A l'Elysée :

Entretien avec Mme Erna SOLBERG, Première ministre du Royaume de Norvège, suivi d’une conférence de presse.

27 Février 2018

Type de contenu : VidéoLa vidéo

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLa transcription

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SEUL LE PRONONCÉ FAIT FOI.

Mesdames et Messieurs,

Madame la Première ministre, chère Erna, bienvenue.

Je remercie donc chaleureusement la Première ministre de Norvège, Erna SOLBERG, pour sa venue aujourd'hui à Paris. C'est notre premier entretien bilatéral, bien que nous ayons eu déjà de nombreuses occasions de nous rencontrer lors des sommets internationaux, à l'OTAN, lors du One Planet Summit en décembre dernier, ou lors des conférences sur le partenariat mondial de l'éducation, ou à d'autres occasions.

La France et la Norvège partagent une analyse commune de nombreux sujets internationaux et nous avons pu longuement l'évoquer, ce qui conduit souvent nos deux pays à œuvrer ensemble pour mobiliser la communauté internationale, sur de nombreux dossiers.

Le premier d'entre eux est le sujet de la défense. Nous venons de l'évoquer sur le Sahel, la Norvège a participé à la conférence de haut niveau à Bruxelles, vendredi dernier, qui a permis de renforcer le soutien politique et financier au G5 Sahel. Et nous partageons dans ce dossier, la même stratégie qui repose sur un triptyque alliant dialogue politique et la transition dans le cadre des accords d'Alger, action de développement et action militaire.

La Norvège a annoncé récemment qu'elle prolongerait jusqu'en 2020 son engagement au sein de la Minusma et je l'en remercie. Cela illustre, là aussi, la politique de la Norvège dans le Sahel qui combine un effort déjà significatif en matière de développement et une contribution militaire extrêmement ambitieuse. Cette ambition commune, c'est aussi celle que nous avons dans le cadre de l'OTAN et celle que je souhaite que nous puissions développer ensemble au sein des initiatives prises pour une Europe de la défense, qui aura pour vocation très clairement de poursuivre de nombreux développements en matière de défense, y compris sur le plan bilatéral, c'est le souhait que nous avons aujourd'hui réaffirmé.

Le deuxième thème, c’est l'éducation. Cette proximité, nous l’avons en effet vue ensemble lors de la conférence de reconstitution du Partenariat mondial pour l'éducation à Dakar au début du mois. Je me félicite tout particulièrement de la mobilisation de la Norvège à nos côtés, pour financer l'éducation à travers ce partenariat mondial et nous sommes convenus aujourd'hui de poursuivre nos efforts conjoints pour convaincre tous nos partenaires de continuer ce combat. Mais l'engagement financier que la Norvège a confirmé à Dakar, il y a quelques semaines, est extrêmement conséquent et a été une des conditions de la réussite de cette rencontre.

Troisième thématique de travail conjoint sur le plan international, c'est le climat. En matière de climat et d'environnement, la Norvège joue en effet un rôle majeur, notamment pour mettre en œuvre l'Accord de Paris sur le climat et je veux à ce titre remercier la Première ministre pour les engagements très clairs qu'elle a pris et son engagement personnel le 12 décembre dernier. C'est celui-ci qui a permis d'impliquer le fonds souverain norvégien dans la mobilisation des financements climat, mais aussi d'engager la Norvège pour lutter contre la déforestation et promouvoir l'accès du continent africain aux énergies propres. Nous sommes en 2018, dans une année où nous allons, sur la base de ces engagements que nous avons pris ensemble, porter des actions concrètes et dans les prochains mois, les premiers engagements clairs de nos fonds souverains en la matière. Nous avons aussi la volonté de travailler ensemble pour le Pacte mondial pour l'environnement mais, en ayant aussi une lutte plus active dans la protection des océans, thème qui nous est cher et qui est important pour nos deux pays.

 Nous avons également parlé des sujets de sécurité collective et au-delà évidemment des sujets d'actualité comme le sujet syrien, je veux remercier la Première ministre aussi de son engagement aux côtés de la France dans la lutte contre les armes chimiques et l'initiative que nous avons voulu prendre.

Nous avons ensuite parlé d'un sujet d'intérêt conjoint qui est le Brexit, puisque la Norvège est membre de l'espace économique européen mais, pas de l'Union européenne et je crois pouvoir dire que nous partageons le même souci de préserver l'intégrité du marché intérieur, de pouvoir trouver un accord entre le Royaume-Uni et l'Union européenne rapidement. Et je crois pouvoir dire que l'exemple donné par la Norvège est, à cet égard, inspirant peut-être pour beaucoup puisque la Norvège a toujours pris acte de l'importance de l'intégrité du marché unique, des contraintes et des opportunités que cela offrait.

Enfin sur le plan bilatéral, nous avons évoqué plusieurs sujets. Sur le plan économique, nous souhaitons faire davantage. Il y a déjà des liens qui existent entre nos sociétés en particulier technologiques et numériques. Madame la Première ministre se rendra dans quelques instants à Station F avec la ministre du Travail, elle verra aussi des investissements norvégiens en France. Je pense à Leboncoin et elle pourra voir à la fois la vitalité de l'entreprenariat et du monde numérique français mais, également des liens, qui par ce truchement, sont déjà vivaces entre nos deux pays et que nous souhaitons renforcer.

