Avril 2014

Type de contenu : Communiqué de presseLe programme

Déplacement du Président de la République en Inde

Le Président de la République, M. François HOLLANDE, se rendra en visite d’Etat, en République d’Inde, les 14 et 15 février 2013.

 

PROGRAMME

 

JEUDI 14 FEVRIER

 

NEW DELHI


 10h00 Accueil par M. Pranab Mukherjee, président de la République de l’Inde, et M. Manmohan Singh, Premier ministre de la République de l’Inde

 

10h30 Cérémonie au mémorial du Mahatma Gandhi

 

11h00 Entretien avec M. Salman Khurshid, ministre des Affaires étrangères et visite de l’Institut Français

 

12h00 Entretien avec M. Manmohan Singh, Premier ministre

Cérémonie de signature d’accords inter-gouvernementaux et déclaration conjointe à la presse

 

15h30 Entretien avec Mme Sushma Swaraj, Présidente du groupe Bharatiya Janata Party à la Chambre basse

 

16h00 Entretien avec Mme Sonia Gandhi, présidente de l’United Progressive Alliance et du parti du Congrès

 

16h45 Clôture du Forum économique et cérémonie de signature d’accords commerciaux

 

18h00 Réception de la communauté française

 

19h30 Dîner d’Etat à l’invitation de M. Pranab Mukherjee, président de la République de l’Inde

 

 

VENDREDI 15 FEVRIER

NEW DELHI

 

10H30 Allocution du Président de la République et Visite du Memorial Nerhu

Remise des insignes de Commandeur de la Légion d’Honneur à M. Amartya Sen, prix Nobel d’Economie

 

BOMBAY

 

15h00 Visite du centre de recherche et développement de l’entreprise Lafarge

 

16h30 Entretien avec M. Sankaranarayanan, Gouverneur du Maharashtra

 

17h15 Intervention du Président de la République devant les chefs d’entreprise indiens

 

19h00 Conférence de presse de M. le Président de la République

Type de contenu : VidéoLes moments forts du premier jour en vidéo

Cérémonie d’honneur à Rashtrapati Bhavan, Palais présidentiel

Type de contenu : Album photosLes photos de la cérémonie

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral de la déclaration du Président de la République

Déclaration du Président de la République à Rashtrapati Bhavan

It’s a great honor for me and for France to visit India.

I thank the President for his warm welcome. I am sure than this visit will put our relationship at the best level we can hope. 

We come to build a great partnership, India and France, and we must always improve the relationship between our two countries.

India is a great democracy, the biggest democracy in the world. A country which is in development and France must be with you in this challenge.

Thank you.

 

Cérémonie au mémorial du Mahatma Gandhi

Type de contenu : Album photosLes photos de l'hommage

Entretien avec M. Manmohan Singh, Premier ministre de la République d'Inde

Type de contenu : VidéoLa déclaration conjointe en vidéo

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral de la déclaration

Déclaration du Président de la République à l’issue de l’entretien avec le Premier ministre de la République de l’Inde

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames et Messieurs les ministres,

J’effectue aujourd’hui ma première visite d’Etat en Asie. J’ai voulu que ce soit l’Inde qui puisse m’accueillir parce que les relations entre nos deux pays sont uniques. Elles tiennent à l’Histoire. L’Inde a été aux côtés de la France dans des moments difficiles. La France a soutenu l’Inde pour son indépendance. Nos deux pays, au-delà des gouvernements et des présidents qui se sont succédés, ont toujours voulu avoir un partenariat exceptionnel.

Il a été noué en 1998, il est devenu stratégique et il m’appartenait aujourd’hui de lui faire franchir une nouvelle étape. C’est ce qu’avec le Premier ministre, nous avons convenu. L’Histoire pèse, l’Histoire mérite d’être poursuivie mais aujourd’hui c’est de l’avenir de nos deux grandes Nations qu’il est question.

L’Inde et la France n’ont pas la même population, n’ont pas la même configuration, n’ont pas la même économie. Mais l’Inde et la France portent des valeurs et des principes : la démocratie. L’Inde est la plus grande démocratie du monde et pas simplement par la taille de la population mais par la diversité qu’elle sait faire vivre en son sein, par la contradiction, par le débat.

L’Inde et la France sont deux nations soucieuses de leur indépendance. La France a des alliances, elle est en Europe pleinement engagée. Mais elle garde son autonomie de décision à tout moment et dans toutes circonstances. L’Inde est également attachée à ce principe d’indépendance qui s’est longtemps identifié au non alignement.

Nous sommes également attachés à la liberté, la liberté pour nos peuples, la liberté pour le monde. Voilà ce qui fait que notre partenariat est forcément exceptionnel. Il repose sur plusieurs piliers. Nous les avons confortés, aujourd’hui, et nous en avons même ajouté d’autres.

D’abord sur la défense. Depuis longtemps, la France et l’Inde coopèrent. L’Inde a fait confiance aux matériels Français et la France a fait confiance à l’Inde pour leur utilisation. Parce que l’Inde est une Nation de paix. Aujourd’hui, c’est sur un avion que nous discutons mais ce n’est pas le premier puisque, dès l’indépendance de l’Inde, la France a mis à la disposition de l’Inde des avions. Puis après il y a eu le Mirage, aujourd’hui c’est la Rafale. Nous avons constaté, le Premier ministre et moi-même, des progrès dans cette discussion. Et j’ai bon espoir que nous pourrons arriver à la conclusion.

Mais il n y a pas que sur les avions que nous avons une coopération en matière de défense. Elle est multiple, elle touche les missiles, les sous-marins, beaucoup de matériels… Parce que je vous l’ai dit, cette relation est fondée sur la confiance.

Le partenariat stratégique, c’est également sur l’énergie que France et Inde ont voulu le construire. Energie nucléaire civile, la France a été la première nation à faire, là encore, que l’Inde puisse accéder à ces technologies sans risque. Car nous connaissons parfaitement la position de l’Inde, sa volonté de sûreté. Des discussions sont en cours pour des centrales nucléaires.

Mais il n y a pas que le nucléaire civil. Il y a aussi des énergies renouvelables avec lesquelles nous entendons avec l’Inde poursuivre une relation fondée sur l’excellence. Le Premier ministre a évoqué le pilier, si je puis dire, pour le spatial car il s’agit là de monter jusqu'au ciel. Le spatial fait partie de ce que nous pouvons faire ensemble. Je m’honore que la France puisse contribuer à lancer un certain nombre de satellites au bénéfice de l’Inde.

Le Premier ministre et moi-même avons voulu élargir ce partenariat notamment à un domaine qui a été trop longtemps négligé entre nous : l’éducation et l’enseignement supérieur. Je souhaite que la France accueille plus d’étudiants indiens. Il n’y en a que 3000 aujourd’hui, c’est largement insuffisant. Je souhaite que la France puisse accueillir davantage de chercheurs, je souhaite également que les universités françaises coopèrent davantage – ici en Inde c’est déjà le cas – de manière à ce que des étudiants français puissent venir y faire leurs travaux.

Il y aura des accords qui seront signés entre plusieurs universités et je m’en félicite. Je rappelle que l’Inde a 14 millions d’étudiants, c’est un potentiel considérable en matière de recherche. Je n’ose pas dire combien il y a d’informaticiens indiens puisqu’il y en a autant que de Français eux-mêmes !

Mais nous voulons aussi que le partenariat concerne la culture. A cet égard, il y aura au festival de Cannes la célébration du centenaire du cinéma indien, avec cette question, « qui a inventé le cinéma ? » Est- ce que c’est la France ou est-ce que c’est l’Inde ? Cette question sera tranchée au festival de Cannes.

Nous aurons grand plaisir et grand honneur à diffuser, davantage encore, la qualité et l’excellence du cinéma indien qui, comme le cinéma français, veut démontrer que l’exception culturelle a un sens, que la culture n’est pas une marchandise. Nous avons à veiller à ce pluralisme et à cette protection de nos œuvres.

Enfin le partenariat doit être économique. L’Inde est une grande puissance économique, elle va devenir une des plus grandes économies du monde.

La France a pris de l’avance et je m’en félicite : 750 entreprises françaises sont implantées en Inde, faisant vivre 250 000 emplois. Je souhaite que nous puissions avoir encore davantage d’échanges commerciaux et dans des domaines nouveaux comme par exemple la ville durable puisque l’Inde va faire face à une urbanisation encore considérable. Il y a donc des accords qui vont être signés en matière de transport, notamment ferroviaire, en matière d’équipements de gare, de tramways, d’eau, d’assainissement… La France doit montrer son excellence au service de l’économie indienne.

L’Inde compte également des entreprises de très grande réputation, de très grande technologie. Avec le Premier ministre indien, j’ai fait part de mon souhait et de notre volonté commune que des entreprises indiennes viennent s’installer en France.

Enfin nous avons, l’Inde et la France – au-delà de ce qui peut nous rapprocher, de ce que nos économies peuvent faire ensemble, de ce que nous pouvons concevoir comme partenariat dans des domaines d’excellence : le spatial, la défense, les nouvelles technologies – nous avons des positions politiques que nous défendons dans toutes les instances internationales. Je les ai rappelées ces positions, la paix, la démocratie, la liberté, la lutte contre le réchauffement climatique, l’exception culturelle.

Ces principes, je souhaite que l’Inde puisse les défendre au sein du Conseil de sécurité comme membre permanent. Je l’ai rappelé au Premier ministre de l’Inde. Ces principes, c’est aussi la participation de l’Inde aux grandes opérations de maintien de la paix. Je souhaite que l’Inde puisse également être dans toutes les instances, y compris pour le nucléaire civil. Enfin je me suis félicité que l’Inde puisse accéder au G20, parce que là encore nous défendons les mêmes orientations de politique économique.

En ce moment, le monde a besoin de croissance. La croissance doit être la priorité, l’Europe est en train d’assurer de nouveau le retour de la confiance, mais pas encore de la croissance. L’Inde a été affectée, comme tous les pays émergents, par le ralentissement économique mondial. Nous avons à notre ordre du jour, dans toutes les instances ou l’Inde et la France auront à exprimer leur voix, à défendre la priorité de la croissance.

Je termine pour dire que nous avons aussi à lutter contre un certain nombre de menaces, de fléaux et notamment le terrorisme. L’Inde a dû faire face aussi à cette barbarie. Je remercie l’Inde pour le soutien qui a été apporté à la France dans l’intervention au Mali. Je l’ai répété au Premier ministre : nous ne défendons aucun intérêt en étant au Mali. Nous assurons, à la demande d’un pays ami, le retour de l’intégrité territoriale du Mali. L’Inde l’a parfaitement compris. Nous aurons encore à montrer notre convergence de vues dans la lutte contre le terrorisme pour combattre contre tous les trafics : trafic de drogue, mais également piraterie dans l’océan indien.

Comme vous le constatez, ce sont deux pays qui ont des conceptions communes, des intérêts communs, des conceptions fondées sur des valeurs et des principes. Je suis heureux que cette visite ait permis de faire franchir à notre partenariat stratégique une nouvelle étape.

