A l'Elysée

Visite d’État en République de Turquie

27 Janvier 2014

Lieu : Ankara, Turquie

Rubrique : International, développement et francophonie

Type de contenu : VidéoLe reportage

Première journée

Type de contenu : Communiqué de presseLe programme

Visite d’État en République de Turquie

Le Président de la République, François HOLLANDE, effectuera une visite d’État en République de Turquie, les 27 et 28 janvier 2014, à l'invitation de M. Abdullah GÜL, Président de la République de Turquie.


PROGRAMME PREVISIONNEL

 

LUNDI 27 JANVIER

ANKARA

13h40 Cérémonie au Mausolée Anitkabir d’Atatürk

14h45 Entretien avec M. Abdullah GÜL, Président de la République de Turquie

Signature d’accords de coopération, en présence des chefs d’État

16h30 Conférence de presse conjointe

17h15 Entretien avec M. Recep Tayyip ERDOGAN, Premier ministre de la République de Turquie

20h00 Dîner d’Etat offert par M. Abdullah GÜL, Président de la République de Turquie

 

MARDI 28 JANVIER

ISTANBUL

10h15 Allocution à l’université de Galatasaray

12h15 Clôture du Forum des entreprises franco-turques par le chef de l’Etat, en présence de M. Abdullah GÜL, Président de la République de Turquie

13h15 Déjeuner offert par M. Abdullah GÜL, Président de la République de Turquie

16h00 Allocution et rencontre avec la communauté française

 

Cliquez sur le lien ci-dessous pour consulter le dossier de presse :

Fichier PDF (460 Ko):  Dossier de presse Turquie

Type de contenu : Album photosLes photos

Entretien avec M. Abdullah GÜL, président de la République de Turquie

Type de contenu : VidéoLa conférence de presse conjointe en vidéo

Type de contenu : Conférence de presseExtrait de la conférence de presse

Extrait de la conférence de presse faite à Ankara au sujet de l'adhésion de la Turquie à l'UE

Jeudi 27 janvier 2014

« Vous avez rappelé qu’en 2004, j’avais approuvé la décision du président CHIRAC d’ouvrir au nom de la France et au nom de l’Europe le processus de négociation. Je suis toujours sur cette ligne, il y a un processus qui est ouvert. Il y a 35 chapitres qui sont prévus. Pour l’instant, il n’y en a eu que 14 depuis 2004 qui ont été traités, 14. Donc ce processus doit être continué avec les sujets les plus difficiles, forcément les plus difficiles. Comment se terminera-t-il ? Alors, là, d’abord aucune date n’est prévue, ça sera à la fin lorsque tous les chapitres auront été traités s’ils sont traités et puis selon les réponses que vous feront les peuples concernés s’il doit y avoir une décision qui serait celle, je dis bien « serait celle », qui est une hypothèse de l’adhésion. Et si c’est le cas, ce sera en France de toute manière soumis à référendum. Donc inutile d’agiter quelque peur que ce soit. Le peuple français de toute manière aura le dernier mot. Mais la date n’est même pas aujourd’hui évoquée et nous sommes encore loin du compte mais ce que je dois dire au nom de la France c’est que ce processus doit se poursuivre parce qu’à ce moment-là, il n’aurait servi à rien de le prévoir pour ensuite l’empêcher et d’ailleurs, durant le quinquennat précédent, il y a eu 12 chapitres qui ont été réglés. Alors, ensuite sur les chapitres que je pense pouvoir mettre à la discussion, c’est ceux précisément qui concernent les sujets dont il est question en Turquie aujourd’hui : la séparation des pouvoirs ; les libertés fondamentales ; l’Etat de droit ; la justice. Donc le processus de négociation peut aussi permettre à la Turquie de faire son évolution et de montrer de quoi elle est capable et ça, c’est la réponse que les Turcs devront apporter ».

Voir l'extrait dans la vidéo de la conférence de presse

Type de contenu : Conférence de presseLe texte intégral

Conférence de presse avec M. Abdullah GÜL, Président de la République de Turquie

ABDULLAH GÜL : « Mesdames, Messieurs, les représentants de la presse, Monsieur le Président de la République, membres de la délégation, je suis très heureux de les accueillir tous en Turquie. L’opinion publique le sait aussi que c’est la première visite d’Etat d’un chef d’Etat français en Turquie depuis de très longues années, cela fait vingt-deux ans. Par conséquent, c’est une visite qui a une valeur tout à fait historique. Nous espérons, nous sommes convaincus que les relations franco-turques vont atteindre le niveau qu’elles méritent par leur profondeur historique.

Après que le président HOLLANDE ait été élu, nous nous sommes déjà rencontrés en fait à Chicago et à New York, nous avons eu la possibilité de revoir en long et en large toutes nos relations bilatérales et également les questions régionales et nous nous sommes mis d’accord pour partager notre volonté, pour que les relations bilatérales de nos pays atteignent le niveau qu’elles méritent.

Je l’avais invité en Turquie et Monsieur le Président nous fait l’honneur de venir aujourd’hui dans notre pays. A cette occasion, à l’occasion de cette visite, beaucoup d’hommes d’affaires de premier plan français sont également en Turquie et j’en suis également fort satisfait.

Nous avons déjà d’abord eu un entretien en tête-à-tête et ensuite avec nos délégations. Nous avons pu voir, de façon très franche, de façon très sincère, l’ensemble des relations franco-turques en bilatéral et également les questions régionales. Ensuite, nous nous sommes réunis aussi avec tous nos ministres et nous sommes entrés plus dans les détails.

Il est clair que les relations entre la France et la Turquie ont un passé qui remontent à cinq siècles, ça remonte jusqu’au 15ème-16ème siècle. La France a toujours été la fenêtre de la Turquie qui s’ouvre vers l’Occident. Dans ce cadre, nos relations tant politiques que culturelles ou au niveau de l’éducation ont toujours été très vivantes, de par l’histoire.

Aujourd’hui, nous voulons que nos relations puissent se porter à un niveau qui soit vraiment digne de leur profondeur historique. Nous avons eu des entretiens très sincères, très francs pour y arriver. Nous avons abordé les questions politiques et la question politique la plus importante, quand on regarde à l’échelle régionale, bien sûr, c’est la question de la Syrie, nous en avons largement parlé.

Je dois dire, devant vous tous, que lorsque nous étions réunis à New York également ou à Chicago, et que nous avions parlé de la question syrienne, tout ce que nous avions dit, l’un et l’autre, à l’époque, s’est concrétisé depuis. Les dangers que nous soulignions à l’époque, malheureusement, se sont réalisés aujourd’hui. Par conséquent, notre solidarité et la convergence de nos vues sur cette question vont se poursuivre.

Nous avons parlé également de la Méditerranée orientale, de sa stabilité, de sa sécurité, deux sujets qui intéressent nos deux pays, la Turquie est à l’Est de la Méditerranée, la France est à l’Ouest de la Méditerranée, mais nous sommes deux pays méditerranéens. Nous sommes également alliés au sein de l’OTAN et la Turquie est un pays qui poursuit des négociations d’adhésion à l’Union européenne.

Nous savons que le potentiel de nos relations commerciales est très important. A l’heure actuelle, nous avons 15 millions de dollars de commerce extérieur. Mais nous nous sommes entretenus avec Monsieur le Président de la République et nous avons fixé un objectif de 20 milliards d’euros. Nous sommes persuadés que nous allons pouvoir atteindre cet objectif. Pourquoi ? Parce que tout simplement le monde des affaires en France, l’industrie française, le commerce français, c’est l’un des pays les plus importants au monde dans tous ces pays, la France.

La Turquie elle-même a une économie très puissante, elle a connu des réformes très importantes dans la dernière décennie et l’économie turque a prouvé sa solidité et sa capacité de résistance à tout type de choc venant à la fois de l’intérieur que de l’extérieur. C’est un pays qui a atteint les critères de Maastricht, nous avons un équilibre macroéconomique important, une population dynamique, un boom des affaires dynamique. Par conséquent, nous pensons que les relations communes entre la France et la Turquie dans le domaine économique pourront facilement nous porter à ce niveau d’échange de commerce extérieur.

Au niveau des investissements également, nous avons fait un constat commun. Il y a à l’heure actuelle plus de 7 milliards de dollars d’investissements directs de la France en Turquie et la Turquie a également 1,2 milliard de dollars d’investissements en France. Mais là encore, ces chiffres peuvent très nettement progresser. De très grandes entreprises françaises enracinées sont présentes en Turquie et nous en sommes très satisfaits.

Mesdames et Messieurs les Ministres ont signé tout à l’heure toute une série d’accords qui montrent à quel point l’éventail de nos relations est large. Cela va de l’agriculture à l’industrie de la défense, à l’énergie. Nous avons vraiment les possibilités de faire des coopérations très en profondeur dans ces domaines, en particulier dans l’énergie, bien sûr. Cette coopération dans le domaine de l’énergie civile est un très grand pas en avant, c’est très satisfaisant, nous en sommes vraiment très contents en Turquie, la France aussi, j’en suis persuadé, est satisfaite de cette coopération.

La Turquie est, malheureusement, un pays dépendant par rapport à l’extérieur en énergie. Nous sommes donc obligés de développer nos ressources énergétiques alternatives et l’une d’entre elles est l’énergie nucléaire, nous en sommes conscients. Il y a beaucoup d’entreprises françaises aussi qui ont investi, qui sont actives dans différents secteurs énergétiques au-delà du nucléaire et nous en sommes également satisfaits.

L’un des points importants concernant nos relations, c’est bien sûr l’Union européenne. Nous sommes dans l’Union douanière depuis 1996, depuis, nous n’avons plus aucune protection douanière de part et d’autre, depuis cette date. Nous avons également commencé les négociations d’adhésion en 2005. Depuis que monsieur HOLLANDE a pris ses fonctions, nous avons vu que la France a une approche très positive à l’égard de ce processus de négociations et nous voulons l’en remercier.

Le processus de négociations n’apporte pas une adhésion automatique. C’est très clair. C’est un fait. Par ailleurs, la France et l’Autriche sont deux pays qui ont décidé que même si les négociations étaient clôturées avec succès, elles iront à un référendum avant d’accepter l’adhésion de la Turquie. C’est une décision que nous respectons.

Ce que nous, nous souhaitons, c’est que le processus des négociations se poursuive, car cela nous permettra d’atteindre les normes de droit, de démocratie, de justice, de droits de l’homme, à notre propre droit interne. C’est un processus technique et nous souhaitons que ce processus technique ne soit pas bouché ou hypothéqué pour des questions politiques. Nous souhaitons mener donc ces négociations jusqu’au bout sereinement.

D’ailleurs, si la Turquie réussit à finir ces négociations avec satisfaction, peut-être que ce jour-là, le peuple turc fera des choix différents, peut-être que le peuple français fera des choix différents et nous respecterons ces décisions, quelles qu’elles soient.

Mais une Turquie qui a clôturé ces négociations d’adhésion avec l’Union européenne sera de toute façon positive pour l’Union européenne. Ce sera positif pour toutes les entreprises françaises qui sont présentes en Turquie, c’est très clair. C’est pour cela que nous attendons de la France qu’elle ait une approche positive à ce sujet et qu’elle puisse nous aider et ne nous apporte pas surtout de blocage politique pour la poursuite de ces négociations, c’est ce que nous souhaitons et nous appelons de nos vœux.

Nos entretiens ont été très ouverts, très francs, très sincères, j’aimerais le dire. Je dois vous dire, avec grande satisfaction et je pense que le président HOLLANDE est du même avis, que la Turquie et la France sont des pays qui sont déterminés à faire progresser leurs relations à un niveau très avancé, à un niveau qui serait digne de la profondeur de leurs relations historiques. Nous avons exprimé notre volonté politique en ce sens, j’espère que votre visite sera pleine de succès.

