Déplacement international

Visite d’État en République populaire de Chine

25 Avril 2013

Lieu : Pékin, Chine

Rubrique : International, développement et francophonie

Type de contenu : Communiqué de presseLe programme

Visite d’État en République populaire de Chine

Le président de la République, François HOLLANDE, effectuera une visite d’Etat en République populaire de Chine les 25 et 26 avril 2013, à l’invitation du président XI Jinping.

 

PROGRAMME PRÉVISIONNEL (Heure locale + 6h)

 

JEUDI 25 AVRIL 2013

PEKIN

11h00 Rencontre du président de la République avec les chefs d’entreprises de la délégation

12h00 Déjeuner avec des personnalités de la société civile chinoise

13h50 Visite de l’entreprise BERNARD CONTROLS

15h15 Cérémonie officielle d’accueil au Grand Palais du Peuple

15h30 Entretiens avec Monsieur le Président XI Jinping, président de la République populaire de Chine

17h15 Cérémonie de signature d’accords et de contrats, en présence des deux chefs d’Etat

17h30 Déclaration conjointe des deux chefs d’Etat et restitution des conclusions des travaux du forum économique

18h30 Dîner d’Etat

20h20 Conférence de presse du président de la République

21h15 Allocution du président de la République devant la communauté française de Pékin

 

VENDREDI 26 AVRIL

9h00 Visite privée de la Cité interdite

10h00 Entretien du président de la République avec M. LI Keqiang, Premier ministre de la République populaire de Chine

10h50 Entretien du président de la République avec M. ZHANG Dejiang, président de l’Assemblée nationale populaire de Chine

12h00 Déjeuner restreint offert par Monsieur le Président XI Jinping et Mme PENG Liyuan

 

SHANGHAI

16h45 Inauguration de l’école d’ingénieurs PARIS TECH-SHANGHAI JIAO TONG et échanges avec des étudiants chinois

18h15 Entretien suivi d’un dîner avec M. HAN Zheng, Secrétaire du Comité du Parti de la municipalité

19h50 Inauguration du nouveau siège de l’INSTITUT PASTEUR de SHANGHAI, visite de laboratoires et d’un incubateur d’entreprises de biotechnologie, suivie d’une table ronde

20h45 Allocution du président de la République devant la communauté française de Shanghai

Type de contenu : VidéoLe reportage

Première journée

Type de contenu : Album photosLes photos de la première journée

Type de contenu : VidéoLa déclaration sur les objectifs de la visite d’État en vidéo

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral de la déclaration

Déclaration à l’occasion de la visite de l’entreprise BERNARDS CONTROL à Pékin

Je suis en Chine pour deux objectifs.

Un objectif politique parce que la Chine et la France sont deux puissances qui comptent à l’échelle du monde. La Chine est la 2ème puissance économique, la France la 5ème. Nous sommes membres du Conseil de sécurité, nous portons certains principes dans les relations internationales qui peuvent être utiles pour sortir d’un certain nombre de conflits. C’est la première raison : conforter la relation politique entre la France et la Chine.

Le second objectif est de rééquilibrer le commerce extérieur entre la France et la Chine. Il y a 26 milliards de déficit commercial et ceci depuis plusieurs années. Ce n’est pas acceptable. Il ne s’agit pas de réduire notre présence, il s’agit au contraire de l’amplifier. C'est-à-dire de faire en sorte que nous puissions, nous, être davantage sur le marché chinois, l’ouvrir… Je vais m’efforcer de convaincre les autorités de le faire, souhaiter que la Chine développe encore son économie et sa demande intérieure, soutienne la croissance, internationalise sa monnaie. C’est très important car la Chine ne peut pas vivre avec une monnaie qui ne serait pas conforme à ce qu’est sa puissance économique aujourd’hui.

Je vais aussi lancer un message aux Chinois pour qu’ils viennent investir en France, créer de l’emploi en France et aux entreprises françaises pour qu’elles viennent également commercer avec les Chinois, s’installer en Chine. Mais à la condition de créer de l’emploi en France ! C’est la raison pour laquelle je voulais venir sur ce site parce qu’il est exemplaire. C’est une PME qui est devenue une entreprise de taille intermédiaire. C’est une entreprise qui peut exporter, qui a la capacité technologique et qui crée des emplois en France en étant présente sur le marché chinois.

Enfin, il y aura aussi des discussions sur ce qui peut poser des problèmes. Il y en a aussi en Chine, les questions des droits de l’Homme et les enjeux de puissance régionale qui appellent des responsabilités.

Et il y a le grand sujet du réchauffement climatique. Je veux aussi en parler avec les autorités chinoises parce que la Chine est un des premiers émetteurs de gaz à effet de serre. La Chine est consciente des problèmes que cela pose à son territoire, à sa population et au monde entier. Comme la France veut organiser la « conférence climat » en 2015, cette question sera également abordée.

C’est un voyage très important. Important sur le plan politique, déterminant sur le plan économique – car je veux rééquilibrer le commerce extérieur et installer cette politique dans la durée. Important, aussi, pour la planète car nous allons parler du réchauffement climatique.

Visite de l’entreprise BERNARD CONTROLS

Type de contenu : VidéoL'allocution en vidéo

Entretiens avec M. XI Jinping, président de la République populaire de Chine

Type de contenu : VidéoLa déclaration conjointe en vidéo

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral de la déclaration

Déclaration conjointe de M. le président de la République et de M. XI Jinping, président de la République Populaire de Chine

M. Xi JINPING – « C’est un grand plaisir pour moi de vous rencontrer ensemble avec le président, François HOLLANDE. Je voudrais exprimer mes souhaits de bienvenue aux journalistes français qui ont fait un long voyage pour venir en Chine.

Suite au séisme survenu à Lu-Chan, dans la province du Sichuan, le président François HOLLANDE a publié une déclaration pour exprimer la solidarité aux sinistrés. Aujourd’hui, il a exprimé une fois de plus les sentiments de sympathie et le soutien de la France. Je tiens à lui exprimer mes sincères remerciements au nom du Gouvernement et du peuple chinois.

Tout à l’heure, j’ai eu des échanges sincères, approfondis et amicaux avec le Président François HOLLANDE sur les relations sino-françaises et les grandes questions internationales d’intérêt commun. Nous avons publié un communiqué de presse conjoint sur la construction d’un monde de paix, de démocratie, de prospérité et de progrès. Nous avons également assisté à la signature d’une série de documents de coopération importants.

Le président François HOLLANDE et moi, sommes unanimes à estimer que les relations sino-françaises sont chargées d’histoire et ont devant elles un bel avenir. Les relations bilatérales dépassent déjà le cadre bilatéral et sont dotées d’une portée globale stratégique.

Nous avons décidé de renforcer notre coordination et concertation sur les affaires politiques et économiques internationales, ainsi que sur les questions d’actualité régionale. De travailler ensemble pour promouvoir l’avènement d’un monde multipolaire et la démocratisation des relations internationales. De faire évoluer l’ordre international dans un sens plus égalitaire et plus équilibré, de sorte à sauvegarder la paix et la stabilité dans le monde et à promouvoir le développement et la prospérité.

Nous avons décidé de continuer à considérer l’autre partie comme partenaire global stratégique ; de continuer à consolider et approfondir la confiance mutuelle politique de haut niveau ; de continuer à respecter, à comprendre et à soutenir les efforts déployés par l’autre parti pour sauvegarder la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale ; et de soutenir le choix indépendant de la voix de développement, de part et d’autre.

Nos deux pays vont renforcer leur dialogue stratégique, approfondir leur coopération dans les différents domaines et se soutenir mutuellement. Nous avons également décidé d’établir un dialogue économique et financier de haut niveau, afin d’accroitre notre dialogue et notre coopération dans les secteurs économiques et financiers, d’importance majeure.

Après ce point de presse, je vais assister, avec le Président François HOLLANDE, au Forum économique sino-français. Nous attachons de l’importance au rôle majeur de la coopération économique et commerciale dans nos relations bilatérales. Nous nous félicitons des résultats positifs obtenus dans les domaines traditionnels que sont l’énergie nucléaire et l’aéronautique.

Dans le même temps, nous estimons qu’il faut adopter une vision stratégique dans notre coopération, accroitre l’interpénétration et développer ensemble des marchés tiers. Nous avons décidé d’élargir notre coopération dans l’urbanisme, l’agriculture moderne et les nouvelles énergies, afin d’insuffler une impulsion intarissable aux relations bilatérales.

L’année prochaine marquera le 50ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la France. Ce sera un évènement très important dans l’histoire des relations bilatérales. Nous avons décidé de démarrer, au plus tôt, les préparatifs et d’organiser des activités de célébration de haut niveau afin de resserrer les liens d’amitié entre nos deux peuples.

Nous estimons également que la Chine et la France doivent œuvrer ensemble pour préserver la diversité culturelle dans le monde.

Merci aux amis de la presse qui portent intérêt aux relations sino-françaises. Je vous souhaite bonne santé et tous les succès dans votre travail ».

 

LE PRESIDENT – « Mesdames et Messieurs de la presse, j’ai renouvelé le message de condoléance et de soutien du peuple français au peuple chinois, à la suite du terrible tremblement de terre. La solidarité de la France est totale et elle fera tout, s’il y a besoin d’apporter sa contribution, pour qu’il y ait le moins de souffrance possible pour les Chinois.

J’ai également remercié le président Xi JINPING pour l’accueil qui a été réservé à la France, je dis bien à la France. En me recevant comme premier chef d’Etat venant ici à Pékin, c’est un signe qui renvoie à l’amitié mais également qui confirme la confiance que la Chine fait à la France. L’amitié est liée à l’histoire et le président a rappelé combien, il y a 50 ans, la reconnaissance par le Général de GAULLE, au nom de toute la France, la reconnaissance de la Chine populaire, avait créé un lien irréversible entre nos deux pays.

Aujourd’hui, ma visite doit correspondre à une nouvelle étape du partenariat stratégique qui, je le rappelle, avait été conclu en 1997. Nous avons décidé, le président Xi JINPING et moi-même, de resserrer considérablement nos liens de concertation et de coordination pour aborder les enjeux internationaux.

Dialogue stratégique avec nos ministres des Affaires étrangères, dialogue économique et financier avec nos ministres de l’Economie et des Finances et dialogue personnel. Chaque année, nous pourrions nous rencontrer pour que la Chine et la France puissent se concerter sur les grandes interrogations du monde par rapport à sa gouvernance et les conflits qui existent ; par rapport aux menaces, la prolifération nucléaire, le terrorisme mais également le réchauffement climatique – afin de porter les mêmes positions.

La Chine et la France, en effet, portent les mêmes principes : l’indépendance, la souveraineté, le respect, l’équilibre. Ce sont des principes utiles pour le monde multipolaire que nous voulons promouvoir. Et c’est pourquoi nous n’avons pas eu de difficultés pour aborder les enjeux que sont l’Afrique, le Mali, la situation aussi en Iran, le risque de prolifération nucléaire, la Corée du Nord… Pour aborder ces sujets-là, les principes que nous venons d’évoquer et l’amitié entre la France et la Chine sont de puissants renforts.

Mais le partenariat doit être aussi économique. Et si nous nous réjouissons de voir constamment le volume de nos échanges augmenter, je constate – et le Président fait aussi la même observation – qu’il y a un déséquilibre et que nous avons 26 milliards de déficit commercial. Cela tient, pour une part, à nos propres responsabilités françaises. Nous devons donc – et c’est le sens de la présence de nombreux chefs d’entreprise qui m’accompagnent – être plus compétitifs, plus présents, plus ardents pour prendre les marchés que le dynamisme de l’économie chinoise nous permet de conquérir.