C’est une longue histoire qui nous unit mais l’avenir également nous rapprochera encore davantage les prochaines années.

Merci.

Forum économique "France-Inde" à New Delhi

Type de contenu : VidéoLe discours en vidéo

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral du discours

Discours de Monsieur le Président de la République au Forum économique à New Delhi

Mesdames et Messieurs les responsables d’entreprise,

Vous êtes ici, Indiens, Français, rassemblés et c’était l’esprit que je voulais donner à ma visite, ici en Inde. La première que j’effectue en Asie comme président de la République. Je suis attaché au partenariat stratégique entre l’Inde et la France parce qu’il puise loin dans notre histoire et parce qu’il a représenté une volonté de tous les gouvernements qui se sont succédés en Inde et de tous les Présidents qui ont voulu avoir avec l’Inde une relation exceptionnelle. Ce partenariat stratégique repose sur des piliers que nous connaissons solides, piliers de la défense -avec de nombreuses entreprises françaises qui y contribuent- piliers de l’énergie -avec la encore le nucléaire civil mais pas que le nucléaire civil aussi le renouvelable et également le spatial -qui correspond à une volonté commune, celle de la France et de l’Inde, d’être à l’avant-garde sur le plan technologique-.

Mais si je suis venu aujourd’hui avec une délégation importante de chefs d’entreprise français et avec des élus nationaux et locaux qui sont attachés à la relation entre la France et l’Inde, c’est parce que je veux que notre partenariat s’élargisse et couvre tous les secteurs et puissent intéresser toutes les entreprises. Je vous remercie donc chers amis qui avez organisé ce forum et cette manifestation de me permettre de vous adresser ces mots simples.

Aujourd’hui, il n’y a aucun domaine qui ne puisse être concerné par le partenariat entre la France et l’Inde, à la fois les secteurs stratégiques mais aussi tous les domaines de la relation économique.

Vous avez rappelé que la France était au 9ème rang de l’investissement en Inde, c’est trop peu. Vous avez ajouté que l’Inde était au 13ème rang des investissements étrangers en France, c’est beaucoup trop peu. Vous auriez pu dire que nous avions amélioré nos échanges commerciaux, c’est vrai depuis plusieurs années, mais il culmine à 7 milliards et demi, alors qu’à un moment l’objectif c’était il y a un an, avait été chiffré à 12 milliards. Moi je ne veux pas fixer d’objectifs chiffrés mais ce que je sais, c’est que nous avons encore de larges domaines, de grands potentiels de coopération et de développement ensemble. Donc, dans tous les secteurs -ici sont présents les chefs d’entreprise- aussi bien dans le secteur d’énergie, des transports, mais également de l’audiovisuel, de la culture. Nous devons aussi nous retrouver sur la grande distribution.

Ce que je souhaite c’est que nous ne concevions pas nos relations simplement dans des domaines clef du partenariat stratégique. Tous les secteurs sont concernés, toutes les entreprises françaises, les entreprises indiennes, à l’évidence, des liens doivent être créés. Grandes entreprises, entreprises de taille intermédiaire, PME, toutes les entreprises françaises doivent avoir accès au marché indien et je vous demande amis indiens de leur faire le meilleur accueil. Il n’est jamais simple de s’implanter dans un pays, il y a toujours des règles, des traditions, des procédures, parfois même des obligations. Essayons de les connaitre mais aussi de les lever ces obstacles lorsqu’ils peuvent paraitre tout a fait inutiles au développement des échanges.

Je disais aussi, je reprends une interpellation qui m’était faite que nous avions vocation à ouvrir nos marchés et donc la France soutient la négociation commerciale qui s’engage entre l’Europe et l’Inde. Elle aura des conséquences et je crois qu’elles seront heureuses pour nous deux économies.

Je souhaite qu’au cours de ces quelques heures que nous allons passer ensemble, nous puissions nouer des relations personnelles, faire en sorte que les entreprises puissent ici trouver des projets d’expansion.

Je veux lancer aussi un appel à nos entreprises indiennes, qu’elles viennent investir en France, nous faciliterons leur implantation. Et enfin, je souhaite que lors des prochaines visites que je pourrais faire en Inde, nous ayons franchi encore de nouvelles étapes.

Nos économies sont différentes. Ici, en Inde, vous êtes sur une taille considérable, un marché intérieur tout à fait imposant, mais en même temps, notre économie française a une avance technologique, elle est prête à la partager avec les entreprises indiennes, parce que nous savons bien que c’est sur des grands marchés que nous devons mettre à disposition nos produits.

C’est pourquoi, je suis confiant dans le résultat que nous pourrons atteindre. Nous avons en plus tant de liens qui nous unissent ; En même si la langue encore nous sépare, la culture nous est commune, la conception de la démocratie, de la liberté, de l’entreprise également. Je suis heureux de pouvoir exprimer quelques mots d’encouragement dans ce forum et je suis confiant pour la relation économique entre la France et l’Inde.

Merci d’y avoir contribué.

 

 

 

Conférence de presse du Président de la République

Type de contenu : VidéoLa conférence de presse en vidéo

Type de contenu : Conférence de presseLe texte intégral de la conférence de presse

Conférence de presse du Président de la République à New Delhi

LE PRESIDENT : « Je suis au terme de la première journée de ma visite d’Etat en Inde. Je voulais remercier les autorités indiennes – le président de la République, le Premier ministre – et toutes les personnalités que j’ai rencontrées pour leur accueil.

C’est vrai que je tenais à faire cette première visite d’Etat en Asie, comme président de la République, en Inde pour plusieurs raisons. La première, elle tient à l’Histoire. Entre la France et l’Inde, il y a une relation qui puise au plus loin de nos cultures respectives. Ces dernières années ou ces dernières décennies, chaque fois que l’Inde a eu besoin de la France, la France a été là. Je n’oublie pas non plus que dans les conflits, hélas, qui nous ont opposés au cours du XXème siècle à une autre partie du monde, l’Inde était également à nos côtés.

L’Histoire, c’est aussi d’avoir affirmé les mêmes principes, pendant ces dernières années, et au-delà des alternances en Inde comme en France. Ces principes, c’est l’indépendance. C’est également la démocratie. Ai-je besoin de rappeler que l’Inde est la plus grande démocratie du monde ? Non pas seulement par sa démographie, mais par sa diversité, par sa qualité du débat, par la liberté de la presse. L’Inde fait valoir les principes de démocratie.

Je voulais venir en Inde, comme président de la République, pour cette visite d’Etat, parce que je voulais aussi m’inscrire dans le partenariat stratégique qui a été défini en 1998. C’est là qu’a été posé l’acte fondamental qui nous lie encore aujourd’hui. A travers ce partenariat, c’est le pilier de la Défense qui a été posé ; c’est aussi le nucléaire civil, même si depuis déjà plusieurs années, la France avait tout fait pour que l’Inde puisse accéder à cette technologie ; c’est également la volonté commune de lutter contre les menaces et notamment le terrorisme qui peuvent frapper le monde ; et puis, il y a également le partenariat autour du spatial qui fait que les satellites indiens sont lancés par la France.

Je voulais venir en Inde, aussi, parce qu’il y a à élargir ce partenariat, à faire en sorte que nous puissions construire une relation qui soit la plus complète possible et notamment sur le plan économique. J’ai considéré que même si nous étions un investisseur important en Inde, nous n’étions que le neuvième ; même si nous avons des échanges commerciaux tout à fait significatifs, ils étaient loin des objectifs qui avaient été un moment avancés de 12 milliards d’euros, nous n’en sommes qu’à à peine huit.

J’ai voulu aussi que tous les domaines puissent être abordés : pas simplement la Défense, même si nous avons un certain nombre de perspectives notamment à travers l’avion Rafale ; mais également le nucléaire civil car nous voulons prendre part au défi indien pour maîtriser jusqu’au bout cette technologie. Mais également des domaines comme le transport, comme l’environnement, comme les services publics… Bref, nous voulons prendre toute notre place dans l’économie indienne et je veux aussi lancer un appel aux entreprises indiennes pour qu’elles viennent investir en France.

Je voulais aussi que nous puissions aborder des sujets qui ne l’avaient pas été suffisamment jusqu’à présent, comme l’enseignement supérieur, l’éducation, la coopération scientifique… Plusieurs accords seront signés ou sont sur le point de l’être entre universités françaises et universités indiennes, entre laboratoires scientifiques.

Sur le plan culturel, il y aura un évènement très important au prochain festival de Cannes puisqu’il sera célébré le centenaire du cinéma indien. Nous nous retrouverons d’ailleurs sur une même conception de la culture, c’est-à-dire fondée sur la diversité, l’exception culturelle, la protection des œuvres de l’esprit, des auteurs. C’est parce que nous avons justement ces principes communs, ces valeurs communes que nous sommes dans un partenariat exceptionnel.

Pour terminer, je veux remercier l’Inde pour le soutien qu’elle nous a apporté sur l’intervention au Mali. Il ne s’agissait pas d’une action isolée de la France, il s’agissait d’une opération, décidée dans le cadre des Nations Unies, pour lutter contre le terrorisme à la demande d’un pays ami, le Mali. L’Inde l’a parfaitement compris et l’Inde nous a encore rappelé combien nous devons lutter contre le terrorisme et combien nous devrions être encore davantage solidaires par rapport à ces menaces.

Pour en terminer, je veux aussi souligner le fait que l’Inde et la France, dans les grandes instances internationales, défendent les mêmes positions. C’est la raison pour laquelle j’ai rappelé que la France soutenait la candidature de l’Inde comme membre permanent du Conseil de sécurité.

De la même manière, je souhaite que l’Inde et l’Europe puissent coopérer davantage. C’est pourquoi la France soutient la négociation commerciale qui va s’ouvrir entre l’Inde et l’Europe. Voilà, Mesdames et Messieurs, quel est le sens de ma visite : l’Histoire, la complémentarité, les valeurs communes mais également une volonté d’inscrire la relation entre la France et l’Inde dans l’avenir et à prendre dans tous les domaines qu’il soit possible de nouvelles initiatives pour marquer cette relation exceptionnelle.

Je peux répondre à vos questions.

 

 

QUESTION : « Vous avez dit aux chefs d’entreprises indiens que vous faciliterez l’implantation des entreprises indiennes en France. Comment comptez-vous faire concrètement ? Pour quelles raisons un investisseur indien choisirait la France plutôt qu’un autre pays européen ?

Sur le plan national, Jean-Marc AYRAULT a confirmé que nous ne serions pas à 3% de déficit en 2013. N’est-il pas dangereux de ne pas respecter cet objectif ? Comment l’expliquerez-vous à vos partenaires, en particulier à l’Allemagne, pour qui cet objectif reste intangible ? »

LE PRESIDENT : « Je répondrai à cette dernière question en France.

Sur la première, l’Inde est aujourd’hui le treizième investisseur en France, c’est à dire que des entreprises indiennes ont déjà décidé de créer de l’emploi et de l’activité en France. A mon sens, nous devons encore amplifier ce mouvement. Comment le faire ? En partageant la technologie et en montrant l’intérêt pour l’Inde de venir en France pour accéder au marché européen.