Nous allons ensemble clôturer le Forum des affaires à Istanbul, j’accompagnerai le président à Istanbul et nous verrons à quel point le monde du travail en Turquie, le monde des affaires en Turquie a un potentiel important, vous allez pouvoir le constater vous-même, je suis persuadé que vous en serez satisfait et je pense que cela apportera une nouvelle accélération à nos relations, personne ne doit en douter. Je vous souhaite, encore une fois, la bienvenue en Turquie, Monsieur le Président. »

 

LE PRESIDENT : « Monsieur le Président. Je voudrais d’abord vous remercier pour l’accueil que vous me réservez et pour l’invitation que vous m’aviez lancée, c’était au Sommet de Chicago, au Sommet de l’OTAN, c’était notre première rencontre. Vous m’aviez dit votre disponibilité pour m’accueillir pour une visite d’Etat ici, en Turquie. Plusieurs mois ont passé et je suis là aujourd’hui.

C’est une visite importante, vous avez dit historique, si on mesure l’histoire au nombre d’années, oui, vingt-deux ans depuis que François MITTERRAND, dernier président de la République qui avait passé plusieurs jours ici, en Turquie, et dit combien l’amitié entre la France et la Turquie remontait à loin.

Je ne vais pas rappeler ici François 1er et SULEIMAN, mais c’est effectivement au milieu du 16ème siècle que tout a démarré, ce qui était déjà une anticipation sur ce que pouvait être cette rencontre. Nous avons un devoir qui est d’être à la hauteur de notre propre histoire, nous qui sommes aux deux bouts de ce continent européen.

Mais c’est aussi une visite qui s’inscrit dans l’avenir. Parce que la Turquie est un pays qui a un potentiel considérable, qui a un rôle politique et qui a montré un développement économique impressionnant. Sur notre relation politique, elle est maintenant établie, puisqu’un cadre de coopération stratégique a été signé et les deux ministres des Affaires étrangères se verront régulièrement. Cet accord d’ailleurs pourra être complété sur le plan de la défense, parce que nous avons aussi une coopération importante. Nous sommes, je le rappelle, deux pays membres de l’OTAN, deux alliés.

Mais nous avons surtout des positions communes sur bon nombre de sujets et notamment, le président GÜL l’a évoqué, la Syrie. Quand nous nous sommes rencontrés la première fois, il était encore possible d’imaginer une Syrie qui pouvait connaitre une transition sans la guerre, même s’il y avait déjà des mouvements et des répressions. Trop de temps a été perdu et nous en voyons les conséquences. Quelles sont-elles ? Des massacres, l’utilisation des armes chimiques qui ont justifié qu’on les détruise et puis aussi des réfugiés, 700 000 réfugiés syriens sont accueillis en Turquie et je veux saluer cet effort de plusieurs milliards d’euros que consent la Turquie pour faire en sorte qu’il n’y ait pas une crise humanitaire, la Turquie n’est pas le seul pays à connaitre cet afflux de réfugiés, le Liban, la Jordanie. Mais je voulais ici témoigner de la solidarité de la France et de la mobilisation de la France par rapport à cette question des réfugiés, de l’aide humanitaire. En ce moment, se tient la Conférence de Genève 2, nous l’avons rappelé, le président GÜL et moi-même, son seul objectif, c’est la transition politique, il n’y en a pas d’autre. Cela ne peut pas être une conférence de palabres ou de discours où, pour le régime, ce serait, une fois encore, montrer qu’il a vocation à rester. Non. Ce doit être la transition.

Je pourrais citer d’autres domaines sur lesquels nous nous rejoignons pour faire prévaloir à chaque fois la sécurité et la paix. D’ailleurs nous avons une responsabilité, la Turquie et la France par rapport à la Méditerranée, par rapport à son destin, comment pouvons-nous faire et au plan politique, et au plan économique pour jouer ce rôle ?

Mais je le disais la Turquie est un grand pays sur le plan économique, avec une croissance qui a été impressionnante ces dernières années. Une élévation du pouvoir d’achat, une dette publique particulièrement faible, et une capacité industrielle remarquable.

La France y prend sa part, mais quand je regarde les chiffres, j’y reviendrais, notre présence est élevée, ici bon nombre d’entreprises françaises sont installées, mais nous ne sommes pas au niveau qui est souhaité et par la Turquie, et par la France. Et qui devrait correspondre au dynamisme de nos économies respectives.

Donc je reprends le chiffre qu’a donné le président GÜL, nous devons atteindre 20 milliards d’euros d’échanges commerciaux.

Et ça suppose qu’il y ait, au-delà des accords qui ont été signés aujourd’hui, qui sont déjà nombreux, qu’il y ait une mobilisation de tous les chefs d’entreprises, et bien sûr des Etats, pour que nous appuyons ce processus. Dans quel domaine ? L’énergie, l’énergie nucléaire civile. Il y a eu des contrats tout à fait stratégiques, et notamment avec le Japon et la France, puisque cet accord industriel a pu être scellé et qui doit être développé.

Mais il n’y a pas que l’énergie nucléaire, il y a l’énergie renouvelable. Ici, beaucoup d’entreprises se sont engagées dans ce processus. Il y a le domaine des transports, aussi bien pour les lignes à grande vitesse que pour l’aéronautique, que même pour le transport terrestre. Nous avons en matière agroalimentaire de grandes capacités, de grandes possibilités. Donc cette visite elle a aussi cette dimension. Mais elle ne se réduit pas simplement aux contrats à l’économie, au commerce qui sont nécessaires, qui sont même indispensables puisque la Turquie est plus qu’un pays émergent. C’est un pays qui atteint maintenant un niveau de développement qui en fait la 17ème puissance économique du monde, avec comme perspective, la Turquie en a bien le droit, de rentrer dans les 10 premiers pays sur le plan économique.

Mais nous voulons aussi qu’il y ait, je l’ai évoqué, des coopérations qui puissent être plus essentielles encore sur le plan de la défense, parce que nous avons là des intérêts communs, mais également sur le plan culturel, scientifique, et je vais reprendre une parole qu’avait prononcée le Général De GAULLE quand il était venu, j’y reviendrai, à Galatasaray en 1968. Il avait dit « c’est bien qu’il y ait - à l’époque c’était le lycée - qu’il y ait une coopération entre la France et la Turquie sur le droit, la littérature, la culture, tout ça est indispensable, et d’ailleurs révèle la proximité de nos sociétés. Mais c’est sur la science qu’il convient de faire porter l’effort. » Et encore aujourd’hui, 45 ans après, c’est sur la science qu’il faut faire porter nos efforts. Donc le partenariat il doit être technologique. Et c’est ce que nous avons voulu engager aujourd’hui.

Bien sûr que nous avons de responsabilités et j’y reviens par rapport à ce qui se passe dans cette région. Et j’ai voulu les évoquer avec le président GÜL. Le fait que la Syrie ne connaisse pas la paix, abouti à ce que hélas des filières djihadistes, fondamentalistes, extrémistes, se sont installées en Syrie. Et attirent des jeunes qui viennent de toute l’Europe, et nous devons avoir ensemble une coopération en matière de renseignement, d’information et de contrôle de ces jeunes ou de ces moins jeunes, ce n’est pas une affaire d’âge, mais quand même quand il s’agit d’enfants de 15 ans ou de 16 ans, nous avons une responsabilité et donc nous avons évoqué cette question.

Je veux également parler des négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Ces négociations ont été ouvertes en 2004. C’était Jacques CHIRAC qui était président de la République française. Ces négociations doivent se poursuivre, dans la transparence, dans la bonne foi, dans le respect. Comme il a été dit par le président GÜL, négociation ne veut pas dire adhésion. Nous verrons à la fin. Et il est vrai que pour ce qui concerne la France, il ne sera possible, le moment venu, d’évoquer l’adhésion que par un référendum. Nous ne sommes pas d’ailleurs le seul pays à avoir posé cette condition. Mais ça n’empêche pas que nous devons poursuivre notre discussion, nos négociations, chapitre par chapitre. La France a donc levé ce qui était paraît-il un blocage qui n’avait pas d’intérêt d’ailleurs sur la politique régionale, nous avons pu ouvrir un nouveau chapitre.

Il y en a 35. Et nous avons encore beaucoup à faire, et nous sommes prêts sur notamment les chapitres qui concernent l’Etat de droit, les libertés fondamentales, l’indépendance de la justice, à regarder ce que nous pouvons faire ensemble. Et d’ailleurs ce sera utile, je pense, aussi pour la responsabilité de la Turquie, et son engagement. Donc sur ces questions-là, il est possible d’avancer. En tout cas nous y sommes prêts.

Nous avons déjà aussi, j’en remercie les autorités turques, signé, l’Europe et la Turquie, un accord sur les questions d’immigration, qui sont toujours sensibles, et là la Turquie s’est elle-même impliquée puisque c’est ce qu’on appelle un accord de réadmission qui permet de contrôler l’immigration irrégulière vers des pays qui sont ceux de l’Union européenne, puisqu’on sait qu’une partie de l’immigration irrégulière passe par la Turquie, sans correspondre d’ailleurs à une immigration venant de la Turquie, des Turcs eux-mêmes. Donc il était nécessaire d’avoir ce processus de contrôle et la Turquie a fait là aussi un acte important.

Enfin, nous avons cette question de l’union douanière, sujet qui est majeur pour la Turquie. L’union douanière entre la Turquie et l’Europe date de 1996 et n’est pas pour rien dans le développement des échanges. Et nous devons tout faire pour que cette union douanière soit la plus claire possible, j’ai compris parfaitement une demande qui venait du président GÜL qui était de dire « nous voulons aussi avoir notre mot à dire par rapport aux négociations de l’Europe », notamment avec les Etats-Unis pour un accord commercial.

Donc voilà l’état d’esprit qui est le nôtre, de ne rien écarter, de ne rien dissimuler dans ce qui peut être parfois des sujets sensibles. Notamment ceux de la mémoire. Mais en même temps vouloir s’engager dans un processus qui doit être un processus de long terme et de confiance, permettant, sur le plan politique, d’être plus entendu, et notamment sur les sujets les plus sensibles ; et sur le plan économique d’avoir plus de résultats mutuels parce que c’est notre intérêt que nous devons chercher dans ce rapprochement qui je l’ai dit est historique mais surtout lié à l’avenir de notre continent, et de la région. Je vous remercie. »

 

QUESTION : « Bonjour. J’ai une double question donc pour monsieur le président GÜL. On a bien entendu vos explications concernant l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne. Nous aimerions savoir à quelle date vous souhaiteriez que la Turquie adhère à l’Union européenne et monsieur le président HOLLANDE, en 2004, vous vous déclariez favorable à l’adhésion de la Turquie dans l’Union européenne. Y êtes-vous toujours personnellement favorable et souhaitez-vous débloquer les quatre chapitres toujours bloqués par la France alors qu’il y a une crise politique aujourd’hui dans ce pays, la Turquie ? Merci à tous les deux. »

 

ABDULLAH GÜL : « Alors, je vais d’abord répondre.

Vous avez écouté mon intervention, j’ai parlé du processus de négociation avec l’Union européenne, c’est par là que j’ai commencé.

Bien sûr pour nous, l’Union européenne est un objectif stratégique mais même si vous arrivez à compléter les négociations d’adhésion avec succès, cela ne mène pas automatiquement à une adhésion parce que je ne sais pas ce que va répondre le peuple français à l’époque au référendum ; je ne sais même pas ce que le peuple turc va dire non plus parce que le peuple turc va peut-être dire « nous voulons être comme la Norvège », on ne sait pas encore.

Donc vous m’avez demandé quand je souhaiterais devenir un membre, qu’il y ait une date. Nous ne sommes pas pressés. Mais nous ne sommes pressés que sur un seul point : nous voulons que le processus de négociations, pendant que nous menons ce processus de négociations, qu’il n’y ait pas d’obstacles devant nous, qu’il n’y ait pas de blocage politique ou qu’il n’y ait pas d’autres types de sujets qui viennent s’immiscer et qu’on se cache derrière d’autres sujets – je dis ça pour d’autres membres, je ne dis pas ça pour la France seulement – mais qu’il n’y ait pas d’obstacles pour nous parce que c’est un processus technique, les négociations et dans le processus technique, nous devons reprendre à notre compte l’ensemble de l’acquis européen, c’est de ça qu’il s’agit.

