Avril 2014

Déplacement international

Visite d'État en République tunisienne

04 Juillet 2013

Lieu : Tunis, Tunisie

Rubrique : International, développement et francophonie

Type de contenu : VidéoLe reportage

Première journée

Type de contenu : Communiqué de presseLe programme

Visite d’État en République de Tunisie

Le président de la République, M. François HOLLANDE, effectuera une visite d’Etat en République de Tunisie, à l’invitation des autorités tunisiennes, du 4 au 5 juillet 2013.

 

PROGRAMME PREVISIONNEL 

(-1h avec Paris)

 

JEUDI 4 JUILLET

13h20 Cérémonie officielle d’accueil par M. Moncef MARZOUKI, président de la République tunisienne, et Mme Béatrix MARZOUKI

14h00 Entretien des deux chefs d’Etat suivi d’une cérémonie de signature d’accords

14h50 Conférence de presse conjointe des deux chefs d’Etat

16h00 Entretien avec M. Ali LARAYEDH, chef du Gouvernement suivi d’une déclaration à la presse

17h30 Rencontre avec des jeunes du milieu associatif tunisien

20h30 Diner d’Etat

 

VENDREDI 5 JUILLET

08h30 Dépôt de gerbe au monument des Martyrs à Séjoumi

09h15 Entretien avec M. Moustapha BEN JAAFAR, Président de l’Assemblée nationale constituante

09h50 Discours du président de la République devant l’Assemblée nationale constituante

11h50 Clôture du Forum économique : allocutions des deux présidents

14h35 Recueillement au mausolée de Farhat HACHED suivi d’une rencontre du président avec la famille et une délégation de l’UGTT.

15h00 Cérémonie de remise des clés de la ville par M. Seïfallah LASRAM, maire de Tunis

16h00 Conférence de presse du président de la République

16h50 Rencontre avec les représentants des principaux partis politiques

17h30 Rencontre avec des personnalités de la société civile

18h30 Allocution du président de la République devant la communauté française

Type de contenu : Album photosLes photos

Entretien avec M. Moncef MARZOUKI, président de la République tunisienne

Type de contenu : VidéoLa conférence de presse conjointe en vidéo

Entretien avec M. Ali LARAYEDH, chef du Gouvernement

Type de contenu : Conférence de presseLe texte de la déclaration du Premier ministre et de l'échange avec la presse

Déclaration du Premier ministre et échange avec la presse

LE PREMIER MINISTRE (traduction) : « Au nom de Dieu clément et miséricordieux, je voudrais remercier le président de la République française pour les propos qu’il vient de tenir lors de cette visite et l’entretien que nous avons eu ici, aujourd’hui, au Palais du Gouvernement avec le groupe de ministres et la délégation qui accompagnent le Président. Nous avons ainsi pu passer en revue les domaines de coopération les plus importants. Comme l’a dit le Président dans son intervention, nous avons réitéré notre engagement à renforcer et affermir ces relations privilégiées entre la Tunisie et la France. Nous avons œuvré à en élargir le domaine. Ces relations sont surtout basées sur la confiance mutuelle, le respect mutuel et un désir commun de renforcer ces relations comme je le disais. Les accords qui ont été signés aujourd’hui au Palais de Carthage, en présence des deux Présidents, ne font que renforcer cette orientation pour le soutien et l’affermissement de cette relation à l’avenir. J’ai également profité de cette occasion pour adresser mes remerciements à la France d’avoir été aux côtés de la Tunisie dans le processus révolutionnaire et dans la période postrévolutionnaire ; et pour le soutien que la Tunisie est en train de recevoir dans de très nombreux domaines ; et pour le soutien accordé à la Tunisie dans ses négociations avec la Communauté européenne pour obtenir le statut de partenaire privilégié ; et pour tout ce qui s’en suit de discussions à l’avenir où nous espérons obtenir une coopération ouverte dans de très nombreux domaines. Cet entretien était également une occasion pour informer le président de la République française sur le point où on en est la Tunisie dans son processus démocratique : quelles sont les difficultés auxquelles nous devons faire face, comment nous y faisons face… Le Président a rappelé – et cela nous a beaucoup touchés – que la Tunisie, ayant été la première révolution du Printemps arabe, a ouvert la voie. Jusqu’à aujourd’hui, nous constatons que la révolution tunisienne est celle qui est la plus proche de réussir dans ce processus démocratique. Nous constatons, au vu des autres processus de transition démocratique, qu’il y a des difficultés, qu’il y a parfois des échecs momentanées, mais que, jusqu’à aujourd’hui, la Tunisie est en train de marcher sur la bonne voie. Nous marchons d’un pas ferme grâce à la prise de conscience de ses responsables politiques et parce que nous comptons sur la légalité, sur le consensus, sur un dialogue ouvert. Nous espérons être quasiment à la fin de ce processus que nous allons pouvoir conclure par des élections, que nous espérons pouvoir tenir avant la fin de cette année. La coopération entre la Tunisie et la France est forte et profonde et nous espérons qu’elle se renforcera à l’avenir. C’est un point de presse aujourd’hui, avec le président de la République française. Je souhaiterais donc que vous adressiez vos questions au Président. Le Président MARZOUKI a participé, aux côtés du Président français, à une conférence de presse au cours de laquelle il a éclairci un certain nombre de points. Je voudrais donc que vous adressiez vos questions au Président exclusivement. Nous ne voulons pas prendre beaucoup de son temps. Je vous remercie de votre attention ».

 

QUESTION : « Monsieur le Président, bonjour, Monsieur le Premier ministre, une question concernant la possibilité qui avait été évoquée de convertir une partie de la dette publique tunisienne à l’égard de la France en mécanisme d’aide, pouvez-vous nous en dire davantage, où en est ce dossier, quel montant serait concerné, est-ce que des domaines ont déjà été envisagés pour les investissements possibles dans le cadre de cette reconversion, à quelle échéance vous pensez que ces dossiers peuvent aboutir et en particulier les contrats de coopération envisagés aujourd’hui rentreraient dans le cadre de ces mécanismes de reconversion ? »

 

LE PRESIDENT : « D’abord, je l’ai rappelé, la France est un des principaux pays, qui aide et soutient la Tunisie. Nous voulons ce soutien par rapport à ce qui est notre relation historique, sans doute, sûrement, par rapport à l’intensité des échanges entre nos deux pays et du nombre d’entreprises présentes en France, mais aussi, par rapport à la responsabilité historique qui est celle de la Tunisie aujourd’hui. Pour être plus concret encore, sur la période 2013-2014, il y a 500 millions d’euros d’aide directe à des projets, qui passent notamment par l’Agence française de développement. Nous sommes le premier bailleur de fonds étranger de la Tunisie. Nous allons ajouter à cette somme l’opération qui est souhaitée par les Tunisiens et je pense qui peut être une très belle illustration de ce qu’est une politique de développement. Nous allons ajouter jusqu'à 60 millions d’euros de conversion de dette en investissements. Les projets seront définis avec les Tunisiens et la visite d’aujourd’hui et de demain y contribuera. Le plus tôt sera le mieux. Ce qui pourra être engagé dès cette année, le sera. A l’évidence, l’essentiel se fera l’année prochaine. Mais sur le plan financier, chacun comprend l’idée, c’est que plutôt que d’annuler une dette, ou plutôt que d’en faire un moratoire, le report ou la renégociation, nous préférons l’investir directement sur un projet. Et nous voulons lui donner un aspect de partenariat. Ce n’est pas la France qui choisit les projets, c’est la Tunisie avec nous. Par ailleurs, nous voulons mobiliser l’Union européenne sur cette idée de conversion de dette et de l’inscrire dans le partenariat de Deauville, dont la France est à l’origine ».