J’évoquais à l’instant la négociation commerciale entre l’Union européenne et l’Inde. Comment ne pas comprendre que l’Inde aurait tout intérêt, dans le cadre de cette négociation commerciale, à accéder à l’ensemble du marché européen qui – je le rappelle – est le premier du monde. L’Europe est la première puissance économique et commerciale du monde. Venir en France, c’est donc investir pour accéder à l’ensemble du marché européen.

Nous avons aussi un fort courant d’investissement étranger en France, depuis des années et qui ne se dément pas, parce que la France a une attractivité. Le rôle qui est le mien est de renforcer cette attractivité, en montrant que sur la question de la main d’œuvre, de l’énergie, des services publics, des transports et également des coûts, nous sommes plus compétitifs que d’autres ».

QUESTION : « Lors de votre rencontre avec le Premier ministre vous avez fait état de la confiance dans le partenariat avec l’Inde concernant l’industrie de la Défense. Vous avez parlé de l’absence de risques concernant le nucléaire civil. Les industriels français parlent également de leur relative confiance quant au transfert de savoir dans ce pays. La France a aussi engagé des partenariats avec la Chine. Pourquoi cette dernière fait peur là où l’Inde rassure ? »

LE PRESIDENT : « Vous ne voulez quand même pas que je me fâche, ici, avec la Chine ? Je peux avoir de bons rapports avec l’Inde sans pour autant en avoir de mauvais avec la Chine – je vais bientôt m’y rendre ! Je rappelle qu’avec la Chine nous avons aussi une coopération en matière de nucléaire civil.

Mais ici en Inde, vous le disiez, nous avons par exemple sur les matériels de Défense une volonté qui est de fournir notre technologie, dans certaines conditions, sans crainte de l’usage qui peut en être fait. C’est-à-dire que nous avons confiance dans l’Inde qui est une puissance pacifique ; et en même temps qui veut se défendre, qui veut assurer sa sécurité, qui dépense d’ailleurs une part substantielle de son budget à cette fin. Nous devons donc fournir, comme nous l’avons toujours fait dans notre histoire, les meilleurs matériels à notre partenaire indien qui lui-même, d’ailleurs, fait jouer largement la concurrence, mais qui sait qu’il y a une relation de confiance entre la France et l’Inde ».

QUESTION : « Est-ce qu’il y a une différence entre l’Inde et la Chine ? »

LE PRESIDENT : « Sur le plan du matériel de défense, oui, parce que nous ne sommes pas dans la même situation ».

QUESTION (traduction) : « Vous êtes connu pour votre probité. Pouvez-vous nous garantir qu’il n’y aura aucun marchandage, aucune corruption, lors de la vente des Rafale ? »

LE PRESIDENT : « Je vous remercie pour avoir salué la probité qui est la nôtre. Mais elle se démontre ! Je peux donc ici prendre l’engagement qu’il n’y aura rien qui ne soit contraire aux principes qui nous sont communs, c’est-à-dire que le commerce doit être simplement avec des règles commerciales. C’est en fonction de la compétitivité et de l’efficacité que les choix doivent être faits. Dans la lutte contre la corruption, nous sommes vigilants, comme l’Inde l’est, parce que c’est un principe essentiel.

Pour ce qui concerne la manière avec laquelle je présente une offre commerciale – pour parler clair : le Rafale – c’est au nom de l’excellence de cet appareil que je m’exprime. Il se trouve que l’armée française dispose de Rafale dont on peut, à plusieurs reprises, se féliciter de sa pleine efficacité. Il n’y a pas d’autres arguments ».

QUESTION : « Par le passé, lors des visites d’Etat, on a été habitué à ce qu’il y est de nombreuses annonces, de « gros contrats ». Est-ce que vous revendiquez une autre méthode que celles qui ont été mises en œuvre par vos prédécesseurs sur ces questions-là ? A propos de contrats et du Rafale, il semble que deux sources au ministère de la Défense indien, évoquent la possibilité de signer un contrat au mois de juillet. Est-ce que c’est un scénario qui vous parait possible ? »

LE PRESIDENT : « Il faut toujours juger une politique par ses résultats dans le temps.

Ce que je veux faire à travers ses visites, c’est emmener des chefs d’entreprises, témoigner de la qualité de nos produits, montrer le sens d’un partenariat. Mais je ne me substitue pas aux négociations commerciales. Ce n’est pas le rôle de l’Etat.

Sur le Rafale, avec le Premier ministre indien, nous avons convenu qu’il y a avait des progrès, que nous pourrions conclure, mais que cela dépend de la négociation commerciale. C’est à elle de faire que l’Inde choisisse définitivement cet appareil.

J’y mets, non pas tout mon poids, mais toute ma confiance dans l’entreprise qui présente ce matériel, dans le matériel lui-même et dans l’Inde pour son usage.

Je ne me substitue pas aux chefs d’entreprises ».

QUESTION : « Je vis en Inde depuis cinq ans, on entend souvent des mauvaises nouvelles économiques sur la France ici en Inde. Je voulais savoir ce que la France pouvait importer du modèle économique indien ? »

LE PRESIDENT : « Je vais simplement dire que lorsque l’Europe ne va pas bien, l’Inde ne peut pas atteindre ses objectifs de croissance. Nous en faisons le constat. L’Inde attendait 8% de croissance – elle va avoir ce qui, à l’aune de nos propres taux de croissance est considérable, 5%. La raison est simple : quand les pays développés sont dans une conjoncture difficile, avec une croissance ralentie, parfois même une récession, les pays émergents souffrent eux-aussi.

Que peut-on tirer de l’économie indienne au sens de sa spécificité ? Je pense qu’il y a une volonté d’être, en matière de technologie, les mieux formés possible. Je citais ce chiffre que vous connaissez bien. Il y a ici, un nombre d’informaticiens égal à la population française. Il y a ce choix qui a été fait de faire un développement par la connaissance, par le savoir et par les nouvelles technologies. Je pense que c’est un enseignement que nous pouvons tirer.

Pour le reste, chaque pays a sa spécificité. Nous ne sommes pas sur les mêmes tailles, dans les mêmes ensembles, dans les mêmes conditions de développement. N’essayons pas de nous copier, cela n’aurait pas de signification. Essayons de jouer de nos complémentarités, c’est ce que demandent les Indiens et c’est ce que souhaitent les entreprises françaises, avec un enjeu : comment partager la technologie ? Comment faire pour que ce soit une relation qui bénéficie aux deux ensembles, l’Europe et l’Inde, la France et l’Inde ?

Pour se faire, cela suppose qu’une part de production soit faite en France, une autre qui soit faite en Inde et des relations de partage de technologie qui puissent enrichir les deux partenaires. C’est ce que les chefs d’entreprises, ici, sont venus exposer ».

QUESTION (traduction) : « Avez-vous l’intention de rencontrer la mère de la jeune indienne violée par un diplomate français ? »

LE PRESIDENT : « Je suis informé de cette situation, la justice indienne est saisie. Nous lui faisons grande confiance. Les avocats du père ont demandé à être reçus. Ils l’ont été. Si les avocats de la mère veulent l’être par mon équipe, ils le seront à l’évidence. Parce que nous n’avons pas à prendre parti. Nous avons à entendre et à laisser la justice faire son travail. Nous avons toute confiance dans la justice indienne ».

QUESTION : « Depuis l’intervention française au Mali, votre image en France, semble-t-il, a changé – si j’en crois les couvertures de magazines et les quelques points que vous avez pris en popularité dans les sondages. Avez-vous le sentiment que l’image de la France dans le monde et singulièrement en Inde a changé avec cette intervention française ? »

LE PRESIDENT : « Si je suis intervenu comme je l’ai fait, pour que la France vienne en aide au Mali – pour assurer sa sécurité et le retour de son intégrité territoriale – ce n’est pas pour un objectif personnel, cela n’aurait aucun sens. Je n’engage pas mon pays simplement pour chercher, je ne sais quelle image ou popularité. C’est trop grave. Cela met en cause des vies humaines.

Mais vous avez raison. L’image de la France est apparue pour ce qu’elle est d’ailleurs. C'est-à-dire un grand pays, capable de décider seul, en fonction de ce qu’est une situation dans la légalité internationale et au moment qui lui paraissait le plus opportun – compte tenu de l’action terroriste et de la sollicitation qui nous a été faite par le président malien. Oui, le monde doit savoir que la France est une puissance, est une Nation qui sait décider et qui intervient, non pas pour ses intérêts, non pas pour son influence, mais pour faire respecter les résolutions du Conseil de sécurité et les principes de la charte des Nations Unies.

Un pays pèse par son économie bien sûr. J’ai le devoir de faire que la France ait la meilleure compétitivité, le meilleur taux de croissance lorsque nous aurons réussi à faire que l’Europe sorte de la crise qui l’a frappée. Mais un pays pèse aussi par ses choix politiques et par sa capacité militaire. Nous l’avons démontré. Et par sa capacité de décision. A un moment, il nous a été dit que nous étions seuls. Nous avons pris, nous, nos responsabilités. Parce que seule la France pouvait les prendre à ce moment-là et dans cette région.

Pour ce qui concerne l’Inde, est ce que l’Inde a changé de regard par rapport à la France ? Non, parce que l’Inde et la France depuis longtemps portent les mêmes conceptions, affirment les mêmes valeurs et les mêmes principes. Quand l’Inde a soutenu la France lors des premières heures de l’intervention au Mali, c’était en fonction justement de cette histoire. Et c’était un élément de crédibilité supplémentaire dans la relation entre la France et l’Inde ».

QUESTION : « Je m’excuse aussi auprès des confrères indiens mais je voulais vous poser une question qui intéresse les Français aujourd’hui. Il y a une émotion considérable qui a été exprimée en France aujourd’hui au sujet de la mort d’un chômeur qui s’est immolé par le feu à Nantes, je crois. Le ministre du Travail a exprimé ses émotions, le Premier ministre aussi. Avez-vous un commentaire à faire sur cette affaire ? »

LE PRESIDENT : Oui j’ai appris la mort de ce chômeur qui s’est immolé par le feu, lors de mon arrivée, ici en Inde. Je n’ai pas pu m’exprimer avant. Je le fais ici et chacun comprendra que c’est avec une émotion particulière. Parce que c’est le signe de la détresse d’une personne. Cela montre également la gravité d’une situation. Le service public de l’emploi a été, je crois, exemplaire. Nul besoin d’aller chercher une responsabilité. Quand il se produit un drame personnel, c’est aussi un questionnement à l’égard de toute la société. Nous devons lutter contre le chômage, nous devons montrer que nous sommes capables d’être une Nation solidaire. En même temps nous avons des règles. Nous devons les faire comprendre. Mais j’ai une émotion toute particulière pour ce drame et pour la famille du chômeur qui s’est immolé ».