J’espère que tout le monde va respecter les engagements qui ont été pris parce que la notion de Pacta sunt servanda est l’un des principes fondamentaux de l’Europe parce que tous ces accords ont été signés, il y a eu beaucoup de travail, d’études stratégiques qui ont été faites. L’Europe s’est interrogée pour savoir si la Turquie avait vocation à devenir européenne ou non et tout le monde a dit à l’unanimité « oui » ; c’est pour ça que nous avons commencé à négocier dans les relations entre les Etats, entre les Nations, je ne pense pas qu’on va se tendre des pièges l’un à l’autre ; donc il faut respecter les engagements tenus. Donc il faut qu’on nous donne l’occasion de finir ces négociations d’adhésion et le jour venu, on verra ce que dira le peuple français, on verra ce que dira le peuple autrichien, on verra ce que dira le peuple turc aussi.

Donc quant aux autres sujets, j’aimerais vous dire qu’il n’y a aucune hésitation à avoir en Turquie sur la stabilité politique. Il y a un gouvernement fort en Turquie, il y a une forte majorité de ce gouvernement au sein du Parlement.

Alors, oui, aujourd’hui il y a toute une série de débats, c’est une société ouverte, c’est une société ouverte qui négocie avec l’Union européenne, qui a des normes démocratiques, qui a des normes de droit qui sont déjà atteintes à un certain niveau. Par conséquent, il y a eu toute maturité toute une série de débats politiques, parfois, ce sont des débats assez rudes, oui mais au niveau de la stabilité politique de la Turquie, dans l’ensemble ou bien de la confiance que l’on peut avoir envers l’économie turque dans l’ensemble, il n’y aucune influence de tous ces débats internes.

J’aimerais que vous le sachiez et j’aimerais dire à nos éminents amis français que nous avons beaucoup d’intérêts politiques communs. C’est une occasion, cette visite historique est une occasion pour cela et il faut pouvoir le faire fructifier dans le meilleur sens, c’est dans l’intérêt des deux peuples ; c’est juste ça que je voulais rappeler. Merci. »

 

LE PRESIDENT : « Madame, vous avez rappelé qu’en 2004, j’avais approuvé la décision du président CHIRAC d’ouvrir au nom de la France et au nom de l’Europe le processus de négociation. Je suis toujours sur cette ligne, il y a un processus qui est ouvert. Il y a 35 chapitres qui sont prévus. Pour l’instant, il n’y en a eu que 14 depuis 2004 qui ont été traités, 14.

Ce processus doit être continué avec les sujets les plus difficiles, forcément les plus difficiles. Comment se terminera-t-il ?

Alors, là, d’abord aucune date n’est prévue, ça sera à la fin lorsque tous les chapitres auront été traités s’ils sont traités et puis selon les réponses que vous feront les peuples concernés s’il doit y avoir une décision qui serait celle, je dis bien « serait celle », qui est une hypothèse de l’adhésion. Et si c’est le cas, ce sera en France de toute manière soumis à référendum. Donc inutile d’agiter quelque peur que ce soit.

Le peuple français, de toute manière, aura le dernier mot. Mais la date n’est pas même pas aujourd’hui évoquée et nous sommes encore loin du compte mais ce que je dois dire au nom de la France c’est que ce processus doit se poursuivre parce qu’à ce moment-là, il n’aurait servi à rien de le prévoir pour ensuite l’empêcher et d’ailleurs, durant le quinquennat précédent, il y a eu 12 chapitres qui ont été réglés.

Alors, ensuite sur les chapitres que je pense pouvoir mettre à la discussion, c’est ceux précisément qui concernent les sujets dont il est question en Turquie Le processus de négociation peut aussi permettre à la Turquie de faire son évolution et de montrer de quoi elle est capable et ça, c’est la réponse que les Turcs devront apporter. »

 

QUESTION : « Je suis une journaliste qui a suivi de longue date les relations franco-turques en France et je dois dire que je suis très heureuse de cette réunion d’aujourd’hui et je pense que l’attitude très différente du président HOLLANDE, le changement de politique qu’il a menée par rapport à celle de son prédécesseur est très important mais il y a un autre sujet qui avait éloigné les relations de ce niveau-là.

Je voudrais poser la question aux deux présidents, la question de la négation, de la pénalisation de la négation du génocide, les relations ont failli être coupées entre les deux pays à l’époque mais ce n’est que par le rejet au Conseil constitutionnel que les relations ont pu reprendre sereinement et ensuite, il y a une décision qui avait été prise en Suisse dans le même sens mais que la Cour européenne des droits de l’homme a cassée.

Comment voulez-vous gérer cette question, monsieur le président HOLLANDE ? Est-ce que par exemple dans le cadre, dans la convention cadre de l’Union européenne, est-ce que vous voulez l’adapter à la loi et est-ce que vous allez remettre à l’ordre du jour la loi sur la pénalisation de la négation du génocide ? Comment comptez-vous agir là-dessus ? Et quelle est l’attitude de la Turquie à ce propos, président GÜL ? »

 

ABDULLAH GÜL : « Tout à l’heure, je vous avais dit que tant dans l’entretien en tête-à-tête que dans l’entretien entre délégations, nous avons parlé de façon très franche et très sincère sur tous les sujets et bien entendu, nous avons aussi abordé ces sujets-là parce que nous savons que ce sont des sujets qui parfois portent de l’ombre à nos relations.

J’aimerais que l’on sache la chose suivante : les souffrances qui ont été vécues il y a un siècle lors de ces événements de l’époque, ce sont des souffrances qui sont communes à tous. Il n’y a pas simplement les citoyens arméniens de la Turquie qui ont souffert ; les citoyens musulmans de Turquie ont également beaucoup souffert, 3 millions de personnes ont dû se réfugier en Turquie en étant massacrés en route pendant de longues années. Si nous essayons de refaire vivre les douleurs de cette époque de génération en génération à l’avenir, si nous maintenons tout le temps ces souffrances, ce ne sera pas une bonne chose. Il faut laisser cela aux historiens plus exactement et il ne faut pas refaire vivre les traumatismes ; il ne faut pas refaire vivre les souffrances ; il faut résoudre ces problèmes à travers les historiens.

Nous sommes prêts à ouvrir toutes nos archives, nous les avons ouvertes et si un pays tiers veut participer à ces travaux, créer une commission historique commune, nous sommes prêts et on peut agir de la sorte et nous sommes prêts. Par exemple, prenons les relations entre la France et l’Algérie, c’est ça la voie qui a été choisie. Il ne peut pas y avoir d’attitudes et de solutions unilatérales à ce genre de problème de mémoire ; il faut résoudre les problèmes de mémoire ensemble.

Deuxièmement, il peut y avoir des points de vue très différents sur ces mêmes questions. Nos lois précédentes en Turquie ne permettaient pas à ce que nous puissions discuter librement de toutes ces questions mais nous avons changé nos lois et depuis, aujourd’hui, il y a des personnes qui sont favorables ou défavorables à ce problème. Tout le monde peut dire tout ce qu’il veut sur cette question. Je crois que beaucoup de nos amis français ne le savent pas. Beaucoup de nos amis croient qu'il y a encore beaucoup de questions qui sont tabous en Turquie. Non, en Turquie vous pouvez le dire, vous pouvez écrire, vous pouvez avoir des allégations, vous pouvez dire ce que vous pensez, y compris sur cette question. Alors qu'en Turquie on a le droit de dire ce qu'on veut dans un sens ou dans l'autre en Turquie, nous considérons qu'il serait normal qu'en France aussi cette même liberté d'opinion existe. Le centre de la liberté d'opinion c'est l'Europe, après tous quand même. Et nous pensons que la décision du conseil constitutionnel français est une condition que nous avons accueillie avec beaucoup de respect.

De même, nous avons aussi accueilli avec beaucoup de respect la décision qu'a prise la cour européenne des Droits de l'Homme, elle s'est prononcée également en faveur de la liberté d'opinion. C'est comme ça Qu'il faut voir les choses. Encore une fois il faut éviter que les nouvelles générations puissent continuer à revivre toutes ces souffrances. Il faut que nous arrivions à créer de l'amitié maintenant. Dans la bataille des Dardanelles, il y avait des soldats qui étaient venus d'Australie, de Nouvelle-Zélande pour venir combattre sur nos terres. Mais nous avons réussi à surmonter ça. Chaque année, il y a des amis qui viennent d'Australie, de Nouvelle-Zélande, des milliers viennent chaque année à l'anniversaire de la bataille des Dardanelles et nous parlons désormais de notre amitié. C'est pour ça aussi que cet évènement aussi, il faut qu'en tant que citoyen de cette géographie, nous puissions arriver à créer une nouvelle amitié. C'est vers cela qu'on doit tendre. »

 

LE PRESIDENT : « Le travail de mémoire est toujours douloureux, mais il doit être fait.

Ce que nous avons à mener les uns et les autres, c'est la réconciliation à travers la recherche de ce qui s'est produit, et la reconnaissance de ce qui s'est fait.

C'est vrai que nous allons rentrer dans une période de commémorations puisque cette année va être la commémoration de ce terrible conflit qui a été la grande guerre. Et puis il y aura 2015, et nous avons à utiliser ce temps pour travailler.

Vous m'interrogez sur ce que nous allons faire. Nous allons faire le droit et rien que le droit, telle est la position que j'ai adoptée et qui peut être comprise par tous.

Une loi a été votée en France. A partir de là nous devons faire en sorte de respecter toutes les obligations, y compris européennes puisque nous avons également une décision cadre de 2008, vous l'avez rappelé, qui demande à chaque état de rendre punissable l'apologie ou la négation de crime de génocide. Donc nous ferons en sorte de transposer cette directive dans le respect des conventions internationales, des décisions de notre conseil constitutionnel de la meilleure des façons. Merci »

 

QUESTION : « J'ai deux questions.

La première, deux jeunes Toulousains, grâce à la Turquie ont été arrêtés. J'aimerais savoir monsieur le président HOLLANDE qu'est-ce qui les attend ? Sont-ils passibles de poursuites judiciaires, par exemple ?

Et puis monsieur le président GÜL Etes-vous sensible au fait que des centaines de djihadistes venus d'Europe risquent de poser de graves problèmes pour la sécurité des différents pays européens et avez-vous un plan ou une stratégie possible ?

Excusez-moi j'ai une deuxième question française. On attend la publication des chiffres du chômage. Monsieur le président, est-ce que vous avez bon espoir qu'ils soient meilleurs, ou bien si à nouveau il n'y a pas d'inversion de la courbe du chômage, serait-ce un échec de la politique économique suivie ? Je vous remercie. »

 

ABDULLAH GÜL : « Nous avons abordé la question de la Syrie en long, en large, avais-je dit. Nous avons parlé à la fois des souffrances du peuple syrien, nous avons parlé également des travaux qui se déroulent en ce moment à Genève, mais nous avons parlé également de toute une série de points négatifs, tels que ceux que vous avez évoqués.

C'est pour ça que j'aimerais dire à ce sujet qu'il faut absolument que les travaux qui sont menés à Genève s'achèvent sur une solution politique, sur un gouvernement de transition, un gouvernement qui aurait le pouvoir, qui aurait le contrôle et qui pourrait aboutir à résoudre le problème, parce que si cela ne se faisait pas, les souffrances, les cris que nous continuons à entendre de Syrie vont se poursuivre et le vide politique qui est créé va générer beaucoup d'autres négatifs. Ca, Il faut qu'on le sache.

En Turquie, il y a 700.000 réfugiés venant de Syrie. Sur ces 700.000 réfugiés, 150.000 vivent dans des camps que nous avons construits. Et le financement de ces camps est de deux milliards et demi de dollars et c'est la Turquie seule qui s'en charge.

J'aimerais remercier le président HOLLANDE de la sensibilité et la compréhension qu'il manifeste à ce sujet et parce qu'il suit de près et parce qu'il connaît et parce qu'il a déclaré apprécier l'effort que nous faisons à ce sujet. J'aimerais d'abord dire qu'il ne faudrait pas qu'on jette de l'ombre sur tout ce que nous faisons pour cela. J'aimerais qu'on le sache.

Deuxième point, si de France, d'Allemagne ou d'autres pays, d'Arabie saoudite par exemple, des gens viennent en Turquie comme touristes, et si d'une façon ou d'une autre certains ont un potentiel criminel, ou s'ils veulent via la Turquie, par d'autres voies essayer de passer en Syrie, si des gens ont ces potentiels, il faut nous le faire savoir. Il y a 36 millions de touristes qui viennent chaque année en Turquie. Nous n'allons pas arrêter tout le monde aux postes frontières, nous n'allons pas dire aux gens de ne pas venir en Turquie.