 

QUESTION : « Monsieur le Président, bonjour. Vous avez parlé de coopération multilatérale voire multidimensionnelle entre la Tunisie et la France. Vous savez qu’en France il y a une forte communauté tunisienne de l’ordre de 700 000 citoyens dont partie de nationalité tunisienne, d’autres franco-tunisiens. Cette communauté tunisienne irrigue le tissu culturel et économique français. Comment faire pour créer des méthodes de travail pour transformer les liens que les Franco-tunisiens et les Tunisiens de France ont avec la Tunisie pour en faire une passerelle de développement mutuellement bénéficiaire ? »

 

LE PRESIDENT : « C’est une chance que d’avoir 700 00 Tunisiens en France, parfois avec la double nationalité, qui veulent à la fois être en France pour servir le pays qui les a accueillis, et en même temps sont fidèles à leur pays d’origine. Ces Tunisiens sont souvent bien formés, sont eux-mêmes parfois dans le domaine économique. Nous devons donc en faire des instruments de développement utiles pour la Tunisie. Par rapport à des projets de formation professionnelle que nous voulons développer en Tunisie, il serait possible d’utiliser ce potentiel, ce capital humain dans cette direction. Qui connaît le mieux les Tunisiens si ce n’est les Tunisiens eux-mêmes ? Qui peut être le mieux placé pour les former, que des Tunisiens. A cet égard, il y a un programme qui a été lancé par la France pour former des enseignants en langue française. Là aussi, dans l’ensemble du monde, en particulier francophone.

Nous pouvons appuyer aussi par des Tunisiens venant enseigner ici, les efforts que nous faisons pour le développement de notre langue, appuyer sur des projets qui peuvent être technologiques. Voilà le sens de ce que nous voulons faire avec les Tunisiens de France ».

Type de contenu : VidéoLa déclaration à la presse en vidéo

Deuxième journée

Type de contenu : Communiqué de presseLe programme

Visite d’État en République de Tunisie

Le président de la République, M. François HOLLANDE, effectuera une visite d’Etat en République de Tunisie, à l’invitation des autorités tunisiennes, du 4 au 5 juillet 2013.

 

PROGRAMME PREVISIONNEL 

(-1h avec Paris)

 

JEUDI 4 JUILLET

13h20 Cérémonie officielle d’accueil par M. Moncef MARZOUKI, président de la République tunisienne, et Mme Béatrix MARZOUKI

14h00 Entretien des deux chefs d’Etat suivi d’une cérémonie de signature d’accords

14h50 Conférence de presse conjointe des deux chefs d’Etat

16h00 Entretien avec M. Ali LARAYEDH, chef du Gouvernement suivi d’une déclaration à la presse

17h30 Rencontre avec des jeunes du milieu associatif tunisien

20h30 Diner d’Etat

 

VENDREDI 5 JUILLET

08h30 Dépôt de gerbe au monument des Martyrs à Séjoumi

09h15 Entretien avec M. Moustapha BEN JAAFAR, Président de l’Assemblée nationale constituante

09h50 Discours du président de la République devant l’Assemblée nationale constituante

11h50 Clôture du Forum économique : allocutions des deux présidents

14h35 Recueillement au mausolée de Farhat HACHED suivi d’une rencontre du président avec la famille et une délégation de l’UGTT.

15h00 Cérémonie de remise des clés de la ville par M. Seïfallah LASRAM, maire de Tunis

16h00 Conférence de presse du président de la République

16h50 Rencontre avec les représentants des principaux partis politiques

17h30 Rencontre avec des personnalités de la société civile

18h30 Allocution du président de la République devant la communauté française

Type de contenu : Album photosLes photos

Discours du président de la République devant l’Assemblée nationale constituante

Type de contenu : VidéoLa vidéo

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral du discours

Intervention du Président de la République devant l’Assemblée nationale constituante de la République tunisienne

Monsieur le Président de l’Assemblée nationale constituante, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, Mesdames et Messieurs les députés, C’est un honneur de m’adresser à vous, au nom de la France. Un honneur, parce que vous êtes la première Assemblée élue au suffrage universel en Tunisie dans des conditions de liberté et de pluralisme. Un honneur, parce que vous êtes une Assemblée issue d’un processus révolutionnaire. Un honneur, parce que vous préparez une Constitution qui est le texte fondamental dans une grande démocratie pour séparer et organiser les pouvoirs, pour permettre à l’Etat de droit d’être respecté, pour garantir les libertés, pour permettre la participation de tous à la vie publique. Un honneur, parce que, au-delà de cette Constitution, vous préparez les élections qui auront lieu et qui seront également le signe de la vitalité de la démocratie tunisienne. Je suis sûr que, malgré toutes les épreuves – il en existe toujours – toutes les difficultés, la Tunisie saura montrer une nouvelle fois l’exemple. La Tunisie a toujours été pionnière. Au XIXe siècle, c’est elle qui inaugura la grande tradition constitutionaliste du monde arabe avec la « loi de l’État tunisien ». C’était en 1861. C’est en Tunisie que le mouvement réformiste arabe s’est affirmé avec Kheireddine PACHA et Mohamed SNOUSSI. La Tunisie, au cours du XXème siècle, a été en avant-garde en gagnant plus tôt que d’autres son indépendance, en fondant sa République et en accordant aux femmes un statut unique dans le monde arabe. Même sous le temps de l’oppression et de la dictature, la Tunisie a su montrer le chemin. Des hommes et des femmes ont eu le courage de réclamer justice et de porter les droits de l’Homme. Pour beaucoup, ce fut un combat douloureux. La France aujourd’hui exprime à ceux qui ont éprouvé dans leurs chairs les affres de la dictature, à ceux qui ont été arrêtés, torturés pour leurs convictions, la France exprime aujourd’hui, ici, par ma voix, son immense respect. La Tunisie a également montré l’exemple avec le Printemps arabe en janvier 2011. Le geste, à Sidi Bouzid, de Mohamed BOUAZIZI a changé le cours de l’Histoire – de l’histoire de la Tunisie, mais aussi de l’histoire du monde. Et je veux ici solennellement saluer sa mémoire.