Visite du Lycée français de New-Delhi

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral du discours

Déclaration de Monsieur le Président de la République au Lycée français de New-Delhi

Monsieur le proviseur,

Mesdames et Messieurs les professeurs,

Mesdames et Messieurs les personnels du lycée de cet institut,

Jeunes femmes et jeunes hommes qui apprenez ici,

Nous sommes très heureux de vous avoir rencontrés, avec les ministres qui m’accompagnent, et tout d’abord le ministre des Affaires étrangères qui a aussi la responsabilité de ce lieu.

On nous a dit « il faut pousser une porte et vous allez arriver au lycée ». Nous avons donc poussé la porte et nous avons fait tout le parcours. Nous avons commencé par la petite section, les maternelles et puis ensuite le CP, le CE1 jusqu’au CM2. Nous avons passé la classe supérieure et sommes arrivés ensuite au collège et au lycée. Puis nous sommes maintenant dans la grande cour pour les terminales.

Je constate à la fois l’ambiance chaleureuse qui y règne – et je vous remercie pour votre accueil – et l’exiguïté des lieux – j’ai l’impression que vous construisez parfois illégalement, mais enfin on ne dira rien, pour créer d’autre niveau d’enseignement !

J’ai rencontré également la présidente du Conseil d’administration. Je lui ai demandé si elle avait des requêtes c'est-à-dire des réclamations. Elle m’a dit que c’était un bon enseignement qui était délivré ici. Elle ne m’a pas parlé des rythmes scolaires – ici, je ne sais pas ce qu’ils sont – et elle m’a dit aussi combien elle était attachée à cette structure et combien nous devions encore et encore accueillir. Parce qu’ici il y a des enfants, je vous vois, qui sont français et d’autres qui appartiennent à des nationalités différentes. C’est la spécificité de nos établissements de pouvoir accueillir des Français – c’est normal – mais aussi tous ceux qui veulent apprendre en français et qui veulent ensuite diffuser la culture française.

C’est également une bonne chose que le lycée soit à côté de l’Institut de manière à ce que cette médiathèque – qui ne m’a pas été encore présentée mais qui a l’air d’être bien équipée – puisse être aussi au service de l’enseignement.

Nous avons un premier devoir qui est de permettre, je le disais, à des familles françaises de pouvoir trouver des établissements et un autre devoir qui est d’améliorer, de renforcer les liens que nous avons avec l’Inde. Votre établissement y contribue beaucoup.

Je voudrais dire aux enseignants que nous avons fait de l’école la priorité. Cela se trouve forcément, d’abord, en France mais que cela doit se trouver également dans tous les établissements français à l’étranger. Nous ne faisons pas de distinctions. Cette priorité pour la jeunesse doit trouver sa place partout, là où la France est présente. Ici en Inde, c’est encore plus vrai. Il y a une jeunesse qui est abondante, qui est nombreuse, qui est exigeante. Nous devons être à ses côtés.

J’ai visité très peu l’exposition et vu uniquement la photo qui m’a été présentée. Il y a des traces de notre présence sur le plan historique. Nous devons imaginer des traces nouvelles pour l’Inde de demain. C’est ce à quoi vous allez contribuer.

Je vous souhaite donc bonne chance dans vos études. Vous revenez en France quand vous voulez. La ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche est présente. Nous avons également la volonté d’accueillir plus d’étudiants indiens en France. Il y a trop peu d’étudiants indiens : 2600… Nous devrions avoir des résultats bien supérieurs. Nous-mêmes, nous devrions avoir plus d’étudiants français en Inde.

Voilà ce que nous allons faire durant ce déplacement : élever le niveau de nos échanges, pas simplement économiques, mais également culturels, universitaires, scientifiques. Comme vous êtes les scientifiques de demain, nous faisons l’investissement dès à présent, aujourd’hui.

Merci pour votre accueil, merci de m’avoir reconnu parce que ce n’était pas si simple ! Merci de contribuer à la culture française, ici en Inde, et à l’amitié entre la France et l’Inde. Soyez heureux, je crois que vous pouvez l’être, dans cet établissement.

Merci à tous.

 

 

Réception de la communauté française à New Delhi

Type de contenu : Album photosLes photos de la réception

Type de contenu : VidéoLa vidéo du discours

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral du discours

Discours du Président de la République devant la communauté française à New Delhi

Monsieur l’Ambassadeur,

D’abord merci de nous recevoir, de m’accueillir, d’ouvrir largement la résidence et l’ambassade avec une décoration de Noël qui nous laisse penser que ce n’est pas la Saint Valentin mais le jour de l’An !

Je viens effectivement ici à votre rencontre, à l’occasion de la visite d’Etat que j’effectue en Inde, la première en Asie. Je souhaitais avoir ce moment d’échange avec cette communauté française qui compte plus de 10 000 ressortissants - mais quand on y compte tous les amis, davantage ! Je vous remercie d’avoir répondu à cette invitation.

Je viens avec une imposante délégation. D’abord Valérie qui m’accompagne mais aussi les ministres, le ministre des Affaires étrangères, Laurent FABIUS, le ministre de la Défense, Jean-Yves LE DRIAN, le ministre des Transports, Frédéric CUVILLIER et puis d’autres encore mais qui n’ont pas pu être au rendez-vous parce qu’ils sont pris par d’autres activités. Je pense à la ministre de la Culture et à la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche.

Je suis également accompagné d’élus : les présidents des groupes d’amitié ; des maires de grandes villes – notamment de Toulouse ; le président de l’exécutif corse qui a en plus cette particularité d’être marié avec une Indienne – ce qui pour un Corse est extrêmement rare ; la Bretagne est également bien représentée puisqu’il y a le Président du Conseil général des Cotes d’Armor qui est en plus le Président de tous les Conseils généraux de France puisqu’il représente l’association des départements de France.

C’est vous dire combien cette délégation est impressionnante. Mais elle l’est aussi par le nombre de chefs d’entreprise qui m’accompagnent puisqu’ils ne sont pas moins de 40. Ils ont noué, là encore, avec leurs homologues indiens un partenariat qui nous sera précieux. Je sais qu’ici beaucoup d’entre vous travaillent avec des entreprises françaises depuis longtemps installées en Inde. Vous contribuez à notre commerce extérieur et au développement de nos échanges. Je voulais ici vous en remercier.

Les relations entre la France et l’Inde sont, c’est vrai, uniques parce qu’elles plongent loin dans notre histoire commune. L’Inde a toujours été aux côtés de la France dans des moments difficiles – je pense notamment lors de la première comme lors de la seconde guerre mondiale – et la France a été aux côtés de l’Inde – notamment pour la période qui lui a permis d’accéder à l’indépendance.

De ces relations historiques est né un partenariat stratégique. Il a été établi au cours du temps. Je rappelle que le premier président de la République, qui est venu faire une visite en Inde, était Valéry GISCARD d’ESTAING en 1980. Ensuite, tous les Présidents sont venus faire une ou deux visites en Inde – lorsqu’il y avait deux mandats successifs, ils sont venus deux fois et même mon prédécesseur est venu deux fois lors de son seul mandat.

C’est dire si l’Inde et la France ont su nouer des relations intenses. Elles ont été consacrées par le partenariat stratégique défini en 1998, avec des piliers qui sont encore ceux que nous avons ici consolidés au cours de ce déplacement.

Le pilier de la défense, avec une coopération qui porte sur de nombreux matériels mais qui s’inscrit aussi dans une même conception de la politique étrangère et une même confiance réciproque – de l’Inde par rapport à son fournisseur et de la France par rapport à l’Inde, pays qui a une conception pacifique de ses rapports avec ses voisins et qui cherche d’abord à assurer sa propre sécurité.

Nous avons aussi la même conception de l’indépendance nationale. Ce pilier de la défense vient consacrer beaucoup plus qu’une affaire de commerce où des technologies pourraient être partagées, ce qui est déjà important. Il vient consacrer une conception commune de la politique étrangère.

L’autre pilier, c’est celui du nucléaire civil puisque la France a longtemps voulu que l’Inde puisse accéder à cette technologie. C’est une affaire de confiance et encore maintenant, nous sommes prêts à accompagner l’Inde dans un certain nombre de projets.

Les autres éléments de ce partenariat, c’est le spatial puisque des lanceurs français vont envoyer des satellites indiens dans l’espace. Là aussi, c’est un rapport de confiance. Il est vrai que nos lanceurs n’ont jamais connu le moindre défaut depuis une décennie et peut-être davantage. C’est un point très important.

Je voulais dire que ce qui nous relie au-delà de ces piliers, c’est une volonté commune de peser sur le monde avec des valeurs, avec des principes. L’Inde est une grande démocratie, la plus grande du monde – c’est devenu un lieu commun – parce que la taille du pays et l’ampleur de la population justifient que l’on puisse parler de plus grande démocratie du monde.

Ce n’est pas simplement une affaire de nombre. C’est aussi des règles, des procédures, des cultures qui font qu’en Inde, la contradiction, le débat, le pluralisme, le respect des minorités, des langues, tout cela, fondent l’unité de ce pays.

La France s’y reconnait d’autant plus que nous avons, nous aussi une volonté de marquer notre exception culturelle, d’affirmer notre diversité dans l’unité, d’avoir également des principes laïques. L’Inde et la France ont vocation à tenir le même discours et à s’exprimer de la même voix dans le concert des nations.

J’ai été sensible à l’appui de l’Inde au moment où j’ai décidé de faire intervenir nos forces au Mali, à la demande du Président malien qui faisait face à une agression terroriste. L’un des premier pays qui a apporté son soutien – non pas seulement à la France, mais au Mali et à l’action que nous engagions au nom de la communauté international – c’est l’Inde.

Pour toutes ces raisons, le partenariat que nous avons engagé depuis la fin des années 70, puis consacré après en 1998, doit être prolongé. Ce voyage permettra de franchir de nouvelles étapes.

Sur l’étape de l’échange économique, il est vrai que depuis longtemps, les entreprises françaises sont installées en Inde : 750 y travaillent et y créent des emplois, 250 000 indiens travaillent pour ces entreprises. Nous sommes grâce à vous bien représentés.

En même temps, quand je regarde les échanges commerciaux, leurs tailles, leurs volumes, nous ne dépassons pas 8 milliards d’euros. Nous avions l’objectif de 12 milliards d’euros, nous en sommes donc loin. Ce que j’ai dit à nos partenaires indiens, c’est que nous sommes prêts à faire davantage et dans tous domaines, dans tous secteurs et avec toutes les entreprises, les petites comme les plus grandes, qui sont prêtes à investir en Inde.

Si nous voulons être mieux représentés en Inde, nous devons aussi accueillir davantage d’entreprises indiennes en France. Certaines l’ont déjà fait, l’Inde représente le 13ème investisseur étranger en France. Nous voulons qu’il y ait – et vous nous aiderez à atteindre ce but – davantage d’échanges commerciaux et économiques entre nos deux pays.

Je voulais aussi que l’on ouvre davantage nos portes aux échanges culturels et scientifiques. C’est la raison pour laquelle nous souhaitons qu’il y ait plus d’étudiants indiens qui viennent en France. Ils ne sont que 3000. Je crois qu’il y a 17 millions d’étudiants indiens. Nous avons encore de la marge ! On ne peut pas tous les accueillir, mais 3000, c’est un peu court.