Par conséquent, il faut que nos services de renseignements et nos services de sécurité puissent coopérer de façon beaucoup plus profonde. Et nous en avons parlé et nous nous sommes mis d'accord là-dessus. Si l’on nous dit, si l‘on nous renseigne que telle personne ou que tel enfant, tel ou tel jeune ou telle ou telle personne sont dans des activités extrémistes, nous essayons de les suivre et faites attention à eux, alors, oui, évidemment à ce moment-là nous pouvons intervenir. Mais sinon, si des gens qui viennent de France, d’Angleterre ou d’Allemagne viennent par des voies tout à fait légales en Turquie, qu’est-ce qu’on va lui dire à l’aéroport ? On ne va pas lui poser la question de savoir pourquoi il vient en Turquie, on ne va pas l’interroger ! Mais bien sûr nous avons beaucoup de mesures de sécurité dans notre frontière parce que nous avons quand même 900 kilomètres de frontières avec la Syrie. Alors il y a des camps de réfugiés là-bas, il y a des camps humanitaires que nous avons créés et donc pendant qu’on s’occupe de tout cela les forces de sécurité s’ils arrivent à trouver des gens qui ont des activités érodées eh bien ils les arrêtent et ils les restituent, ça on en a parlé. »

 

LE PRESIDENT : « Monsieur le Président, je veux une nouvelle fois vous remercier, vous remercier pour l’effort que vous faites au nom de la communauté internationale d’accueillir des réfugiés. Vous auriez pu fermer vos frontières, vous auriez pu repousser ces femmes, ces hommes, ces enfants. Qu’est-ce qu’ils seraient devenus ? Où seraient-ils allés ? Il y aurait eu là une crise humanitaire considérable et c’est la Turquie qui a empêché qu’elle se produise même si c’est sans doute encore très difficile pour ces familles.

Je vous remercie aussi de ce que vous faites pour la coopération entre nos services de renseignements, d’information pour éviter que des filières djihadistes puissent prospérer avec toutes les difficultés que vous venez de rappeler parce que quand un touriste vient notamment un jeune difficile de lui faire le procès ou la suspicion qui serait celle d’aller combattre en Syrie. Donc lutter contre ces filières et nous devons coopérer là-dessus en France, en Europe, en Turquie.

Enfin, je vous remercie pour le cas particulier de ce jeune, 15 ans, dont on n’avait plus trace et qui a été retrouvé ici en Turquie. Son père est là et il va donc maintenant le ramener chez lui et faire en sorte de lui faire comprendre qu’il n’avait rien à faire en Syrie où il voulait aller et qu’il a sans doute été embrigadé, influencé et qu’il y avait là grand danger pour lui-même y compris pour sa propre vie.

Alors vous me demandez quelles seront les conséquences judiciaires, c’est un adolescent, je n’en sais rien et je ne sais pas ce qu’il a commis mais d’abord il faut faire passer cette information que d’ailleurs nous travaillons ensemble et qu’ensuite nous devons tout faire pour qu’aucun jeune ne se laisse entraîner dans un combat qui n’est pas digne des valeurs de la République d’aller vers des groupes extrémistes, il n’y a aucune cause qui peut justifier ça et donc nous devons protéger nos jeunes, nos jeunes de France. Merci à la Turquie de permettre ce retour.

Vous m’avez posé une autre question, je fais une espèce de transition parce que ça n’a rien à voir mais c’est un sujet qui méritait d’être évoqué ici. Je ne connais pas le chiffre qui va être publié et même si je le connaissais je n’aurais même le droit d’en parler tant que les informations seront connues à partir de 18 heures. Mais je veux dire que depuis plusieurs mois la tendance en matière de chômage est à la stabilisation et ce que nous devons faire c’est la diminution, l’inversion. Ce n’est pas simplement affaire de statistiques, c’est une question de femmes et d’hommes qui cherchent un emploi et qui parfois se désespèrent.

Pourquoi ai-je proposé le pacte de responsabilité ? Parce que s’il n’y a pas de croissance forte il n’y aura pas de diminution du chômage. Malgré tous les moyens que nous mettons par rapport à des dispositifs, les emplois d’avenir, les contrats aidés, les contrats de génération, les formations accélérées, il nous faut de la croissance pour baisser durablement le chômage.

Stabiliser, c’est ce que nous avons réussi, ne suffit pas et le sens, l’esprit du pacte de responsabilité c’est justement de permettre qu’il y ait une mobilisation des entreprises, des entrepreneurs, oui, nécessairement parce que les emplois sont créés dans les entreprises. Qu’il y ait aussi une implication des acteurs sociaux pour évaluer les contreparties qui seront posées en face des allègements de charges, de cotisations que j’ai annoncé et qui seront strictement exécutés, respectés parce que c’est l’intérêt de l’emploi.

Voilà pourquoi sur le chiffre qui sera publié ce soir la seule conclusion qu’il convient de tirer c’est que plus que jamais le pacte de responsabilité est maintenant un devoir qui engage pleinement le gouvernement et qui appelle la mobilisation de tous les acteurs librement sans doute mais il y aura nécessairement rapidement des suites à donner à ce pacte de responsabilité, c’est l’engagement que je prends. »

Dîner d’Etat

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral de l'allocution

Allocution lors du dîner d’Etat offert par M. Abdullah GÜL, Président de la République de Turquie

Monsieur le Président,

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames, Messieurs les ministres,

Mesdames, Messieurs,

Je suis heureux d’honorer enfin une invitation qui m’avait été adressée par vous, Monsieur le Président, dès notre première rencontre à l’occasion du sommet de l’OTAN, c’était à Chicago à la fin du mois de mai 2012, quelques jours après mon élection.

Je referme aujourd’hui une parenthèse longue de 22 ans, puisqu’il faut remonter à la visite de François MITTERRAND, c’était en 1992, pour retrouver la trace d’un Président de la République, ici en Turquie.

En même temps, 22 ans ce n’est rien si l’on regarde l’histoire de nos relations puisqu’elles remontent au 16ème siècle. C’est-à-dire de la rencontre entre François 1er et le Sultan Soliman, dit le Magnifique. Cette alliance qu’on avait appelée entre le Lys et le Croissant, avait surpris. Elle était pourtant étonnamment moderne puisqu’elle dépassait déjà les appartenances religieuses.

De cette alliance originale, sont nés des échanges multiples entre nos deux pays, qui ne se sont jamais démentis à travers les langues, les cultures, les sociétés. Tout porte témoignage de la force de la relation entre la Turquie et la France.

Nous sommes réunis dans ce palais de Cancaya et je pense forcément à Mustafa KEMAL ATATÜRK dont, je le rappelle, la France fut le premier pays occidental à reconnaitre le Gouvernement avant qu’il ne proclame lui-même la République.

J’ai évoqué le passé, je veux me tourner vers le présent et l’avenir. La Turquie, ces dernières années, s’est considérablement transformée. Elle est devenue la 17ème puissance économique du monde et les réformes qui ont été menées, la modernisation qui a été engagée et l’Union douanière conclue avec l’Europe, sont largement la cause de ces changements majeurs.

La Turquie est, pour la France, un partenaire économique de même importance que le Japon, l’Inde ou le Brésil. Nos échanges commerciaux s’élèvent à plus de 12 milliards d’euros par an et nous avons, comme l’a dit le Président, l’objectif de le porter ce niveau à 20 milliards d’euros. 450 entreprises françaises sont présentes dans votre pays et beaucoup, ici, sont représentées.

Si cette visite d’Etat doit être historique, c’est moins pour rappeler le passé que pour ouvrir une nouvelle étape dans notre relation sur des secteurs aussi variés que l’énergie, l’aéronautique, les transports ferroviaires ou l’agroalimentaire. La France est prête, je l’ai rappelé aussi bien au Président qu’au Premier ministre, à partager sa technologie car je sais que c’est le souhait de la Turquie. En même temps, puisque l’occasion m’en est donnée, je souhaite que davantage d’entreprises turques viennent s’installer en France.

Je veux saluer la contribution qu’ont apportée de nombreux Turcs qui, au fil de ces dernières années, sont venus s’installer en France, ont fondé des foyers, ont pris parfois la nationalité française. Aujourd’hui, ils sont plus de 600 000 à participer à la vitalité de notre République.

Monsieur le Président, Monsieur le Premier ministre, nos deux pays partagent également une même ambition qui est d’agir pour la paix et la sécurité.

Sur le drame syrien, nous cherchons ensemble une solution politique et je salue une nouvelle fois les efforts qui sont consentis, par les Turcs, pour accueillir, dans les meilleures conditions possibles, 700 000 Syriens qui sont réfugiés sur votre sol.

En Méditerranée, nous accueillons les transitions démocratiques et la Tunisie montre à nouveau la voix en prouvant qu’Islam et démocratie sont compatibles.

La France est également disponible pour faciliter le règlement de la question de Chypre. Là encore, nous pouvons être utiles car nous pouvons parler à l’ensemble des parties prenantes. Nous souhaitons un accord définitif.

Enfin, la Turquie et la France vont accueillir deux grands évènements l’année prochaine. Le sommet du G20, ici en Turquie et la Conférence sur le changement climatique à Paris. Nous avons décidé, nos deux pays, d’agir ensemble, d’exercer de manière coordonnée nos responsabilités pour réussir ces deux rendez-vous.

Monsieur le Président, je sais ce que la perspective européenne représente ici en Turquie. Des négociations d’adhésion sont engagées. Depuis de nombreuses années, 2004, la France considère que ce processus doit se poursuivre de bonne foi, dans le respect des conditions et des procédures fixées. Nous verrons bien la vérité qui sortira de ces négociations dès lors qu’elles sont menées dans cet état d’esprit.

La France est également prête à ouvrir de nouveaux chapitres de négociation, notamment sur le respect des droits fondamentaux, l’indépendance de la justice, la transparence et l’Etat de droit. Vous connaissez les exigences européennes en ces matières. Elles sont élevées. Ce sont aussi les valeurs universelles que la France et son histoire expriment en toutes circonstances.

Enfin, la France et la Turquie connaissent la valeur de la langue, de la culture, de la science, du progrès. Nous sommes effectivement fiers d’avoir pu accueillir, en France, de grands auteurs turcs, des artistes de haute réputation. Nous avons aussi une grande admiration pour l’art contemporain qui vient de votre pays, pour son cinéma, pour son théâtre. Vous avez rappelé quels étaient les grands auteurs français qui étaient venus, au cours des différents siècles, en Turquie. C’est ce que nous devons encore encourager, les échanges universitaires, scientifiques. C’est ce que je ferai demain à Galatasaray.

Monsieur le Président, je voulais, par cette visite d’Etat, avec la délégation que je conduis, renouer la relation historique entre la Turquie et la France et ouvrir de nouvelles étapes pour notre rapport exceptionnel entre deux pays qui sont au confins de l’Europe, l’un et l’autre, et qui ont la Méditerranée en partage.

C’est cet esprit-là qui m’amène à dire Vive la Turquie ! Vive la France !

Deuxième journée

Type de contenu : Communiqué de presseLe programme

Visite d’État en République de Turquie

Le Président de la République, François HOLLANDE, effectuera une visite d’État en République de Turquie, les 27 et 28 janvier 2014, à l'invitation de M. Abdullah GÜL, Président de la République de Turquie.


