ; et pour un pays comme la France - je dois vous l'avouer - cher Prince héritier, cher ami, pour un pays comme la France se séparer - même sous forme de prêt - de quelques une de ses plus belles œuvres ne va pas de soi. C'est une forme de torture, et vous l'avez compris tout au long du périple que nous venons de partager, pour les conservateurs qui ont contribué à ce projet, pour les ministres, et je dois bien le dire aussi, pour le président.

Mais vous savez que nous sommes un pays qui n'a eu de cesse d'acquérir les chefs d'œuvres du monde entier et de construire des musées somptueux dont le Louvre et le vaisseau amiral. Et l’idée de faire sortir ces œuvres de nos frontières nous est parfois moins naturel, même si nous le faisons régulièrement pour les grandes expositions des musées du monde entier.

Mais cette fois ce qui se joue ici est profondément différent. Car nous n'avons rien de plus urgent en réalité, ni de plus important à faire que de promouvoir la culture, l'éducation, la beauté, et ce qui nous semble exprimer le plus haut degré de l'humanité.

En réunissant les chefs d'œuvres de l'Antiquité arabe et de l'art islamique, avec l'art précolombien et l'art chinois, avec des artistes d’au-delà des âges comme des artistes contemporains venant du Maroc, des Emirats Arabes Unis ou de Chine, c’est toute la fresque des civilisations qui se compose sous nos yeux ; c'est alors que la beauté devient une clé vers l'universel, un lien spécial qui se tisse entre nous, parce que nous élevons l'humanité vers ce qu'elle a de meilleur.

La beauté est en soi une éducation parce qu'elle nous incite à viser plus haut, à sortir de nous-mêmes, de notre condition ; parce qu'elle nous apprend que nous sommes au monde pour agir mais aussi pour contempler, pour réfléchir, pour dialoguer. Parce qu’elle nous met face à notre condition humaine dans un monde qui s'emploie tellement à nous ravaler au pire de nous-mêmes. Parce qu’elle nous apprend que la beauté est aussi d'ailleurs et que la beauté d'ailleurs est parfois tellement semblable à la nôtre. Elle construit un pont entre les continents qu'aujourd'hui certains voudraient diviser, elle construit un pont entre les générations.

Que ce musée ait émergé à Abu Dhabi a pour la France beaucoup de sens ; vous êtes aujourd'hui à l'épicentre de ce monde dont la globalisation s'accélère. Vous êtes le point névralgique où se rencontrent le monde occidental et le monde oriental. Vous êtes tournés vers l'Europe autant que vers le monde arabe et vers l'Inde et la Chine.

Vous tenez ce point d'équilibre entre le continent européen, le continent africain et le continent asiatique. Vous êtes au cœur des tensions géopolitiques qui secouent le monde. Vous êtes partie prenante à ces défis civilisationnels et religieux, éminemment complexes, mais aussi aux crises climatiques déterminantes qui nous traversent.

Aussi ce qu'ensemble ici nous édifions c’est en quelque sorte la concrétisation vivant de ce "musée imaginaire" rêvé par Malraux ; ce sont ces chefs-d’œuvre de tant de continents et de tant d'époques ainsi rassemblés, ainsi résumés. Et le faire ici a un sens tout particulier.

Tous ces défis, vous les affrontez avec un esprit de responsabilité auquel je veux rendre hommage. Vous les affronter cher Mohamed avec une détermination, un courage, qui font que la France sera toujours à vos côtés comme elle l'est aujourd'hui pour ce défi du beau comme pour tous les autres défis.

Ce musée est le fruit d'un accord entre nos deux pays signé en mars 2007 par le ministre français de la Culture et de la Communication Renaud DONNEDIEU de VABRES, que je salue et qui est ici avec nous, et son homologue émiriens Cheikh Sultan BEN AL-NAHYANE.

C'était aussi la vision portée par votre père et par le président Jacques CHIRAC. Et je veux l’un et l’autre ici les remercier.