De la même façon, nous souhaitons qu’il y ait plus d’étudiants français qui viennent dans les universités indiennes, il y aura donc des partenariats. La ministre de l’Enseignement supérieur est là, si elle n’a pas pu être là au début de notre rencontre c’est qu’elle a signé justement ces accords pour que nous puissions multiplier les échanges universitaires.

De la même manière, pour la recherche scientifique, nous voulons qu’il y ait des liens qui puissent être renforcés.

Et puis il y a la culture. Là encore, je l’ai dit, la France et l’Inde ont la même conception de la culture que nous considérons comme une richesse, un bien mais qui n’est pas une marchandise. Nous défendons le principe de l’exception culturelle. Comment mieux l’illustrer que par le cinéma ? Le directeur du festival de Cannes nous accompagne. Il a souhaité que, lors du mois de mai prochain, il puisse y avoir une évocation du centenaire du cinéma indien. Car c’est l’Inde, avec la France, qui a inventé le cinéma.

L’Inde est le plus grand producteur de films du monde, nous ne les voyons pas tous – enfin vous, vous avez ce privilège – mais il y a là des créations tout à fait originales et d’autres qui sont peut-être plus répétitives ! Mais il y a la volonté de la France de faire la démonstration que le cinéma indien et le cinéma français doivent être reconnus et leurs auteurs et leurs créateurs également.

Toujours sur le plan culturel, je me félicite qu’il y ait eu cette initiative de faire la démonstration de notre richesse culturelle en Inde. Je veux en féliciter l’ambassadeur et tous ceux qui ont contribué à cette initiative.

Vous êtes sans doute nombreux à pouvoir ici en témoigner. Je ne vais pas être plus long parce que ce que j’étais venu vous dire c’est d’abord ma gratitude. Ma gratitude parce que ce n’est jamais simple de vivre loin de son pays.

Vous l’avez fait pour des raisons familiales, parfois professionnelles, parfois également touristiques mais vous l’avez fait. Cela vous confère une responsabilité particulière. Etre français à l’étranger, ce n’est pas forcement beaucoup de droits mais c’est beaucoup de devoirs.

Sur les droits, nous avons créé un ministère pour faire en sorte que les Français de l’étranger puissent, notamment sur le plan social sur le plan éducatif, être représentés. Ils le sont aussi maintenant dans nos deux assemblées aussi bien au Senat qu’à l’Assemblée nationale. Mais cela confère aussi des devoirs parce que c’est la représentation du pays. Il y a un ambassadeur, il y a des consuls mais il y a aussi des Français à l’étranger. A chaque fois que vous agissez, vous le faites au nom de la France.

Je voulais vous exprimer ma gratitude pour celles et ceux qui sont dans les activités économiques qui contribuent à notre croissance qu’il faut quand même rehausser. Je ne vais pas ici engager le débat, mais mieux vaut avoir quand même la plus forte croissance possible. Cela suppose que nous ayons la meilleure compétitivité.

Ma gratitude également à l’égard de tous ceux qui contribuent à l’éducation, à la culture. Je veux saluer le réseau de nos établissements. J’ai visité ce matin le lycée Français. D’autres établissements sont également réputés pour leur excellence. Je sais que ce n’est pas facile. Il y a des frais aussi pour les familles. Il y a donc une mobilisation à avoir pour ces établissements. C’est également un élément de notre propre rayonnement puisque le lycée français, ici, à New Delhi accueille plus de 30 nationalités. Cela contribue notamment à l’image de la France.

Je voudrais aussi saluer des personnels administratifs : tous ceux qui sont dans les réseaux consulaires ; et d’une manière plus large, les citoyennes et les citoyens français qui pendant un temps de leur vie vont contribuer à renforcer l’amitié entre la France et l’Inde.

Je pense qu’il y a une histoire commune. Mais il y a aussi un avenir que nous pouvons porter, la France et l’Inde. Je l’ai dit : une même conception du monde ; une même appréciation de ce que peut être la richesse humaine ; une même volonté de lutter contre les inégalités, qui sont ici réelles ; une même aspiration à faire de la démocratie une référence ; une même ambition à pouvoir être un grand pays.

La France et l’Inde sont liées. Grâce à vous, ce lien ne pourra que se renforcer. C’est pourquoi je voulais au milieu de ce déplacement venir vous parler. Venir vous entendre. Venir vous rencontrer parce que vous êtes la France et que la France a besoin de vous.

Merci.

 

 

 

 

 

 

Dîner d'Etat

Type de contenu : Album photosLes photos du dîner

Type de contenu : VidéoLe discours en vidéo

Deuxième journée

Type de contenu : VidéoLes moments forts du deuxième jour en vidéo

Visite du Mémorial Nehru

Type de contenu : Album photosLes photos de la visite

Type de contenu : VidéoLa vidéo du discours au Mémorial Nehru

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral du discours

Discours du Président de la République au Mémorial Nehru

Madame la Présidente, vous me faites grand honneur de m’inviter aujourd’hui à m’exprimer ici dans ce lieu chargé d’histoire et d’émotion. Je le fais devant les Ministres d’Inde et de France, et devant de hautes personnalités parmi lesquelles le Professeur Amartya Sen que j’aurai le privilège de distinguer au nom de la République Française, dans quelques minutes.

Mesdames, Messieurs,

Monsieur le Professeur, Cher Amartya Sen,

Mesdames et Messieurs,

Ici, devant le mémorial consacré à l’un des pères de votre indépendance, je salue la grandeur de votre histoire et les prestigieuses personnalités qui l’ont marquée. « L’extraordinaire apostolat de Gandhi puis de Nehru, aboutissant à l’avènement d’un Etat maître de lui-même » : ainsi s’exprimait le Général de Gaulle et je tiens, après lui, après tous mes prédécesseurs, à renouveler l’hommage de la France à l’Inde indépendante. 

L’Inde, on le dit souvent, est la plus grande démocratie du monde. Mais ce n’est pas seulement par sa démographie, ni par l’immensité de sa géographie qu’elle a mérité ce titre. L’Inde est la plus grande démocratie du monde parce que, depuis longtemps, dans chaque village, des conseils avaient semé l’idée du consensus. C’est également parce que votre constitution a été rédigée par le grand leader des déshérités, le docteur Ambedkar, et qu’encore aujourd’hui, son influence trouve écho.

Ce sens démocratique de l’Inde est également l’œuvre de vos philosophes mais au-delà des créations de l’esprit, c’est aussi le fait d’une société qui veut participer, qui veut discuter de son avenir, et qui a la passion de la politique, comme les français l’ont également. L’Inde prouve que la démocratie n’est pas une idée occidentale, mais le bien commun de toute l’humanité.

Comme le disait Nehru en cette nuit mémorable: « il y a bien longtemps, nous avons pris rendez-vous avec le destin. » Et il ajoutait: « Quand sonnera minuit sur un monde endormi, l’Inde s’éveillera à la vie et à la liberté. Il est des moments, rares dans l’histoire, où l’ancien fait pour nous place au nouveau, où un âge prend fin, où l’âme d’une nation longtemps opprimée retrouve son expression ».

Oui, Mesdames Messieurs, l’Inde est un pays neuf et Nehru avait raison. Ce peuple est aujourd’hui à la pointe de l’informatisation de masse, et vos ingénieurs diplômés sont si nombreux qu’ils dépassent à eux seuls toute la population française.

Je mesure l’ampleur du chemin parcouru par l’Inde depuis son indépendance en 1947, l’Inde est désormais une grande puissance émergente et sera demain l’une des toutes premières économies du monde.

Les populations de l’Inde pratiquent sept grandes religions, sans compter les trois cent millions de dieux de l’hindouisme et les divinités des autochtones de l’Inde. Ce pourrait être un risque de division, d’éclatement, et au contraire, vous avez su rassembler toutes ces identités dans une fédération qui n’a rien de rigide, puisque l’Union indienne s’est même enrichie de nouveaux Etats. Bel exemple que vous donnez au monde de tolérance, de liberté, de ce que nous appelons en France, mais aussi en Inde, de laïcité, c’est à dire permettant la coexistence religieuse avec l’exigence d’une pratique de tolérance, mais également de règles qui doivent être respectées pour partager des valeurs communes.

La France et l’Inde ont cette même inspiration, cette même conception de la vie en société, cette même exigence de liberté et de justice. Nous avons également une même conception de la culture. L’Inde s’honore d’être le premier producteur de films dans le monde, et le Festival de Cannes aura l’occasion de célébrer le centenaire du cinéma indien, Nous en sommes fiers.

Mais vous avez aussi des artistes qui ont une réputation internationale. L’Inde rayonne par sa culture, et la créativité se retrouve aussi dans la pensée. Et parfois même dans la pensée économique, puisque vous avez ici le Prix Nobel d’économie, Amartya Sen, qui a su construire une thèse, attentive à la « capabilité » de chacun. Capabilité, je ne sais pas si le mot peut être traduit, c’est un mot inventé et qui signifie tout simplement que toute société compte en elle-même des potentialités qui ne demandent qu’à s’exprimer, et que le rôle du politique, ou qu’il soit, c’est de permettre à chaque individu de réussir sa vie et ainsi d’améliorer le bienêtre de tous. Nos deux peuples, le peuple indien, le peuple francais, sont épris de justice. Et c’est toujours pour nous, français, une joie d’entendre la devise de la République être évoquée dans un pays ami : Liberté, Egalité, Fraternité. Ces mots ne nous appartiennent pas, nous les avons offerts au monde et l’Inde les a pour sa part en toute indépendance, repris pour son propre destin.

Nous sommes deux peuples fiers parce que nous avons une grande histoire. Parce que nous sommes deux peuples qui désirons plus que tout, notre indépendance. Pour l’Inde, cet attachement à l’indépendance a pris sous l’impulsion de Nehru, la forme du « non alignement », qui demeure encore aujourd’hui. Pour la France, ce principe d’indépendance s’est inscrit dans un engagement européen, et respectueux de notre autonomie de parole et de décision, et que nous avons encore marqué ces derniers jours par l’intervention de la France au Mali.

Ces principes démocratiques, ces valeurs que nous partageons, obligent l’Inde et la France à prendre leurs responsabilités face aux défis planétaires.

D’abord dans la lutte contre le terrorisme. Le terrorisme, ce mal absolu qui exploite la misère pour semer la désolation. Le terrorisme, cette haine qui utilise les conflits ancestraux pour faire resurgir les guerres de religion. Le terrorisme, cette sinistre entreprise qui se sert de la drogue pour asservir les âmes.

C’est contre cette menace que la France s’est levée, et encore récemment, pour prendre sa part de la responsabilité mondiale dans la lutte contre le terrorisme au Mali.

Je remercie du fond du cœur l’Inde pour le soutien qu’elle a manifesté, dans ces circonstances, à l’action de la France et des Etats africains.

Dans le même temps, après plus de dix ans de présence, la France a pris la décision de retirer ses troupes combattantes d’Afghanistan. Je sais que l’Inde est préoccupée par l’avenir de l’Afghanistan, nous aussi, mais c’est maintenant aux Afghans de construire leur propre avenir. Tous les pays de la région, et notamment le Pakistan, devront contribuer à la réalisation de cet objectif. Et je salue le rôle que joue l’Inde pour la paix et pour la stabilité dans cette région.