PROGRAMME PREVISIONNEL

 

LUNDI 27 JANVIER

ANKARA

13h40 Cérémonie au Mausolée Anitkabir d’Atatürk

14h45 Entretien avec M. Abdullah GÜL, Président de la République de Turquie

Signature d’accords de coopération, en présence des chefs d’État

16h30 Conférence de presse conjointe

17h15 Entretien avec M. Recep Tayyip ERDOGAN, Premier ministre de la République de Turquie

20h00 Dîner d’Etat offert par M. Abdullah GÜL, Président de la République de Turquie

 

MARDI 28 JANVIER

ISTANBUL

10h15 Allocution à l’université de Galatasaray

12h15 Clôture du Forum des entreprises franco-turques par le chef de l’Etat, en présence de M. Abdullah GÜL, Président de la République de Turquie

13h15 Déjeuner offert par M. Abdullah GÜL, Président de la République de Turquie

16h00 Allocution et rencontre avec la communauté française

 

Cliquez sur le lien ci-dessous pour consulter le dossier de presse :

Fichier PDF (460 Ko):  Dossier de presse Turquie

Type de contenu : Album photosLes photos

Allocution à l’université de Galatasaray

Type de contenu : VidéoLa vidéo

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral du discours

Discours devant les étudiants à l'Université de Galatasaray

Monsieur le Recteur,

Monsieur le Président de la fondation,

Mesdames, Messieurs les ministres, parlementaires et amis de Galatasaray,

Je suis dans un lieu qui est un symbole. Le symbole de l’amitié entre la France et la Turquie. Vous avez rappelé, Monsieur le Recteur, qu’en octobre 1968, le Général DE GAULLE était venu célébrer le centenaire de la création du lycée. Il avait, à ce moment, délivré lui aussi une allocution. Il avait dit combien ce lycée était le fruit de l’Histoire, et qu’il avait fallu une passion commune, celle de l’Empire Ottoman, mais aussi de l’Empire français, puisque c’était Napoléon III, et son ministre Victor DURUY, qui avaient été à l’origine de ce qu’est devenu Galatasaray.

Il avait aussi dit aux étudiants que, ce qu’il attendait d’eux, ce n’était pas simplement le partage d’une langue -la langue française-, d’une culture, particulièrement riche, pas simplement d’avoir des études de littérature ou de droit mais qu’il fallait faire confiance dans la science.

Le Général DE GAULLE avait annoncé aux autorités turques que la France était capable de fournir, déjà à cette époque, sa technologie. Je n’ai rien à retirer à cette intervention du Général DE GAULLE. Mais, depuis 1968, la Turquie a connu une très grande transformation. Si nous pouvons ouvrir aujourd’hui une nouvelle étape de notre relation, c’est parce que nous sommes conscients que nous allons écrire les pages industrielles de demain.

Puis, en 1992, François MITTERRAND, Président de la République, est aussi venu à Galatasaray. Il ne s’agissait plus du lycée mais de l’université. François MITTERRAND avait souhaité que, là encore, il puisse y avoir le partage de l’excellence entre nos deux pays.

A mon tour, 22 ans après, je suis là, toujours à Galatasaray. Vous allez me dire : c’est un passage obligé. Non, c’est un bonheur partagé que d’être là, avec des intellectuels, des professeurs de renom, et aussi une génération d’étudiants, étudiants turcs voulant apprendre en français ; étudiants français venant découvrir la Turquie et partager ses expériences.

Nous sommes ici dans un lieu, je l’ai dit, chargé d’histoire. Car à Istanbul, de nombreux intellectuels français, auteurs sont venus pour trouver l’inspiration : CHATEAUBRIAND, FLAUBERT, LAMARTINE, Pierre LOTI, Jean COCTEAU. Mais nous avons eu aussi à accueillir, en France, de grands écrivains qui étaient aussi passés par le lycée et maintenant par l’université.

Vous l’avez rappelé, Monsieur le Président, ce lieu de savoir et de connaissance, de formation, produit les élites de la Nation turque. Grâce à vous, grâce à votre enseignement, je constate que parmi les responsables politiques, parmi les dirigeants d’entreprises, parmi un certain nombre de journalistes et d’intellectuels, la langue française est parlée. Je vous remercie donc de contribuer à la Francophonie.

Je veux aussi saisir cette occasion pour dire combien il y a, depuis 20 ans, un changement considérable qui s’est produit en Turquie. Changement économique, avec des succès commerciaux, industriels. Changement politique aussi, avec l’exigence démocratique qui s’est à chaque fois rappelée. S’il y a eu autant de changements, c’est parce qu’il y a eu une confiance qui a été faite dans l’enseignement, l’éducation, le savoir, la connaissance. Les universités turques se sont ouvertes à de plus en plus d’étudiants. Il y en a, je crois, près de 4 millions aujourd’hui. C’est dire si cet investissement a été remarquable.

Pour vous, ici, je veux avoir une attention toute particulière car vous avez choisi de faire vos études en français. La langue française, je le rappelle chaque fois que j’en ai l’occasion, n’est pas la propriété de la France. C’est un bien que nous mettons à la disposition du monde entier. C’est aussi une culture, des valeurs qui sont transportées par cette langue, portées par ce qu’elle a façonné au cours de son histoire, c'est-à-dire des principes qui nous rassemblent, la liberté, le pluralisme, la dignité de la femme et de l’homme.

C’est pourquoi nous sommes si attachés, et vous, et nous, à ce que l’on appelle l’exception culturelle, qui n’est pas là non plus une façon de nous protéger mais, au contraire, une façon de partager ce que nous pouvons mettre en commun, c'est-à-dire notre diversité, notre pluralité.

Je sais aussi combien vous êtes friands de culture et que vous portez, vous aussi, ce même attachement à la création, dans la littérature, dans le cinéma, dans le théâtre. Vous avez produit de grandes œuvres, et je veux ici saluer Orhan PAMUK distingué par le prix Nobel, comme de grands cinéastes comme Fatih AKIN.

Vous l’avez rappelé, Monsieur le Recteur, 22 ans que vous n’aviez pas vu à Galatasaray un Président de la République. Puisque tous les Présidents de la République française passent par Galatasaray, vous pouvez, vous, faire œuvre d’historien, vous datez.

22 ans, cela peut paraître beaucoup, trop, mais à l’échelle de l’histoire, ce n’est rien. Je le rappelais devant le Président GÜL, nos relations diplomatiques remontent au 16ème siècle. Nous avons donc tant d’années de patrimoine commun que nous pouvons parfois suspendre le temps.

Mais je veux le rattraper car je considère que la France et la Turquie ont beaucoup à faire ensemble.

D’abord parce que je reconnais ce que la Turquie a comme atouts. J’ai cité son économie, j’y reviendrai, mais je veux parler de sa jeunesse. Votre pays est le plus jeune du continent européen. La moitié de la population a moins de 30 ans. J’ai rappelé que votre pays comptait 4 millions d’étudiants. Cette jeunesse, comme toute jeunesse, est ardente. Elle est exigeante, elle est dynamique, et elle l’a montré au cours de ces derniers mois. C’est un signe de maturité démocratique.

Je rappelais que le Général DE GAULLE était venu en octobre 1968. Il y a donc des traditions qui se perpétuent. Mais c’est aussi une responsabilité, vous, les jeunes, que vous exprimez, celle de faire entendre à la fois vos aspirations, vos inquiétudes, vos espérances. En France aussi il y a le même message qui est toujours une interrogation sur l’avenir. Quelle est la place qui va être donnée à la génération qui vient ? Quel est le destin qui lui est proposé ? Quelle est la capacité qu’a une société de faire que la jeunesse puisse avoir l’idée qu’elle vivra mieux que ses propres parents ? C’est cette responsabilité qui pèse sur nous, dans nos pays respectifs. Il n’y a pas d’autre choix que de faire celui de l’éducation, de la connaissance, de la formation. Non pas que cela donne forcément droit à un diplôme d’abord, et puis ensuite à un métier mais le premier devoir d’une Nation, d’une République, c’est d’être capable d’offrir à sa jeunesse toutes les conditions pour réussir son destin et son avenir.

En France, nous avons fait ce choix, nous l’avons fait depuis longtemps. Cela a été la promesse républicaine. Mais nous l’avons fait encore récemment en donnant plus de moyens à l’école, en faisant en sorte que nos universités, notamment à travers une nouvelle loi sur l’enseignement supérieur, puissent avoir une autonomie mais aussi une capacité pour avoir davantage de liens avec la recherche, avec les entreprises, et permettre qu’il y ait, pour les étudiants, une possibilité supplémentaire de réussir. Nous avons même augmenté le nombre de bourses, de façon à ce que les moins favorisés puissent aussi avoir toutes les conditions pour suivre un enseignement supérieur. Cela, c’est le premier devoir.

Ensuite, nous en avons un autre qui est d’assurer un emploi. Je dis bien un emploi parce qu’il ne peut pas y avoir plus grande frustration pour une jeunesse que d’être formée et de ne pas trouver, dans un délai raisonnable, un emploi durable.

Cette responsabilité pèse sur tous les gouvernements, et sur le mien en particulier, parce que nous ne devons pas simplement diminuer le nombre de chômeurs, c’est une obligation, qui vaut notamment pour les jeunes. C’est difficile quand il n’y a pas de croissance mais nous devons faire en sorte que ceux qui ont fait l’effort de se former puissent accéder à un emploi qui puisse être durable et qui leur offre une perspective d’évolution.

Cette jeunesse, ici en Turquie, peut trouver des signes de confiance dès lors que la croissance est forte. Mais on connaît aussi les aléas, les soubresauts, nul n’est épargné par les crises. C’est pourquoi nous devons travailler ensemble.

Je sais votre attachement à la perspective européenne. D’abord parce que l’union douanière, à laquelle la Turquie participe depuis 1996, n’est pas sans rapport avec le succès économique qui était le vôtre. Ensuite parce que, à juste raison, vous pensez que les négociations qui peuvent conduire, un jour, si les peuples en décident, à l’adhésion, que ces négociations peuvent être des instruments supplémentaires d’ouverture, de démocratisation, de garanties, d’Etat de droit, de libertés, mais aussi de développement, de modernisation.

C’est pourquoi la France veut ouvrir de nouveaux chapitres pour la négociation, sans préjuger de son issue mais permettant ainsi à ce que des chapitres, notamment ceux sur la séparation du pouvoir et l’indépendance de la justice puissent permettre à la Turquie et à l’Europe de cheminer ensemble.

Je sais que vous avez confiance dans la France, aujourd’hui, pour permettre ces évolutions. Parce que la France porte des valeurs. Pas simplement pour l’Europe, pas simplement dans l’Europe mais pour l’ensemble du monde. Ce que nous demandons à tous les pays, ce sont les mêmes principes que ceux que nous voulons pour l’Europe.

Comment distinguer ? Pourquoi séparer ? Ce que nous avons en commun, l’humanité toute entière, ce sont des principes et des valeurs qui valent partout, au-delà de ce que l’on appelle les civilisations, qui dépassent les religions, et qui nous permettent de croire que le monde sera meilleur. C’est le combat que toute jeunesse doit poursuivre et doit engager partout dans le monde.

De ce point de vue, au moment où je parle, la Tunisie, qui a été le premier pays à connaître ce que l’on avait appelé « les Printemps arabes » -qui se sont un peu assombris depuis-, la Tunisie vient d’adopter une Constitution, montrant par-là même, une nouvelle fois, ce que j’avais dit moi-même à Tunis, que islam et démocratie sont conciliables. Il peut y avoir, pour un pays qui a son histoire, ses traditions, une capacité à faire le choix de la démocratie, jusqu’au bout.

Il était important que je vienne ici en Turquie après tant d’années, où nous ne nous étions pas parlés aussi franchement, et où, parfois, des malentendus ont pu exister, notamment par rapport à l’histoire.

C’est toujours une tâche douloureuse que de regarder sa propre histoire. Elle peut être glorieuse, elle peut être parfois plus sombre. Nul pays n’est à l’abri de débats qui traversent un moment une société par rapport au passé, par rapport à l’histoire.

Nous allons cette année commémorer la Première guerre mondiale. Ce que l’on appelle la Grande guerre et qui a eu son lot de massacres, de tragédies, et qui vont nous obliger les uns, les autres, à revenir sur cette période, y compris les évènements de 1915.

Vous connaissez la position de la France, et je ne dirais pas des choses différentes de celles que j’exprime à Paris, mais, en même temps, je pense que tout doit être regardé en face parce qu’un peuple qui fait cet effort se grandit, à ses yeux et aussi aux yeux des autres.

Je sais aussi que nous sommes deux grands pays, la France et la Turquie, qui ont la prétention de peser sur la sécurité et la paix dans le monde. En ce moment, c’est vers la Syrie que nous tournons nos regards. Mais vous, en plus de regarder ces exactions et ces massacres, vous accueillez aussi des réfugiés en grand nombre. J’ai salué l’effort du peuple turc de solidarité à l’égard de ces familles qui viennent ici chercher secours et protection.

