Type de contenu : Communiqué de presseLe communiqué de presse

Déplacement au Mali

Le Président de la République se rendra au Mali le samedi 2 février 2013. Il sera accompagné par le ministre des Affaires Etrangères, Monsieur Laurent FABIUS, le ministre de la Défense, Monsieur Jean-Yves Le DRIAN et le ministre chargé du Développement, Monsieur Pascal CANFIN.

Type de contenu : VidéoLes moments forts en vidéo

Mopti

Type de contenu : Album photosLes photos de l'arrivée à Mopti

Tombouctou

Type de contenu : Album photosLes photos de Tombouctou

Type de contenu : VidéoLa vidéo des allocutions à l'aéroport de Tombouctou

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral des allocutions

Allocutions du Président de la République et de M. Dioncounda Traoré, Président de la République du Mali

Aéroport de Tombouctou – Samedi 2 février 2013

LE PRESIDENT : « Mesdames et Messieurs les soldats de la République, je suis ici au Mali, à l’invitation de son Président, avec les ministres de la République – le ministre des Affaires étrangères, le ministre de la Défense, le ministre du Développement – avec le chef d’état-major des armées– l’Amiral GUILLAUD qui a conduit cette opération. Je suis devant vous pour vous dire toute notre fierté.

Lorsque j'ai pris cette décision grave, le 11 janvier, de répondre à l'appel du président TRAORE, dans le cadre des Nations Unies, je savais les risques que je faisais courir aux soldats. L'un d'eux d'ailleurs est mort dans les premières heures du combat. J'ai une pensée pour lui, en cet instant, pour Damien BOITEUX.

Je savais donc que c'était un terrain qui n'était pas facile parce que les terroristes avançaient, parce que les terroristes s'étaient réfugiés dans les villes et vous avez accompli une mission exceptionnelle avec l'armée malienne qui, ici, assure la souveraineté du Mali sur le territoire qui est le sien.

Vous avez conduit des opérations avec une technicité, une prouesse admirables. Je pense notamment à ce qu'a été le parachutage sur cet aéroport à Tombouctou. J’ai été informé, heure par heure, par vos chefs, par le ministre de la Défense. Je sais aussi combien la situation a été encore périlleuse une fois l’opération de parachutage réussie.

Vous êtes entrés – ou plus exactement – les Maliens sont rentrés dans la ville de Tombouctou et vous avez permis qu’il y ait la sécurité et le soutien indispensables. C’est donc une preuve, d’abord, de l’amitié entre nos deux pays, Monsieur le Président ; mais aussi une preuve, s’il en était besoin, de l’efficacité de l’armée française. Mon général, je veux vous adresser toutes les félicitations au nom de la France pour ce qui a été fait.

J’ai été reçu, aujourd’hui, par les élus de Tombouctou et par la population. Un accueil magnifique, des cris de joie, des larmes de bonheur… Ce n’était pas adressé à ma personne, au président de la République ; c’était adressé aux soldats et adressé à la France. Aux soldats, parce que vous avez permis cette libération. A la France, parce que toute entière elle s’est reconnue dans la décision que j’ai prise en son nom. C’est la raison pour laquelle je voulais me tenir à votre disposition, pendant quelques minutes, pour échanger avec vous.

Je sais qu’un certain nombre, ici, de soldats français vont être relayés par d’autres Français. Puis, ensuite, ces mêmes Français seront relayés par la mission africaine dite MISMA, toujours avec nos amis maliens qui assurent l’essentiel de l’opération. Au moment où est terminée cette première mission, je voulais vous dire que vous pouvez revenir avec fierté dans vos régiments et auprès de vos familles.

Mais le combat n’est pas terminé. Cela serait une erreur de penser que – parce que nous avons retrouvé avec nos amis maliens la capacité de sécuriser des villes comme Gao, comme Tombouctou – nous pouvons arrêter là. Les autorités maliennes – et c’est leur responsabilité – veulent retrouver l’intégrité territoriale qui, un moment, leur a été ôtée. Nous serons donc à leurs côtés, plus au Nord, pour finir cette opération.

Mais nous n’avons pas vocation à rester puisque nos amis Africains vont pouvoir accomplir la mission qui a été la nôtre jusque-là. Et puis, ensuite, la MISMA et les Maliens assureront la sécurité de tout le territoire malien.

Voilà pourquoi je suis là aujourd’hui : pour recevoir, sûrement, l’accueil exceptionnel dont j’ai parlé de la population malienne, ce matin à Tombouctou, cet après-midi à Bamako. Mais je suis aussi là pour vous, pour vous dire notre admiration et notre grande satisfaction.