Nous avons également une très bonne qualité dans la relation bilatérale, notamment en matière éducative. La Norvège, et je veux vraiment vous en remercier, Madame la Première ministre, a apporté un soutien financier significatif au lycée français d'Oslo, et par ailleurs nous fêtons cette année le centenaire de la section norvégienne du lycée Pierre Corneille de Rouen, qui existe également dans deux autres lycées à Bayeux et Lyon, ce qui a permis de former de nombreux jeunes Norvégiens qui sont venus étudier en France. 

Et cette relation nous souhaitons l’intensifier, la poursuivre, la renforcer parce que je crois que ce lien éducatif, linguistique, le lien aussi que nous souhaitons avoir en termes d'enseignement supérieur est structurant entre nos deux pays. 

Enfin nos valeurs partagées s'illustreront tout à l'heure, puisque la Première ministre ira inaugurer une plaque commémorative en l'honneur de BJORNSTJERNE, BJORNSON, Prix Nobel de littérature 1903 ayant résidé à Paris et dont Madame la Première ministre a offert le fac-similé de son article dans L'Aurore soutenant Emile ZOLA au moment évidemment de l'affaire Dreyfus. En effet, Monsieur BJORNSON était non seulement Prix Nobel mais, un intellectuel actif, il est décédé à Paris après avoir vécu dans plusieurs pays européens, mais il illustre aussi cet engagement conjoint qui fait partie de nos valeurs, la lutte contre l'antisémitisme, la défense des intellectuels.

Voilà Mesdames et Messieurs, Madame la Première ministre, un compte-rendu succinct des discussions que nous venons d'avoir mais, qui montrent la vitalité, la profondeur historique et la détermination qui est la nôtre dans les relations bilatérales, régionales et l'engagement conjoint dans des combats mondiaux qui sont aujourd'hui les nôtres. En tout cas merci beaucoup, Madame la Première ministre, chère Erna, d'avoir été aujourd'hui à Paris et de poursuivre cette visite sur les sujets que je viens d'évoquer.

(Discours Erna SOLBERG) 

LE PRESIDENT : Vous avez raison de dire que le Brexit a amené en effet plusieurs pays de l'Union européenne à aussi contribuer davantage et inventer de nouvelles ambitions, ce que nous avons commencé à faire. Nous l'avons fait en matière d'Europe de la défense, entre juin et décembre 2017, avec la création d'une coopération structurée permanente et d'un fonds européen en matière de défense qui va justement maintenant voir ces derniers développements dans le semestre à venir. C'est ce que nous allons continuer également à faire sur le plan économique, avec un marché unique du digital, avec des avancées en termes énergétiques et une ambition dont j'ai défini, pour ce qui concerne la France, les termes en septembre dernier à la Sorbonne. Dans ce contexte-là, à mes yeux, la Norvège a un rôle tout à fait structurant parce qu'elle est un partenaire très particulier de l'Union européenne et parce qu'elle est membre de l'espace économique européen. Et donc, qu’il s'agisse de sujets de sécurité, de sujets économiques, y compris d'ailleurs des équilibres du marché unique, la Norvège a fait un choix qui lui est spécifique, elle est seule dans cette situation, mais qui consiste à, quoi que n'étant pas membre de plein droit, à pouvoir avoir accès et avoir en même temps les contraintes de ce marché. Je disais tout à l'heure en termes choisis que c'est d'ailleurs un point de référence pour la négociation du Brexit, mais il semble aujourd'hui que les lignes rouges définies par les Britanniques pour eux-mêmes, les empêchent de rejoindre une situation à la Norvégienne.

Et donc si la Grande-Bretagne confirme ses positions de négociations actuelles, elle sera de fait plus loin de l'Union européenne que ne l’est aujourd'hui, la Norvège. Donc dans ce contexte, la Norvège a un rôle à plusieurs égards, d'abord celui qui est le sien et qui ne bougera pas, qui ne sera pas impacté par le Brexit, d'un partenaire extrêmement privilégié avec cet accès tout à fait spécifique et ses propres contributions à l'Union européenne, sur le plan économique et de ce qui est défini, le marché unique. Et dans ce cadre, je souhaite que nous puissions faire davantage, en particulier en matière numérique et entrepreneuriale, parce que c'est notre intérêt mutuel. Et je pense que les avancées que l'Union européenne fera sur le plan du numérique sont de nature aussi à renforcer justement l'efficacité de cette relation.

Ensuite sur le plan de la défense, la Norvège est notre partenaire au sein de l’OTAN mais, a vocation à pouvoir également participer, quoique n'étant pas membre de l'Union européenne, à des initiatives concrètes, que nous pouvons structurer, c'est notre souhait sur le plan bilatéral et que nous pouvons structurer à travers les actions qu'aura à financer le fonds européen de défense puisque celui-ci peut financer pour partie des projets et entreprises non Union européenne. Et nous l'avons fait justement dans la perspective des relations avec la Norvège, mais aussi demain la Grande Bretagne.

Enfin cette action, elle se structure aussi à travers les théâtres d'opérations et les engagements que nous avons en commun, le Sahel étant un exemple pour moi très illustratif de ce sujet, mais également l'ensemble des combats internationaux que j'ai mené. Voilà pour moi, le rôle de la relation bilatérale et régionale avec la Norvège, qui fait que dans le contexte qui s'ouvre, cette relation est encore plus stratégique, à mes yeux qu'elle ne l'était hier.