Ce fut le début d’un processus. D’autres peuples se sont mis en mouvement après la Tunisie. Il appartient à chacun d’entre eux de montrer la voie, de chercher le bon chemin. Cette voie peut être heurtée, parfois violente, c’est le cas en Libye. Cette voie peut être interrompue, c’est le cas aujourd’hui en Egypte. Cette voie peut déboucher sur une guerre, c’est le cas, hélas, en Syrie. Mais la leçon que le peuple tunisien a donnée au monde, c’est qu’il ne peut pas y avoir de stabilité, il ne peut pas y avoir de développement, il ne peut pas y avoir de progrès sans la liberté. Et c’est cette liberté-là qui est en marche partout. Je sais que vous avez d’immenses défis à relever. La France sait ce qu’est une révolution, sa puissance irréversible, l’écho qu’elle suscite dans le peuple, mais également la difficulté d’inscrire dans le temps toutes les conquêtes, d’être à la hauteur de l’espérance créée – et en même temps de ne pas donner une illusion impossible. Oui ! La France comprend les impatiences qui peuvent exister ici, en Tunisie, le désir de résultat – pas simplement, d’ailleurs, en Tunisie – et l’exigence de garantie. Je sais donc ce que vous affrontez. D’abord, l’héritage de l’ancien régime mais aussi la crise économique en Europe qui vous frappe, l’insécurité dans la région qui vous touche, sans parler de la violence – et elle existe, y compris à l’intérieur – de la part de ceux qui n’acceptent pas les principes de votre révolution. En cet instant, j’ai une pensée pour Chokri BELAID, homme de conviction tué pour ses idées. Et je forme le vœu, qui est le vôtre, que toute la lumière soit faite sur son assassinat et que ses assassins soient justement jugés et punis. Mais la Tunisie a montré encore ces derniers jours qu’elle est capable de dépasser ce qui peut la diviser, de surmonter toutes les épreuves, tous les défis. Je veux, à l’occasion de ma visite, dans le moment précis que vous traversez, dans les doutes et les espérances qui sont les vôtres, montrer que la relation entre la France et la Tunisie peut être refondée dans ce contexte. Je suis le premier président de la République française à venir en Tunisie depuis votre révolution. C’est un symbole mais c’est aussi une volonté de refonder la relation entre la France et la Tunisie. Refonder notre relation, c’est d’abord assumer la vérité. C’est pourquoi, je me rendrai, aujourd’hui même, au mausolée de Farhat HACHED. Je dirai à sa veuve, à son fils ainsi qu’aux représentants de l’UGTT que je m’engage, au nom de la France, à rechercher et à faire toute la clarté sur son assassinat en 1952. J’ai d’ores et déjà donné instruction pour que toutes les archives soient rendues publiques sans aucune exception. A l’initiative du maire de Paris, Bertrand DELANOE, enfant de Bizerte, une place de la capitale française porte désormais le nom de Farhat HACHED. C’est l’une des expressions de l’estime des Français pour ce héros du mouvement national tunisien. Refonder notre relation, c’est respecter pleinement l’histoire de la Tunisie, la lutte pour son indépendance, les mouvements qui l’ont portée, sa capacité à forger sa propre identité, à définir une relation sereine avec la France. Je reconnais l’apport d’Habib BOURGUIBA à cette construction-là et, là aussi, je salue sa mémoire. Refonder notre relation, c’est tirer toutes les leçons du passé, même le plus brûlant, car il y a des blessures, je les connais. Il y a eu des incompréhensions, je les ai mesurées au moment de la révolution tunisienne. A ce moment-là, à Paris et partout en France, des Tunisiens venaient me voir – espérant le soutien de la France dans ce moment décisif – disaient leur déception mais aussi leur attente. Ils voyaient également que nombre de mes concitoyens dans les mondes associatif, politique, syndical étaient solidaires de la révolution tunisienne. C’est bien là l’essentiel. Et je remercie le président MARZOUKI – quand il est venu à Paris – d’avoir dit que la France des citoyens n’avait pas fait défaut à la Tunisie. Refonder notre relation, c’est exprimer la confiance de la France dans la Tunisie nouvelle. La France est prête à travailler avec les représentants du peuple tunisien – tous les représentants du peuple tunisien – élus démocratiquement dans le pluralisme. Parce que le message de la France s’adresse à tous les Tunisiens et à celles et ceux qui sont désignés dans cette Assemblée, puis dans la future pour les représenter. La France sait que l’islam et la démocratie sont compatibles. De grandes voix tunisiennes, comme celle de Mohamed CHARFI, l’ont dit avec grande force. La France sait aussi que l’identité tunisienne se nourrit d’apports multiples et que le progrès politique, économique, social demande la participation de tous dans la démocratie, dans le respect des libertés, dans l’égalité des droits. La France vous encourage, sans vous donner de leçon. La France aussi participe des inquiétudes lorsqu’elles existent, et les exprime à chaque fois qu’elle pense que c’est utile et que c’est nécessaire. La France et la Tunisie sont liées, l’une à l’autre, par la culture, les femmes et les hommes qui ont fait ce que nous sommes ; par notre histoire mais aussi par ce présent qui permet à de nombreuses familles issues de la Tunisie de vivre en France et à d’autres – françaises – de s’établir en Tunisie. C’est ce qui fait notre force, cette communauté parfois de destin que nous partageons. La France et la Tunisie ont besoin l’une de l’autre, la France est prête à travailler avec vous dans tous les secteurs où vous pouvez solliciter son concours. Au cours de ma visite, les ministres ici présents ont signé, avec les vôtres, de nombreuses conventions et accords. Ils formeront le cadre de notre coopération. La France, Monsieur le Président, est déjà le premier bailleur de fonds publics au développement pour la Tunisie. Elle continuera de mobiliser les pays du partenariat de Deauville et l’ensemble de l’Union européenne, pour vous permettre de connaître le meilleur développement pour votre pays. Je mobiliserai tous les instruments, à notre disposition. Les engagements de la France pour la Tunisie s’élèvent déjà à plus d’1,5 milliard. Pour 2013 et 2014, nos perspectives sont de délivrer 500 millions d’euros de plus. L’Agence Française de Développement investira notamment dans la réhabilitation des quartiers de vos villes, l’alimentation en eau, la formation professionnelle, les liaisons ferroviaires, le développement agricole. En plus de cet appui, la France réalisera, pour la Tunisie, une opération que vous avez vous-mêmes – autorités tunisiennes, représentants du peuple tunisien – exprimée : la conversion de dette, c'est-à-dire la transformation de ce qu’est une créance de la France en investissements pour la Tunisie. Notre coopération, c’est aussi les entreprises. Elles sont plus de 1 350 françaises à être installées en Tunisie, à y faire travailler plus de 125 000 personnes. Ces chiffres n’ont pas diminué depuis la Révolution, et toute mon action, avec celle du gouvernement, c’est de faire en sorte qu’il y ait plus d’entreprises qui viennent ici, en Tunisie, pour votre développement, mais aussi pour l’activité économique en France. Monsieur le Président, vous avez insisté sur le tourisme. Je ne veux pas réduire la Tunisie au tourisme, car la Tunisie a plein d’atouts, plein de capacités. Mais elle a aussi, par la qualité de ses paysages, par son climat, et par l’hospitalité de sa population, toutes les possibilités d’avoir une économie touristique dynamique. Là encore, j’irai dans ce haut lieu du tourisme qu’est Sidi Bousaïd, et j’invite, à travers cette visite que j’effectue à votre invitation, tous les Français à venir nombreux passer leurs vacances en Tunisie. Notre coopération est aussi dans l’Administration, dans l’Ecole Nationale d’Administration. On pourrait en dire tellement de choses en France, mais tellement