Je veux donc dire à votre général que l’opération se poursuit. Elle a non seulement notre plein soutien – comment pourrait-il en être différemment ? – mais notre confiance. Je vous demande aussi de faire attention à vos propres vies, à celles de vos frères maliens ; de faire attention aussi à des exactions qui pourraient être commises et qui entacheraient la mission ; de faire attention à protéger les populations civiles. Mais, je vous l’ai dit, je vous fais confiance et vous avez ici, par ma présence, l’hommage de la République. Merci. Le Président malien va s’adresser aussi à vous ».

LE PRESIDENT MALIEN : « Monsieur le Président, mon général, juste quelques mots à vous, soldats français et soldats maliens, qui ensemble avez réussi à redonner l’espoir : l’espoir à ces populations qui ont vécu sous le joug de la barbarie et de l’obscurantisme pendant des mois et des mois. Je voudrais vous remercier pour la mission que vous faites et que vous faites bien, avec efficacité et professionnalisme.

Vous avez constaté l’accueil chaleureux, l’accueil qui dépasse tout commentaire, des populations de Tombouctou à la France. C’est dire que le Mali tout entier - chaque malien, chaque malienne - est reconnaissant : reconnaissance à la France d’avoir répondu promptement et massivement à notre appel au secours. Ensemble, nous avons libéré Kona et Diabali ; ensemble, nous avons libéré Gao et Tombouctou ; ensemble, nous allons libérer Kidal, Tessalit ; et ensemble, nous allons traquer ces terroristes jusque dans leur dernier repère.

Je voudrais vous dire merci, au nom du peuple du Mali, en mon nom propre. Monsieur le Président, merci. Merci à la France ».

LE PRESIDENT : « Merci ».

Bamako

Type de contenu : Album photosLes photos de Bamako

Type de contenu : VidéoLa vidéo du point de presse

Type de contenu : Conférence de presseLe texte intégral de la conférence de presse

Conférence de presse du Président de la République à Bamako

Bamako – 2 février 2013

LE PRESIDENT : « Je suis venu au Mali pour exprimer la solidarité de la France avec le peuple malien et mon soutien et ma reconnaissance aux soldats français qui depuis trois semaines, au péril de leur vie, sont engagés pour aider le Mali à lutter contre le terrorisme. Le nom de Damien BOITEUX restera à tout jamais gravé dans les mémoires du peuple malien et du peuple français.

Je voulais venir aussi au Mali pour saluer l’action que les Africains eux-mêmes engagent : les Maliens d’abord, ce sont eux qui participent à la reconquête de leurs territoires contre le terrorisme ; mais aussi les forces de la MISMA qui progressivement se regroupent et montent vers les villes qui ont été libérées.

Enfin, je voulais dire aux Maliens qui venaient près de moi, pour remercier la France, que nous n’en avons pas terminé, que nous avons à poursuivre l’action dès lors que l’ensemble du territoire malien n’est pas encore complètement libéré. Nous serons aux cotés des Maliens, des Africains, y compris au nord du Nord Mali, pour que les groupes terroristes soient chassés.

Enfin, je voulais avoir une discussion amicale avec le Président TRAORE. Car c’est lui qui a fait appel à nous et qui a été, lui aussi, décisif pour mobiliser la communauté internationale et la France dans cette action.

Maintenant les Maliens ont une responsabilité qui est d’engager ce processus politique. J’ai rencontré à l’instant avec les ministres français et les ministres maliens, les forces vives du Mali. La feuille de route qui a été élaborée doit conduire à des élections au mois de juillet et à une réconciliation générale.

Il ne m’appartient pas de dire avec quelles forces les Maliens doivent discuter. Ce que je sais, c’est que ceux qui portent des armes doivent les déposer et que ceux qui utilisent des armes contre les Maliens, et a fortiori contre nous, seront combattus et vaincus.

Enfin, je viens au Mali, là où sont détenus nos otages, pour dire à ceux qui les détiennent qu’il est encore temps de les libérer et que nous faisons tout pour qu’il en soit ainsi. Je pense à leurs familles que j’ai rencontrées avec le ministre des Affaires étrangères il y a quelques jours. Je me suis engagé pour que nous fassions tout, pour que ces otages, ces ressortissants français retrouvent la liberté.

Voilà, je veux répondre à vos questions ».

QUESTION : « La France est venue dans le cadre de l’opération Serval pour traquer les terroristes. Mais nous n’avons compris ces derniers temps, le fait que des terroristes étrangers, les Mauritaniens, les Algériens, les Afghans sont traqués et que l’on ménage parallèlement les terroristes nationaux notamment les gens du MNLA. Quel est le bien-fondé de cette tactique ? »

LE PRESIDENT : « Nous, nous sommes aux côtés des Maliens pour traquer, comme vous dîtes, tous les terroristes, quelle que soit leur nationalité, dès lors qu’ils se sont coalisés pour déstabiliser le Mali.