Là encore, nous devons agir ensemble parce que nous sommes solidaires de l’effort que vous faites et des risques qui peuvent déstabiliser l’ensemble de la région. Je ne pense pas simplement à la Turquie, je pense aussi au Liban, je pense à la Jordanie, je pense à tout ce qui peut à un moment être un embrasement général. Nous devons agir, nous l’avons fait, d’abord en pesant autant qu’il a été possible, y compris pour la France avec une menace directe d’actions quand nous avons appris que les armes chimiques avaient été utilisées par le régime syrien pour, hélas, assassiner des civils, femmes et enfants compris.

Nous avons aussi fait en sorte de détruire cet arsenal chimique. Cela sera l’action d’une organisation qui est dédiée à cette tâche. Mais nous n’en avons pas terminé. On tue avec des armes qui ne sont pas chimiques mais on tue et on tue de plus en plus en Syrie.

Nous devons alors faire en sorte que cette conférence de Genève 2 puisse revenir sur son seul sujet, c’est-à-dire la transition, le départ de Bachar EL ASSAD et la constitution d’une équipe nouvelle qui puisse permettre des élections en Syrie. Quand on parle d’élections en Syrie, cela paraît presque improbable, impossible, et pourtant, nous avons montré dans d’autres régions du monde que lorsqu’il y a une volonté, lorsqu’il y a une mobilisation internationale, nous pouvons aller plus vite que l’on ne le croit, le plus souvent vers une issue démocratique.

Je sais aussi que nous avons dans l’OTAN une singularité, la France et la Turquie. Nous voulons garder à la fois la fidélité à nos alliances mais également notre autonomie stratégique. J’ai dit aux autorités turques que nous étions prêts à coopérer en matière de défense.

Nous avons surtout ouvert, au cours de cette visite d’Etat, beaucoup de sujets économiques. J’y reviendrais tout à l’heure parce que je participe à un forum économique avec des chefs d’entreprise turcs et des chefs d’entreprises français. Je souhaite que nous puissions élever le niveau de nos échanges, c'est-à-dire faire en sorte que nous puissions, dans des domaines comme l’énergie, comme les transports, comme l’agroalimentaire, et dans beaucoup d’autres secteurs, partager notre technologie, nouer des alliances et être capables de conquérir ensemble, Français et Turcs, des marchés extérieurs.

Je veux terminer sur l’enjeu de la Méditerranée, parce que nous le partageons. Il n’y a qu’une chose que l’on ne peut pas changer dans un pays, aucune réforme structurelle ne peut permettre de bouleverser, c’est la géographie. Il se trouve que nous sommes à l’Ouest de l’Europe. Vous êtes à l’Est. Nous avons toutes raisons de penser que rien ne changera de ce point de vue.

[Interruption de séance puis reprise du discours]

Nous sommes rassurés sur l’état de santé de Ilber ORTAYLI qui est un grand historien et dont les œuvres, grâce à la presse française aujourd’hui présente, seront maintenant davantage connues, à cause hélas de cet incident.

Mais, je vais terminer mon propos sur ce que la Méditerranée nous fait obligation, c'est-à-dire vivre ensemble. Cette Méditerranée que vous appelez « la mer blanche », doit être le champ où la France et la Turquie doivent coopérer encore davantage et qui lie nos deux pays, qui leur donne une responsabilité. Aujourd’hui, je l’ai dit, nous devons accompagner les transitions, faire que les aspirations des peuples puissent trouver leur issue dans le respect des droits fondamentaux et de la démocratie, et faire de la Méditerranée – c’est ce que la Turquie et la France doivent décider ensemble – un espace de rencontres, d’échanges, de paix et donc de sécurité.

Cela va bien au-delà de l’Europe, et c’est ce qui doit nous unir parce que, ici à Istanbul, vous êtes la rencontre, le pont entre les différentes civilisations. C’est là que différents peuples et trois religions ont cohabité, de Byzance à Constantinople et Istanbul.

Ici, il est impossible de ne pas penser au mot de Joseph BRODSKY qui disait en parlant d’elle, d’Istanbul, qu’il n’y a aucun endroit au monde où la géographie suscite autant l’histoire. C’est cette histoire que nous devons continuer à écrire avec vous dans ce carrefour où les empires, les cultures, les civilisations, les religions, l’Europe et l’Asie se sont retrouvés. Dans ce carrefour qui regarde l’avenir avec confiance.

Au bord du Bosphore, où nous sommes, bordé par deux mers de rencontre, la Mer noire et la Méditerranée, cette union, ô combien symbolique entre les continents, entre l’Orient et l’Occident, vous l’avez réalisée physiquement avec le Tunnel Marmaray qui relie désormais l’Europe et l’Asie.

Ce lien désormais physique est un symbole, dans cette ville d’Istanbul qui est devenue l’un des grands repères du monde et qui incarne l’un de ces lieux où la mondialisation, si elle est maîtrisée, si elle est régulée, s’enrichit des identités et des cultures, invente de nouveaux échanges, porte des aspirations.

C’est en venant ici que l’on a moins peur de cette rencontre.

C’est là dans cette ville particulière, symbolique, que nous pouvons porter l’espérance.

C’est ce message que je voulais délivrer ici devant vous à Galatasaray, ce lieu où l’intimité entre la France et la Turquie s’incarne dans un mot, un seul mot qui s’appelle « la culture ».

Merci chers amis pour votre accueil.

Type de contenu : Déclaration/DiscoursRemise des insignes de Chevalier des Arts et des Lettres à Candan Ercetin

Remise des insignes de chevalier de l'ordre des Arts et des Lettres à Mme Candan Ercetin

Je vais remettre, à l’occasion de ma visite ici, à Galatasaray, les insignes de Chevalier des Arts et des Lettres à Candan ERCETIN, qui nous a fait la grâce, le plaisir, le bonheur de chanter hier à l’occasion du dîner d’Etat. Les deux qui étaient les plus connues ici étaient « Je ne regrette rien » et « Tombe la neige ». Tout le monde connaissait, à défaut des paroles, au moins la musique.

 

Mais vous, vous parlez notre langue. Vous vous exprimez aussi bien en français qu’en turc et votre répertoire est à la fois celui des chansons françaises les plus connues et également des chansons traditionnelles turques.

 

A travers vous, je veux aussi saluer la communauté universitaire et le lycée de de Galatasaray car, comme tous les talents, vous en sortez. D’ailleurs, chaque fois que je rencontrerais maintenant un Turc, dans quelques responsabilités qu’il ait, je lui demanderai : « vous êtes de Galatasaray, vous ? ». Peut-être qu’il me chantera une chanson.

 

Vous incarnez donc l’excellence de la filière francophone de Galatasaray. Vous avez, vous aussi, une histoire personnelle. La Turquie est votre pays d’accueil puisque vous veniez d’Albanie, originaire du Kosovo, par vos grands-parents.

 

A l’âge de 11 ans, vous quittez votre famille et votre ville natale en Thrace pour rejoindre Istanbul où vous entrez comme interne au lycée de Galatasaray. Vous n’étiez pas née au moment où le Général de GAULLE est venu et vous étiez très jeune au moment où François MITTERRAND était là. Vous avez donc attendu 22 ans que je sois là aujourd’hui !

 

Que l’on ne s’y trompe pas, vous n’avez pas redoublé pendant 22 ans pour rester au lycée et à l’université. Vous avez mené votre carrière, le chant, avec de nombreux albums, des chansons que vous composez vous-même. Le cinéma, la télévision, l’enseignement parce que vous continuez également à transmettre, notamment pour les jeunes les plus défavorisés et pour les personnes handicapées.

 

Vous êtes une artiste, distinguée par de nombreux prix et disque d’or, reconnue pour votre humanité, connue pour votre francophonie. Autant de raisons qui justifient la décoration que je vais vous remettre aujourd’hui !

 

La France témoigne, à travers cette distinction qui vous est décernée, de sa reconnaissance pour les générations d’artistes, d’intellectuels turcs, francophones qui depuis cinq siècles ont été les passeurs entre nos deux pays, entre nos deux peuples. La République reconnaît donc votre parcours, votre talent mais aussi votre lycée. Merci.

Clôture du Forum des entreprises franco-turques

Type de contenu : VidéoLe discours en vidéo

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral du discours

Discours lors de la clôture du Forum économique à Istanbul

Monsieur le Président,

Mesdames, Messieurs les ministres,

Messieurs les Présidents qui avaient organisé cette manifestation, ce forum économique,

C’est une grande joie d’être ici réunis, chefs d’entreprise turcs, chefs d’entreprise français, vous avez pris l’habitude de travailler ensemble, parfois, il y a pu avoir des suspensions ou des temps morts, mais l’idée qui vous réunissait était la seule qui convenait. Rapprocher nos peuples, nos pays, nos économies et favoriser la croissance et l’emploi.

Monsieur le Président, vous avez bien voulu dire que cette visite, celle que j’effectue depuis hier en Turquie, est exceptionnelle. Si elle est exceptionnelle, ce n’est pas pour le temps qu’il a fallu pour la rendre possible, 22 ans après celle de François MITTERRAND. Non, si elle est exceptionnelle, c’est parce que nous avons ouvert une nouvelle étape de notre relation politique, mais également que nous avons voulu faire franchir un nouveau cap à nos relations économiques. C’est le sens de notre présence.

D’abord, la France regarde la Turquie avec admiration pour le travail remarquable qui y a été mené depuis des années. Je parle de ce qu’est devenue la Turquie en dix ans, la 17ème puissance économique du monde. En dix ans, les échanges commerciaux entre la Turquie et le reste du monde ont été multipliés par trois.

Comment expliquer cette réussite ? D’abord il y a le lien qui s’est établi entre la Turquie et l’Europe à travers l’union douanière. Vous êtes dans l’Europe, vous n’êtes pas encore dans ce que l’on appelle l’Union européenne, mais vous êtes dans l’Europe. Vous avez largement bénéficié de cette ouverture des marchés.

Ensuite, la seconde raison qui explique ce formidable développement depuis plus d’une décennie, c’est la force de votre industrie. Elle représente à peu près le quart de la richesse de la Turquie, 20% des emplois. Pour nous, c'est un principe établi, il n’y a pas d’économie prospère sans une industrie forte. Les pays qui, hélas, ont vu la part de l’industrie décroître, diminuer, ont été les premiers à être touchés par la crise et par le chômage.

Nous avons donc un devoir, la Turquie comme la France, c’est de rester des Nations compétitives et, vous, vous avez fait des réformes qui vous ont permis d’être aujourd'hui pleinement dans la mondialisation. Vous avez des points forts : l’automobile, le textile. Mais vous avez également de nouvelles perspectives dans des secteurs, j’y reviendrai, comme l’énergie, les transports et les technologies de l’information.

Quelles sont les relations entre la Turquie et la France ? Elles sont depuis longtemps établies. Vous en avez rappelé l’origine, il y a plus de cinq siècles, il y a des relations culturelles, j’étais tout à l’heure à l’université de Galatasaray. Il y a des relations commerciales, sûrement et nous ne partons pas de rien puisque nos échanges représentent 12 milliards d’euros et que 450 entreprises françaises sont installées en Turquie, représentant à peu près 10 milliards d’euros d’investissement en stocks et plus de 100 000 emplois directs et indirects.

C’est déjà significatif, mais quand je regarde l’évolution depuis dix ans, c’est-à-dire au moment même où la Turquie connaissait des taux de croissance impressionnants, pendant dix ans la France n’a cessé de perdre des parts de marché en Turquie. Vous l’avez relevé, Monsieur le Président, avec délicatesse, élégance, politesse mais vous l’avez relevé.

Je ne peux pas admettre que la France, qui représentait en 2002 6% des parts de marché en Turquie, soit tombée à 3% en 2012. Alors, il y a des raisons politiques, juridiques, les visas, mais il y a d’autres raisons qui tiennent au fait que nous n’avons pas suffisamment porté ce courant d’échanges. C'est mon devoir aujourd'hui de le faire à travers cette visite et vous y avez répondu.