L’idée sur laquelle nous nous sommes retrouvés avec le Président chinois, selon une logique bien connue du gagnant-gagnant, est de rééquilibrer par le haut nos échanges économiques, en augmentant le volume de nos échanges et de nos investissements, non pas en les réduisant, ce qui serait la pire des attitudes.

Nous devons partir de ce qui a déjà été bâti depuis des années : le nucléaire et l’aéronautique. Les accords qui ont été signés en sont la démonstration. Sur le nucléaire, la coopération qui est maintenant menée va de l’amont, jusqu’à la sûreté nucléaire en passant par les réacteurs et le traitement des déchets. C’est une coopération globale sur le nucléaire que nous avons, ici, engagée. L’autre grande coopération porte sur l’aéronautique. Un accord a, là encore, été signé. Nous devons faire en sorte qu’il puisse y avoir un bon partage de la technologie et des conséquences de ces contrats sur l’emploi en Chine et en France.

Avec le Président chinois, nous avons également identifié plusieurs secteurs où nos entreprises, qui sont reconnues pour leur excellence, puissent répondre aux besoins des marchés chinois. C’est l’agroalimentaire, les énergies nouvelles, l’urbanisme, la santé et le numérique. C’est là-dessus que nous voulons donner un nouvel élan à notre partenariat.

Enfin, nous avons convenu que des investissements français pouvaient continuer à se faire en Chine – il y en a déjà de nombreux – et que la France était prête à accueillir des investissements chinois. Il n’y aura pas d’obstacles, dès lors que ces investissements créent de l’emploi, de l’activité et permettent à des entreprises d’être confortées. J’ai donc pris l’engagement que tout serait fait, aussi bien pour les capitaux financiers – à travers un fonds ou des fonds commun – que des capitaux pour l’investissement en termes physiques, c’est-à-dire d’entreprises et de créations d’emploi, pour que tout ce flux de capitaux, puisse venir en France le plus rapidement possible.

J’ai dit au Président chinois que la zone euro avait fait beaucoup d’efforts, ces derniers mois, pour assurer sa stabilité, son intégrité. La confiance est revenue mais pas la croissance. L’Europe a donc besoin de la Chine pour la croissance. Et la Chine a également besoin de l’Europe pour son propre développement. Nos avenirs sont liés. Il ne peut pas y avoir une Chine qui continue de se développer si l’Europe elle-même est dans la stagnation ou dans l’austérité. C’est pourquoi nos intérêts sont communs.

Nous avons donc défini un partenariat politique, économique mais également culturel. Nous avons convenu d’augmenter le nombre d’étudiants français en Chine et chinois en France ; de multiplier les échanges universitaires, la coopération scientifique ; de faire en sorte que les industries culturelles, notamment le cinéma français, puissent avoir une place plus importante en Chine et que nous puissions attribuer plus de visas pour cette mobilité indispensable.

Enfin, j’ai invité le Président Xi JINPING à venir en France. Nous aurons à préparer le 50ème anniversaire. Il y aura énormément d’événements. D’ici là, j’invite tous les touristes chinois à venir en France. Ils y seront accueillis en toute sécurité. Merci ».

Forum économique

Type de contenu : VidéoLe discours

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral

Discours devant le Forum économique à Pékin

Monsieur le président de la République populaire de Chine,

Mesdames et Messieurs les organisateurs de ce Forum,

Mesdames et Messieurs les chefs d’entreprise,

Je veux d’abord remercier vivement le Président d’avoir bien voulu assister, avec moi, à la conclusion de ce Forum. C’est en effet la première fois qu’un président chinois accepte de participer à une manifestation comme celle-ci. Je mesure donc le signe qu’il donne à mon pays et qu’il donne aussi à notre économie. Ce signe est de renforcer encore notre partenariat.

Le partenariat entre la France et la Chine, ce n’est pas simplement pour régler nos affaires, pour améliorer nos échanges, pour élever le niveau de nos investissements. Le partenariat entre la France et la Chine, c’est de pouvoir unir nos deux grandes puissances économiques – je rappelle que la Chine est la deuxième économie du monde et la France la cinquième – pour porter un certain nombre de principes, ensemble, dans les instances qui sont les plus appropriées.

Je pense notamment au G20 et je sais que la Chine, dans la candidature qu’elle porte pour la présidence du G20, est attentive à ce que nous puissions avoir une meilleure organisation du monde. De la même manière, le fait que la Chine ait adhéré à l’Organisation mondiale du commerce était également la preuve qu’elle voulait prendre toute sa part dans la régulation. Enfin, la Chine a compris que nous devions aller vers une réforme du système monétaire international et que, pour sa propre monnaie, il y avait tous les avantages, pour elle et pour le monde, d’avoir une forme d’internationalisation.

La Chine est également consciente – comme la France – que nous vivions depuis 2008 une crise. Une crise qui n’affecte pas de la même manière l’Europe, l’Amérique et l’Asie. Si la Chine a, notamment, pu maintenir son taux de croissance à un niveau élevé – 8% – elle est néanmoins concernée, affectée par la poursuite de la crise en Europe. C’est la raison pour laquelle la Chine a fait en sorte de contribuer, à sa mesure, à la stabilité financière de la zone euro. Je veux dire devant le Président chinois et devant vous que, après plusieurs mois d’efforts, de discussions, de travail, de décisions, la zone euro a assuré sa stabilité, son intégrité et qu’il y a maintenant un retour de la confiance. C’était le préalable avant de retrouver la croissance.

Mais la croissance, elle, fait encore défaut en Europe. C’est pourquoi nous devons agir ensemble, Chine et France, pour porter cette priorité de la croissance à l’échelle de monde ; non pas pour nous exonérer – je parle de la France – de notre obligation de mettre en bon ordre nos comptes publics, mais parce que nous ne pouvons pas concevoir que la première puissance économique du monde – l’Europe – puisse vivre dans une perspective de stagnation et, pour certains pays, d’austérité.

Il y a un déséquilibre – c’est vrai – sur le plan commercial entre l’Europe et l’Asie, entre la France et la Chine. Comment résorber ce déséquilibre ?

Par le protectionnisme, comme certains l’imaginent ? Ma réponse est clairement non. Nous devons, ensemble, continuer à développer les échanges avec un principe qui est celui de la réciprocité. Nous devons faire en sorte d’ouvrir nos marchés et, en tout cas, de ne pas les fermer.

Devons-nous répondre par la guerre des monnaies ? Par la dévaluation de certaines devises ? Par la réévaluation d’autres ? Nous devons mettre de l’ordre et faire en sorte que les parités correspondent à des réalités économiques.

La Chine a compris – et j’en remercie les autorités chinoises – qu’il convenait de continuer à soutenir la demande intérieure. Le président chinois en a fait une nouvelle fois la démonstration : internationaliser le Yuan et faire en sorte de lever les obstacles au développement des échanges, les barrières tarifaires, les normes qui sont souvent autant de contraintes pour les échanges.

Je veux aussi dire que la France est prête à s’engager davantage sur le marché chinois. Madame la ministre du Commerce extérieur a donné les secteurs sur lesquels nous pouvons agir ensemble. Je pense à l’agroalimentaire, je pense à la santé, à la ville durable, au numérique, aux énergies nouvelles – et vous y avez travaillé. Car ce que nous devons faire, c’est un rééquilibrage par le haut. Non pas en réduisant mais en augmentant le volume de nos échanges.

C’est ce que la France a compris mais n’a pas encore réussi. Elle l’a compris parce qu’elle investit en Chine. La France est l’un des premiers investisseurs en termes de stocks d’actifs – plus de 13 milliards d’euros. Il y a deux milles entreprises françaises qui sont implantées en Chine et elles emploient un demi-million de personnes. Nous avons fait cet acte important mais, en même temps, nous devons nous porter sur tous les secteurs qui nous paraissent être ceux de l’excellence française et des besoins les plus évidents exprimés par les autorités chinoises au nom de la population.

Dans tous ces secteurs, je souhaite qu’il y ait un partage de la technologie, qu’il y ait une coopération. Nous avons été capables de le faire pour le nucléaire et nous l’avons encore approfondi aujourd’hui pour l’aéronautique ; nous devons le faire pour l’ensemble des secteurs que je considère comme prioritaires.

Mais j’appelle les entreprises françaises grandes, moyennes et petites car, s’il y a un manque, c’est souvent du côté des petites et moyennes entreprises, des entreprises de tailles intermédiaires – certaines ici sont présentes. J’appelle les entreprises à venir davantage encore sur le marché chinois. Je saisis l’occasion qui m’est donnée devant des chefs d’entreprises chinois de leur dire que nous sommes prêts à accueillir d’avantage d’investissements chinois en France, d’investissements créateurs d’emplois – il y en a déjà ! Près de 100 entreprises sont implantées en France venant de Chine à travers, 250 localisations, 11 000 personnes, c’est un mouvement ! Nous devons lui donner plus d’ampleur.

Il m’est dit qu’il y aurait des obstacles, qu’il y aurait encore des difficultés, des procédures. Je l’affirme ici : tous les obstacles, tous les freins, toutes les procédures seront levés car nous voulons attirer non seulement des capitaux pour un certain nombre de placements – cela existe déjà – nous voulons attirer des investisseurs chinois pour l’emploi, pour la création d’activités, pour le partage de technologies.

Nous avons un intérêt commun : la croissance.

L’Europe a besoin de la Chine parce que ce qui s’est passé depuis 30 ans est une renaissance. C’est sans doute un fait unique dans l’Histoire de l’humanité : en 30 ans d’avoir été capable d’assurer un développement aussi considérable.

Nous avons besoin de la croissance chinoise pour tirer notre propre force, d’où l’enjeu du rééquilibrage. Mais la Chine a besoin d’une Europe forte, à la fois sur le plan politique pour bâtir le monde multipolaire que nous voulons, et sur le plan économique. Il ne pourrait pas y avoir de prospérité dans le monde si un continent ne pouvait pas concevoir son développement avec espérance. Le drame du chômage en Europe est un drame qui n’est pas simplement pour l’Europe, il l’est pour le monde. Les Européens doivent d’abord prendre leurs propres responsabilités, mettre davantage de croissance, trouver la bonne trajectoire pour la réduction de leurs déficits pour chacun des pays. Et, en même temps, le monde nouveau doit également faire confiance en l’Europe.

Vous l’avez montré, dans la crise de la zone euro, dans la crise des dettes souveraines. Vous devez aussi le montrer dans ce moment si décisif pour l’avenir du monde, au moment où nous devons retrouver le chemin de la croissance.

J’ai espoir. J’ai confiance parce que le président chinois l’a rappelé, nous sommes deux grandes nations – de taille différente, avec une population qui ne peut pas être comparée, celle de la France et celle de la Chine – mais deux grandes nations avec de grandes cultures, de grandes aspirations, des valeurs fortes, des principes. Deux grandes nations pacifiques, deux grandes nations qui ont toujours considéré qu’elles pouvaient aussi avoir à jouer un rôle universel pour l’équilibre du monde. Notre amitié est forte, elle est solide, elle est politique. Cette amitié politique nous devons la mettre au service du développement, de l’économie pour les Chinois : 1, 300 milliards de personnes qui aspirent au bien-être, qui aspirent à la consommation, qui aspirent aux voyages et qui seront demain des touristes qui viendront nous visiter.

La population européenne et la population française ne veulent pas vivre un déclassement, au prétexte qu’il y a des rattrapages qui se font ; elles veulent vivre aussi dans l’espérance d’une meilleure vie et de nouveaux progrès. C’est ensemble, Chine et France, que nous devons, à la fois, construire ce monde nouveau et, en même temps, faire en sorte que dans nos relations économiques bilatérales, dans nos échanges, dans nos investissements, nous puissions être un exemple. Merci.