C'est accord qui a créé une agence dénommée depuis France Muséum pour piloter ce projet. Monsieur Marc LADREIT de LACHARRIERE, à qui je souhaite rendre hommage aussi ce soir, a présidé son conseil d'administration depuis sa création. L’agence France-Muséums coordonne les prêts de 13 musées français, 13 institutions qui sont avec nous ce soir, avec vous depuis tant et tant d'années. Il m'est impossible de les citer tous mais tous ont mis leur savoir-faire au service de la création de ce musée en prêtant des œuvres majeures de leur collection dans un esprit coopératif et engagé. Nous les avons vues en parcourant des impressionnistes à l’art précolombien, des statues Nok aux peintures du XIXe siècle français.

Mais je veux ici tout particulièrement saluer l’engagement des deux présidents directeurs du musée du Louvre qui ont conduit ces travaux: l'actuel, Jean-Luc MARTINEZ et son prédécesseur Henri LOYRETTE.

Mais le Louvre Abu Dhabi est avant tout le fruit d'une vision. La vision de votre Altesse, qui avez su la déployer pour votre pays comme votre père avant vous, celle mise en œuvre par son excellence Monsieur Mohamed AL-MOUBARAK, à qui la France doit aussi - à bien des égards - beaucoup.

C'est aussi celle de ceux d'abord qui ont eu l'audace de coucher ce projet sur le papier, de celles et ceux ensuite qui ont eu la force de le concrétiser malgré l'ampleur de sa tâche.

La France sait qu'elle doit tenir son rang dans ce dialogue des cultures, dans ce rayonnement de l'art et du patrimoine. Nous inaugurons là un lien tout particulier entre nos deux pays.

Ce Louvre du désert et de la lumière que vous avez voulu c'est évidemment un lien pour au moins les trois décennies qui viennent, mais je le crois très profondément, bien davantage encore.

Mais c'est surtout la réponse que la France à vos côtés doit pour lutter contre tous les obscurantismes. Nous voyons tout à l'heure en passant le visage bien connu de Napoléon. Il fut un homme de conquête et il a parfois ramené – je pense aux conquêtes d'Egypte - nombre de grandes œuvres qu'on peut retrouver au Louvre comme dans d'autres musées français.

C'est une autre conquête dont il s'agit aujourd'hui, celle qui consiste non pas à aller chercher les plus grandes œuvres de civilisation pour les ramener dans notre pays mais celles de permettre ici dans cet épicentre de tous les combats dont je parlais de ramener les plus belles œuvres du monde entier et en particulier celles qu’abrite aujourd'hui la France, pour les donner à voir à vos côtés, au monde entier.

Ce Louvre du désert et de la lumière, que vous avez voulu et que nous avons fait ensemble, c'est cette volonté de porter ici ce message d'universel ; c’est cette volonté de comparer ensemble nos cultures ; c’est d'avoir cette humilité de rappeler que le beau d’ici a quelque chose de semblable avec le beau d'ailleurs, qu'il y a quelque chose d'universel dans ce qui nous paraissait irréductible dans chacune de nos cultures. C’est qu'il y a à chaque fois une passerelle qui nous unit et qui est ce pont tendu qui doit nous rendre profondément déterminés contre toutes les formes de repli.

Ce Louvre de la lumière et du désert c'est ce message envoyé contre tous les obscurantismes, c'est ce message envoyé et ce courage que vous avez voulu, celui de remettre votre religion dans ce qu'elle a toujours fait et que vous venez de rappeler avec beaucoup de courage.

Ce message d'un syncrétisme profond, on ne peut pas aimer la religion qui est la vôtre ici si on ne rappelle pas que dans cette région tous les grands monothéismes sont nés et que l'islam est né de ce palimpseste de cultures et de civilisations qui font que de manière indétricotable, irréductible, nos religions sont liées, nos civilisations sont liées ; et que ceux qui veulent faire croire où que ce soit dans le monde que l’islam se construit en détruisant les autres monothéismes sont des menteurs et vous trahissent.