Ceux qui veulent faire de la politique ont le droit de faire de la politique. Mais dans tout pays démocratique, on fait de la politique avec des bulletins de vote. Pas avec des armes. Mais il appartient aux Maliens de décider eux-mêmes ce qu’ils font du processus politique et de l’organisation des élections ».

QUESTION : « Vous avez parlé des otages. Vous lancez aux preneurs d’otages presque un appel. Aux preneurs d’otages, vous dîtes « il est encore temps de les libérer ». Est-ce à dire que des discussions sont en cours ou c’est un simple appel ? »

LE PRESIDENT : « Non, il n’y a aucune discussion. Il y a simplement un sens de la responsabilité qui est le nôtre et qui est de dire, à ceux qui les ont enlevés et qui les détiennent encore depuis trop longtemps – et certains depuis plus de deux ans – qu’il est encore temps de les libérer, que nous sommes là, tout près, et qu’ils peuvent donc faire maintenant l’acte qui est attendu d’eux, sans négociation ».

QUESTION : « A vous entendre parler, il me semble que votre arrivée au Mali constitue aussi un repère pour l’après-guerre, l’avenir du Mali et aussi les risques d’un conflit ethnique. Maintenant que la fin de la guerre est très proche, est-ce que la France est prête à aider le Mali dans l’accélération de son processus de décentralisation ? De nos jours, les chiffres font ressortir que seulement 2% des investissements vont auprès des communes ».

LE PRESIDENT : « La France a fait son devoir en répondant à l’appel du Président TRAORE. Elle l’a fait sur le plan militaire. Mais son devoir ne s’arrête pas là. D’abord parce que l’opération militaire va elle-même avoir un terme. Nous n’avons pas vocation à rester au Mali. Nos forces qui représentent 3 500 hommes aujourd’hui vont progressivement refluer, les éléments de la MISMA vont se mettre en place.

Il y aura toujours un soutien, un appui logistique pour que la MISMA fasse son travail, c’est-à-dire sécurise l’ensemble du Mali et nous mènerons cette tâche avec nos amis européens qui se sont pleinement engagés à nos côtés.

Mais il y a une autre phase qui s’engage dès aujourd’hui, qui est la phase de l’aide au développement. Les ministres sont ici présents de manière d’abord à ce que l’aide internationale de 500 millions d’euros – pour le financement de la MISMA mais pas seulement, pour aussi un certain nombre d’actions – puisse être pleinement utilisée ; l’aide européenne, très importante qui doit être également mobilisée ; et puis l’aide française.

Je salue les ressortissants français, ici présents au Mali, qui ont avec beaucoup de sang-froid gardé nos intérêts ici, je parle de nos intérêts économiques. Mais ils ont également, par leur présence, montré une solidarité avec les Maliens. Nous continuerons donc à faire ce travail et même à l’amplifier dans le cadre d’une politique de développement.

Et puis, sur le plan politique, je n’ai que des messages à faire passer. Premier message : nous devons faire en sorte qu’il n’y ait aucune exaction qui soit commise. Bien sûr qu’il y a un esprit de revanche, bien sûr qu’il y a la tentation de punir ceux qui ont commis des actes. Mais il y a une justice pour cela : une justice malienne et une justice internationale. La Cour pénale internationale est saisie. Ceux qui se sont conduits de manière atroce relèveront de ces tribunaux. Mais toute exaction, on le voit, sera utilisée pour déconsidérer l’action qui est menée.

Le second message que j’ai à faire passer, c’est que la démocratie malienne a longtemps été présentée comme un exemple. Dès lors, elle doit toujours être cette référence. D’où le processus électoral, la feuille de route que la France soutient pleinement et l’esprit de concorde et de réconciliation.

Et puis enfin, il y a – vous parlez de décentralisation – sûrement des choix à faire pour le Mali. Mais il ne nous appartient de les faire ces choix à la place du Mali. Ce sont les Maliens qui détermineront comment mieux décentraliser, mieux décider, au plus près de la population.

Dernier point, mais je l’ai tellement répété ! Nous, ici, nous ne défendons aucun intérêt. C’est pour cela que les Maliens nous accueillent de cette façon. Parce qu’ils savent bien que nous sommes ici pour défendre des valeurs, des principes et un peuple ami et pour lutter contre la fanatisme, la barbarie et le terrorisme. J’étais à Tombouctou et j’ai vu une population bien sûr soulagée, heureuse, fière. Mais j’ai vu aussi des monuments qui avaient été saccagés, des manuscrits qui avaient été brûlés.

Il y a donc je crois ce devoir de solidarité que nous avons montré, nous la France, mais c’est aux Maliens de décider de leur avenir ».