Conférence de presse

Type de contenu : VidéoLa conférence de presse en vidéo

Type de contenu : Conférence de presseLe texte intégral de la conférence de presse

Conférence de presse du président de la République à Pékin

LE PRESIDENT : « Mesdames et Messieurs, je veux d’abord vous présenter toutes mes excuses pour le retard. Mais les discussions que nous avons eues avec le président chinois et le dîner officiel nous ont contraints de différer quelque peu cette conférence de presse. Néanmoins, cette première journée de la visite d’Etat a été marquée par l’attention très grande qui nous a été accordée par le président chinois sur les questions que nous voulions aborder.

C’était en effet une visite attendue, très attendue même : la première que j’effectuais, ici en Chine, comme président de la République et la première que les autorités chinoises accordaient à un chef d’Etat européen. Visite attendue aussi au regard de ce que devenait le partenariat stratégique, c'est-à-dire un cadre qui parfois peinait à trouver son contenu. Visite attendue, enfin, au regard du déséquilibre de nos échanges commerciaux avec la Chine qui appelle nécessairement une correction.

Cette visite a été longuement préparée par les ministres concernés, également par Martine AUBRY et je l’en remercie, et par tous ceux qui depuis longtemps comme Jean-Pierre RAFFARIN travaillent aux bons rapports, à la bonne relation avec la Chine. Je suis aujourd’hui conscient que nous devons franchir une nouvelle étape. Non pas simplement parce qu’il y a l’anniversaire du moment très important qu’a été la reconnaissance par le général de GAULLE, au nom de la France, de la Chine populaire, mais parce que nous devons donne un nouvel élan, une nouvelle forme, un nouveau contenu au partenariat stratégique.

D’abord, pour que nos relations soient plus étroites, que nous nous concertions davantage, que nous nous coordonnions mieux. Je l’ai dit, sur le plan de la politique internationale, nous avons des principes qui nous rapprochent : respect de l’indépendance ; volonté d’une plus grande gouvernance du monde ; attention accordée aux conflits qui peuvent déséquilibrer la planète ; lutte contre la prolifération nucléaire, contre le terrorisme ; et volonté également de mettre le réchauffement climatique au cœur des décisions de la communauté internationale. Je veillerai à ce que le dialogue stratégique et le dialogue économique puissent être menés de pair, c'est-à-dire sans dissocier l’un et l’autre, l’un de l’autre.

Ensuite sur la question du déséquilibre de notre commerce extérieur, j’ai abordé franchement la question avec le président chinois, qui lui-même est conscient que cela ne peut pas être soutenable, durable ; que cela suppose d’abord – je l’ai dit moi-même –, que nous soyons plus présents, que notre compétitivité soit améliorée à l’évidence ; que l’Europe elle-même reprenne le chemin de la croissance, sûrement.

Mais il convient aussi qu’il y ait un rééquilibrage par le haut, c’est à dire une meilleure ouverture du marché chinois, un partenariat sur des coopérations qui dépassent le seul nucléaire ou l’aéronautique, même si nous avons enregistré des accords importants au cours de cette visite aussi bien pour le nucléaire (de la source, de la mine, jusqu’au retraitement et sans oublier la sûreté) et sur l’aéronautique (avec la vente de 60 AIRBUS, 42 A 320, 18 A 330).

Mais nous ne pouvons pas limiter nos échanges simplement à ces deux piliers de la coopération entre la France et la Chine. D’où ce forum économique qui a été organisé et surtout les intentions communes que nous avons portées, Chinois et Français, sur l’agroalimentaire, sur le numérique, sur les énergies renouvelables, et également sur tout ce qui peut être des investissements d’avenir. Nous pensons à des nouvelles filières. A partir de là, je souhaite que nous puissions avancer d’un pas plus allant vers un certain nombre de résultats.

J’ai appelé aussi les investisseurs chinois à venir en France, pas simplement pour ce qu’ils font déjà (placer des capitaux y compris sur les dettes souveraines en Europe, et la nôtre en particulier), pas simplement pour constituer des fonds communs (ils existent et nous en avons d’ailleurs scellé encore un autre), mais pour prendre une place dans l’appareil productif français en coopération avec les entreprises et faire en sorte que les investisseurs chinois contribuent à la création d’emplois et d’activités.

Il n’y a pas de raison qu’il y ait des investissements français importants, depuis longtemps en Chine, et qu’il n’y ait pas non plus le mouvement inverse. A la condition chaque fois – et cela vaut dans les deux sens – que ce soit porteur d’emplois dans notre pays. C’est la raison pour laquelle j’ai visité une entreprise. Je n’ai pas choisi n’importe quelle entreprise : une ETI qui s’est installée en Chine pour préserver et même augmenter l’emploi en France, et avoir une coopération d’excellence.

Enfin, et je veux terminer là mon propos introductif, il y a la volonté entre la France et la Chine de développer une coopération culturelle, j’allais dire humaine en favorisant l’attribution de visas ; en augmentant le nombre d’étudiants chinois en France et Français en Chine ; en développant nos industries culturelles ici, je pense au cinéma, et en faisant aussi en sorte que nous puissions avoir, pour le 50ème anniversaire de la reconnaissance, bon nombre d’évènements. C’est la raison pour laquelle j’ai également invité le président chinois à venir à Paris pour une visite d’Etat.

Nous avons besoin de rapprocher nos deux sociétés, y compris pour parler des sujets qui peuvent nous différencier ou nous séparer. Et cela a été le cas dans l’entretien que j’ai eu avec le président XI. Parce que je considère que nos principes doivent être celui du respect, sûrement – cela fait partie de l’amitié et de la considération que nous nous devons –, mais également le principe de la franchise. C’est ce que nous avons fait. Et je crois que le dialogue est la meilleure façon de faire avancer la cause que la France entend servir partout dans le monde – je parle des Droits de l’Homme. Je vous laisse la parole ».

 

QUESTION : « Comment percevez-vous la Chine et les Chinois au cours de cette visite ? »

 

LE PRESIDENT : « Je ne peux pas prétendre, en une journée, avoir tout vu et tout compris. J’aurai donc tout intérêt et tout avantage à revenir en Chine. D’ailleurs, nous en avons convenu le principe puisque l’idée est de permettre une rencontre entre chef d’Etat une fois par an. Une fois en Chine, une fois en France : je pense que c’est un bon principe.

Ensuite, ce qui frappe tout visiteur, même pour une courte durée, c’est la rapidité de ce qu’a été la renaissance chinoise. Je parle de renaissance pour bien signifier ce que représente, en trente ans, le développement de la Chine et une croissance qui, malgré la crise qui frappe une partie du monde, est ici de l’ordre de 8 %. Le président chinois, dans ce dîner, me donnait justement ses objectifs : doubler le niveau de vie moyen du Chinois en 2020. Et être capable, il l’a dit, de faire accéder au bien-être une grande partie de la population. Même s’il y a des inégalités qui restent très importantes sur le territoire et entre les régions. Voilà, c’est ce qui saisit.

Ensuite, ce que j’ai relevé c’est, de la part du président XI et aussi des autorités chinoises, la volonté de travailler avec la France. C’est à dire d’être plus conscients encore de notre responsabilité pour la gouvernance du monde, non pas pour établir je ne sais quelle stratégie de puissances, mais pour nous occuper des grands problèmes du monde.

Quels sont-ils, ces problèmes ? Problèmes de croissance ? On ne peut pas avoir une disparité aussi forte entre les continents. Problèmes d’inégalité ? On ne peut pas avoir des écarts aussi importants. Problèmes environnementaux ? On ne peut pas avoir un réchauffement climatique dont la Chine, comme l’Europe, comme les Etats-Unis sont pour partie responsables, compte tenu des modes de développement. Nous ne pouvons pas non plus ignorer les conflits qui menacent. Et nous avons eu aussi une discussion avec le président XI Jinping sur la Corée du Nord. Nous attendons de la Chine qu’elle utilise toute son influence.

Mais la Chine attend beaucoup de la France parce que la Chine a compris que la France pouvait être motrice en Europe. Motrice sur le plan économique, en appelant à une politique qui, certes réduit les déficits (déficits budgétaires, déficits commerciaux), mais appelle une nouvelle étape de croissance. Et motrice aussi sur le plan politique, parce que la France est capable de prendre ses responsabilités et des initiatives. Nous l’avons montré au Mali, nous avons parlé de la question de l’Afrique.

Voilà ce que j’ai ressenti au cours de cette première journée de visite : c’est à la fois le développement considérable de la Chine dont nous devons prendre toute notre part – mais nous devons aussi fixer des règles entre nous –, et l’attente qui est forte d’une coopération, d’un partenariat politique qui puisse contribuer à l’équilibre du monde ».

 

QUESTION : « Monsieur le Président, comment pensez-vous que la France doit s’adapter à la montée en puissance de la Chine ? Faut-il insister, toujours plus, sur les échanges entre la France et la Chine, en parlant de moins en moins des droits de l’Homme ? D’ailleurs, vous en avez parlé des droits de l’Homme dans votre propos introductif, en disant qu’au nom des principes de franchise vous en aviez parlé. Est-ce que vous pouvez préciser ce que vous avez dit ? »

 

LE PRESIDENT : « D’abord, je ne distingue par la relation politique de la relation économique. Les règles que nous posons sur le plan politique, le partenariat que nous avons amplifié au cours de cette visite, tout cela doit être mis au service du développement économique et du rééquilibrage du commerce extérieur. C’est en partant de la politique que nous pouvons aller à l’économie et ce n’est pas simplement en évoquant nos contrats, notre commerce, que nous regardons par ailleurs avec beaucoup d’attention, car je l’ai dit : on ne peut pas accepter qu’il y ait un déficit structurel de notre commerce extérieur avec la Chine de 25 à 26 milliards d’euros chaque année.

Quant aux droits de l’Homme, aux principes de démocratie, cela fait partie du dialogue que nous avons. Il n’a pas besoin d’être regardé comme une obligation ou comme une difficulté, parce que nous appelons au rééquilibrage de notre commerce extérieur. Mais simplement mettre cette question, comme elle doit l’être, dans le cadre d’un dialogue politique franc et respectueux. J’ai évoqué cette question et notamment la liste que chacun connaît, et que l’Union européenne a établie ».

 

QUESTION : « Monsieur le Président, bienvenue en Chine ! Depuis votre élection à la présidence en 2012, plusieurs hauts responsables français se sont rendus en Chine pour des visites. Cela signifie-t-il que la France suit la voie des Etats-Unis, celle du virage américain vers l’Asie ? Sinon, selon certaines sources, vous vous rendrez au Japon au mois de juin. Alors quel est votre avis sur les conflits récents entre la Chine et le Japon ? »

 

LE PRESIDENT : « D’abord je n’ai pas à faire je ne sais quel virage ! Il y a des relations continues entre la France et la Chine. Elles ont pu connaître parfois des périodes de forte intensité, parfois des vicissitudes, je n’y reviens pas. Mais depuis mon élection, j’ai veillé à établir une relation constante avec la Chine. J’avais rencontré l’ancien Premier ministre chinois lors du sommet qui rassemble pays européens et pays asiatiques et je suis très attaché à ce dialogue. C’est pour cela que j’ai tenu à y être personnellement.

Avec la Chine, je m’inscris dans le partenariat stratégique tel qu’il a été élaboré au cours des années. Je veux lui donner un contenu et une pratique. Dans ce partenariat, j’inclus les questions économiques globales. Nous avons à faire aussi, sur le plan du système monétaire international, sur le plan des règles commerciales, ce que nous avons à faire pour la gouvernance dans le cadre du G20.

Il y a également les relations bilatérales que je veux meilleures, mais surtout plus équilibrées. D’où ce que j’ai dit sur l’appel aux investisseurs chinois en France, l’ouverture du marché, peut-être des coopérations vis-à-vis des pays tiers… Bref, une politique qui s’inscrit dans la durée, qui soit constante, cohérente pour que notre message n’ait pas besoin de fluctuer selon les circonstances.