Des humanités et des sciences ici avec vous, ce sera le combat pour la langue, la langue française que je veux plus forte et plus rayonnante ici comme dans toute la région à vos côtés. J’ai un rêve secret, mon cher ami, mon cher Prince, c’est que le français reprenne sa place dans ton enseignement secondaire et partout dans les écoles publiques, et je prendrai toute ma part pour y aider, parce que le français n'est pas une longue fermée, c'est une langue de traducteurs, c'est une langue de passage, c'est une langue qui s'est toujours construite dans le plurilinguisme, et la Jordanie le sait bien comme nombre des pays qui sont là, et le Maroc le sait parfaitement. Je veux une francophonie forte parce que je veux une francophonie qui portera avec vous ce combat en Afrique, au Proche et Moyen-Orient, un combat contre l'obscurantisme. Le français c'est la langue de la raison, c’est la langue de la lumière, c'est la langue de ce dôme, parce que ce n'est pas une langue fermée, c'est une langue qui s’est matinée de tous les continents où elle a été, parce que la francophonie ne doit plus être une langue des complexes, les complexe de ceux qui ont colonisé ou de ceux qui ont décolonisé. Ça doit être aussi la langue de la jeunesse, de cette même conquête.

Alors si je suis ici avec vous ce n'est pas simplement pour ouvrir un musée avec des œuvres magnifiques de tous nos continents, c’est pour ouvrir ce merveilleux piège à bêtises qu'a créé Jean NOUVEL par votre volonté. Parce que nous allons attraper toute la bêtise du monde et la détruire, parce que ceux qui penseront juste venir voir des œuvres découvriront qu'on ne sort pas indemne de ces passages ; parce qu'ils découvriront que, en croisant des artistes comme Léonard De VINCI, comme les auteurs du Dragon chinois, comme vos photographes, comme des peintres, ils découvriront à chaque fois des esprits rebelles. Tous les artistes ont un point commun, quel que soit leur continent ici. Ils ont maîtrisé la bêtise, ils ont défié l'ordre établi, ils ont cru dans la jeunesse, ils ont aimé la liberté - plus que tous les privilèges - ils ont cru dans la raison, contre l'obscurantisme. Ils ont voulu la tolérance et la fraternité parce qu'ils voulaient passer quelque chose. Plus que la destruction, ils ont peint des visages, ils ont sculpté même des nus parce qu'ils ont voulu tout cela ; et le courage que vous avez eu à vouloir le faire ici c'est ce même esprit de conquête que nous allons ensemble porter pour les prochaines décennies parce que c'est ici la place, parce que c'est ici notre combat, parce que c'est ici notre volonté.

Alors que personne ne se trompe, dans ce lieu où la lumière change à chaque heure, ce qui commence ensemble c'est notre combat pour l'humain, c'est notre combat indéfectible contre tous les replis et tous les discours de haine. C'est notre volonté de défendre le beau, l'universel, la création, la raison, l'intelligence, la fraternité. Parce que c'est ce qui nous a fait les uns et les autres.

Alors mes amis ici commence le combat d'une génération pour notre jeunesse. Ce combat nous le porterons avec l'esprit de conquête parce que nous avons à nos côtés le beau du monde entier.

Merci pour cela et merci pour tous les combats à venir. Merci à vous.

Type de contenu : VidéoLe discours à la base navale

Type de contenu : Déclaration/Discoursle texte du discours à la base navale

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Mesdames, messieurs les Ministres,

Monsieur l’Ambassadeur,

Mesdames, messieurs les Parlementaires,

Amiral,

Officiers, Officiers mariniers,

Sous-officiers, militaires du rang des forces françaises aux Emirats arabes unis,

Mesdames et messieurs,

J’ai souhaité ce moment avec vous et je suis heureux d’être là aujourd'hui, au sein de cette base navale, symbole du lien particulier qui unit la France et les Emirats arabes unis.

Notre présence ici – votre présence ici – c’est le signe d’une France qui prend ses responsabilités, qui agit par la diplomatie mais aussi par l’action militaire dès lors que cela est nécessaire. C’est le signe d’une France qui tient son rang dans un ordre mondial profondément bousculé. C’est le signe d’une France qui tient ses engagements vis-à-vis de ses alliés.

Je tiens à remercier le contre-amiral PIATON pour son accueil. Amiral, vous et les forces que vous commandez connaissez parfaitement les intérêts de la France dans cette région du monde, et à quel point ils sont liés à ceux des Emirats arabes unis. C'est tout le sens du commandement interarmées qui vous est confié, qui s’exerce à la fois sur les forces françaises stationnées dans ce pays mais également sur celles qui opèrent dans la zone maritime de l’océan Indien.