D’ailleurs, depuis près de deux ans, le climat a déjà un peu changé. Je parle du climat politique, pas du climat en général, parce que nous avons voulu rétablir un niveau de confiance, nous ne sommes pas d’accord sur tout, bien sûr, mais nous avons voulu nous mettre dans une bonne démarche, celle de la confiance.

Dès 2012, et cela s’est confirmé en 2013, de grands groupes français comme AEROPORTS DE PARIS, ESSILOR, YVES ROCHER, GEMALTO ont choisi de s’implanter en Turquie, et je les en remercie, avec des acquisitions directes ou de nouveaux investissements.

En 2013, plus de 15 milliards d’euros de contrats ont été conclus, avant même ma visite. C’est vous dire ce que cela va être après la visite. Enfin, c’est ce dont nous avons convenu avec le Président puisque nous voulons que nos échanges commerciaux représentent 20 milliards d’euros.

A un moment, il y a eu le problème de savoir dans quelle monnaie nous devions nous prononcer mais vous avez choisi : l’euro. Vous avez bien fait. Nous avons donc cet objectif : 20 milliards d’euros d’échanges commerciaux.

Encore faut-il aussi que nous y associons toutes les entreprises. J’ai emmené avec ma délégation des entreprises de toutes tailles, des grandes, des moyennes et des petites, parce que c’est ce qui fait la force d’une économie d’avoir de grands groupes qui sont capables d’être sur les marchés mondiaux, avec une technologie exceptionnelle et nous en disposons de ces grands groupes ici représentés.

Nous avons besoin d’entreprises de tailles intermédiaires qui sont exportatrices avec une qualité de main-d’œuvre et un niveau d’innovation qui leur permettent de conquérir des marchés. Elles sont là.

Puis nous avons besoin de petites et moyennes entreprises pour les accompagner justement sur les marchés et notamment, ici, en Turquie. Nous avons marqué, je pense, à travers ce forum, une nouvelle étape. Des accords ont été signés, je pense à celui entre GDF SUEZ et l’EMRA pour un projet de construction d’une centrale électrique, mais aussi aux nombreux contrats que nous avons conclus dans les domaines du transport et de l’énergie.

Mais, je pense que nous devons nous donner des objectifs précis.

Le premier, nous avons parlé aussi bien avec le Président GÜL qu’avec le Premier ministre ERDOGAN, c’est dans le domaine de l’énergie. La Turquie et la France ont un point commun. Nous sommes deux pays qui n’avons pas de pétrole, mais qui avons aussi fait le choix de diversifier nos sources d’énergie avec une particularité géographique pour la Turquie, c’est qu’elle peut être, comme elle l’est sur le plan culturel, mais elle l’est aussi sur le plan économique, un carrefour, ou plus exactement, une zone de passages.

Nous devons donc investir dans l’énergie nucléaire. C’est ce que vous avez fait comme choix, avec notre partenaire japonais, et également dans toutes les nouvelles sources d’énergie : le renouvelable, mais aussi le gaz. Je me félicite de tous ces contrats, notamment concernant ATMEA, c’est-à-dire le nouveau réacteur, parce que ce sera une expérience qui pourra bénéficier à d’autres pays.

J’ai voulu que le commissariat à l’énergie atomique détache à Ankara un conseiller pour faciliter la mise en place de notre coopération en matière d’énergie civile. De la même manière, UBIFRANCE organisera, dès cette année, un forum spécialisé pour permettre aux PME de la filière nucléaire française de nouer des partenariats avec leurs homologues turcs.

J’ai évoqué le renouvelable, où, dans le domaine qui nous est commun de l’environnement, nous devons partager nos expériences. Dans le secteur des transports, la relation entre la France et la Turquie est très ancienne puisqu’elle a été symbolisée par un train, qui est resté dans toutes les mémoires, c’était L’Orient Express, de 1883 à 1977, qui partait de la Gare de l’Est, à Paris, et qui arrivait à Istanbul.

L’objectif de ce train était de prendre le plus de temps possible. On a changé le modèle, maintenant, nous ne faisons plus des trains de nuits très lents, nous faisons des trains à grande vitesse. La Turquie va créer 10 000 kilomètres de lignes à grande vitesse, et nous avons choisi de répondre à tous les appels que vous pourriez lancer. ALSTOM a décidé de s’implanter en Turquie pour en faire sa plateforme régionale.

Dans le transport également, les véhicules terrestres, RENAULT a décidé d’investir depuis longtemps dans une usine de moteurs électriques, et joue parfaitement le jeu que vous attendez d’une grande entreprise française, c’est-à-dire le partage des technologies et de l’innovation.

Dans le domaine de l’aéronautique, vous avez, avec TURKISH AIRLINES, une grande compagnie qui a acheté des avions produits par AIRBUS. C’est le signe de votre engagement européen. Une partie des avions A350, A380 d’AIRBUS sont d’ailleurs produits ici, en Turquie par TURKISH AEROSPACE INDUSTRIES.

THALES, qui a obtenu de nombreux contrats, satellites civils comme militaires, vient de livrer à TURKISH AEROSPACE INDUSTRIES un centre de contrôle de satellites, aussi moderne que celui qu’il a réalisé en France.

Nous voulons également coopérer davantage dans le domaine de la défense. Nous avons commencé de le faire avec l’avion A400M, dont la Turquie est un des principaux partenaires industriels. Cela peut être le point de départ d’une industrie de la défense, que nous pouvons mettre en commun.

Le point essentiel que je voulais évoquer, c’est le choix de l’innovation et de la technologie.

Nous devons regarder non pas l’industrie d’hier, mais celle de demain. Si nous pouvons apporter à l’économie turque une part plus importante de technologies et d’innovation, nous y sommes prêts. Mais nous sommes également conscients que nous devons inventer ensemble un certain nombre de produits industriels que nous pourrions aller porter sur les marchés extérieurs. C’est ce qu’indiquait le Président, parce que nous avons la capacité au Moyen-Orient, en Asie, en Afrique, au Maghreb, de porter ensemble un certain nombre de technologies.

Je sais que beaucoup d’entreprises turques commencent à regarder le marché français. Ce matin, j’en rencontrais quelques-unes et je leur lançais un appel : « venez investir en France ». Parce que nous avons aussi toutes les capacités pour vous accueillir, pour vous permettre de créer de la richesse et des emplois. Il y a une communauté turque qui existe en France, qui d’ailleurs maintenant est devenue française, et qui peut également vous rassurer sur la manière avec laquelle nous pouvons accueillir des investisseurs turcs.

Mais il y a la question qui a été posée des restrictions, des visas ; ce n’est pas le seul pays où ce problème se pose. J’ai donc donné, avec le ministre des Affaires étrangères, toutes les instructions pour que les chefs d’entreprise, les créateurs, les innovateurs turcs qui veulent venir en France puissent pouvoir le faire en toute tranquillité, en toute sécurité. Toutes les facilités seront données.

Je recevrai bientôt les entreprises qui ont des investissements en France et qui ont leurs sièges sociaux dans tous les pays du monde. Je serais heureux, s’il y avait parmi ces entreprises des représentants de sièges sociaux turcs. Je sais que deux ont déjà répondu à l’appel.

Nous devons donc croiser nos investissements, bâtir des alliances, être capables de porter ensemble des technologies vers les marchés extérieurs.

Je veux terminer pour saluer votre engagement pour les réformes. Ces réformes sont indispensables. Il y a des réformes économiques, nous devons tous en faire, la France en engage en ce moment même, parce que si nous voulons avoir un niveau de croissance élevé, être compétitifs, créer des emplois, baisser le chômage, nous devons faire en sorte que, à ce moment-là, nos entreprises puissent avoir toute possibilité pour agir, dans le respect, bien sûr, des droits des salariés, des travailleurs. Mais avoir la capacité et le soutien indispensables, c’est la condition de la croissance, ce sont les réformes économiques.

Elles appellent aussi la simplification dans les procédures, le dialogue social, des contreparties qui peuvent être demandées, et c’est légitime, enfin des investissements, une attractivité pour que nos territoires puissent accueillir des entreprises de par le monde.

Mais les réformes, ce ne sont pas que des réformes structurelles pour l’économie, ce sont aussi des réformes démocratiques.

C’est pourquoi, vous regardez aussi vers l’Europe. Il m’a été plusieurs fois dit combien les Turcs voulaient que les négociations avancent plus vite, même si on ne peut pas en connaître l’issue. J’ai dit que la France était prête à ouvrir des chapitres, notamment sur la séparation des pouvoirs, les libertés fondamentales, les garanties juridiques, parce que ce sera bon pour la Turquie et bon pour l’Europe. Parce que nous portons des valeurs, et nous devons les faire respecter partout, et donc là-dessus, sachez bien que l’appui de la France vous sera donné.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les chefs d’entreprise, il n’y a de relations politiques que s’il y a la confiance. Il n’y a d’économie prospère que s’il y a la confiance. Nous avons une grande histoire chacun de nos pays. Mais l’influence que nous avons, et je pense à celle que la France doit avoir par le monde, dépend aussi beaucoup de notre force économique. Il n’y a pas de puissance politique sans qu’il y ait de puissance économique.

C’est pourquoi nous devons avoir cette ambition industrielle, productive. C’est celle que nous avons en France, c’est celle que vous portez en Turquie, et c’est pourquoi il était important d’ouvrir une nouvelle étape de notre longue relation qui devient – je le crois – une amitié sincère. Merci.

 

 

Allocution et rencontre avec la communauté française

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Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral du discours

Discours devant la communauté française à Istanbul

Mesdames, Messieurs,

Mes chers compatriotes,

 

Je termine avec vous cette visite d’Etat qui aura duré deux jours, qui aura été une étape importante - certains ont dit une parenthèse qui se refermait… - en tous cas, une volonté commune entre la France et la Turquie d’aller de l’avant.

 

Je suis venu avec sept ministres, et des parlementaires qui sont à la tête des groupes d’amitié, aussi bien au Sénat qu’à l’Assemblée nationale, le député qui représente les Français de l’étranger, de nombreux chefs d’entreprise, des intellectuels… Il fallait avoir une délégation qui puisse prendre en compte 22 ans sans visite d’Etat, ici en Turquie, d’un Président de la République française ! Je rappelle que, sous la Vème République, le Général de GAULLE était venu, c’était en 1968. Puis, bien après, François MITTERRAND en 1992. Nous voici !

 

Je viens dans un contexte que chacun connaît, ici, et qui peut interroger en Turquie parce que l’aspiration à la liberté, à la démocratie est grande. Je viens aussi dans un contexte économique que vous connaissez, avec une Turquie qui s’est rapidement transformée en dix ans et qui aspire à venir dans l’Union européenne, avec toujours le même débat de savoir si la Turquie est dans l’Europe. Bien sûr que la Turquie est en Europe ! Il y a un processus qui a été ouvert, c’était en 2004, c’était Jacques CHIRAC qui représentait la France et qui l’avait accepté et même voulu. Dix ans après, des chapitres ont été ouverts, d’autres qui ne l’ont pas été - plus encore sont fermés qu’ouverts. En même temps, cette perspective doit demeurer, sans que l’on puisse encore déterminer quelle sera l’issue.

 

Mais, il est de la responsabilité de la France de tenir sa parole, c’est-à-dire de permettre qu’il y ait des chapitres qui s’ouvrent. Nous en avons débloqué un. J’ai annoncé aux Turcs que nous étions prêts sur deux chapitres, l’un concernant la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice, l’autre la démocratie et l’Etat de droit.

 

D’ailleurs, les Turcs ont eux-mêmes souhaité que ces chapitres-là soient aussi ouverts. Chacun sera alors devant ses responsabilités. C’est un bon principe : ne pas écarter, ne pas repousser, mettre les uns et les autres devant des choix qui sont des choix pour des décennies.

 

Il y a toujours des peurs, chaque fois que l’on évoque la Turquie en France. Certains sont assez habiles – « habiles » est un mot peut-être exagéré, « malins » devrais-je dire – pour utiliser ces peurs. Or, je crois que nous ne devons pas avoir peur de la Turquie. Nous devons, au contraire, lui tendre la main comme elle veut, elle-même, prendre une part du chemin que nous avons ouvert en Europe.