Vous m’interrogez sur un voyage au Japon. Oui, j’aurai l’occasion de me rendre au Japon. La date n’est pas encore complètement arrêtée. Sur ce qui concerne des conflits qui existent en Mer de Chine, je souhaite que ce soit par le dialogue, une nouvelle fois, que ces questions puissent être réglées ».

 

QUESTION : « Monsieur le Président, pendant que vous êtes en Chine, il y a le climat aussi en France et le chômage. Les chiffres seront bientôt connus pour le mois de mars, peut-être que le record sera bientôt battu, le record de 97, on ne sait pas, on verra. Qu’est-ce que cela vous inspire, premièrement ? Est-ce qu’on peut, est-ce que l’on doit encore vous croire quand vous dites que vous inverserez la courbe du chômage d’ici à la fin de l’année ?

Lié à ce sujet, deuxième sujet, il y a l’amnistie sociale. Bientôt la manifestation de la fête du travail du 1er mai ; Jean-Luc MELENCHON aussi dans la rue le 5 ; qu’est-ce que vont dire vos électeurs du premier tour et les syndicats en renonçant à ce projet d’amnistie sociale ?

Et enfin, toujours dans le climat, l’ambiance du moment en France…

 

LE PRESIDENT : « Vous allez me parler du mariage pour tous aussi pendant que vous y êtes ? »

 

QUESTION : « Non, de Claude BARTOLONE, le président de l’Assemblée, qui vous réclame de réfléchir à un deuxième temps du quinquennat. Voilà sur ces trois sujets, s’il vous plait ».

 

LE PRESIDENT : « Il y a tellement de questions dans votre intervention que je vais m’arrêter à la seule qui compte, à mes yeux, et qui est la question du chômage. Il y a une progression continue du chômage depuis maintenant cinq ans. Il y a eu un million de chômeurs en plus durant le précédent quinquennat et, depuis mon élection, le chômage ne cesse de progresser.

J’ai pris un engagement qui est d’inverser la courbe à la fin de l’année. Hélas, nous avons à subir – et sans doute encore pour le mois dernier – une progression du nombre des demandeurs d’emploi, avec ce que cela signifie de souffrance, de précarité, de difficulté. J’en suis le premier conscient. C’est pour cela que nous avons engagé des politiques.

Le cap que j’ai fixé, c’est de faire tout pour que nous retrouvions croissance et emploi. Et dès lors que nous n’avons pas la croissance en 2013 – nous ne l’aurons pas, cette chose est sûre – nous travaillons pour la croissance pour 2014 et pour les années qui suivront. La seule manière de pouvoir baisser le chômage à la fin de l’année, c’est d’utiliser pleinement les mécanismes que nous avons introduits : emplois d’avenir, contrats de génération, bientôt la réforme du marché du travail. Toute l’action du gouvernement – je dis bien toute l’action du gouvernement, tous ministères confondus – cela doit donc être de poursuivre, d’amplifier encore la bataille pour l’emploi.

Il y a une eu une année – nous reviendrons sur cette année. Nous avons engagé beaucoup de réformes, certaines viennent justement à leur point d’aboutissement et c’est bien. Mais ce que je veux, c’est que les Français puissent se rassembler sur cette seule cause nationale : la lutte contre le chômage. C’est le seul rassemblement qui convienne. Il a déjà mobilisé les partenaires sociaux. Je ne demande pas qu’il mobilise tous les acteurs politiques, mais cela vaut pour l’Etat comme pour les collectivités locales.

C’est l’appel aussi que je lance aux entreprises et que j’aurai l’occasion encore de préciser. Car s’il n’y a pas d’entreprise dynamique et créatrice, il ne peut pas y avoir de baisse du chômage à terme, comme je l’ai moi-même fixée, c'est-à-dire pour la fin de l’année et au-delà.

Si je suis en Chine, on pourrait se dire : « c’est pour parler de tous les sujets sauf celui-là » Non, je suis sur le sujet du chômage et de l’emploi qu’il convient de créer. Parce qu’il ne s’agit pas simplement de contrats, il s’agit d’augmenter la présence des entreprises françaises pour qu’il y ait plus d’emplois en France. C’est le lien que j’ai voulu établir. Partout où je suis, partout je fais en sorte que ce soit pour l’emploi que la France agit.

 

QUESTION : « Quel partenariat avec la Chine envisagez-vous en Afrique ? »

 

LE PRESIDENT : « La France, comme la Chine, considère l’Afrique comme un continent d’avenir, comme un potentiel considérable de croissance et de développement. Mais la condition pour assurer ce développement, c’est la sécurité, c’est de permettre que l’Afrique ne souffre pas du terrorisme, de l’instabilité, de trafics de toute sorte – ce qui nous a conduit, nous la France, au nom de la communauté internationale, à intervenir au Mali. Pour autant, la question terroriste n’est pas réglée. On le voit bien à travers un certain nombre d’attentats qui ont eu lieu ces derniers jours.

Si nous voulons développer l’Afrique, il faut permettre aux Africains d’assurer eux-mêmes leur propre sécurité. C’est eux qui doivent être les premiers responsables de ce rétablissement de la paix civile. D’où la nécessité également de les encadrer, de les former. C’est ce que, d’ailleurs, nous ferons au Mali avec les Européens.

La Chine est présente en Afrique. Elle doit prendre sa part aussi au développement durable, au respect des matières premières, et également à la démocratie et à la lutte contre la corruption. Parce que c’est aussi un autre mal, qui ne frappe d’ailleurs pas seulement l’Afrique, la corruption »

 

QUESTION : « Monsieur le Président, vous avez parlé des droits de l’Homme. Il y a une question qui préoccupe beaucoup les Chinois et beaucoup le reste du monde, c’est celle du Tibet. Est-ce que la question a été évoquée lors de votre entretien avec votre homologue chinois ? Est-ce que, par ailleurs, vous avez évoqué aussi la situation du Prix Nobel Liu XIAOBO actuellement incarcéré en Chine ? »

 

LE PRESIDENT : « Je le répète, nous avons abordé tous les sujets de manière franche, respectueuse, conforme à notre relation : les droits de l’Homme, le Tibet où un certain nombre d’immolations récentes créent de légitimes émotions. Et, comme je l’ai dit tout à l’heure, nous sommes revenus sur la liste qui avait été transmise par l’Union européenne.

Toutes ces questions ont donc été évoquées, avec la volonté de ne pas non plus parler que de cela. Ce n’était pas le seul but de ce déplacement. Nous venons parler du partenariat politique, de notre responsabilité à l’échelle du monde, de notre relation bilatérale, de notre présence ici en Chine, de la présence de la Chine en Europe, de la croissance, de tous les sujets ».

 

QUESTION : « Monsieur le Président, cela fait un an bientôt que vous êtes arrivé au pouvoir. Cela fait un an que vous sillonnez le monde. Qu’est-ce que ces voyages, votre fonction, vous ont appris de la crise et de la façon dont elle touche singulièrement l’Europe et la France ? »

 

LE PRESIDENT : « Oui, je sillonne le monde, je vais partout où je dois aller. Il est exact que, dès le lendemain de mon élection, j’ai été dans les grandes instances internationales : G8, G20, sommet de l’OTAN… Je me suis rendu dans la plupart des grands pays. J’ai voulu aussi – j’ai évoqué tout à l’heure la rencontre Asie-Europe – aller partout où il y avait un échange entre les continents.

Qu’est-ce que je retiens ? C’est que la crise qui a éclaté en 2008 venant d’Amérique, aujourd’hui, c’est une crise européenne. C’était une crise financière, c’est devenu une crise des dettes souveraines. Ces crises-là sont, non pas derrière nous, mais sont en voie de règlement. Des mesures ont été prises contre la finance dérégulée ; la zone euro a été stabilisée ; sur les dettes souveraines, des programmes ont été menés. Aujourd’hui, il n’y a plus de risque sur un pays – le dernier en date était Chypre. Mais c’est en Europe qu’il y a la crise de la croissance.

Donc, ce que je retiens depuis un an, c’est que si l’Europe ne prend pas véritablement en main, à la fois, son union politique, sa capacité d’agir sur le plan économique et monétaire et un clair soutien à la croissance, en même temps que l’on règle les difficultés budgétaires, alors, l’Europe peut être déclassée. L’Europe, c’est la première puissance économique du monde : elle doit reprendre sa place.

Le rôle de la France, c’est, bien sûr, de mettre en ordre ses finances (nous l’avons fait, enfin, nous le faisons, nous continuerons à le faire), d’améliorer sa compétitivité parce que le déséquilibre entre la France et la Chine, sur le plan commercial, s’inscrit dans un déséquilibre global (plus de 60 milliards de déficits du commerce extérieur et ce chiffre, ce n’est pas celui de 2013 : c’est celui de 2012, de 2011, de 2010, 2009). Mais la France, son rôle, c’est de faire en sorte que l’Europe reprenne le chemin de la croissance et pour cela, il faut prendre des mesures de compétitivité dans chacun des pays en même temps.

Il y a eu des pays qui ont anticipé. Les pays en excédent doivent relancer leur demande intérieure en Europe. Il doit y avoir une meilleure coordination des politiques économiques et des trajectoires budgétaires qui doivent être compatibles avec ce que nous voulons en termes de reprise de l’activité.

Parce que moi, je ne peux pas admettre, comme président français, que l’Europe soit regardée comme une difficulté, comme un problème. Comme on le dit souvent, l’Europe ne doit pas être un problème ; elle doit être une solution, une solution pour régler les problèmes globaux et une solution pour la croissance à l’échelle du monde.

Une dernière question chinoise… Allez-y ! Madame ».

 

QUESTION : « Quelle coopération envisagez-vous dans le domaine agroalimentaire ? Avez-vous des craintes sur la sécurité alimentaire ? »

 

LE PRESIDENT : « Oui. D’abord, je n’ai pas peur de manger du poulet autant qu’il le faudra pour vous en faire la démonstration ! Mais il ne faut pas avoir peur de manger du porc qui vient de France, car nous voulons aussi développer la charcuterie française, ici, en Chine. Il faut respecter les normes sanitaires. Ici, vous y êtes attentifs et nous, en France, nous sommes vigilants. D’où toutes les garanties que nous pouvons vous donner, pas simplement sur la charcuterie – Martine AUBRY m’en voudrait si je ne citais pas la confiserie, la boulangerie, la pâtisserie, bref tous les produits qui viennent de France et qui, je vous le confirme, sont excellents et j’en mange plus que de raison !

Sur la question, ensuite, de la coopération. Vous avez raison d’insister : la coopération sur la grippe aviaire, oui, nous sommes tout à fait prêts à la renforcer avec la Chine et la Chine elle-même est consciente du sujet. Nous faisons en sorte que nous puissions donner toute notre contribution scientifique. Je rappelle que, demain, je visiterai l’Institut Pasteur en Chine et que cet Institut, comme toujours, contribue justement à la recherche contre tout ce qui peut atteindre notre santé.

Merci à tous et pardon pour le retard ».

Allocution du président de la République devant la communauté française de Pékin

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Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral

Discours devant la communauté française à Pékin

Mesdames, Messieurs,

Mes chers compatriotes,

Je remercie Madame l’ambassadeur de nous avoir prêté son lieu de travail et de résidence. Je vous prie de nous pardonner pour le retard. Mais, c’est bon signe, cela veut dire que nous avons discuté longuement avec les autorités chinoises et notamment le président Xi JINPING. Je sais que vous êtes en attente de savoir ce que je viens vous dire des relations entre la France et la Chine au terme de cette première visite. Je viens vous confirmer qu’elles sont bonnes, voire meilleures encore que nous ne pouvions le croire et l’imaginer.