Nous venons de le voir, ce qui se joue ici, c’est tout à la fois l’une des contributions françaises essentielles à l’opération Chammal, à la lutte contre le terrorisme, à notre implication dans la coalition dans une zone de guerre essentielle pour nos intérêts et la protection de nos concitoyens. C’est plus largement la lutte contre le terrorisme, toutes ses formes de financement et ces organisations dans toute la région proche et plus largement celle de l’océan Indien.

C’est la protection de nos alliés, de nos partenaires au premier titre les Emirats arabes unis, tous nos partenaires dans la péninsule mais également les partenariats nouveaux, ambitieux, que nous nouons avec l’Australie mais aussi que nous avons en partage avec l’Inde.

Soldats, marins, aviateurs, vous portez chacun un savoir-faire indispensable pour répondre aux missions que je vous ai confiées dans cette région aujourd'hui très perturbée du Proche et Moyen-Orient. Nous y faisons face à de nombreux défis que vous connaissez et qui ont été particulièrement bien soulignés par la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale qui m’a été remise récemment. La France les avait anticipés et c’est d’ailleurs l’une des raisons de notre implantation dans ce pays qui compte parmi nos grands alliés. Cette revue porte un regard lucide, rationnel sur le nouveau contexte stratégique mondial. Nous sommes entrés dans une ère de grandes turbulences.

Pour la plupart, les risques et les menaces auxquels nous sommes confrontés ne nous étaient pas inconnus, mais leurs manifestations se sont accélérées, leurs effets se sont amplifiés et rapprochés. Il s’agit en particulier du terrorisme djihadiste et je veux saluer l’action des hommes et des femmes des armées françaises, qui partout font reculer l’hydre terroriste et permettent de chasser les groupes barbares de leurs fiefs, vous ici et l’ensemble de nos soldats à quelques centaines de kilomètres d’ici comme l’ensemble de nos forces spéciales.

C’est ce que nous avons réalisé encore il y a quelques jours à Raqqa, cette ville d’où les attentats sur notre sol avaient été planifiés, organisés, dirigés. Presque deux ans jour pour jour après ces attentats, nous avons gagné. Mais cette menace n’est pas la seule. Partout, nous assistons aussi au retour des rapports de force, à la tentation de militarisation des relations entre Etats, à la remise en cause des institutions et traités internationaux, à la contestation des espaces communs.

La zone du Levant est illustrative de cette nouvelle tectonique des puissances qui recomposent notre environnement stratégique. Le défi qui nous est d’ores et déjà posé est d’y reconstruire la paix une fois que nous aurons gagné la guerre face à la barbarie. C’est dans ce contexte général que vous devrez pouvoir intervenir demain.

Oui, je compte sur vous car la capacité militaire de la France est au cœur de mes ambitions pour notre pays. Je compte sur vous aussi car nos intérêts et les valeurs que nous portons avec nos alliés sont désormais directement exposés. Je compte sur vous enfin car nous évoluons dans un environnement incertain où nos repères, nos certitudes peuvent rapidement être remis en cause.

Nous avons gagné à Raqqa et les prochaines semaines et les prochains mois, je le crois profondément, nous permettrons de gagner complètement sur le plan militaire dans la zone irako-syrienne. Mais il n’en sera pas terminé pour autant de ce combat. La stabilisation dans la durée, la lutte contre tous les groupes terroristes résiduels seront d’indispensables compléments à la solution politique, inclusive, plurielle que nous voulons voir émerger dans la région.

Mais surtout, dans plusieurs endroits de la corne de l’Afrique au Golfe, en passant par l’Asie du sud-est et la bande sahélo-saharienne, nombreux sont encore les lieux où ce combat restera pour les années qui viennent un combat aussi militaire. Je mesure l’exigence de l’engagement que je vous demande, mais cette exigence c’est également la mienne et vous pouvez compter sur ma détermination.