L’Inde, qui chaque fois cherche par la négociation à éviter le conflit, l’Inde qui ne répond à aucune provocation tout en affirmant clairement ses valeurs et ses principes. L’Inde qui intervient partout pour favoriser des médiations utiles. L’Inde, aussi qui, pour se faire comprendre, assure pleinement sa sécurité.

Cette responsabilité, commune, pour relever les défis du monde, l’Inde et la France la prennent pleinement pour lutter contre la prolifération nucléaire, qui est aussi l’un des grands périls auxquels le monde est confronté. Nos deux pays ont exprimé, ensemble, leur refus de voir l’Iran et la Corée du nord accéder aux moyens de leurs ambitions destructrices. Je sais que, pour de multiples raisons, l’Inde est proche de l’Iran et de son peuple.

Votre influence est d’autant plus importante car l’Inde pourra contribuer à convaincre les dirigeants de ce grand pays qu’est l’Iran d’entrer dans une négociation sérieuse pour respecter les obligations internationales, de la non-prolifération nucléaire.

Nous aussi, nous sommes amis avec le peuple d’Iran, nous aussi nous sommes conscients des risques, nous aussi nous appelons à la négociation. L’Inde et la France sont unies pour la paix.

La France est présente également dans l’Océan indien. Je rappelle que plus d’un million de mes compatriotes vivent à la Réunion et à Mayotte. Bon nombre d’ailleurs sont d’origine indienne et apportent à la France le meilleur de leur culture. Je vous confirme que mon pays contribuera dans l’Océan Indien à assurer la sécurité de la région. Ici comme ailleurs, nous assumerons nos missions, et nous ferons œuvre de paix avec l’Inde.

Mais, au-delà de l’Asie et au-delà de l’Océan Indien, l’Inde doit avoir les moyens d’élargir encore son influence. C’est l’intérêt du monde et c’est la raison pour laquelle la France a à chaque fois soutenu la participation de l’Inde dans les grands moments de la vie internationale, et dans toutes les instances où l’Inde peut faire parler la voix de la paix.

Nous avons souhaité que l'Inde puisse être pleinement membre du G20 pour discuter de notre avenir économique. Nous avons voulu que l’Inde puisse être associée dans toutes les instances pour le nucellaire civile et aujourd’hui la France demande que l’inde puisse siéger de plein droit au Conseil de sécurité des Nations Unies.

Elle le demande, parce que les Nations-Unies doivent refléter la réalité du monde. Elle le demande parce que la sécurité du monde a besoin de la présence indienne. Elle le demande parce que l’inde est une puissance qui sera toujours une puissance de paix.

La France et l’Inde ont conclu depuis 1998, quinze ans déjà, un partenariat que l’on dit stratégique et que je devrais appeler exceptionnel parce que l’idée que nous avons eue depuis longtemps est d’approfondir nos relations dans nos domaines les plus sensibles, les plus cruciaux, c’est à dire l’échange de la technologie, c’est à dire la capacité de nous défendre, c’est à dire la lutte contre le terrorisme.

Mais la France et l’Inde au-delà de ce partenariat stratégique, doivent maintenant relever encore d’autres défis : le premier c’est celui de la croissance. Des entrepreneurs indiens que j’ai rencontrés avant de m’adresser à vous, me disaient que leur volonté était que la croissance indienne puisse dépasser 8, 9, 10 %, j’en rêvais, alors même qu’aujourd’hui leur crainte est qu’elle puisse descendre à 5%, ce qui serait une très grande performance pour la France mais un risque pour l’économie indienne, parce que vos besoins liés à la progression de la population, à son besoin d’accéder au marché de consommation, aux biens durables, exigent une croissance forte.

Nous en France, nous luttons pour que la croissance ne soit pas en dessous de zéro, nous y parviendrons, mais nous avons quand même des objectifs plus élevés, et nous devons retrouver nous aussi, pays développés, une croissance qui nous permette non pas de lutter contre la misère, encore qu’elle existe aussi dans les pays développés, mais de lutter contre le chômage, qui est notre fléau, et donc nous avons un objectif commun, hisser notre taux de croissance et bien comprendre que nous sommes liés, les économies émergentes, les économies développées. Qu’il ne peut pas y avoir de progrès pour un grand pays comme l’Inde s’il n’y a pas l’Europe qui, elle-même connait stabilité, confiance et croissance.

De la même manière, pour l’Europe, qui cherche des ressorts pour son développement économique, ce sont dans les pays émergents que nous trouverons des moyens de tirer notre propre croissance. Nos intérêts sont communs.

Je veux vous rassurer sur la situation de l’Europe. Elle a connu une crise, dont elle n’était d’ailleurs pas responsable : la crise financière, qui a fini par affecter sa capacité à pouvoir lever convenablement des emprunts pour un certain nombre de pays.

Je veux vous l’affirmer ici, avec la gravité et la responsabilité du moment que nous traversons, de la fonction que j’exerce : la crise de la zone Euro est derrière nous. Les pays européens et la France y a pris sa part, ont été capables d’introduire des mécanismes permettant la stabilité, offrant aux marchés financiers des éléments de confiance qui étaient attendus. Et également de mettre en place une Union bancaire pour éviter que les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Pour autant, si l’Europe a retrouvé sa cohésion, sa capacité et la confiance qu’elle devait mériter par ses efforts, et notamment de sérieux budgétaire, l’Europe n’est pas sortie de la crise complètement. Nous devons agir, en Europe et dans le monde, pour que la croissance soit la priorité. C’est en coordonnant nos politiques, en travaillant ensemble à une meilleure régulation de la finance et de l’économie mondiales que nous progresserons.

Mais nous avons besoin aussi, et c’est le sens de ma visite ici, au-delà de l’amitié, au-delà des liens historiques, au-delà des positions communes que nous avons pour le destin du monde, le sens de ma visite c’est aussi d’intensifier les échanges économiques et commerciaux.

Il y a eu de grands progrès ces dernières années, les flux commerciaux ont triplé entre l’Inde et l’Union européenne. Mais nous sommes encore loin de ce que nous pourrions faire. Alors la France, qui est présente en Inde à travers 750 entreprises implantées ici, permettant la création de 250 000 emplois, la France a pris de l’avance. Mais elle doit également investir davantage en Inde et notamment dans les secteurs de haute technologie. Le faire avec les entreprises indiennes, qui y sont prêtes, partager nos expériences et conquérir de nouveaux marchés en Europe, en Afrique, voilà le lien que nous devons établir.

J’ai lancé également un appel aux investisseurs Indiens, pour qu’ils viennent investir en France, où nous devons leur faire le meilleur accueil. Je suis heureux de voir que sur le plan technologique, nous coopérons chaque jour davantage. Et la France sera en octobre prochain, le pays partenaire du « Delhi Technology Summit ». Ce sera une occasion exceptionnelle de réunir nos communautés scientifiques pour aborder de nouveaux domaines de coopération comme la ville durable, l’urbanisation, qui va être un grand enjeu pour l’Inde, les technologies de l’information, mais également les biotechnologies, l’énergie.

C’est la raison pour laquelle nous avons décidé, le gouvernement Indien et le gouvernement Français, de renforcer nos liens dans le domaine de l’enseignement supérieur. L’Inde compte 17 millions d’étudiants, ce qui est considérable. Seuls 3000 viennent en France, c’est trop peu. Nous devons faire en sorte que d’avantage d’étudiants indiens puissent étudier dans nos universités. Et de la même manière, que nous puissions vous envoyer nos meilleurs étudiants pour venir étudier ici, dans vos universités.

Il y a 430 coopérations entre établissements français et d’enseignement supérieur et établissements indiens. Nous allons encore intensifier ces relations. Je souhaite que chaque grande Ecole, chaque Université française ait un accord de coopération avec son homologue, ici, en Inde.

Je souhaite que, dans les cinq ans à venir le nombre d’étudiants indiens en France ait augmenté de 50%, le pourcentage de progression est considérable mais la base est faible, nous devons atteindre cet objectif.

Voilà, mesdames et messieurs, ce que jetais venu vous livrer aujourd'hui, un appel à travailler ensemble, a être plus uni au plan Eco, au plan commercial, a être capables de nous lancer dans des aventures technologiques ensemble, à renforcer nos partenariats partout, entre entreprises, entre universités, entre collectivités locales, ici plusieurs grands élus sont présents.

Mais je suis également devant vous à l’invitation de votre fondation madame la présidente, pour exprimer une vision du monde que nous partageons.

Celle qui nous conduit, en Inde comme en France, à penser que la liberté est à la fois l’aboutissement et l’instrument du développement. Pour reprendre les mots du Professeur Amartya Sen, « tout jugement sur le progrès n’a de sens que rapporté aux libertés ».

L’Inde, au cours des dernières décennies, a réussi à atteindre des objectifs qui paraissaient insurmontables, inatteignables : l’autosuffisance alimentaire, le développement d’une économie moderne, la réduction des inégalités, l’émergence d’une classe moyenne, et aujourd’hui votre pays est capable d’aider les pays les plus pauvres, en Asie ou en Afrique.

Mais en même temps, soyons lucides, il demeure encore tant d’inégalités, tant de pauvreté, tant de misère. Il y a encore tant de besoins à satisfaire, tant de liberté à conquérir. Nous avons un objectif commun, la croissance durable, et nous devons prendre en compte la dimension sociale et environnementale du développement.

Il y a urgence. La population mondiale atteindra 9 milliards d’êtres humains en 2050. Et chacun sait que les ressources de la planète ne sont pas illimitées.

Nos deux pays sont conscients des enjeux du changement climatique. Je veux saluer ici les efforts accomplis par l’Inde, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et pour améliorer l’efficacité énergétique. Là encore, l’Inde et la France peuvent unir leurs efforts dans une coopération sur le nucléaire civile et sur les énergies renouvelables.

Mais nous pouvons aussi agir dans le domaine agricole. Nous avons le même objectif, la sécurité alimentaire, l’exigence environnementale, la capacité de produire davantage. Nous avons les mêmes volontés de préserver toutes les formes d’agriculture et de lutter contre la volatilité des prix agricoles

C’est un enjeu aussi pour nos deux pays qui ont une agriculture forte et qui veulent aussi préserver une bonne harmonie sur le territoire. J’ai dit que nous avions aussi des domaines communs en matière énergétique, je souhaite que l’excellence française en matière de nucléaire et en matière de renouvelable puisse ici trouver toute sa place puisque vous avez la même volonté.

Mesdames et Messieurs, Madame la Présidente,

L’Inde et la France, nos deux grandes démocraties, malgré la distance géographique qui les sépare malgré les différences culturelles qui nous distinguent. Oui l’Inde et la France portent la même d’une voix dans le concert mondial. Cette voix c’est celle du respect des peuples, cette voix, c’est celle de l’indépendance, cette voix, indienne, française, c’est celle de la justice sociale, de la culture, de la protection de notre planète.