Je viens pour cette première visite comme président, comme premier chef d’Etat européen reçu par le nouveau président chinois. Je viens à la tête d’une importante délégation avec des ministres, beaucoup de ministres, avec également Jean-Pierre RAFFARIN, ancien Premier ministre, mais qui travaille toujours à la relation entre la France et la Chine, avec Martine AUBRY qui est l’envoyée spéciale de Laurent FABIUS, ministre des Affaires étrangères. Je viens avec les présidents des groupes d’amitié des deux assemblées, avec des parlementaires, avec des élus locaux, avec le président de la région Rhône-Alpes, Jean-Jack QUEYRANNE qui est lié à la région de Shanghai.

Je viens avec de nombreux chefs d’entreprise, parce qu’il y a un déséquilibre de notre commerce extérieur et parce qu’il y a surtout une présence d’entreprises françaises qui justifie que nous mettions encore davantage de nos moyens – ceux de l’Etat, mais surtout les talents des entreprises, des entrepreneurs, des cadres que vous êtes ici pour beaucoup – pour faire que la France puisse être davantage présente et davantage en lien avec les besoins de la société chinoise.

Je vous le disais, les relations sont bonnes, elles sont même excellentes. Cela tient à l’Histoire pour beaucoup. Je sais ce qu’a représenté – ce n’est pas simplement parce qu’il y aura l’année prochaine le cinquantième anniversaire, mais parce que cela reste gravé dans les mémoires –, ce qu’a représenté la reconnaissance par la France, le général de GAULLE en 1964 de la Chine populaire.

C’est vrai que cela avait été précédé par des tentatives, en tout cas des discussions : Pierre MENDES FRANCE au lendemain de la conférence de Genève ; Edgar FAURE qui a toujours voulu être un précurseur et qui avait même déclaré qu’il fallait opposer aux hommes de la Longue marche, la diplomatie des grandes murailles, je ne sais s’ils ont compris tout à fait le sens de cette formule… Nous, nous, connaissions Edgar FAURE et son talent, mais cela voulait dire quoi ?

Cela voulait dire que, déjà, avant même que le général de GAULLE fasse ce choix historique, il y avait dans notre vie politique des hommes qui s’étaient déjà engagés dans cette voie. Depuis, il y a eu une continuité de président à président, il y a toujours eu cette même volonté, au-delà des vicissitudes de la vie internationale ou de la vie politique, de garder le lien entre la France et la Chine.

Un partenariat stratégique a été voulu en 1997, il s’est même renforcé en 2004. Ma visite aujourd’hui permet de lui donner encore davantage de contenu. D’abord, en termes de procédure, de méthode : rapprocher autant qu’il est possible la France et la Chine sur les grandes questions internationales, sur la gouvernance du monde. Nous n’avons pas le même régime, nous n’avons pas la même société, nous n’avons pas la même taille, nous n’avons pas la même population, mais il y a des principes qui nous unissent, des principes de politique extérieure, l’indépendance, la souveraineté, le dialogue, la volonté d’un monde multipolaire.

Ceci explique que la France et la Chine se retrouvent toujours sur un certain nombre de thèmes, encore aujourd’hui, par rapport à la lutte contre la prolifération nucléaire, avec la question de la Corée du Nord où la Chine doit prendre aussi ses responsabilités pour user de son influence ; avec la question de l’Afrique où c’est la France qui a pris ses responsabilités en intervenant, au nom de la communauté internationale, au Mali. La Chine peut comprendre les raisons. D’ailleurs, elle nous a soutenu, parce que la Chine – présente en Afrique et consciente comme nous de ce que ce continent peut représenter en terme de développement – sait qu’il y a nécessité d’assurer la sécurité, de lutter contre le terrorisme.

Nous nous retrouvons même, France et Chine, sur les grandes questions du système monétaire international. J’ai salué ce qu’avait fait la Chine depuis plusieurs années, en tout cas depuis plusieurs mois, pour commencer à internationaliser le Yuan, à l’apprécier, en fonction de ce qu’est l’économie réelle de la Chine. La réforme du système international doit unir la France et la Chine pour une meilleure stabilité entre les parités.

Nous sommes également conscients qu’il convient d’avoir une meilleure gouvernance économique du monde. La Chine est même candidate à la présidence du G20. Je ne la décourage pas parce que je pense que c’est une bonne chose que la Chine puisse s’engager à poser des règles avec nous, des règles pour le commerce, des règles pour l’économie, des règles pour la monnaie, des règles pour la coordination des politiques à l’échelle du monde.

Sur la question du climat, elle n’est pas ici simplement une abstraction compte tenu de la pollution et des risques pour l’environnement qui ont produit des catastrophes naturelles. A propos de catastrophes, j’ai rappelé la solidarité de la France par rapport à ce terrible tremblement de terre. La Chine est consciente qu’il lui faut aussi, avec la France, participer à la lutte contre le réchauffement. Elle soutient l’initiative que j’ai prise, avec le ministre des Affaires étrangères, la ministre de l’Ecologie, d’organiser la conférence climat en 2015 à Paris. Là, il faudra obtenir des résultats concrets, car toutes les études dont nous disposons confirment que le réchauffement climatique ne sera pas de 2 ou 3 degrés, mais peut-être de 4 degrés ; que nous aurons à en faire le constat à la fin du siècle, avec toutes les catastrophes que cela peut générer.

Voilà pourquoi le partenariat doit avoir un contenu, doit avoir un sens, doit avoir une traduction si nous voulons que l’amitié entre la France et la Chine ne soit pas autre chose qu’un rappel rituel, heureux de cette reconnaissance de 1964. Nous aurons à célébrer ce moment, l’année prochaine. J’ai d’ailleurs invité le Président XI Jinping à venir à Paris pour une visite d’Etat.

Il y aura beaucoup d’évènements culturels qui seront organisés pour ce 50ème anniversaire. Je suis sûr que vous y participerez, parce que j’ai tenu à m’adresser à vous, c’est vous qui faites vivre la relation entre la France et la Chine. Vous êtes la communauté française la plus importante et vous faites en sorte que vous puissiez être utile, non pas simplement aux entreprises que vous représentez, à l’Etat si vous êtes fonctionnaires, aux élèves si vous êtes enseignants, aux associations si vous les représentez… Bref, dans toute votre diversité vous voulez être utiles, non pas simplement à ceux qui vous ont envoyés ici, vous voulez être utiles à la France et à la Chine. Je veux vous en remercier.

Je voulais aussi vous dire que nous avons une ambition, en tout cas une volonté, c’est de continuer à développer nos échanges avec la Chine. Si nous voulons rééquilibrer le commerce extérieur, il faut le faire parce qu’à partir de 25 à 26 milliards pendant plusieurs années, cela commence à être un problème pour France, mais aussi pour la Chine ! Enfin, c’est ce que nous essayons de lui dire…

Nous devons faire en sorte que ce soit un rééquilibrage par le haut : on ne va pas réduire nos échanges pour faire que nous ayons moins de déficit, cela s’appellerait la déflation. Certains y songent, mais ce n’est pas ma position. On ne va pas non plus faire du protectionnisme, on ne va pas rentrer dans une guerre des monnaies.

Comment faire ? Nous avons à être plus compétitifs – c’est ce que nous nous efforçons de faire comme politique depuis un an. Il y a aussi nécessité de faire en sorte que la zone euro puisse être stabilisée – c’est le cas – et de faire aussi que nos entreprises puissent être accompagnées autant qu’il est possible - les grandes n’ont pas forcément besoins de nous. Mais je me suis félicité qu’il y ait des grandes entreprises qui soient présentes en Chine et qui nous ont accompagnés – pas simplement dans l’aéronautique et dans le nucléaire, même si ce sont les deux piliers de la coopération et nous avons d’ailleurs signé des accords importants sur le nucléaire et sur l’aéronautique.

Mais ce que nous devons faire, c’est faire venir des petites entreprises et des moyennes, des entreprises intermédiaires. C’est pourquoi j’ai voulu visiter l’une d’entre elles, ici à Pékin l’entreprise BERNARD CONTROLS pour que nous ayons vraiment ce message, à la fois, aux autorités chinoises – regardez ce que nous sommes capables de faire ! – et également aux entreprises de France en disant : voilà ce que plusieurs ont déjà fait et que vous pouvez faire ! Mais là, il faut accompagner, c’est le rôle de l’ensemble des services qui contribuent à la promotion de nos produits, à l’accompagnement des entreprises. Ce sera aussi le rôle de la Banque publique d’investissement qui prend le relais d’OSEO.

Rééquilibrer le commerce extérieur pour faire plus d’emplois en France, cette question est posée. Je le comprends dans cette période où le chômage ne cesse d’augmenter depuis 5 ans : 1 million de chômeurs depuis 5 ans et cela continue, même si j’ai annoncé que tout l’engagement du gouvernement c’était de faire inverser la courbe du chômage d’ici la fin de l’année. Mais il n’y a pas de croissance, il va donc falloir trouver des dispositifs. C’est ce que nous avons introduit, mais l’emploi vient de la croissance, donc des entreprises.

Nous devons donc faire en sorte que nous puissions, par une compétitivité accrue, par une meilleure présence développer l’emploi en France. Souvent, je le disais, il y a une peur quand une entreprise française vient en Chine, on craint que cela ne soit au détriment de l’emploi en France, avec une motivation qui serait simplement le coût du travail. Nous devons donc faire en sorte que, dès qu’il y a un investissement français en Chine, il soit porteur d’emplois en France. Nous avons d’ailleurs établi cette relation, cette corrélation entre un investissement lorsqu’il est bien mené dans un grand pays comme la Chine et le courant d’exportation qu’il peut nourrir et l’emploi qu’il peut favoriser.

Cela doit être la grande question qui doit nous mobiliser, nous rassembler. Il y en a qui nous sépare, cela peut arriver ! Vous suivez les évènements, j’imagine, les moyens d’information viennent jusqu’à vous. Il y a parfois des sujets qui divisent, cela dure un temps. Puis après il y a une forme de conviction que la société doit avancer, doit toujours être une société d’égalité, de liberté, ce qui fait le sens de la République.

S’il y a des sujets qui divisent, il y a des sujets qui rassemblent. L’emploi, la croissance, la place de la France dans le monde sont des sujets qui doivent rassembler tous les Français. J’ai évoqué la délégation qui m’accompagne, toutes les sensibilités politiques sont représentées, parce que quand il s’agit de l’essentiel, il n’y a plus de clivage qui doit nous séparer.

Alors, je reviens vers vous, communauté française importante, dynamique, jeune, diverses. Beaucoup d’étudiants aussi ! J’irai à Shanghai visiter une université où il y a beaucoup d’étudiants français. Moi, ce que je veux pour la relation entre la France et la Chine, c’est qu’on favorise la mobilité, qu’on lève les restrictions en matière de visas, qu’il y ait davantage d’étudiants chinois qui viennent en France, davantage de chercheurs, davantage d’artistes, davantage d’entrepreneurs. J’ai lancé un appel à l’investissement chinois en France - faut-il encore que les entrepreneurs puissent venir ! Nous devons créer ce lien humain, ce lien culturel et c’est vous qui largement y contribuez.

La présence de la France en Chine remonte à loin. Vous n’étiez peut-être pas encore là, mais en 1688 – il m’est rappelé et j’en remercie Madame l’Ambassadeur – Louis XIV prit la décision d’envoyer des missionnaires. Voyez ce que vous êtes devenus ! D’une certaine façon, vous êtes aussi en mission ici pour favoriser les échanges. Il y a une grande admiration, le mot est peut-être fort, et encore.