 

Pourquoi ? Parce que, d’abord, je l’ai dit, la Turquie a fait des réformes considérables ces dernières années et vous en avez été les témoins, vous chers compatriotes, qui vivez quelquefois depuis longtemps ici, qui parfois avez la double nationalité. Ces réformes ne sont pas achevées, loin de là, mais la Turquie s’est transformée aussi sur le plan économique. C’est impressionnant pour celles et ceux qui ne viennent en Turquie que pour les vacances ou celles et ceux qui ne voient la Turquie que de loin ou qui pensent que la Turquie, c’était encore un pays en développement…

 

La Turquie, c’est la 17ème puissance économique du monde avec un rythme de croissance qui, à un moment, a pu atteindre 8, 9% ! S’il y a un ralentissement, c’est encore autour de 4% que la croissance est observée, avec des échanges qui ont été multipliés par trois ces dernières années, notamment cette dernière décennie, avec une industrie qui est puissante, notamment dans l’automobile mais également dans le textile. Puis des technologies qui sont devenues ici familières. Je ne parle pas des grands travaux d’infrastructures : tunnel sous le Bosphore, des ponts, des trains… Nous avons parlé de tout cela.

 

Mais, pour parler d’économie, il fallait d’abord parler politique et c’est ce que nous avons fait, aussi bien avec le Président de la République, M. GÜL, qu’avec le Premier ministre, M. ERDOGAN. Nous avons évoqué l’histoire, celle qui nous unit, qui nous permet, à chaque fois, et nous sommes dans un lieu qui en est finalement le produit, qui nous permet d’évoquer la rencontre au 16ème siècle entre François 1er et Soliman le Magnifique. Mais, l’histoire qui nous unit sans doute celle aussi de nos cultures. J’étais il y a encore quelques heures à Galatasaray. C’est vrai que c’est impressionnant qu’il y ait encore cette université, autrefois lycée, toujours lycée mais qui maintenant a pris une dimension supplémentaire avec l’université qu’avait inaugurée François MITTERRAND il y a 22 ans.

 

Mais nous ne pouvons pas en rester là. Nous devons regarder ce que, politiquement, nous pouvons faire ensemble. Il y a des convergences qui existent sur le plan international. Nous sommes préoccupés par la situation en Syrie. Mais, j’ai reconnu aussi que la Turquie faisait un effort considérable pour accueillir des réfugiés, près de 700 000. Nous devons la solidarité à l’égard des Turcs qui, eux-mêmes, en font la démonstration à l’égard des Syriens. Aujourd’hui, nous avons cette Conférence de Genève 2 qui s’enlise avec le risque d’une guerre qui peut encore produire son lot de massacres, d’exactions sans que les armes chimiques ne soient utilisées puisqu’elles vont être détruites. Il a fallu la pression et la menace pour en arriver là mais il y a d’autres armes qui tuent et qui tuent toujours les mêmes, c’est-à-dire les civils.

 

Puis, il a aussi ces risques d’extrémisme que nous connaissons bien et qui font qu’il peut y avoir aussi des filières djihadistes qui s’organisent et qui peuvent passer par la Turquie. Vous avez vu ces deux jeunes adolescents qui venaient de Toulouse, que l’on a récupérés, j’en remercie les autorités turques et que l’on a ramenés. Mais cela en dit long aussi sur l’entreprise de manipulation des esprits qui peut conduire des jeunes qui n’ont rien à y faire en Syrie.

 

Nous avons donc sur ce point-là des objectifs communs avec nos amis turcs et nous avons avancé aujourd’hui au cours de cette visite d’Etat.

 

Il y a les relations économiques qui supposent que l’on soit là-aussi clair. Nous devons faire des partenariats, pas simplement proposer nos marchandises. J’ai été moi-même surpris - mais j’étais quand même informé - que notre part de marché qui, il y a dix ans en Turquie était de 6% était tombé pour les raisons que l’on sait et qui ne sont pas qu’économiques à 3% des parts de marché.

 

Il y a donc toute une relance à opérer. C’était très important qu’il y ait ces chefs d’entreprise français qui m’aient accompagné. Nous avons eu des rencontres avec des chefs d’entreprise turcs et ce forum économique ce matin qui, je crois, est prometteur dans des domaines très importants : de l’énergie, même nucléaire puisqu’un contrat a été signé pour une construction de centrale mais aussi d’autres sources d’énergie : le gaz et les énergies renouvelables. C’est un domaine essentiel où nous pouvons partager la technologie. Nous y sommes prêts. Il y a le domaine des transports. Je ne vais pas vous faire la liste, des lignes de TGV que nous voulons ouvrir avec nos amis turcs. Il y a le domaine de l’agroalimentaire où nous devons lever un certain nombre de barrières ou d’obstacles. Il y a aussi tout ce qui a trait aux nouvelles technologies que nous devons mettre en œuvre. Ce qui est le cas aujourd’hui. Nous avons signé un contrat pour les satellites.

 

Vous y contribuez à ces succès possibles. Il y a ici des cadres d’entreprises, des techniciens, des employés qui se dévouent pour que justement maintenant dans ce nouveau contexte politique, dans ce nouveau climat qui a été ouvert par cette visite d’Etat, nous puissions, vous puissiez faire valoir toute la technologie, l’excellence française.

 

Rien ne serait néanmoins possible s’il n’y avait pas aussi les services qui doivent être apportés à la communauté française. Vous êtes 8 000, enfin, pas tous ici rassemblés, mais 8 000 ressortissants français, beaucoup à Istanbul. Je sais que cette communauté, l’ambassadeur me l’a rappelé, la consule aussi - je salue aussi les consuls honoraires -, cette communauté ne cesse d’augmenter. C’est très important. On se dit souvent mais pourquoi faut-il qu’il y ait autant de Français qui vivent à l’extérieur ? Ils ne vivent à l’extérieur que pour le bénéfice du pays, sauf quelques cas particuliers, mais qui sont exceptionnels. Pour le reste, ces Français de l’étranger, vous, vous contribuez au développement de la France, à la promotion de la France, à l’idée de la France, aux produits français. Dans tous les domaines. Je sais que vous représentez de nombreux secteurs d’activité. Mais il faut aussi des services et notamment des établissements scolaires.

 

Chaque fois que je dis établissements scolaires, il y a toujours une voix qui dit : « ah ». Généralement, c’est soit un enseignant, c’est possible, soit un parent d’élève. Cela peut être les deux à la fois. Parce que c’est vrai que c’est à la fois de très beaux établissements. Ici, c’est le lycée Pierre LOTI, je salue aussi ce que l’on appelle les « Saints », tous ces établissements de congrégation qui font valoir l’enseignement en français.

 

C’est une chance d’avoir ces établissements de très grande qualité. Je salue donc le personnel enseignant, tous les personnels qui s’y dévouent et qui sont exceptionnels. J’ai aussi rencontré les enseignants de Galatasaray qui font aussi un travail remarquable, mais il y a un problème pour les parents compte tenu des frais de scolarité que cela représente, d’où la question des bourses qui est reposée, les nouveaux calculs, pour faire en sorte que nous puissions offrir à tous ceux qui, Français, veulent mettre leurs enfants dans les écoles françaises les meilleures conditions.

 

Mais, nous avons aussi le devoir d’accueillir des enfants des familles turques ou des familles d’autres nationalités. C’est aussi ce qui permet la promotion de la France avec cette ambition qui est la nôtre, la francophonie qui n’est pas simplement une nostalgie.

 

La langue française doit être parlée. La langue française va être de plus en plus parlée, doit être de plus en plus parlée, parce qu’elle est aussi un principe de diversité culturelle, parce que c’est un instrument de liberté, l’affirmation de valeurs. Cela porte la culture. Ce qui me permet aussi de saluer les Instituts qui travaillent ici à Istanbul pour la promotion de nos créations, de nos spectacles, de notre cinéma, mais aussi l’archéologie, une grande tradition française, ici à Istanbul, et plus largement en Orient.

 

Voilà ce que j’étais venu vous dire. Je pense que cette visite est importante, qu’elle devra être suivie d’autres. Je pense à des visites ministérielles qui vont se succéder, à des visites également de délégations d’entreprise. Nous devons multiplier les échanges.

 

J’ai également adressé un message aux entrepreneurs turcs. Je leur ai dit : c’est bien que nous venions investir, on doit le faire davantage encore, il y a déjà 450 entreprises françaises ici mais il peut y en avoir d’autres. C’est bien que vous veniez aussi investir en France parce que vous êtes une grande économie et vous avez vocation à être sur les grands marchés et notamment les nôtres, y compris par rapport à votre aspiration à venir dans l'Europe. Venez investir en France. Je pense que ce message a été entendu.

 

Pendant que j’étais ici en Turquie pour cette visite, il y avait les chiffres du chômage qui étaient publiés. Le chômage a augmenté de 2008 à 2012 d’un million. Un million. Et il a continué à augmenter encore en 2013. Plus de 170 000. C’est beaucoup.

 

La fin de l’année traduit une stabilisation mais nous n’avons pas réussi dans l’année 2013 à faire diminuer le chômage, à en diminuer le rythme d’augmentation. A en stabiliser le niveau, oui, en cette fin d’année, mais pas à le faire diminuer. Nous y avions mis les moyens nécessaires et nous continuerons à les mettre en termes d’emplois aidés, de contrats pour les jeunes, contrats de génération, emplois d’avenir, de formations. Mais, nous ne pourrons faire diminuer le chômage, nous ne pourrons le faire baisser dans les prochains mois que s’il y a de la croissance.

 

La croissance, comment s’obtient-elle ? Elle s’obtient avec le maintien d’une demande intérieure, de consommation mais surtout d’investissements. Nous avons besoin d’investissements. Comment se fait la croissance ? Elle se fait sur les marchés européens. C’est là que nous faisons l’essentiel de notre commerce extérieur. La croissance se fait aussi sur les marchés que l’on appelle « tiers », « ouverts » comme celui de la Turquie.

 

Nous devons donc être compétitifs, faire le choix de l’innovation, de la technologie, de la recherche. Choisir les secteurs, c’est ce que nous faisons, avec le ministre du Redressement productif, qui sont les plus porteurs pour l’avenir et que nous pouvons conduire pendant des années. Mais, en attendant, il faut que nos entreprises puissent être capables de tenir le choc de la sortie de crise parce que nous sortons de la crise.

 

Alors, le chômage, nous le ferons baisser à la seule condition que nous nous mobilisions tous. C’est pourquoi j’ai proposé aux entreprises le pacte de responsabilité et aux partenaires sociaux d’en négocier les contreparties, parce que c’est ce qui nous permettra de nous retrouver tous derrière un objectif commun, d’avoir une croissance supérieure à celle qui est prévue, de redonner confiance et espoir parce que c’est ce qui fait qu’une Nation peut être plus grande qu’on ne le croit.

 

Il y a toujours cette question qui taraude, peut-être ici aussi bien de nos compatriotes, est-ce que l’on est encore une grande Nation ? Est-ce que l’on peut réussir ? Est-ce que l’on va s’en sortir ? Est-ce que l’on est capable d’être au meilleur niveau ? Oui. Si nous nous mobilisons tous.

 

Le sommet de l’Etat doit être toujours en action. Bien sûr le gouvernement parce c’est sa responsabilité. Tous les élus qui doivent se sentir concernés. Mais d’abord et avant tout les Français eux-mêmes, les acteurs économiques, les entreprises.

 

Je ne cherche pas à faire des cadeaux aux entreprises, pas plus que les entreprises ne veulent faire de cadeaux au gouvernement. Je ne le crois pas. Il ne s’agit pas de cela. Il s’agit de faire un pacte, un contrat ensemble. Moins de charges, de cotisations, moins de complexité et en même temps plus d’emplois. Il ne s’agit pas de rentrer dans une espèce de logique comptable. Simplement dans une logique de confiance.

 

C’est pourquoi ce que vous faites ici contribue à ce pacte de responsabilité. Nous sommes tous dans ce même engagement, dans cette même entreprise. L’entreprise France. C’est la seule qui vaille pour que l’on puisse demain, nous aussi, être à la fois à la hauteur de notre propre histoire, capable de parler aux autres, de n’avoir peur de rien et de savoir que la France peut être encore plus grande demain. Merci d’y contribuer, ici en Turquie. Vive la République et vive la France !

 


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