À 6 000 kilomètres de la France, au sein de cette base où est accosté aujourd'hui le Jean Bart, sur la base aérienne 104, au 5ème Régiment des cuirassiers, vous êtes aux avant-postes de notre défense et les acteurs du lien indéfectible qui unit les Emirats arabes unis et la France. Vous assurez une présence dissuasive dans un environnement régional instable, mais vous garantissez aussi notre capacité à réagir vite, à pouvoir renforcer nos moyens dans la région si cela devenait nécessaire. Ces aptitudes, nous devons les cultiver en étroite collaboration avec nos partenaires émiriens.

Cheville ouvrière de notre programme de coopération bilatérale et régionale, vous portez l’expertise de nos armées acquise en opération et êtes équipés de nos matériels les plus performants. J’ai vu à l’instant la fierté des marins du Jean Bart que je viens de visiter et je tiens à vous féliciter, commandant, vous et votre équipage. Vous pouvez être fier de votre déploiement et en particulier de celui que vous avez commencé en quittant Toulon le 31 juillet dernier.

Vous l’avez débuté au sein du groupe aéronaval américain du Nimitz, en assurant des fonctions d’escorte et de contrôle de l’activité aérienne. Vous êtes aujourd'hui intégré à la task force 150 et contribuez à la sécurité maritime dans la zone, notamment en luttant contre les trafics illicites. Vous êtes également en soutien à l’opération Atalante de lutte contre la piraterie et apportez une capacité de réaction pour la sécurité dans la région. Par la diversité de ces missions, par l’excellence des résultats déjà obtenus, vous démontrez l’efficacité de nos armées.

Pour remplir ces différentes missions, vous pouvez vous appuyer sur les femmes et les hommes qui servent au sein de la base navale. Point d’appui nécessaire pour notre marine dans cet espace stratégique, cette base est aussi le lieu où se conçoit l’action conjointe des armées puisque les forces françaises aux Emirats arabes unis agissent en mer, à terre et dans les airs, en opération et par action de coopération. Ce savoir-faire interarmées, c’est le signe de notre excellence opérationnelle, de celle qui nous est enviée et qui donne à notre pays une crédibilité militaire incontestée.

Ce que vous faites chaque jour, ça n’est pas simplement protéger les Français, participer à ces opérations et être aux côtés de nos alliés, mais c’est construire aussi chaque jour la crédibilité de la France comme puissance militaire. Je peux vous dire ici que je le mesure chaque fois que je m’adresse à mes homologues dans la région comme ailleurs.

Je mesure également votre rôle, vous qui servez au 5ème Cuirassiers, votre expertise opérationnelle au sein du Groupement tactique interarmes qui regroupe chars Leclerc, VBCI et canons CAESAR, mais aussi des capacités de logistique et de contrôle aérien avancé, garantissant la robustesse du dispositif français. Les synergies permises par la communauté d’équipement avec vos camarades émiriens sont un élément clé de notre relation.

Je veux aussi m’adresser aux aviateurs de la base aérienne 104. Votre action collective a permis aux équipages de l’escadron Provence de participer aux opérations dans toute la région. Je mesure l’intensité, la qualité remarquable de votre engagement. Je sais que vous faites tout ce que vous devez faire et je sais tout ce que nous vous devons. Je tiens à cet égard à saluer le général de brigade aérienne PARISOT qui, après avoir servi dans mon état-major particulier, assure aujourd'hui des fonctions de représentant français auprès de la coalition.

Rien ne serait possible sans votre engagement. Rien ne serait possible sans la qualité de vos relations avec vos camarades émiriens. Vous entretenez avec eux une coopération opérationnelle de très haut niveau, dans tous les milieux, et je souhaite que ce partenariat remarquable se poursuive, se développe dans l’esprit de confiance et de dialogue qui l’anime depuis ses débuts.

En ce moment-même, l’exercice ATLC rassemble nos forces aériennes dans la préparation aux missions les plus exigeantes. Il ne peut y avoir de coopération forte sans une dimension humaine forte, et votre présence ici, votre travail au quotidien est la condition de cette relation. Vous le savez, je suis venu inaugurer le musée du Louvre à Abou Dabi. Il est la traduction profonde de notre attachement commun à la culture et à l’humanité. Et je vous demande de vivre votre engagement aux Emirats arabes unis avec ce même esprit. En dialoguant de manière étroite au quotidien avec vos homologues émiriens.