Cette voix, c’est celle qu’exprimait déjà Gandhi quand il écrivait : « Les systèmes économiques qui négligent les facteurs moraux sont, comme des statues de cire : ils ont l’air d’être vivants et pourtant il leur manque la vie de l’être en chair et en os. »

Nous ne devons pas faire que l’économie ressemble à des statues de cire, nous devons y mettre l’âme, la morale, l’éthique, tout ce qui fait la grandeur d’un destin. Gardons la leçon de Gandhi, faisons vivre nos économies, nous avons besoin de prospérité, cherchons inlassablement le progrès, nous avons besoin de justice, portons nos technologies au plus haut, nous avons confiance dans la science, mais n’oublions jamais de mettre l’économie et le progrès au service de l’humanité parce que nous portons non seulement espoir d’un destin meilleur, mais nous sommes les héritiers de forces morales. Je le dis ici dans ce lieu si symbolique, de forces spirituelles dont nos deux grandes nations sont héritières, et dont elles ont aujourd’hui à assurer la traduction dans le monde de demain.

Merci

 

Remise des insignes de Commandeur de la légion d’honneur à M. Amartya SEN

Type de contenu : VidéoLe discours en vidéo

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral du discours

Remise des insignes de Commandeur de la légion d’honneur à M. Amartya SEN

Monsieur le Professeur,

C’est un privilège que de vous remettre cette distinction au nom de la République française. Vous qui en avez reçu de très glorieuses, notamment le Prix Nobel, Vous êtes un économiste – non. Vous êtes un sociologue – non. Vous êtes un philosophe – pas davantage. Vous êtes un grand penseur, un humaniste qui avait fait la synthèse de toutes les sciences pour arriver à la conclusion morale qui permettait à l’économie d’aller mieux, à la sociologie de mieux comprendre les sociétés qu’elle prétend décrire et également à la philosophie de trouver un moment matière à pouvoir être un vecteur pour la décision publique.

Monsieur le Professeur, vous êtes Indien, Indien de naissance, Indien de cœur, Indien de conviction.

Vous êtes né à Santiniketan, berceau de la culture bengali, la ville du poète Tagore. Et vous suivez donc la trace de cette grande âme parce que vous êtes tous les deux distingués par le Prix Nobel, lui pour la littérature, vous pour l’économie.

Vous êtes Indien, même si vous vivez sur tous les continents, vous avez réussi à conjuguer l’attachement à votre pays avec votre vocation à penser le monde.

Vous êtes aussi un grand ami de la France, et vous avez enseigné à Sciences Po, à Polytechnique, et vous avez même, me dit-on, quelques attaches avec le Bordelais, c’est-à-dire, la région de France qui produit l’un des meilleurs vins du monde.

Vous nous avez appris, en revisitant l’héritage d’Adam Smith, que l’économie ne se réduisait pas à la logique du marché mais qu’elle était une « science morale ».

Vous avez cherché à déterminer comment procéder pour promouvoir la justice. Ça tombe bien - c’est également notre démarche. Vous y avez mis tout le temps nécessaire puisque vous avez commencé à partir de la Théorie de John Rawls, qui fut à un moment votre maître, pour essayer de définir vous-même ce que pouvait être le chemin vers la justice.

La justice ne peut pas se limiter à une institution, aussi parfaite soit-elle, ou à un ensemble de règles, aussi optimales soient-elles. Pour vous, la justice doit prendre pour point de départ les situations réelles, pour pouvoir mieux éliminer les « injustices réparables », celles-là même que nous avons sous les yeux.

Vous montrez toutes les difficultés pour y parvenir et vous concluez que pour atteindre la justice, faut-il avoir encore une analyse objective pour chaque société.

C’est votre fameuse métaphore de la flûte. Flûte que trois enfants réclament et se disputent. Le premier, parce qu’il prétend qu’il est le seul à savoir en jouer, et qu’il a donc droit d’avoir cette flûte. Le second, parce qu’il est pauvre et qu’il n’a pas d’autre jouet, et que donc la flûte lui appartient. Et le troisième qui veut en avoir également l’usage parce qu’il a été le fabricant de cette flûte. Alors, à qui donner la flûte ? C’est un dilemme qui existe dans toute société. Qu’est ce qui est juste face à une telle réclamation ? Les trois enfants ont des revendications fondées : celui qui sait jouer, celui qui n’a rien et celui qui l’a fabriquée. Quel est le bon chemin ? Il n’est pas tracé d’avance. Dès lors, c’est à la démocratie de définir non pas une justice absolue mais de choisir ce qui est le plus utile à la société.

Voilà votre œuvre. Partir de la réalité, utiliser le débat public, pour éclairer les choix, pour fonder une hiérarchie acceptée. Ce que vous appelez le « gouvernement de la discussion ».

Vous ouvrez ainsi aux décideurs politiques, où qu’ils soient, des horizons pour l’action. L’objectif, à vos yeux, c’est de permettre à chacun d’aller vers une liberté positive.

Et qu’est-ce donc une liberté positive ? C’est la possibilité de choisir sa propre vie, de développer ce que vous avez appelé les « capabilités », qui vont bien au-delà des compétences, bien au-delà des capacités. C’est tout ce qui peut permettre à un individu de se perfectionner, de s’élever, de se mettre en possibilité de choisir sa vie.

Merci pour cette leçon. Elle nous sert également dans les pays développés afin de permettre que toutes les « capabilités » puissent être rassemblées pour rendre plus harmonieuses nos sociétés et plus fortes nos économies.

Vous dites aussi qu’il y a deux façons de voir l’humanité : soit comme une population inerte, qui se contente de produire et de consommer pour satisfaire ses besoins ; soit comme un ensemble d’individus doués d’une capacité de raisonner, de liberté d’action, et de valeurs. Et c’est cette seconde conception qui nous unit. Parce qu’elle nous permet de ne pas mesurer le progrès simplement à travers un agrégat, celui de la croissance, de la production mais de dégager des indicateurs nouveaux du développement humain, qui prennent en compte le bien-être, la santé et l’éducation, la lutte contre les inégalités. Et c’est là, Professeur, que vos travaux ont ré-inspiré l’ensemble des institutions internationales, et notamment pour déterminer les objectifs du millénaire.

Merci donc, Professeur, d’avoir permis par les indicateurs d’améliorer les interventions des politiques publiques pour atteindre de meilleurs objectifs.

Vous avez montré, enfin, que la liberté est loin d’être le privilège de l’Occident, que la liberté est plus étendue que le suffrage universel, que la liberté c’est la pluralité des inspirations, des cultures, que la démocratie ne se juge pas simplement à ses institutions mais aux possibilités qui sont données aux citoyens de faire entendre leur voix, leur capacité de choix, et toujours leur liberté de choisir leur existence.

Vous êtes un universitaire, un enseignant, et donc vous êtes conscient que la jeunesse est la force des Nations, que l’éducation, la connaissance, le savoir, permettront d’élever les « capabilités » des générations futures et, là encore, la priorité que vous ouvrez, celle de l’éducation. C’est la nôtre.

Pour toutes ces raisons, Monsieur le Professeur, Monsieur le Prix Nobel, Monsieur l’économiste, Monsieur le sociologue, Monsieur le philosophe, Monsieur le grand humaniste qui nous soit possible de rencontrer, c’est avec beaucoup d’émotion pour votre engagement en faveur d’une science économique tournée vers le développement humain ; Pour l’invitation à la synthèse des connaissances, comme à la synthèse des continents ;

Pour tout votre travail pour la liberté, pour la justice ;

Pour l’amitié entre la France et l’Inde à laquelle vous contribuez ;

Pour toutes ces raisons ; Professeur Amartya SEN, au nom de la République française, nous vous faisons commandeur de la Légion d’honneur.

 

 

 

Visite du centre recherche et développement de LAFARGE

Type de contenu : Album photosLes photos de la visite

Conférence économique France-Inde à Bombay

Type de contenu : Album photosLes photos du discours

Type de contenu : VidéoLe discours en vidéo

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral du discours

Discours du président de la République devant les chefs d’entreprises français et indiens

I beg our pardon but I will speak in french !

Mesdames et Messieurs,

Je veux d’abord vous remercier très franchement de m’avoir invité à cette conférence exceptionnelle qui réunit chefs d’entreprise indiens et des chefs d’entreprise français avec la même idée : comment développer encore davantage vos échanges, comment donner un sens nouveau au partenariat qui unit nos deux pays ?

J’ai voulu, dans cette visite d’Etat, me rendre ici à Bombay pour plusieurs raisons. La première, c’est que je sais le rôle qu’a joué cette grande ville pour l’indépendance de l’Inde. C’est ici en effet qu’en 1942, Gandhi a lancé la campagne de désobéissance civile. Mais nous n’en sommes plus là.

La seconde raison est que cette ville est considérée dans le monde entier – je dis bien dans le monde entier – comme la terre de tous les possibles, comme un lieu de dynamisme économique, comme une terre d’ascension sociale et comme, également, une ville de grande création culturelle.

Pour le dynamisme économique, il suffit de faire le trajet de l’aéroport de Bombay jusqu’ici pour comprendre la rapidité avec laquelle vous vous développez. Pour ce qui est de l’ascension sociale, il suffit de voir les immeubles qui se dressent et l’habitat insalubre qui se réduit, même s’il y a encore beaucoup à faire.

Et pour ce qui est de la création culturelle, je n’oublie pas que je suis ici dans le berceau du cinéma indien qui produit le plus grand nombre de films au monde et qui sera consacré et célébré, à Cannes, pour le Festival qui est le plus grand du monde. Quand la France et l’Inde se retrouvent au cinéma, c’est de la réalité parce c’est de l’économie et c’est aussi de la création : création d’œuvres mais également création d’emplois.

En plus, j’ai appris en rencontrant le Gouverneur général de l’Etat du Mahārāshtra que vous êtes, aussi, un lieu de production de vin et qu’il va bientôt y avoir un festival du vin ici. Nous sommes donc faits, à bien des égards, pour nous rencontrer.

Mais je suis ici aussi parce que c’est là, dans cette ville, dans cet Etat, que de grandes familles ont créé de grandes sociétés à l’échelle du monde. Je pense à la famille Tata ou à la famille Ambani. Je veux ici leur rendre un hommage tout particulier car ce sont des familles qui aujourd’hui créent de l’activité partout dans le monde et notamment en Europe.

Bombay, c’est le cœur économique de l’Inde – je le sens battre à une vitesse rapide ; c’est un centre industriel, commercial et financier ; c’est le premier port de votre grand pays. C’était donc – et je vous en remercie Madame – le lieu privilégié pour évoquer l’avenir de la relation économique entre la France et l’Inde.

Nous devons être plus que jamais des partenaires, des partenaires pour la croissance. Mon gouvernement prend toutes ses responsabilités pour hisser, au niveau le plus élevé, la croissance, dans une Europe qui est – pour beaucoup de pays – en récession. Vous, ici en Inde, vous avez l’objectif d’avoir une croissance qui puisse atteindre près de 10%, parce que vous avez des besoins considérables à satisfaire.