Je parlais au président chinois dans ce dîner, j’ai été surpris, mais heureusement surpris, par sa connaissance de la littérature française. Il me disait qu’il avait lu Flaubert en chinois, il savait même qu’il était de Rouen, il avait lu Les Misérables, il se réjouissait que Tocqueville fasse un bestseller en ce moment. C’est dire s’il y a un regard qui est porté sur notre culture, sur notre histoire, sur l’apport de la France aux valeurs universelles. Nous devons en tirer pas simplement une fierté, mais aussi un enseignement.

Cela veut dire que nous devons continuer à porter la langue française, la culture française, c’est ce que vous faites. Faut-il encore qu’il y ait des établissements qui le permettent : à la fois des instituts culturels qu’il nous faut préserver et des établissements scolaires – et je sais que c’est quand même un grand problème pour vous : scolariser les enfants dans de bonnes conditions, sans qu’il en coûte excessivement.

Il y a la construction d’un lycée à Pékin. On m’a présenté la maquette, cela tombait bien, le proviseur était de Tulle. L’architecte était de grand talent et, après, on m’a dit il ne manque que 7 à 8 millions d’euros. Je lance un appel : entreprises françaises comprenez bien que l’Etat doit faire son devoir, mais que si nous voulons qu’il y ait des cadres, des techniciens qui viennent ici en Chine, il faut aussi avoir des établissements scolaires. Cela fait partie de ce que nous devons faire et de ce que vous attendez des pouvoirs publics et des entreprises. 45 000 Français vivent ici en Chine, 5000 à Pékin. Je veux vous rappeler que vous êtes pleinement des citoyens français et que tous les services de l’ambassade, des consulats sont à votre disposition. Nous devons vous accompagner dans votre travail ici et saluer ce que vous faites.

Je veux enfin terminer sur la jeunesse. J’évoquais la présence de beaucoup d’étudiants. Nous devons encore l’amplifier, parce que si nous voulons que l’amitié entre la France et la Chine demeure, puisse même s’intensifier dans les années qui viennent, faut-il encore cette relation personnelle et humaine. On ne pourra pas toujours dire, « il y a cinquante ans, le général de GAULLE… » – surtout qu’il n’y aura plus il y a cinquante ans, les années passant ! On ne peut pas vivre simplement avec les grands moments de notre histoire. Ils existent, ils sont dans nos consciences, mais c’est l’histoire de demain que vous devez, vous, faire. C’est pourquoi je tenais à vous exprimer toute notre gratitude pour faire l’avenir de la relation entre la France et la Chine. Merci ».

 

 

Interview

Type de contenu : VidéoBernard BIGOT

Type de contenu : VidéoChristian POYAU

Type de contenu : VidéoMarc de GARIDEL

Type de contenu : VidéoJean Loup DUROUSSET

Type de contenu : VidéoMartin ROBAIN

Type de contenu : VidéoGuy DARTOIS

Deuxième journée

Type de contenu : Album photosLes photos

Inauguration de l’école d’ingénieurs PARIS TECH-SHANGHAI JIAO TONG

Type de contenu : VidéoLe discours en vidéo

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral

Discours à l’Université de Jiao Tong à Shanghai

Monsieur le Président de l’Université de Jiao Tong,

Mesdames et Messieurs les ministres qui m’accompagnez,

Je veux dire d’abord tout l’honneur qui m’est fait et qui est fait à la France, par l’invitation ici dans cette grande université, dans l’une des plus prestigieuses de Chine. Une université qui a fait trois Prix Nobel de physique et qui a même eu comme étudiant un ancien président de la République populaire de Chine – c’est dire si elle est capable de produire de l’excellence.

Je salue les professeurs – dont je connais la réputation – et je veux m’adresser aux étudiants. Aux étudiants chinois qui aujourd’hui peuvent se réjouir de cette coopération avec Paris Tech, puisque nous allons pouvoir échanger nos connaissances mais également pouvoir produire des diplômes qui nous seront communs, avec la possibilité pour ces étudiants, d’utiliser leur savoir, ici en Chine, ou partout dans le monde et notamment en France.

Je veux également dire un mot aux étudiants français – s’il y en a dans cette salle et j’en vois, j’en devine la présence – pour leur dire qu’ils ont de la chance d’effectuer une partie de leur cursus universitaire ici dans cette grande université à Shanghai.

Shanghai, ils ne sont pas dépaysés les étudiants français ! On appelait cette ville le « Paris de l’Orient ». Bientôt on dira de Paris que c’est presque le « Shanghai de l’Occident », enfin je le souhaite d’un certain point de vue, si cette appellation signifiait de la technologie, de la recherche, du développement économique. C’est d’ailleurs ce que fait Paris, qui veut être une vitrine pour le numérique et une grande ambition pour la recherche et pour l’université.

Shanghai, c’est le symbole de la réussite de la Chine qui, en à peine trente ans – et c’est inédit dans l’histoire de l’humanité – a été capable de se hisser au deuxième rang en terme de puissance économique du monde.

De ce parcours exceptionnel, Deng Xiaoping, qui l’a initié, en a décrit la méthode – elle peut valoir d’ailleurs pour la Chine comme pour d’autres pays – « Nous traversons la rivière en nous appuyant sur les pierres, à tâtons», disait-il, pour ne jamais tomber. C’est ce que chaque pays doit faire à son rythme et selon les circonstances, franchir la rivière, être capable de faire toutes les étapes, ne pas prendre la pierre trop loin car elle serait inaccessible, être sûr avec ce bon rythme, cette bonne méthode d’arriver de l’autre côté.

C’est ce que vous avez réussi à faire, ici en Chine, avec une croissance de près de 10% par an, mais qui néanmoins – le Président Xi JINPING me le confiait – ne veut pas dire que la prospérité soit totale en Chine. Il y a encore de grands potentiels de développement, de grandes inégalités à réduire et la France est prête à être à vos côtés pour cette nouvelle étape du développement de la Chine autour de la connaissance, autour de la science, autour de la formation, autour de l’université.

Nous sommes deux grands pays, la France et la Chine. Nous ne sommes pas de la même taille, avec la même population. Mais nous avons depuis longtemps eu l’exacte conscience que notre richesse, c’était notre population, notre jeunesse, à condition de lui donner toutes les conditions de réussir, de se former et d’être au plus haut niveau de la connaissance. C’est ce que vous faites ici.

L’avenir de la Chine est à l’image de sa grande histoire. J’ai salué ce qui s’était produit pendant ces 30 dernières années, montré le caractère exceptionnel de cette croissance, de ce développement. En même temps, la Chine retrouve sa place, celle qu’elle occupait dès l’Antiquité et également au milieu du XVIème siècle où la Chine représentait déjà une puissance. Il n’y avait pas encore les statistiques pour mesurer le PIB, mais les historiens rappellent qu’au XVIème siècle et XVIIème siècle, la Chine représentait 30% de la production et des échanges du monde.

La Chine, c’est un grand pays avec une culture dont les trésors sont admirés depuis longtemps. La Chine, c’est un Etat « plus vieux que l’Histoire » comme le disait le Général de GAULLE qui, au nom de la France, a reconnu en 1964 – premier pays occidental à le faire – la Chine populaire. Ce qui fait que notre amitié, aujourd’hui, est si grande, à travers des actes qui ont été posés par l’Histoire.

L’amitié, cela s’entretient, se travaille, se prolonge. Aujourd’hui, ce n’est plus simplement par la politique, mais par l’économie, par le développement de nos coopérations et notamment dans le domaine scientifique. Là encore, ce n’est pas nouveau, nous n’inventons rien. Louis XIV avait envoyé en Chine les « mathématiciens du Roi » et l’Empereur Kangxi avait permis de les accueillir en signant un édit de tolérance. Déjà, dans un autre temps, dans une autre époque, au temps des monarchies et des empires, la France et la Chine avaient compris qu’il y avait des liens autour de la science qui devaient nous unir.

Le philosophe VOLTAIRE, qui n’était jamais venu en Chine, considérait néanmoins que la Chine était « la nation la plus sage et la mieux policée de l’Univers ». Il en faisait une référence parce qu’il disait que le système mandarinal chinois était fondé sur le mérite et non sur l’argent ou la naissance. Nous pouvons garder ce principe : le mérite doit l’emporter sur la naissance et sur l’argent. La Chine a passionné les philosophes français comme d’ailleurs les philosophes français ont passionné la Chine et ont inspiré la première révolution.

Voilà pourquoi nous devons être exigeants envers nous-même. Parce que nous avons – nos deux pays – des principes qui unissent : cette confiance dans la science, dans le progrès, dans le développement des échanges.

Je souhaite aujourd’hui – m’adressant à vous jeunes étudiants chinois, jeunes étudiants français – vous dire que vous être responsables de l’amitié entre la France et la Chine. Posons-nous la question : pourquoi une amitié ? Pourquoi cette relation si elle n’est pas utile au monde entier ?

Parce que nos deux pays ont des valeurs universelles. Nous voulons peser sur le destin de l’humanité et de la planète. Nous n’avons pas le même système politique, pas toujours les mêmes conceptions – nous pouvons nous différencier. Mais nous devons ensemble – d’abord, nous dire franchement les choses, j’y reviendrai – mais relever les grands défis de la planète.

Le premier défi que nous avons à relever, c’est d’unir l’Europe et l’Asie. L’Europe est la première puissance économique du monde. L’Asie est le moteur de la croissance du monde. Il ne s’agit pas d’écarter les autres, il s’agit de comprendre nos rôles respectifs.

L’Europe parce que c’est un continent ouvert.

L’Europe parce que c’est un continent qui a décidé de s’unir.

L’Europe parce que c’est un continent qui traverse une crise et qui veut en sortir.

La Chine parce qu’elle est capable de trouver, en elle-même, un potentiel de développement. Mais elle a besoin de l’Europe. Elle a besoin d’une économie forte en Europe. Elle a besoin d’une science partagée, des technologies que nous pouvons échanger.

La France qui pèse en Europe est prête à favoriser la relation avec la Chine. Parce que nous avons la croissance que nous devons partager. L’Europe est le premier partenaire commercial de la Chine, la principale destination des exportations asiatiques. La conclusion est simple, il n’y aura pas de reprise en Europe sans la Chine, sans l’Asie. Mais il n’y aura pas non plus de développement durable en Chine sans l’Europe.

Nous avons besoin de nos deux pôles : l’Europe, la Chine. Chacun doit prendre ses responsabilités. L’Europe – et la France a pesé pour qu’il en soit ainsi – doit poursuivre ses efforts pour stabiliser, pour préserver la zone euro, c’est fait ; pour améliorer la compétitivité de nos entreprises, nous y travaillons ; pour renforcer la solidarité entre les pays d’Europe, c’est notre ambition à travers une intégration.

La Chine doit également faire des gestes et poser des actes, soutenir la demande intérieure, développer l’internationalisation du Yuan, améliorer le niveau de vie de la population. C’est ainsi, ensemble, que nous réduirons et résorberons les déséquilibres mondiaux.

Vous l’avez rappelé, Monsieur le Président, cette visite d’Etat est d’abord pour rapprocher nos deux pays, pour renforcer le partenariat politique. Mais c’est aussi pour que la France puisse être davantage présente en Chine et que nous puissions satisfaire les besoins de l’économie chinoise dans un certain nombre de domaines, au-delà du nucléaire et de l’aéronautique : l’agroalimentaire, la santé, les transports, le numérique, les énergies nouvelles … Voilà ce qui peut être facteur de croissance pour la France et de développement pour la Chine.

Là encore, les universités peuvent jouer tout leur rôle parce que, pour inventer les technologies de demain, nous avons besoin d’une culture scientifique commune qui permettra à nos entreprises d’être davantage adaptées au marché chinois.

Le deuxième défi que nous avons à relever ensemble, Chine et France, c’est celui du développement durable, de l’environnement.