de bien en Tunisie ! Nous ferons en sorte que l’expertise puisse être partagée, dans ces domaines comme dans celui du droit. J’ai bien conscience, cela m’a été rappelé par le gouvernement hier, de ce que vous attendez de la France, sur cette question du droit, du respect des règles, de la lutte contre la corruption, de ce qui vous a été volé par le régime déchu. Je vous l’affirme ici : tout ce qui a été mal acquis vous sera rendu. J’ai donc demandé que tout soit mis en œuvre pour accélérer les procédures, faciliter l’identification des biens. Un magistrat français sera bientôt installé à Tunis pour y veiller, et nous en ferons l’évaluation à chaque étape. Enfin, notre coopération est tournée vers la jeunesse, la jeunesse de France, la jeunesse de Tunisie. Près de 20 000 Tunisiens étudient en France, 4 000 étudiants s’y inscrivent chaque année, 1 000 bénéficient d’une bourse accordée par le gouvernement français. Je sais les problèmes qui ont été posés et j’ai donc veillé à ce que les règles de circulation des étudiants étrangers soient assouplies. J’ai demandé d’abroger – et ce fut fait dès les premiers jours de mon mandat – une instruction administrative qui empêchait les étudiants déjà présents en France de pouvoir travailler. Mais je veux faire en sorte que nous puissions améliorer la mobilité entre nos deux pays, tout en luttant contre l’immigration clandestine. Je ne veux pas capter la jeunesse tunisienne, je veux simplement que celle qui veut étudier en France dans de bonnes conditions puisse le faire, pour retourner ensuite dans votre pays, exprimer le talent, la compétence et l’expérience, qui auront été développés dans notre pays. La France contribuera à réaliser aussi des projets importants de formation ici en Tunisie, comme dans le Centre de formation professionnelle de Gafsa, ou encore l’Ecole nationale d’Ingénieurs de Bizerte. Ce partenariat entre la France et la Tunisie, pour l’éducation, pour la formation, doit être placé au meilleur niveau d’excellence. Je veux que nous puissions avoir aussi une coopération en matière de culture, de recherche, pour que nous puissions donner le meilleur de nous-mêmes. Donner le meilleur de nous-mêmes aussi pour la Méditerranée, que nous avons en partage, cette « blanche mer citoyenne », une Méditerranée de projets, là aussi, autour de la sécurité alimentaire, de l’accès à l’eau, des universités. Travaillons ensemble ! Ici, il y a des représentants des régions françaises, et notamment de la Méditerranée, de Provence-Alpes-Côte-D’azur, et d’autres. Vous avez souhaité une coopération décentralisée. Elle sera non seulement engagée – elle l’est déjà – mais poursuivie, amplifiée, pour que nous portions des projets communs. Enfin, nous avons, la Tunisie et la France, à travailler pour la paix. Je veux vous assurer de mon engagement à lutter contre toutes les menaces auxquelles l’Afrique du Nord, l’Europe, et la France, sont exposées. Cette menace a un nom, c’est le terrorisme. Au Mali, la France est intervenue, à la demande du président TRAORE, pour empêcher que des groupes terroristes ne mettent la main sur l’ensemble du pays. L’action conduite avec les armées africaines a permis, non seulement de réussir à les chasser, mais de préparer une transition politique, puisque des élections auront lieu, sans doute, sûrement, à la fin du mois de juillet, puisque c’est la date qui a été fixée. Nous devons donc tout faire pour que cet exemple soit donné à d’autres pays et que nous puissions garantir la sécurité du Sahel. Je sais bien que vous êtes concernés aussi car quand des groupes terroristes sont chassés d’un pays, ils se réfugient dans d’autres et tentent de le menacer et de déstabiliser. Je sais ce que vous les affrontez, ici même. Avec quel courage vous avez fait face à ceux qui voulaient utiliser les armes contre votre révolution ! En Egypte, les événements récents nous montrent combien les processus de transition démocratique sont fragiles et peuvent être mis en échec. Car c’est un échec quand un Président, élu démocratiquement, est déposé par l’armée. C’est un échec quand des millions d’Egyptiens veulent aussi, après un an, exprimer leur aspiration à la liberté. Alors, que devons-nous dire ? Cette chose simple, c’est que tout doit être fait maintenant, dans ce pays, pour retrouver pleinement la démocratie, la liberté, le pluralisme et, le plus vite possible, des élections. La France est également du côté du peuple syrien, qui fait face à la barbarie d’un régime, et qui endure une guerre qui massacre la population civile. 100 000 morts en Syrie. La France a alors décidé de prendre toutes ses responsabilités et d’aider l’opposition autant qu’il le faudra, à condition, bien sûr, que les groupes d’influence terroriste soient mis de côté, et pour que tout soit fait pour que la Syrie puisse être, elle aussi, un grand pays démocratique. J’ai entendu ce que vous avez dit aussi, Monsieur le Président, sur le conflit israélo-palestinien et sur cette volonté qui doit être la nôtre – celle de l’Europe, celle de la France – de faire revenir les parties prenantes à la négociation pour que soit enfin décidée, négociée, et obtenue la création d’un Etat palestinien. Monsieur le Président, Mesdames, et Messieurs les députés, je mesure, je l’ai dit, ce qu’est votre responsabilité : terminer l’élaboration de votre Constitution, préparer les élections de manière incontestable, comme vous l’avez fait en 2011, être capable de donner espoir à la Tunisie. Ce sont de grands défis mais vous n’êtes pas seuls, vous avez vos amis et la France compte parmi ceux que vous pouvez considérer comme tels. Nous avons trois principes qui nous rassemblent. Le premier, c’est la démocratie, le droit pour tous les citoyens de choisir librement, souverainement, leurs représentants, dans le cadre de l’égalité, du respect des minorités, de la liberté de la presse, de la circulation sans entrave des opinions et des idées, l’égalité des droits entre les femmes et les hommes. Vous avez décidé, vous, cette Assemblée, de préserver cet acquis fondamental de la Tunisie, et surtout de votre histoire et des luttes de votre mouvement féministe, qui fait, à juste raison, votre fierté. Le second principe, c’est celui de la confiance. La France a confiance dans la Tunisie, la France a confiance dans sa capacité à construire un avenir, un développement, une démocratie. La France a confiance dans l’économie tunisienne, dans les horizons qui peuvent finalement être définis, dessinés par nous, ensemble, pour donner de l’espoir à nos peuples respectifs. Enfin, le dernier principe, c’est celui de la responsabilité : responsabilité de la Tunisie pour réussir sa révolution, responsabilité de la France, pour vous appuyer, autant qu’il sera nécessaire. Votre tâche est considérable, et dans l’Histoire il arrive des moments où un peuple décide, non seulement pour lui-même, mais pour les autres. Nous avons, nous la France, cet orgueil – qui nous est parfois reproché – en tout cas cette ambition que nous portons, cette fierté d’avoir, il y a déjà longtemps, fait notre révolution, d’en être toujours les héritiers et de dire partout que nous sommes les défenseurs de droits qui appartiennent à l’humanité toute entière. Nous avons toujours cette idée que nous ne sommes pas n’importe quel pays, nous la France, parce que nous avons été la patrie des Lumières, de l’espérance, de la liberté. Quand un autre peuple nous reconnaît comme tel, nous voyons cette flamme dans nos yeux, les uns les autres, pour partager cette même démarche, cette même ambition. Maintenant, c’est vous, vous la Tunisie, qui avez finalement, à la fois cette fierté, mais aussi cette responsabilité. Vous portez un espoir qui va bien au-delà du peuple tunisien, bien au-delà des peuples arabes, et c’est ce qui nous rend solidaires France et Tunisie. Vive l’amitié entre la France et la Tunisie !