C’est la combinaison de votre savoir-faire et de votre savoir-être qui permet de tisser des liens de confiance entre nos forces, et au-delà de vos missions présentes, ce que vous contribuez ici à construire accompagne le Louvre Abou Dabi, accompagne notre implication avec la Sorbonne, l’implication de toute la communauté française, des milieux d’affaires, de notre jeunesse ici présente, de l’enseignement du français que nous devons continuer à développer.

Ce sont ces ponts humains qui font que, lorsque les choix les plus importants sont à prendre dans un pays, on se souvient toujours de ses amis. On se souvient de celles et ceux avec qui on a servi, auprès de qui on a combattu, parfois dix, quinze ou vingt ans plus tôt. On se souvient de qui est venu protéger, agir. Ce que vous contribuez aussi à construire ici, c’est notre coopération dans dix ans, quinze ans, vingt ans, avec les Emirats arabes unis et toute la région. Ce sont des amitiés indéfectibles et c’est ce dialogue exigeant, parce qu’il est la condition-même de cette humanité en partage.

Pour finir, je voulais vous dire ou vous redire que les Français sont fiers de vous. Parce qu’ils savent qu’ici, à quelques milliers de kilomètres d’eux, et parfois avec eux pour tous nos compatriotes engagés dans la vie de la région, vous accomplissez une mission essentielle, la mission première de l’Etat : servir et protéger. C’est pour cela que nous sommes fiers de vous. Fiers aussi de vos familles et je veux vous dire que cette reconnaissance de la nation, elle est à partager en effet avec les vôtres.

Pour nombre d’entre vous, vos familles vous ont accompagnés ici et nous tenons à ce qu’elles puissent vivre bien à vos côtés, que vos enfants puissent grandir et vos familles s’épanouir ici avec vous. Mais je sais aussi les sacrifices qui sont faits sur le temps familial. Je sais toutes celles et ceux qui ont laissé parfois à des milliers de kilomètres leur famille pour plusieurs mois, parfois plusieurs années.

Vous le savez, j’ai demandé la mise en place d’un plan d’accompagnement des familles et d’amélioration des conditions de vie des militaires. Ce plan vient de m’être présenté par la ministre des Armées. Il apportera une réponse dès 2018 aux préoccupations qui ont été exprimées et auxquelles je souhaitais répondre dans les tout premiers mois de mon mandat.

Voilà ce que je voulais vous dire en venant à votre rencontre. Vous faites un métier exigeant. Vous êtes au service de la France, de toute la nation, mais vous le faites avec professionnalisme. Vous le faites en portant haut les couleurs de la France. Vous le faites, je le sais, avec ce goût de la dignité, du courage, cette force de l’exemple qui fait qu’ici aussi, et partout où vous servez, la nation tout entière vous regarde et vous remercie. Vous avez toute ma confiance. Vive la République et vive la France.

Type de contenu : VidéoLe discours lors du forum économique

Type de contenu : VidéoDiscours devant la communauté française

Type de contenu : Communiqué de presseLe communiqué conjoint avec les Émirats arabes unis

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À l’invitation du gouvernement des Emirats arabes unis, le Président de la République française M. Emmanuel Macron a effectué une visite à Abou Dabi et Dubaï les 8 et 9 novembre 2017 à l’occasion de l’inauguration du musée du Louvre Abu Dhabi.

Durant sa visite, le Président de la République française a rencontré Son Altesse Sheikh Mohammed Bin Rashid Al Maktoum, Vice-Président, Premier ministre, Ministre de la Défense des Emirats arabes unis et Emir de Dubaï, et Son Altesse Sheikh Mohammed Bin Zayed Al Nahyan, Prince héritier d’Abou Dabi, Vice-Commandant suprême des Forces armées des Emirats arabes unis.

La cérémonie officielle d’inauguration du musée, le 8 novembre, après la signature de l’accord intergouvernemental du 6 mars 2007, a constitué un moment privilégié de célébration de la relation historique d’amitié et de coopération entre la France et les Emirats.