J’ai rencontré le Premier Ministre ce matin et il m’a dit que la Chine avait besoin d’une nouvelle pensée en matière d’environnement. Nous sommes tous confrontés à cette nécessité d’inventer un nouveau modèle de croissance plus sobre, plus économe d’énergie, qui utilisera justement cette transition pour de nouveaux gisements de progrès et de croissance. C’est également une attente très forte de nos sociétés compte-tenu de la pollution, du réchauffement climatique, des catastrophes qu’il peut engendrer. Nous sommes également comptables par rapport aux générations futures, par rapport à vous, de l’état de la planète que nous allons laisser.

Je ne voudrais pas qu’on puisse opposer croissance et environnement. L’environnement doit être un facteur de croissance et la croissance ne peut pas se faire au détriment des ressources naturelles et des conditions de vie de l’humanité.

C’est pourquoi la France a décidé d’organiser la conférence sur le changement climatique pour qu’elle se termine par un succès qui sera regardé, là aussi, comme un élément de sortie de la crise. La Chine appuie notre démarche et j’en suis heureux, le Président XI Jinping me l’a confirmé ce matin.

Je sais aussi ce que représente l’enjeu du développement durable pour la Chine avec une population urbaine qui ne cesse d’augmenter, de nouvelles villes qui sont en train d’être bâties. Pas simplement dans la Chine de l’Est mais dans la Chine du Centre, de l’Ouest, là où les évolutions vont être les plus rapides maintenant. La France est prête à y consacrer tous les moyens technologiques, économiques, humains. Je souhaite que les universités puissent pleinement prendre leur place dans ce projet.

Enfin, le dernier défi que nous avons à relever, Chine et France, est de travailler à un nouvel équilibre du monde, à un nouvel ordre international.

Nous n’avons pas le même système politique, nous n’avons pas toujours les mêmes conceptions. Mais nous partageons l’idée que le monde doit trouver un nouvel ordre, un nouvel équilibre, un nouveau partage, de nouvelles règles. Nous sommes pour une gouvernance mondiale.

D’abord, une organisation du commerce, fondée sur la réciprocité. Ensuite, un système monétaire international qui puisse faire que les monnaies correspondent à l’état de chacune des économies. Et enfin, une capacité à décider, au niveau mondial, de lutter contre la finance grise ou noire, contre les paradis fiscaux, contre les trafics, contre la corruption à l’échelle internationale. Voilà des thèmes qui doivent nous rassembler.

Ce que nous devons éviter aussi, c’est la peur que pourrait inspirer, en Europe, le développement des pays émergents. La peur que pourrait rencontrer un certain nombre de mes concitoyens par rapport à la croissance rapide d’un pays comme la Chine. La peur de tout ce qui est étranger à nos univers. Nous devons au contraire porter, ensemble, un message d’espérance et de confiance. Dès lors qu’il y a des règles, alors chacun peut comprendre qu’il est interdépendant avec l’autre, qu’il peut être solidaire et que nos destins sont liés.

C’est pourquoi, j’ai voulu aussi, dans cette visite, faire comprendre que lorsqu’il y a des investissements français, ici en Chine, c’est utile dès lors qu’un certain nombre de règles sont respectées pour l’emploi, en France, pour lutter contre le chômage en France, pour favoriser l’activité en France. De la même façon, j’ai souhaité qu’il y ait plus d’investissements chinois en Europe et en France pour montrer justement notre solidarité, pour lier le destin de nos entreprises.

Mais nous pouvons déjà en faire la démonstration avec les universités. Que de grandes écoles françaises – et je salue ici le directeur de l’Ecole polytechnique – soient présentes dans cette université, c’est un signe de confiance et d’espoir. Cela prouve que nous sommes capables de dépasser ce qui peut nous séparer pour nous retrouver ensemble. Pas toujours avec la même langue – nous devons y travailler –, mais avec la même volonté de bâtir un avenir commun.

Pour cela, nous devons nous parler, nous connaître. Nous parler de tous les sujets et je l’ai fait avec les dirigeants de votre grand pays, de tous les sujets politiques à l’échelle internationale, de tous les sujets économiques, de la question de la démocratie, des droits de l’Homme parce que cela fait partie de la franchise avec laquelle nous devons nous parler.

En même temps, nous devons établir des relations de confiance. La meilleure façon de le démontrer est en formant des étudiants. Il y a 35 000 étudiants chinois qui, à un moment ou à un autre, viennent en France. Ils sont les bienvenus et le gouvernement fera tout pour que toutes les mesures nécessaires soient prises pour faciliter les procédures, améliorer les conditions de séjour, permettre aux étudiants chinois de trouver des débouchés pour leurs activités. En Chine, il y a 7 000 étudiants français, dont 3 000 à Shanghai.

L’école que nous venons d’inaugurer dans des disciplines d’avenir (les sciences de l’ingénieur), sera encore une preuve de plus de cette capacité à nous connaître et à nous comprendre. Il y a eu plus de 150 accords entre établissements d’enseignement supérieur, chinois et français, dont 20, rien que l’année dernière.

Parfois, la barrière de la langue peut être un obstacle et je souhaite donc renforcer l’apprentissage du français en Chine et du chinois en France. Il y a plus de 30 000 jeunes Français qui apprennent le chinois aujourd’hui dans nos établissements du secondaire. La francophonie, parler français, est une grande cause. Il ne s’agit pas d’imposer une langue par rapport à une autre. Il s’agit de considérer que la diversité culturelle est une chance pour le monde, d’où la nécessité, ici, d’apprendre le français et en France d’apprendre le chinois. Parce que c’est ainsi que l’on forge des liens humains.

Mesdames et Messieurs, vous avez donc ici des conditions exceptionnelles pour mener vos études. Vous avez ici une université, je ne sais pas à quel rang elle se classe dans le tableau de Shanghai, qui fait référence – que nous contestons parfois ! J’aurais dû m’en douter. Cela ne veut pas dire que ceux qui font les classements le font pour être premiers. Vous démontrez ici l’excellence de l’université chinoise. Savoir que l’université française est maintenant présente fera que vous ne pourrez même plus figurer dans le classement, parce que vous serez hors concours ici à Shanghai ! Merci à la génération qui est devant moi, merci à la jeunesse chinoise, merci à la jeunesse française d’être capable de franchir une nouvelle étape de l’amitié entre nos deux pays.

Allocution devant la communauté française de Shanghai

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Discours devant la communauté française de Shanghai

Mes chers compatriotes,

Pardon pour le retard mais nous l’avions déjà pris hier soir. Nous terminons donc comme nous avons commencé : en retard, mais heureux de cette visite d’Etat !

Je souhaitais vous rencontrer au terme de ce déplacement qui aura duré plus de deux jours, en compagnie de tous ceux qui ont fait partie de la délégation – Valérie, les ministres, les parlementaires, les personnalités du monde économique, culturel ; de tous ceux qui concourent (au-delà des clivages politiques, au-delà des séparations qui en Chine, n’ont plus d’actualité) au développement de la relation exceptionnelle qui existe entre la France et la Chine. C’est une amitié ancienne, historique mais elle doit régulièrement être entretenue, amplifiée, concrétisée.

C’est ce que nous avons fait au cours de ces visites, de ces rencontres avec d’abord le Président chinois, XI Jinping, et aussi avec le Premier ministre et aujourd’hui les autorités de Shanghai. J’ai senti un état d’esprit ouvert à l’égard de la France. Ouvert, c’est ce que nous souhaitons aussi pour le marché. Mais d’abord la politique, d’abord la relation de confiance, avant de parler contrats, exportations, investissements. Cette relation-là devait être établie dans la cohérence, dans la constance, dans la stabilité.

Nous sommes ici à Shanghai – je remercie Monsieur le Consul général de nous accueillir – sous cette tente qui a été dressée. Mais il a fait très beau tout au long de cette visite. Il ne fallait donc pas conjurer un certain nombre de sorts. Nous voulions terminer à Shanghai parce que c’est une ville exceptionnelle. Nous en avons pris la mesure et vous vivez cette réalité chaque jour. C’est ce qu’on a appelé une ville pionnière au sens où on pourrait dire qu’elle est d’avant-garde. Dans les années 20, elle l’était déjà. Elle était considérée comme l’expression du mouvement révolutionnaire chinois.

Ensuite, on l’a surnommée « le Paris de l’Orient », ce qui était un grand hommage pour Paris mais aussi le signe que Shanghai, déjà à cette époque, au début du XXème siècle, représentait un modèle d’élégance, de raffinement, de dynamisme.

Dans les années 1990, quand la Chine a commencé à amplifier son mouvement d’ouverture et de développement, Shanghai avait déjà pris les devants et elle a retrouvé – et avec quelle ampleur ! – sa grandeur. Aujourd’hui, c’est la première destination des investissements étrangers et Shanghai représente le quart du PIB chinois.

Je parlais de tout cela avec le Secrétaire du Parti communiste de Shanghai et je sentais chez lui un peu de regret de voir remonter vers le pouvoir central toutes les recettes qu’il collectait ici. Mais il comprenait et je pense qu’il partageait cette volonté du pouvoir central chinois d’assurer la répartition des richesses et de permettre que toute la Chine accède au développement. Shanghai y contribue. Shanghai est une ville amie de la France. Là-aussi, depuis longtemps. Un certain nombre d’auteurs célèbres sont venus écrire, ici, à Shanghai : Albert LONDRES, André MALRAUX, qui voulaient aussi montrer ce que Shanghai pouvait faire.

La relation entre la France et Shanghai passe aussi par des villes ou des régions. Le lien avec Paris, avec Marseille, avec la région Rhône-Alpes – ici représentée par son président – il y a tout ce réseau, toute cette coopération décentralisée qui fait que Shanghai est une ville rayonnante bien au-delà de la Chine et notamment en France.

Aujourd’hui, c’est vous, Communauté française, qui faites vivre la relation entre Shanghai, la Chine et la France. Vous, entrepreneurs, cadres, médecins, journalistes, professeurs, étudiants… Tous ceux qui contribuent à la vie de la Communauté française et aussi de la vie de Shanghai.

Mille entreprises françaises sont installées à Shanghai. La moitié de nos investissements directs en Chine sont réalisés ici à Shanghai. C’est vous dire si la responsabilité qui est la vôtre est très grande puisqu’il nous faut rééquilibrer le commerce extérieur avec la Chine. C’est ce que j’étais venu vous dire et vous encourager à faire. Nous avons fait en sorte de fixer le cadre avec les autorités chinoises.

Je ne parle pas du partenariat politique même si c’est la condition. Je parle de la volonté commune que nous avons posée de rééquilibrer par le haut notre commerce extérieur. Nous avons un déficit de 26 Milliards, c’est-à-dire presque la moitié de notre déficit global. Le Premier ministre chinois nous a confié qu’il ne voulait pas que l’on considère que la Chine voulait faire des excédents. Cela tombe bien, parce que je ne voudrais pas que l’on considère que la France veuille faire des déficits. Nous avons une ambition commune.

Un rééquilibrage ne peut pas se faire par la réduction de nos ambitions respectives. Le rééquilibrage, ce n’est pas la peur, ce n’est pas la frilosité, ce n’est pas le repli. C’est au contraire la conquête. C’est la victoire de certaines entreprises pour gagner des marchés. C’est la stimulation de nos investissements ici. C’est la promotion d’un certain nombre de secteurs.

Justement, nous avions deux grands secteurs qui contribuaient à notre commerce extérieur en Chine : le nucléaire et l’aéronautique. Nous avons renforcé cette coopération. Mais nous avons identifié cinq autres domaines dans lesquels nous pouvons faire davantage et qui peuvent vous intéresser ici à Shanghai.