 

Tunis

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral de l'intervention lors de la clôture du Forum économique

Intervention lors de la clôture du Forum économique franco-tunisien

La France sait toujours se faire attendre. Je ne demande pas plus de lumière, ni plus de son, simplement votre attention – en vous remerciant encore pour votre accueil ! Je salue cette initiative qui a été prise par l’Union tunisienne du travail, de l’industrie, du commerce et de l’artisanat et par le MEDEF, qui nous permet membres du Gouvernement français, membres du Gouvernement tunisien, chefs d’entreprise de définir le cadre de ce que peut être une nouvelle coopération.

 

Je veux saluer la Présidente de l’UTICA, parce qu’elle est la première femme qui a été élue à la tête d’une organisation patronale dans le monde arabe, prouvant une nouvelle fois que la Tunisie est d’avant-garde. En outre, vous venez d’obtenir un prix prestigieux – le Women Business Award – qui a été décerné par les pays participant au partenariat de Deauville et qui est quasiment, on peut le dire, le prix Nobel du patronat. Je veux saluer, une nouvelle fois, le président de la République tunisienne, mon ami Moncef MARZOUKI. Parce que l’accueil qui m’est fait pour cette visite d’Etat situe la responsabilité de nos deux pays dans cette période que nous traversons, mais surtout le niveau de notre amitié. C’est dû à l’Histoire, à la réalité humaine mais aussi à la qualité des relations personnelles que nous pouvons tisser entre chefs d’Etat et ministres de nos deux gouvernements.

 

Je l’évoquais, la Tunisie vit un moment historique et les entreprises ont aussi un rôle à jouer pour que votre pays réussisse pleinement sa transition démocratique. Moncef MARZOUKI l’évoquait : une révolution produit, à la fois, de l’espoir, parfois de l’inquiétude, mais elle ne peut réussir que si parallèlement le développement économique connait une nouvelle accélération. Il ne peut y avoir de transition démocratique que s’il y a une mobilisation de l’ensemble des forces qui font la production d’un pays. En servant l’économie tunisienne, vous servez la transition démocratique. De la même manière, les entreprises françaises qui viennent depuis longtemps ici en Tunisie, investir, créer de l’activité, vont chercher, non seulement – et c’est bien légitime – un retour de leur investissement, ce qu’on appelle un profit, mais également vont rendre service à la Tunisie toute entière. Non pas qu’il y ait une volonté morale – parfois l’économie et la morale ne font pas bon ménage – mais au moins ce que nous pouvons retrouver là, c’est une conception de l’entreprise citoyenne au service du développement d’un pays ami.

 

La Tunisie peut compter sur le soutien de la France. Mon pays est le premier bailleur d’aide publique pour le développement pour la Tunisie qui, à travers tous ses instruments, arrive à mobiliser des centaines de millions d’euros : 500 millions d’€ pour la période 2013/2014. Au-delà des chiffres, ses projets sont considérables pour la Tunisie. C’est la mise en place du réseau ferroviaire du Grand Tunis, dont les protocoles financiers sont signés aujourd’hui même. Ce sont également des projets agricoles, des projets urbains. La France est prête à poursuivre non seulement son aide mais à la transformer, j’en ai fait l’annonce devant l’Assemblée constituante ce matin. Je l’avais dit, dès hier, au Président MARZOUKI ainsi qu’au Premier ministre. La France va réaliser une conversion de dette pour des projets d’investissements, c’est-à-dire permettre qu’une créance se transforme en activité économique. La France est le premier fournisseur de la Tunisie – pour près de 4 milliards d’euros. Mais ce qui est aussi très important, c’est que la France est le premier client de la Tunisie – pour un montant comparable. Le marché français absorbe un tiers des exportations de la Tunisie. Quand votre économie est dynamique, la nôtre se trouve confortée et réciproquement. C’est vrai, qu’en ce moment, il y a une récession en Europe et que cela peut altérer vos capacités de développement. Néanmoins, malgré ce qui s’est produit dans l’année 2012 avec les incertitudes qu’engendre nécessairement une révolution, je note que la croissance tunisienne a été supérieure à 3 % l’année dernière. Il y a ici une dynamique qui ne demande qu’à être encouragée. La France veut être le premier investisseur en Tunisie. Il y a déjà plus de 1350 entreprises qui sont présentes, employant 125 000 personnes. Nous pouvions avoir la crainte, cela peut arriver quand il y a des doutes sur un système politique, que les entreprises françaises se rétractent dans leur choix d’investissement. Cela a été tout l’inverse, elles se sont non seulement maintenues, ici sur leur marché, mais elles ont encore augmenté leur participation. Je veux en citer quelques exemples : des grands groupes comme BIC et AUCHAN sont venus renforcer leur présence en Tunisie ; une entreprise bancaire, CIC, est venue mettre sa participation dans la Banque de Tunisie ; SOFIPROTEOL vient d’ouvrir, dans le domaine agricole, une nouvelle usine dans la région de Testour avec un lien qui a été voulu par ses dirigeants avec des éleveurs tunisiens. C’est vrai pour les grands groupes, c’est vrai aussi pour les PME. Je veux saluer justement cette particularité qui est que beaucoup de PME françaises sont présentes sur le marché tunisien. Cela veut dire que vous leur avez fait le meilleur accueil. 80% des entreprises installées en Tunisie sont des PME. Il y a eu ce lien entre PME françaises et PME tunisiennes. Notre coopération est dynamique dans de nombreux secteurs souvent traditionnels : les équipements électroniques, l’aéronautique. Nous avons encore signé un marché, hier, avec l’achat de plusieurs avions Airbus. Ce que je veux, à travers la nouvelle période qui s’ouvre, c’est que nous puissions offrir de nouveaux domaines de coopération, de partenariats, d’investissements.