Au-delà de l’approfondissement de notre partenariat culturel, cette visite marque une étape majeure dans l’affirmation d’une vision et d’une volonté communes, au service de la construction d’un monde plus sûr. La lutte contre le terrorisme est à cet égard un enjeu central et une priorité partagée.

La visite du Président de la République à Abou Dabi aura permis la mise en œuvre d’actions relatives aux domaines de l’éducation (I), de la culture et du patrimoine (II), de l’économie et de l’investissement (III), de l’environnement et de la lutte contre le changement climatique (IV), du spatial (V) de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme (VI) et de la coopération de défense (VII).

 

I. Dans le domaine de l’éducation

- Afin que l’Université Paris-Sorbonne Abu Dhabi (UPSAD), qui représente un potentiel majeur de rayonnement pour les deux pays, puisse contribuer pleinement, dix ans après sa création, aux objectifs poursuivis par les Emirats arabes unis en termes de développement de l’éducation et des savoirs une nouvelle feuille de route sera élaborée et adoptée d’ici le début de l’année 2018.

- La France et les Emirats arabes unis travailleront à la réintroduction de l’enseignement de la langue française dans les écoles publiques émiriennes, à son développement dans les écoles privées, ainsi qu’au renforcement de la formation des enseignants.

- Un accord de coopération a été signé entre l’Ecole nationale de la magistrature et le Département judiciaire d’Abou Dabi en vue de contribuer au perfectionnement des magistrats émiriens.

- La France et les Emirats arabes unis ont annoncé le début prochain des travaux de construction de l’extension du Lycée Théodore Monod sur l’île de Saadiyat à Abou Dabi.

 

II. Dans le domaine de la culture et du patrimoine

- La France et les Emirats arabes unis ont confirmé leur contribution au fonds « ALIPH » créé par la conférence internationale d’Abu Dhabi sur la protection du patrimoine culturel en péril, organisée conjointement par les deux pays, le 2 décembre 2016. La contribution française s’élève à 30 millions de dollars dont 9 millions ont été versés. La contribution émirienne s’élève à 15 millions de dollars dont 4,5 millions ont été versés.

- Les Emirats arabes unis ont annoncé un don de 5 millions d’euros à l’Institut du Monde Arabe à Paris, qui célèbre cette année son trentième anniversaire et joue un rôle essentiel dans la promotion du dialogue des cultures entre le monde arabe, la France et l’Europe.

- Un accord de coopération culturelle a été signé le 9 novembre entre Mme Françoise Nyssen, ministre de la Culture, et Mme Noura Al Kaabi, ministre de la Culture et du Développement des Savoirs, afin de renforcer le dialogue culturel entre les deux pays à travers de nouvelles initiatives.

 

III. Dans le domaine de l’économie et de l’investissement

- Un memorandum d’entente a été signé le 9 novembre entre Mubadala Investment Company, CDC International Capital et Bpifrance, en vue de la mise en place de deux nouveaux fonds d’investissement conjoints à hauteur de 1 milliard d’euros au total, dont 500 millions d’euros seront consacrés à l’extension du premier fonds franco-émirien d’investissement créé en 2014 à hauteur de 300 millions d’euros entre la CDC International Capital et Mubadala, et 500 millions d’euros à des projets innovants dans les secteurs des technologies de l’information et de la communication, de l’écotechnologie et de la biotechnologie.

- Un forum d’affaires franco-émirien a été mis en place, sous la co-présidence de M. Frédéric Sanchez, Président de MEDEF International du côté français et de M. Majid Saif Al Ghurair, Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Dubaï du côté émirien. Il vise à développer les échanges entre les entreprises françaises et émiriennes, en particulier les petites et moyennes entreprises. La première réunion du forum s’est tenue le 9 novembre, à Dubaï.

- Dans la perspective de la participation de la France à l’exposition universelle de Dubaï, en 2020, le Président de la République Emmanuel Macron a annoncé que le thème retenu par la France pour l’exposition serait celui de la « mobilité ». Il a assisté le 9 novembre avec Son Altesse Mohammed Bin Rashid Al Maktoum à la signature du contrat de participation de la France à Dubai Expo 2020 par Reem Al Hashimi, ministre de la coopération internationale, et Erik Linquier, commissaire général de la France pour Dubai Expo 2020.