L’agroalimentaire : il ne faut pas le réduire à la gastronomie même si c’est une vitrine très importante et je salue ici tous ceux qui y contribuent. La gastronomie y compris dans sa version haut de gamme doit servir à faire venir d’autres produits, d’où l’importance de la filière alimentaire et beaucoup de chefs d’entreprises qui m’accompagnent aujourd’hui participent de cette volonté d’accéder au marché chinois. Nous en connaissons les difficultés, parfois même les résistances, à faire venir la charcuterie, la confiserie et la boulangerie qui trouveraient ici un marché à la mesure de la qualité de nos produits. A nous de convaincre ! Mais c’est un secteur sur lequel le Premier ministre chinois s’est engagé à ouvrir davantage le marché.

Autre secteur, le numérique c'est-à-dire pas simplement les appareils mais les usages. Une étudiante à l’Université de Shanghai m’a dit « qu’est-ce que vous voulez faire en matière de réseaux sociaux ? ». Tout simplement offrir du contenu, montrer que notre industrie des programmes, l’industrie culturelle, peut trouver sa place à travers Internet. Le secrétaire du Parti Communiste chinois de Shangai me disait combien aujourd’hui Internet est en train de mettre complètement en cause – dans cette grande ville – des modes de distribution. Nous le savons. Mais combien cela a aussi généré de nouveaux emplois en matière de transport, de logistique et de fourniture à domicile d’un certain nombre de produits ? De ce point de vue-là, il y a aussi à prendre des leçons. A nous d’investir cette nouvelle économie.

Autre secteur – je n’irai pas beaucoup plus loin – il y a l’énergie nouvelle, il y a tout ce qui a trait aussi à certaines industries de consommation et à la santé.

Nous avons lancé un club santé, tout à l’heure à l’Institut Pasteur, avec des entreprises de toutes tailles dont les plus grandes – je salue ici Monsieur MERIEUX qui a joué un rôle tout à fait essentiel pour la présence du secteur de la santé en Chine et qui l’a fait patiemment. Cela fait 30 ans qu’il s’y consacre et ce n’est pas terminé. Nous avons lancé ce club santé avec des grandes entreprises, des petites, des moyennes et des entreprises intermédiaires. Parce que, là aussi, l’ampleur de la population, les besoins en matière sanitaire, mais aussi la prévention, l’accès au soin, la coopération hospitalière…, tout cela offre des perspectives considérables. Mais à condition que nous soyons partie prenante des programmes de recherche. C’est ce que nous allons faire.

Je voulais vous donner tous ces éléments d’information que vous puissiez maintenant vous déployer à la mesure de vos talents et de vos compétences. Pourquoi je plaide dans ce sens ? Non pas simplement par rapport à un objectif de réduction de notre déficit du commerce extérieur – même si c’est très important parce que lorsque nous avons un déficit du commerce extérieur, nous avons un déficit de la balance des paiements, donc nous sommes plus vulnérables, il n’y a pas que les comptes publics qui doivent être redressés, il y a aussi la compétitivité du pays !

Mais je le dis aussi pour l’emploi, voulant combattre une idée souvent reçue en France qui voudrait que chaque fois qu’il y a un investissement dans un grand pays comme la Chine cela pourrait être défavorable pour l’activité économique dans notre propre pays et notamment pour l’emploi. Mais c’est exactement l’inverse et nous avons démontré que, chaque fois que nous pouvons créer avec des innovations, avec de la qualité, avec du savoir-faire, de l’investissement, de l’activité, de l’emploi ici en Chine, cela a un effet direct sur la création d’emplois en France.

Ce que vous faites, ce n’est pas simplement pour vos entreprises, lorsque vous êtes cadres ou techniciens d’une entreprise présente à Shanghai et en Chine. Ce que vous faites, vous le faites pour votre pays et pour l’emploi en France.

 

Vous connaissez les chiffres du chômage : 1 million de chômeurs en plus ces cinq dernières années et une augmentation continue avec l’inquiétude pour beaucoup de savoir s’ils vont même garder leur propre emploi et l’angoisse pour ceux et celles qui l’ont perdu.

 

Notre premier devoir, notre seul devoir, c’est d’agir pour l’emploi. Nous avons pris des mesures en France, vous les connaissez : emplois d’avenir, contrats de génération, réforme du marché du travail, pacte de compétitivité, crédit d’impôt pour favoriser l’embauche et l’investissement. Tout cela est nécessaire, c’est le socle.

 

Mais ensuite ces instruments, ces outils doivent être au service d’une politique. Ce que nous faisons pour le soutien de notre commerce extérieur, ce que nous faisons pour l’investissement de nos entreprises, ce que nous faisons pour conquérir des marchés, nous le faisons pour l’emploi. C’est pourquoi je voulais vous remercier ici pour les efforts que vous consacrez.

 

Nous sommes rassemblés, vous êtes une des communautés françaises les plus importantes à l’étranger : près de 20 000, beaucoup de jeunes, je le vois ! 3 000 étudiants français sont accueillis par les universités de Shanghai. J’en ai rencontré quelques-uns, c’était pour une belle cérémonie à l’occasion de l’inauguration de l’école d’ingénieurs Paris TECH au sein de l’université Jiao Tong. J’ai constaté que toutes nos grandes écoles, toutes nos grandes universités sont présentes ici, avec la perspective de diplômer des étudiants chinois avec les mêmes critères d’excellence qu’en France et avec la même volonté de pouvoir partager un certain nombre de recherches et de technologies.

 

Ces étudiants français, qui sont ici en Chine, contribuent à améliorer les relations, à faire comprendre ce qu’est notre pays, à attirer aussi des étudiants chinois en France car cela a été une de mes volontés, au lendemain de l’élection présidentielle : faciliter la mobilité ; permettre la circulation ; ne pas avoir de restrictions pour que des jeunes chinois étudiants, chercheurs, artistes, entrepreneurs et même touristes, puissent venir en France sans formalités, sans contraintes.

Beaucoup d’étudiants chinois m’ont posé la question « Est-ce que nous pourrons venir faire une partie de nos études en France ? » comme si nous pouvions mettre des obstacles. Les visas seront facilités pour les étudiants chinois qui voudront venir en France. Nous ferons en sorte que ceux qui, après un parcours universitaire en France, veulent travailler pendant une courte période, puissent le faire. C’est pourquoi nous avons abrogé une circulaire qui empêchait ces jeunes étudiants, souvent très brillants, de pouvoir, pour un temps, servir nos entreprises, y compris pour venir accéder au marché chinois.

 

La mobilité, la circulation, l’échange…, vous en êtes ici les témoins et les acteurs. Il y a 150 accords de coopération entre les universités françaises et les universités de Shanghai, dans tous les domaines : commerce, management, sciences de l’ingénieur, économie et même sciences-politiques parce que, là aussi, nous avons à faire la promotion de nos valeurs et de nos principes.

 

Je voulais terminer par la culture. Mais avant de parler de la culture, par la langue. Vous, vous avez fait, pour certains j’imagine, l’effort de parler chinois. Nous devons en France former davantage nos lycéens pour l’exercice du chinois, l’apprentissage du chinois. Il y en a 30 000 aujourd’hui, nous pouvons faire davantage. Sans que cette filière puisse être un moyen d’accéder aux meilleurs établissements parisiens, essayons de diffuser aussi l’apprentissage du chinois partout en France et dans tous les établissements.

 

Nous devons aussi faire en sorte qu’ici à Shanghai, en Chine, on apprenne le français. J’avoue qu’à l’université où j’étais, j’ai eu une belle démonstration - peut-être préparée, c’est possible - où les étudiants qui m’interrogeaient, parlaient en français même quand ils étaient en première année de l’institut des langues. J’ai félicité les enseignants. C’était impressionnant. J’avais l’impression qu’ils comprenaient mes réponses, ce qui était encore plus impressionnant. C’est bien que nous puissions favoriser l’apprentissage du français, non pas simplement parce que c’est notre langue, mais parce que la francophonie fait partie de la diversité culturelle et même de l’exception culturelle.

 

Aujourd’hui, il y a 300 millions de personnes dans le monde qui parlent le français. Grâce à l’augmentation de la population en Afrique, nous pouvons penser qu’il y en aura 750 millions dans 30 ans. Ce que nous voulons, c’est que l’on parle français sur tous les continents et ici en Chine aussi. J’ai l’impression qu’on parle un peu plus anglais, cela ne m’a pas échappé non plus, y compris dans la formation des élites chinoises. Là-aussi, faisons en sorte de défendre, de promouvoir le français. Pour cela il faut qu’il y ait – Monsieur le ministre des Affaires étrangères ne me contredira pas – des instituts qui diffusent la culture et la langue françaises. Nous veillons, malgré les contraintes budgétaires, à préserver ce patrimoine, car cela en est un.

Et puis, nous devons permettre à la Communauté française, très jeune, donc avec des enfants – puisque la contrainte de l’enfant unique ne pèse pas sur vous – nous devons faire en sorte que vous puissiez avoir vos enfants scolarisés dans de bonnes conditions. Ce n’est pas facile et je sais ce que cela représente en termes de coût. Il y a le projet d’extension du lycée. Madame l’ambassadeur, Monsieur le Consul général m’en ont parlé, le ministre des Affaires étrangère a fait encore une démarche exceptionnelle il y a 15 jours, j’en ai reparlé aux autorités de Shanghai… Nous devons avoir l’acquisition d’un terrain. Ce n’est pas facile mais cela fait partie, là aussi, des obligations qui doivent être les nôtres.

Enfin, un dernier mot sur ce que l’on peut imaginer pour la Chine. C’est un immense pays qui va connaître encore une période de croissance et de développement considérable ; une population urbaine qui va continuer de progresser ; des besoins qui vont être de plus en plus ceux de consommateurs ; un potentiel touristique, ici en Chine, mais aussi de touristes chinois qui vont vouloir découvrir l’Europe et notamment la France.

Il y a plusieurs manières d’appréhender cet avenir de la Chine. Soit le faire avec crainte, en se disant que l’Europe, décidément, laisse passer son destin historique : cela en est terminé, le centre du monde se déplace et maintenant, c’est ici en Asie que l’avenir du monde se dessine. Moi, je pense que ce n’est pas la bonne approche.

Il faut avoir, au contraire, grande confiance en nous-mêmes. Il faut que l’Europe, d’abord l’Europe, comprenne qu’elle est la première puissance économique du monde ; qu’elle ne peut pas simplement donner le spectacle d’une zone euro qui a besoin de stabilité – à laquelle d’ailleurs les Chinois ont contribué ; qu’elle doit montrer qu’elle est un continent dynamique, créateur, imaginatif, avec un énorme potentiel de recherche, d’innovation, avec des entreprises de toute taille, performantes.

Nous devons donner la meilleure image de nous-mêmes qui correspond, d’ailleurs, largement à la réalité : première puissance économique du monde, une grande culture, des valeurs, un système démocratique, une capacité à nous fédérer, nous les pays qui nous nous étions faits la guerre il y a si peu de temps. La France, dans tout cela, a aussi son rôle à jouer.

Si nous sommes reçus aujourd’hui avec respect, égard et considération, c’est parce que c’est la France qui est regardée, c’est vous, c’est notre histoire, c’est notre avenir. Pourquoi on veut regarder la France ? Parce que l’on sait qu’elle est un pays mondial avec des principes et des valeurs qui comptent. Avec un système politique qui a été produit par des grands mouvements, ceux des droits de l’Homme, ceux de la démocratie, de la République que nous avons portés. Alors, c’est en étant fiers de nous-mêmes que l’on arrivera à être plus présents encore sur ce grand continent, sur ce grand pays qu’est la Chine.

C’est pourquoi je vous appelle, vous qui avez compris depuis longtemps combien notre pays avait d’atouts, à aborder la relation franco-chinoise, à la fois, avec amitié, confiance et en même temps fierté. Merci.


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