 

Premier domaine, la filière agricole et agroalimentaire. Une convention de partenariat, entre les ministres français et tunisiens de l’Agriculture, a été signée hier permettant de structurer des filières d’avenir comme le lait, l’huile d’olive et les céréales. Il s’agit, aussi bien pour la France que pour la Tunisie, de monter en gamme comme l’on dit. Cela vaut aussi pour l’agriculture et l’industrie agroalimentaire. Deuxième domaine, l’alliance numérique, c’est-à-dire les nouvelles technologies. Il y a eu, là-aussi, un partenariat exceptionnel entre entreprises françaises et entreprises tunisiennes avec des prolongements commerciaux permettant la colocalisation, car nous savons bien, parlons franchement, qu’il y a toujours un risque en ces domaines du numérique, des centres d’appels ; que ce qui est installé en Tunisie pourrait être défavorable à l’emploi en France. Justement, ce type de convention permet de rassurer, les uns et les autres, pour que ce qui se fait en Tunisie soit favorable à l’activité en France et que nous ne nous mettions pas à nous concurrencer inutilement. Créer de l’emploi et en France et en Tunisie dans le secteur des nouvelles technologies, c’est possible justement à travers un réseau de PME et de start-up que nous avons réussi à fédérer. Troisième domaine, les énergies renouvelables. Le président de la République tunisienne me disait : c’est l’avenir de la Tunisie. Depuis deux ans, le Gouvernement français a dégagé plusieurs millions d’euros pour monter des projets dans le solaire et dans l’éolien en Tunisie avec des villages qui vont être dotés des dernières technologies, dans le domaine notamment photovoltaïque ou des énergies marines. Là-aussi, ce que nous ferons pour la Tunisie sera utile pour la France, notamment dans la perspective de la transition énergétique, avec la montée des énergies renouvelables, avec des technologies nouvelles qui feront que le prix de ces énergies baissera. Car nous savons bien que le prix des énergies fossiles va augmenter et que nous pourrons ainsi permettre cette substitution, utile pour l’environnement, utile pour l’emploi. De nombreux chefs d’entreprise m’accompagnent et je veux les en remercier. Ils m’accompagnent pas simplement pour me faire plaisir, cela peut arriver, mais ils m’accompagnent parce qu’ils ont compris qu’ils avaient de nombreux projets à bâtir avec la Tunisie, des contacts utiles grâce à votre forum avec des industriels et des entrepreneurs tunisiens. Il y a des alliances à nouer. Je pense à la réalisation de grands travaux, à ce qui va se faire pour le port de Rades, pour les stations d’épuration d’eaux de traitement de déchets de nombreuses villes, pour des centrales électriques… Il y a également un consortium qui a été créé par la société Corail Rail, qui vient de remporter l’appel d’offres pour le réseau rapide de Tunis. Tout cela prouve que nous pouvons agir ensemble. J’ai également souhaité, cela a été exaucé, que les entreprises françaises et tunisiennes, qui sont fortes de leur complémentarité, puissent s’unir pour aller conquérir un certain nombre de marchés dans l’ensemble de la région. Par exemple, Schneider Electric apporte son soutien au premier groupe privé tunisien Poulina pour mettre en place un certain nombre de données. Plusieurs entreprises tunisiennes développeront leurs liens industriels avec de grandes sociétés françaises. C’est le cas de Telnet et de Sifax, qui se sont rapprochés d’Airbus et de Safran et d’Altran. Tout cela va dans le sens de cette complémentarité, de ce partenariat, de ce co-développement que je souhaitais. Les touristes français représentent un contingent, comme l’on dit, égal à l’ensemble des touristes britanniques, allemands et italiens réunis. La France a donc, depuis longtemps, en matière touristique, fait le choix de la Tunisie. Elle donne conseil aux voyageurs. Le ministre des Affaires étrangères les prodigue sur un site qui, paraît-il, est l’un des plus visités de France, peut-être même davantage que celui de l’Elysée ! Mais j’en comprends la raison, non pas parce qu’il annonce la météo mais parce que le site du ministère des Affaires étrangères renseigne tous les Français - et d’ailleurs, bon nombre d’Européens - qui s’interrogent sur leur lieu de vacances en terme de sécurité. Le site du ministère des Affaires étrangères signale que ce sont les régions touristiques de la Tunisie qui sont les plus sûrs du monde. J’encourage donc tous ceux qui, en France ou ailleurs, s’interrogent sur leur lieu de vacances à venir ici en Tunisie, comme je l’ai fait, même si ce n’était pas simplement pour des vacances. Mesdames et Messieurs, tout le sens de mon propos est à la fois économique et politique. Il est économique parce que la France a confiance dans la dynamique de croissance, ici, en Tunisie. Mon propos est économique, parce que nous avons à bâtir une coopération nouvelle, un partenariat exceptionnel. Il est économique parce que nous avons même à inventer des mécanismes et des dispositifs de co-développement. Il est économique, parce que je crois que c’est l’intérêt et de nos entreprises françaises et des entreprises tunisiennes d’avoir des alliances. Mais il est aussi politique, car si nous voulons que la révolution réussisse en Tunisie, si nous voulons que la transition démocratique puisse être accomplie, si nous voulons qu’il y ait un cadre stable, une sécurité pour les investissements mais aussi pour que les Tunisiens puissent vivre en liberté, alors nous devons tout faire pour que l’économie tunisienne puisse être encouragée, soutenue, stimulée. Vous avez souhaité mettre votre forum sous le slogan des opportunités. Mesdames et Messieurs, quand l’amitié rencontre l’opportunité ou les opportunités, cela s’appelle la confiance. Merci.

 

Type de contenu : VidéoLa vidéo de la conférence de presse

Type de contenu : Conférence de presseLe texte intégral de la conférence de presse

Conférence de presse

LE PRESIDENT - Bien, Mesdames, Messieurs, ce voyage, cette visite d’État s’achève bientôt. Je vais rencontrer tout à l’heure des personnalités de la société civile, les responsables des partis d’opposition puis enfin la communauté française. J’aurai également un entretien avec le consul honoraire de Benghazi qui a été victime d’une agression – pour ne pas dire d’un attentat – et qui nous donnera son témoignage et nous lui prodiguerons toute notre solidarité et notre admiration d’être sorti comme il est sorti indemne de ce piège.

 

Mesdames, Messieurs, ce voyage, cette visite avait pour moi un seul objet, c’était d’appuyer, au nom de la France, la transition démocratique en Tunisie dans le contexte que l’on sait et de dire notre amitié au peuple tunisien dans son ensemble et lui affirmer que la France serait toujours à ses côtés quelles que soient les circonstances pour réussir la révolution tunisienne. Il ne s’agit pas de nous ingérer ni de donner la leçon mais de faire en sorte que ce qui s’est produit en Tunisie puisse être un succès pour la Tunisie, pour la relation entre la France et la Tunisie, mais plus largement, pour offrir un exemple à la Méditerranée dans son ensemble et à tous les peuples qui luttent pour leur liberté.