 

IV. Dans le domaine de l’environnement et de la lutte contre le changement climatique

- Les Emirats arabes unis ont confirmé leur participation au sommet sur le climat qui se tiendra à Paris le 12 décembre 2017. Ils ont également confirmé leur intention de rejoindre l’Alliance solaire internationale, lancée sur la base d’une initiative franco-indienne à l’occasion de la COP21. La France et les Emirats arabes unis développeront des projets conjoints dans le secteur des énergies renouvelables. Les deux pays ont enfin souligné le rôle fondamental de l’Agence internationale des énergies renouvelables (IRENA), qui a son siège à Abou Dabi, dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, notamment dans la mise en œuvre des stratégies de décarbonisation.

 

V. Dans le domaine de la coopération spatiale

- La France et les Emirats arabes unis ont signé une déclaration d’intérêt pour la création d’un Observatoire mondial sur le climat, dans la perspective du Sommet mondial sur le climat à Paris le 12 décembre 2017. Les deux pays développeront la coopération engagée dans le domaine spatial, dans le cadre du mémorandum d’entente signé en 2015 entre le Centre national d’études spatiales (CNES) et l’Agence spatiale des Emirats arabes unis (UAESA) et dans le prolongement des contacts établis par le CNES avec le Centre spatial Mohammed Bin Rached (MBRSC).

 

VI. Dans le domaine de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme

- La lutte contre le terrorisme constitue une priorité commune dans le cadre du partenariat stratégique entre la France et les Emirats arabes unis. Les deux pays poursuivront le travail engagé dans le cadre du groupe de travail « Alliance » de lutte contre le crime organisé transnational, lancé conjointement en février 2017, et renforceront leur coopération dans la lutte contre la radicalisation et l’extrémisme. Enfin, les Emirats arabes unis prendront part à la conférence internationale sur la lutte contre le financement du terrorisme organisée par la France en 2018.

 

VII. Dans le domaine de la coopération de défense

- Dans le cadre de la stratégie de développement des Forces navales des Emirats arabes unis, l’acquisition de deux corvettes multi-missions de type « GOWIND Combat » a été confirmée par les Emirats arabes unis. Celles-ci seront construites par l’entreprise française de haute technologie Naval Group, en partenariat avec Abu Dhabi Ship Building Company (ADSB). Cette collaboration comprend également une option pour la commande de deux vaisseaux supplémentaires auprès de Naval Group.

En conclusion, les Emirats arabes unis et la France ont souligné l’importance d’approfondir davantage et de renforcer leur coopération bilatérale et leur partenariat dans tous les domaines dans les années à venir.

Type de contenu : VidéoLa conférence de presse

Type de contenu : Communiqué de presseLe communiqué de presse sur l'Arabie saoudite

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Le Président de la République s'est entretenu avec le Prince héritier Mohammed bin Salman à l’invitation de ce dernier, jeudi 9 novembre à Riyad.

Le Président de la République et le Prince héritier Mohammed bin Salman ont échangé longuement sur l'importance de préserver la stabilité de la région, lutter contre le terrorisme et surtout travailler à la paix.

Ils ont évoqué ensemble la situation du Liban, après la démission du Premier ministre Hariri. Le Président Emmanuel Macron a rappelé l'importance que la France attache à la stabilité, la sécurité, la souveraineté et l'intégrité du Liban.

D'autres dossiers régionaux ont été examinés par les deux dirigeants, en particulier le Yémen pour lequel le Président français a souligné sa préoccupation sur la situation humanitaire et sa disponibilité à faciliter une sortie de crise politique.

L'entretien a permis également de rappeler la qualité des relations bilatérales entre l'Arabie et la France à tous les niveaux, diplomatique, économique, culturelle et militaire. La France soutient la stratégie de développement du Prince héritier définie dans sa "vision 2030" et salue son discours sur l'ouverture de son pays et l'appui à un islam modéré. Durant les prochains mois, la France et l’Arabie Saoudite se sont engagées à travailler de concert afin de donner une ambition accrue à leur relation.

Enfin, dans la zone sahélienne, la France et l’Arabie Saoudite sont convenues de soutenir conjointement les pays participants au G5 dans la lutte contre le terrorisme.