Alors, nos intérêts sont liés. Nous, en Europe, nous devons créer de la stabilité, de la confiance mais également de la croissance. Vous, ici en Inde, vous devez comme un grand pays émergent, prendre toute votre part dans la croissance du monde.

Je veux donc répondre aux interrogations qui parfois sont soulevées, ici en Inde, par rapport à l’avenir de la zone euro. Depuis plusieurs mois, nous avons mis bon ordre dans la zone euro. Nous avons introduit des mécanismes de stabilité. Nous avons voulu que cette zone reste ce qu’elle était, avec tous les pays qui la composaient. Nous avons créé une Union bancaire pour éviter le retour d’un certain nombre de défaillances d’établissements financiers. Nous avons voulu, aussi, qu’il y ait une solidarité entre pays européens.

Je vous l’annonce : la crise de la zone euro est terminée. La confiance est revenue. Les investisseurs sont là et la monnaie européenne, l’euro, est maintenant appréciée, parfois trop pour nos échanges, mais nous en tirons une légitime fierté.

Nous avons donc fait le pari du sérieux budgétaire – il en faut – pour remettre de l’ordre dans nos finances publiques – et en France il y avait largement de quoi faire –, et en même temps essayer de tirer la croissance. C’est maintenant notre devoir.

Mais pour cela nous avons besoin du concours de tous et notamment des grandes économies émergentes, comme l’Inde. Vous-même quand l’Europe ralentit, vous freinez et ne pouvez plus retrouver les taux de croissance qui sont pourtant indispensables pour satisfaire les besoins considérables de la population.

Je veux ici saluer les entrepreneurs indiens qui ont été le moteur d’une réussite économique exceptionnelle qui fait que votre pays figurera bientôt dans le peloton de tête de l’économie mondiale.

Mais le défi devant vous est grand, immense même, à la taille de votre pays : un milliard 300 millions d’habitants - 17% de l’humanité -, une population très jeune, des équipements considérables que vous avez de nouveau à faire émerger ; et puis ces besoins qui s’affirment et se font de plus en plus pressants, l’urbanisation à laquelle vous devez faire face. Nous sommes prêts, nous ici, avec les entrepreneurs français qui m’ont accompagné dans ce déplacement et avec beaucoup d’autres.

Je suis conscient que ce ne sont pas seulement les grandes entreprises françaises qui doivent venir en Inde et vous l’avez très bien dit. Ce sont aussi les PME, c’est-à-dire des entreprises de taille moyenne qui doivent faire le choix, si elles sont bien accompagnées par les grandes, de venir en Inde pour partager leur technologie. Nous sommes donc, nous, tous convaincus que l’Inde a un grand avenir et nous voulons y prendre notre part.

Hier, j’ai eu avec le Premier ministre Monsieur SINGH une très bonne relation personnelle et politique, ainsi qu’avec le président de la République. Nous avons élargi notre partenariat stratégique.

Au-delà de la défense, secteur très important qui nous unit, au-delà du nucléaire civil pour lequel nous avons une nouvelle fois fait confiance en l’Inde et nous souhaitons qu’elle nous fasse également confiance, nous voulons élargir notre partenariat à tout le développement économique, mais également au développement de nos relations culturelles, scientifiques.

Cela correspond à une demande que vous nous adressez, de faciliter les échanges entre jeunes étudiants et scientifiques, car nous sommes prêts, nous en France, à les accueillir. Nous faciliterons toutes les démarches administratives pour augmenter le nombre d’étudiants et de chercheurs qui veulent participer à notre relation.

Je suis accompagné, je l’ai dit, par de nombreux chefs d’entreprises. Le ministre des Affaires étrangères Laurent FABIUS a décidé de nommer Paul HERMELIN, président de Cap Gemini, pour être son représentant spécial pour les relations économiques avec l’Inde. Il a donc une très grande responsabilité. Il s’exprime devant vous en anglais, il aurait pu le faire en hindi ou en l’une des langues officielles, tant il est prêt à s’investir largement dans la mission qui lui est confiée.

Mais il n’est pas seul à vouloir tirer les relations économiques entre l’Inde et la France. Il y a 750 entreprises qui sont installées en Inde. Certaines sont ici à Bombay depuis 150 ans et notamment la Banque Nationale de Paris, la BNP.

Nous nous enorgueillissons d’être l’un des investisseurs les plus importants en Inde. Le stock de nos actifs, ici en Inde, s’élève à plus de 17 milliards de dollars. Nous voulons augmenter d’un milliard par an ce flux d’investissements. Nous y sommes prêts.

Nos entreprises veulent également prendre plus toute leur part dans la recherche scientifique, l’innovation, l’émergence de nouvelles technologies. Elles portent des projets innovants sur le plan environnemental comme sur le plan social. J’ai eu la chance de pouvoir visiter aujourd’hui le centre de recherche de l’entreprise Lafarge à Bombay. Il est un modèle pour tout ce qui peut être innovation dans les matériaux de construction pour l’Inde mais aussi pour l’ensemble du monde.

Nous devons faire en sorte que plus d’entreprises françaises accèdent au marché indien et plus d’entreprises indiennes au marché français. Parlons-nous franchement, il y a toujours des obstacles à l’ouverture des marchés, il y a toujours des entreprises qui préfèrent être entre elles plutôt que de s’ouvrir à la concurrence. Cela existe partout, en France et en Inde. Si nous voulons avoir tous les effets d’un grand marché en Inde et en Europe nous devons ouvrir. C’est d’ailleurs le sens de la négociation qui va avoir lieu entre l’Inde et l’Union européenne. Il va falloir que l’Inde aussi fasse ses efforts, mais je ne suis pas là pour interférer dans des décisions politiques elles sont néanmoins nécessaires. Je l’ai dit au Premier ministre qui partage cette conception.

Nous devons amplifier nos échanges commerciaux. Je ne vais pas donner de chiffres. Il avait été annoncé 12 milliards d’euros pour les échanges commerciaux entre l’Inde et la France. Nous n’en sommes à peine qu’à 8. Alors, essayons, plutôt que de donner des chiffres, de nous donner des ambitions et de poser des actes.

Je suis également convaincu que nous avons à gagner ensemble, qu’il y ait plus d’entreprises indiennes qui viennent investir en France. Je ne veux pas ici faire la promotion de la France mais quand même ! Si je ne suis pas là pour faire des contrats, je suis au moins présent devant vous pour vous dire que nous sommes l’un des pays au monde qui accueille le plus d’investissements étrangers. Cela tient à notre attractivité, à la qualité de notre main d’œuvre, au haut niveau de notre recherche, de l’innovation, de nos infrastructures. Cela tient aussi à une bonne formation de nos salariés. Je vous invite autant qu’il vous sera possible à venir en France.

Nous avons aussi à faire des efforts en France pour être plus compétitifs, pour être davantage capables encore de faire jouer la concurrence à l’échelle du monde, d’améliorer nos formations, nos savoir-faire… Mais nous sommes une grande nation, prête à permettre à des entreprises indiennes qui veulent pénétrer sur le marché européen, de pouvoir le faire.

Ce matin, j’ai rencontré un certain nombre de chefs d’entreprises qui me disent : « on a peut-être une fenêtre en France pour arriver sur le marché européen ». Je leur ai répondu : « mais vous n’avez pas une fenêtre, vous avez toute la porte qui vous est ouverte ! ». Parce que venir en France, c’est le premier pays que l’on trouve en Europe si on vient de l’ouest ou presque. Mais aussi venir en France, c’est accéder à des marchés, pas simplement européens, mais africains. Je pense que nos entreprises françaises et indiennes peuvent coopérer pour permettre que nos expériences, que nos modes de développement, que nos principes d’entreprise, tout ce que nous pouvons faire ensemble, soit au service de nombreux pays en développement et de pays africains qui nous le demandent.

Pour ce qui concerne les secteurs, où ici en Inde nos entreprises françaises sont prêtes à vous accompagner, je citerai d’abord le développement urbain. A venir ici à Bombay, je le disais, on est saisi par l’urbanisation, par ce développement considérable de l’habitat. Sur tous les sujets de ce que l’on appelle « la ville durable », nos entreprises disposent d’une offre intégrée pour l’eau, pour l’efficacité énergétique, pour les transports collectifs. Je pense que nous pouvons répondre à beaucoup de vos besoins. Nous avons aussi notre propre expérience. Celle de nos échecs que nous avons pu connaitre en France et celle de nos réussites. Nous voulons vous les transmettre.

Nous avons également, je le disais, en matière de transport, un niveau excellent en France. Je me félicite des nombreux accords qui ont été signés entre la SNCF et Indian Airways. C’est un enjeu majeur, compte tenu de la taille de votre pays : 63 000 kilomètres de réseaux ferroviaires, 4ème au monde, 13 millions de passagers, 1 million et demi de tonne de fret ! Nous pouvons là avoir un défi à relever ensemble.

 

Le secteur de l’eau également – c’est un domaine où vous avez un grand besoin – peut nous permettre, là encore, de fournir des compétences. Afin que chaque Indien puisse accéder à l’eau 24 heures sur 24. Nous avons mis des années à y parvenir en France. Ne croyez pas que les développements se sont faits partout dans le monde avec facilité. Nous avons mis en place des structures, des modes de développement, des grandes entreprises. Nous pouvons vous faire gagner du temps par rapport à ce défi.

Nous avons également le domaine spatial. La France va bientôt lancer un deuxième satellite franco-indien, dédié à la recherche océanographique et climatique. La France et l’Inde doivent être exemplaires en matière de lutte contre le réchauffement climatique.

Je terminerai sur la question énergétique puisque nous avons ce devoir d’éviter les émissions de gaz à effet de serre, de lutter contre le réchauffement. C’est une part de l’enjeu du nucléaire civil, qui doit donner des garanties en termes de sûreté, de retraitement des déchets. Là encore, la technologie française est à votre disposition – comme nous l’avons toujours montré dans notre histoire commune Inde et France – pour que dans cet état-là, nous puissions être partie prenante de vos choix.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais vous dire. Nous avons une grande ambition commune. Nous croyons à des principes : le principe du progrès, de la science, des valeurs de démocratie et de liberté. Nous pensons que la technologie peut libérer l’homme. Nous croyons que la croissance peut être au service d’une société plus équitable et d’un monde plus durable.

Voilà pourquoi notre partenariat ne se réduit pas à des échanges économiques ou à des contrats. Notre partenariat se situe à un niveau encore plus élevé. C’est la responsabilité finalement qui nous est donnée, aux uns et aux autres, aux chefs d’Etat et de gouvernement, de créer le meilleur environnement, le meilleur cadre politique pour travailler, d’avoir la plus grande confiance dans nos économies respectives. C’est ce que nous avons fait avec le Premier ministre et le Président.

Mais c’est à vous, chefs d’entreprise, et seulement à vous de définir ce qu’il y a de mieux pour vos économies. Et nous, nous vous faisons confiance. Si nous avons ce même niveau d’exigence et de confiance, je suis sûr que nous réussirons. Je vous remercie d’être prêts à relever le défi avec nous.

Merci.


Restez connecté