 

Les rencontres que j’ai eues avec le président de la République, Moncef MARZOUKI, avec le gouvernement et le Premier ministre, avec aussi l’Assemblée nationale constituante, n’avaient que ce seul objectif, non pas choisir entre les uns et les autres, non pas participer au débat public – telle n’est pas la place de la France –, mais tout simplement dire que, soucieux des libertés, des droits, de l’égalité des femmes par rapport aux hommes, nous voulons, nous souhaitons que la Tunisie puisse accomplir sa révolution jusqu’au bout avec une Constitution qui garantira l’État de droit, qui fixera les pouvoirs et les contrepouvoirs, permettra de donner aussi des garanties en matière de liberté et d’égalité, puis ensuite, avec des élections libres. Je rappelle que la Tunisie n’a connu qu’un scrutin libre depuis l’indépendance, celui de 2011, et que c’est donc avec grande méticulosité, grande exigence que les Tunisiens préparent le prochain scrutin, les prochains scrutins.

La France sera aussi aux côtés des Tunisiens en favorisant le développement économique. C’est pourquoi la délégation qui m’accompagnait, au-delà des ministres, au-delà des élus – et je les en remercie – qui sont ici, était constituée de chefs d’entreprise nombreux qui, présents déjà en Tunisie depuis des années, entendaient nouer des nouveaux partenariats dans le cadre d’une coopération refondée telle que je l’ai présentée aussi bien aux acteurs politiques qu’économiques, avec un modèle, le codéveloppement, une innovation majeure, la conversation de la dette, et avec aussi le souci de créer des alliances qui permettront aux Tunisiens et aux Français de pouvoir d’abord tirer le meilleur parti de ce potentiel formidable qui est d’avoir des Tunisiens qui vient en France, souvent avec une double nationalité, et des Français qui sont en Tunisie et qui peuvent se rassembler pour porter des initiatives et des projets.

 

Mais nous pouvons aussi faire davantage, nouer ces alliances pour aller conquérir des marchés ensemble en Afrique et au-delà. Nous avons aussi affirmé le principe d’une communauté méditerranéenne, c’est-à-dire de ce dialogue, de cette initiative qui a été tentée tellement de fois, pas toujours réussie, pour qu’il y ait un vrai partenariat entre l’Europe et la Méditerranée. Nous avons signé bon nombre d’accords dans bien des domaines économiques. Je ne vais pas ici les citer tous : l’agroalimentaire, les énergies, les nouvelles technologies, le tourisme. Le tourisme qui est une des richesses de la Tunisie. Et si j’ai tenu à faire cette conférence de presse ici, dans ce lieu prestigieux et dans ce cadre fabuleux, c’est aussi pour convaincre que nos compatriotes et beaucoup d’autres peuvent venir en Tunisie passer des vacances, sans oublier la France, parce qu’il y a ici toutes les conditions d’un séjour sûr et agréable. Et quand on est en Tunisie, après, on a le mal du pays, on revient en France et on découvre d’autres paysages.

 

Voilà ce que j’ai entendu porter et aussi un message en direction de la jeunesse, des créateurs, des hommes et des femmes qui veulent circuler, que nous faciliterons tous ces échanges, toute cette mobilité tant demandée et pas toujours facilitée jusqu’à présent. Nous avons déjà pris beaucoup de mesures. J’en remercie l’ambassade, les services consulaires. Cent mille visas sont délivrés. C’est considérable ! Nous pouvons faire encore plus vite sans doute. Nous avons visité ce matin un musée splendide où le LOUVRE s’est impliqué. Nous avons eu également des échanges avec les jeunes, les volontaires. Je remercie Martin HIRSCH comme je remercie Jack LANG aussi pour l’INSTITUT DU MONDE ARABE. Bref, je ne vais pas ici faire la liste de tous ceux, toutes celles qui contribuent à l’amitié entre la Tunisie et la France.

 

Ce que je retiens aussi, c’est l’attente qui est portée sur la France, l’espérance, la confiance. Nous avons encore eu un témoignage à Tunis où, en plus, nous venions de faire un acte fort, symbolique qui consiste à remettre des archives par rapport à un acte qui s’est produit en 1952, par rapport à un héros du peuple tunisien. Je pense que ce geste devait être fait. Il était plus que temps, il n’était pas trop tard. Voilà, Mesdames et Messieurs, les messages que je voulais vous délivrer. Je suis prêt à répondre à vos questions.

 

QUESTION - (Inaudible). Monsieur le président, la position de la France est confuse par rapport à l’incertitude de l’agenda politique du gouvernement tunisien. Les accords économiques occultent-ils la dimension « droit-hommiste » de la France ?

 

LE PRESIDENT - Sûrement pas ! Tout au long de cette visite, je n’ai cessé de rappeler que, pour nous, la révolution tunisienne, c’étaient les droits de l’homme, l’égalité entre les femmes et les hommes, l’indépendance de la justice, l’État de droit, les libertés, le pluralisme de la presse. Plusieurs cas nous ont été évoqués par les associations que j’ai rencontrées, par les jeunes, par les femmes. Sur tous ces cas, je m’en suis ouvert avec les autorités tunisiennes. Pas besoin d’échange. Si je ne venais ici que pour des contrats, je ne serais pas dans la dimension que j’ai voulu donner à cette visite d’État et que les Tunisiens dans leur ensemble ont voulu également porter par rapport à cette visite du premier président de la République française après la révolution tunisienne. Et par rapport à l’agenda, je m’en suis enquis auprès des autorités et du Parlement, enfin de l’Assemblée constituante. J’ai été, de ce point de vue, rassuré. Que m’a-t-il été dit ? Mais je vérifierai car le temps est court par rapport à ce qui m’a été présenté. Qu’au mois de septembre, la Constitution pouvait être adoptée par l’Assemblée constituante, que l’Assemblée travaillerait même tout le mois d’août si c’était nécessaire, qu’ensuite, l’élection présidentielle pourrait avoir lieu ou à la fin de l’année ou au tout début de l’année prochaine, les élections législatives suivraient. Je ne suis pas l’arbitre. On ne m’a pas fait venir pour savoir si c’était ce mois-ci ou ce mois-là. J’ai considéré que, par rapport à ce qu’était la transition, c’était un agenda qui me paraissait conforme au bel esprit de la révolution tunisienne.

 

QUESTION - Bonjour Monsieur le président. Roselyne FEBVRE de FRANCE 24.

 

LE PRESIDENT - Oui.

 

QUESTION - Ce matin, vous avez évoqué les valeurs positives de la Tunisie. Ce qui vous a permis d’ailleurs de glisser quelques subtiles recommandations. Alors, pensez-vous que les événements en Égypte vont servir d’avertissement à la Tunisie ? Vont-ils en tirer les leçons ? J’aimerais avoir votre analyse personnelle sur ce sujet.

 

LE PRESIDENT - Je vais parler de l’Égypte et puis je reviendrai en Tunisie parce que même si des comparaisons peuvent être faites, il y a des réalités différentes. Qu’est-ce qui se passe en Égypte ? Depuis plusieurs semaines, des mouvements considérables et l’armée qui prend la responsabilité de déposer le président. Je l’ai dit, c’est un échec, un échec pour tous ceux qui soutenaient ce processus. Il y a des risques. On voit bien les tensions qui peuvent encore survenir et se durcir, s’intensifier, des appels à des manifestations, des arrestations, des morts. Que doit dire la France – et pas seule – avec la communauté internationale ? Le retour le plus vite possible au processus politique de la démocratie, du pluralisme donc des élections et demander à tous les protagonistes, quel que soit leur sentiment, leur rancune ou leurs craintes, de chercher le rassemblement et l’apaisement pour revenir au processus politique et donc pour arriver le plus vite possible à des élections incontestables. La comparaison maintenant. La responsabilité de la Tunisie est très grande, c’est ainsi, surtout avec ce qui se passe en Libye – je parlais de la violence qui s’y est installée et de l’insécurité –, ce qui se passe en Égypte avec, pour le moment, une incertitude et la crainte de l’interruption d’un processus même si tout doit être fait pour le reprendre, ce qui se passe en Syrie (une guerre civile). Donc, quelle est la responsabilité du peuple tunisien, des responsables tunisiens ? Tous, qu’ils soient dans la coalition au pouvoir, qu’ils soient dans l’opposition, c’est de réussir, de montrer que le printemps arabe peut connaître son aboutissement au service de la liberté et de la démocratie. Oui, c’est une responsabilité très grande qu’a la Tunisie puisqu’elle a été la première à faire le printemps arabe, à faire la révolution, à renverser une dictature, à engager une transition politique. Et tous mes interlocuteurs – et j’en aurai sûrement confirmation du côté des forces politiques dites de l’opposition – sont conscients de l’enjeu pour la Tunisie et pour l’ensemble du monde arabe. J’ai senti cet esprit de gravité parmi tous mes interlocuteurs au plus haut niveau. Mais aussi par rapport à la jeunesse, au monde associatif qui s’est engagé, la Tunisie doit réussir. Et la responsabilité de la France, elle est aussi élevée. Nous n’avons pas été là au moment de la révolution. Je ne parle pas de moi. La France, elle n’a pas été là où elle devait être au moment de la révolution. Elle sera aux côtés des Tunisiens pour toute la période de la transition et, j’espère, bien au-delà.

 

QUESTION - (Inaudible).

 

QUESTION - Je répète ma question ?

 

QUESTION - Bien…

 

LE PRESIDENT - Je la répèterai (inaudible) parce que je peux… J’ai le micro, moi.

 

QUESTION - Sachant qu’AL-QAÏDA, qui est traquée en Afghanistan et au Pakistan, cherche depuis quelque temps à s’implanter dans le Sahel et en Afrique du Nord. Et craignez-vous, Monsieur le président, qu’après l’intervention française au Mali, que la France puisse être la cible d’attentats terroristes en représailles ? Merci.

 

LE PRESIDENT - Cette question-là, elle m’a été posée dès le premier jour de l’intervention française au Mali avec les armées africaines et nous, nous prenons toutes les mesures nous permettant de conjurer ces menaces. Mais je réponds directement à votre question : a-t-on parlé avec les autorités tunisiennes du terrorisme et de la lutte implacable qu’il convient de mener contre lui ? Oui, nous en avons parlé et nous soutiendrons tous les efforts de la Tunisie pour parvenir là où ce problème se pose, dans une partie du territoire, à ce combat-là contre le terrorisme. C’est une lutte qui nous concerne tous, pas la Tunisie simplement mais tout le Maghreb, l’Afrique de l’Ouest. Qu’observe-t-on en Libye ? Des groupes terroristes y sont installés ! On nous signale – puisque maintenant, tout est public – qu’il y a des groupes terroristes qui sont passés du Mali et sont allés se mettre en Libye pour mener des actions. Et d’ailleurs, elles ont été intentées ces actions au Niger. Il y a donc à coordonner nos efforts, à fournir des matériels qui peuvent correspondre aussi à cette exigence. Nous en avons parlé avec le gouvernement tunisien qui prend, là aussi, cette bataille, cette lutte très au sérieux. Pour le Mali, je peux vous confirmer que suite aux accords qui ont été passés dis de Ouagadougou entre le gouvernement malien et les représentants de ce qu’on appelle les Touaregs et les différentes populations du Nord-Mali, le ministre des Affaires étrangères a particulièrement suivi cette question et nous avons eu cette conclusion d’un accord. Et aujourd’hui, même, les premiers éléments armés maliens sont à Kidal. Ce qui prouve bien que nous avons permis non seulement de chasser des groupes terroristes, mais de retrouver, pour le Mali, l’intégrité totale de son territoire.

 

QUESTION - Monsieur le président, bonjour. Jérémy BROSSARD, BFM TV. En France, le Conseil constitutionnel a invalidé les comptes de campagne de Nicolas SARKOZY. Votre prédécesseur annonce qu’il se retire du Conseil constitutionnel. Ses proches, certains d’entre eux en tout cas, crient à un complot politique. Vous êtes le garant, le gardien des institutions en France. Quel regard vous portez sur cette situation qui est pour le moins assez inédite ? Merci.

 

LE PRESIDENT - Je n’ai pas à commenter et encore moins d’ici, en Tunisie, les comportements, les déclarations des acteurs ou des responsables politiques. En revanche, je suis le garant des institutions. C’est la fonction qui m’a été donnée par les Français le 6 mai dernier et qui me conduit à rappeler que le Conseil constitutionnel est une institution de la République qui, par son indépendance, règle des questions qui sont de sa seule autorité, des décisions qui s’imposent à tous. Et donc le Conseil constitutionnel doit être respecté, pleinement respecté, entièrement respecté et personne ne peut suspecter, mettre en cause cette institution sans alors mettre en cause l’ensemble des institutions. Voilà, s’il n’y a pas d’autres questions sur la Constitution française ou la Constitution tunisienne, je vous remercie…

 

QUESTION - Monsieur le président, pour la RADIO TÉLÉVISION SUISSE s’il vous plaît. Ici, à votre gauche.

 

LE PRESIDENT - Oui.

 

QUESTION - Vous avez fait le choix de ne pas vous rendre dans l’intérieur de la Tunisie où est pourtant partie la révolution et où on peut entendre la gronde, la grogne de temps en temps. Pourquoi ce choix que d’être resté sur Tunis et son entourage ?

 

LE PRESIDENT - Mais vous pensez que je ne vais venir qu’une fois dans mon mandat en Tunisie ? Donc c’était la première visite – je le disais – que je faisais comme président de la République. Première visite qu’un chef d’État français faisait depuis la révolution. Je devais rencontrer les principaux responsables, aller devant l’Assemblée nationale constituante, rencontrer les chefs d’entreprise, voir les associations, avoir aussi à cœur de parler à la communauté française. Si je peux vous donner une impression personnelle, je n’ai pas eu beaucoup de temps pour faire tout cela mais j’ai eu tellement d’envie d’y revenir que j’irai dans la Tunisie de l’intérieur. Merci.

Type de contenu : VidéoLa vidéo du discours à la Mairie

Type de contenu : VidéoLe discours devant la communauté française


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