QUESTION : « Vous pouvez constater que depuis votre intervention historique au Mali, vous et vous seuls dans tout le monde entier, les Maliens ont reconnu que ce n’est plus la colonie française, les Africains qui ont contribué à libérer la France, mais que cette fois-ci c’est le contraire. Monsieur le Président, vous avez libéré le Mali, vous seul ! Mais le plus dur, le plus difficile reste « comment revivre ensemble avec nos frères, surtout ceux du MNLA » qui ne représentent pas la majorité mais qui ont tué, qui ont violé, qui ont volé même dans les familles qui les ont vus grandir ? Alors puisque vous avez aidé à libérer, qu’est-ce que la France va faire pour aider également à faciliter le re-vivre ensemble parce que c’est ce qui est le plus difficile ? »

LE PRESIDENT : « D’abord merci pour votre question. Cela me permet d’anticiper par rapport à ce que je vais dire – si je peux dire un mot d’ailleurs – place de l’Indépendance parce que je sais qu’une foule importante nous attend.

Moi, je n’oublie pas ce que les Maliens ont fait pour la France, pour la liberté de la France, dans des moments très éprouvants pour l’histoire de mon pays, où des soldats maliens, sous le drapeau français, ont permis que l’honneur de la patrie, la mienne, puisse être sauvé. Je n’oublie pas. C’est parce que je n’oublie pas ce que les Maliens ont fait pour la France que la France a pris la décision d’intervenir, aux côtés du peuple malien, dans l’épreuve qu’il traversait face au terrorisme.

Ensuite, je vous l’ai dit, moi je n’ai pas à juger tel ou tel mouvement. Je sais que la démocratie ne se fait qu’avec des partis politiques organisés et avec des forces qui renoncent nécessairement à l’utilisation des armes.

Il y a cet esprit de revanche, vous l’avez rappelé. Mais il y a aussi l’esprit de concorde. Et donc c’est dans un processus politique où toutes les composantes doivent être à leur place, mais celles qui acceptent la démocratie et l’unité territoriale du Mali !

C’est cela le point important. C’est ce qui a justifié aussi notre intervention, parce qu’à un moment c’était la séparation qui était en cause ; mais on a vu que de la séparation nous étions arrivés à l’annexion, à l’invasion, car ce qui était en cause à travers la colonne terroriste qui se présentait au Nord de Bamako était bien le basculement du Mali tout entier dans le fondamentalisme et la visée terroriste.

Là encore, si nous sommes intervenus avec les Africains, avec le soutien des Européens, ce n’est pas seulement pour le Mali, mais pour toute l’Afrique de l’ouest qui était menacée par cette opération. D’où d’ailleurs le soutien que nous avons reçu, l’accueil que nous avons eu de tous les pays de l’Afrique de l’ouest qui doivent maintenant aussi, à travers la MISMA, prendre leurs responsabilités ; en fraternité avec les Maliens.

QUESTION : « Sur le sort des otages, vous avez indiqué tout à l’heure que les ravisseurs pouvaient encore les libérer. Cela sonne-t-il comme un avertissement ? Etes-vous plus optimiste sur leur sort qu’avant le début des opérations ? S’ils n’obtempèrent pas, quel type d’action est prête à mener la France ? Merci ».

LE PRESIDENT : «  Nous l’avons dit nous sommes toujours ouverts à tout contact. Mais ce qui doit être fait c’est la libération et nous sommes présents, tout prêts. A partir de là les ravisseurs doivent comprendre que le moment est venu de libérer les otages. Je n’en dirai pas plus, parce que je ne veux en aucun cas mettre en péril la vie de nos otages ».

QUESTION : « Avez-vous parlé du capitaine SANOGO qui constituait un obstacle pour l’intervention militaire au Mali ? ».

LE PRESIDENT : «  Je ne parle pas des affaires intérieures du Mali. Je parle de son avenir, de sa sécurité, des conditions de la réconciliation mais il ne m’appartient pas de parler des personnes ».

QUESTION : « Vous avez dit hier que vous fixeriez aujourd’hui un délai, du moins pour entamer le retrait des troupes françaises. Après avoir vu ce que vous avez vu sur le terrain à Tombouctou, avez-vous une religion sur cette question ? Les forces françaises vont-elles se retirer et dans quel délai ? »

LE PRESIDENT : « Je n’emploierai pas le mot « religion ». Mais ce que je peux vous dire c’est que je repars du Mali avec grande confiance : grande confiance dans la capacité de nos soldats ; grande confiance dans l’armée malienne qui a reconstitué ses forces ; grande confiance dans la montée en charge de la MISMA ; grande confiance dans les autorités politiques du Mali pour engager le processus de réconciliation et les élections ; grande confiance à l’égard du peuple malien qui a fait la démonstration de sa force, de sa vitalité, de son amitié à l’égard de la France et jamais je ne l’oublierai.

Est-ce que tout est pour autant terminé ? Non. Il y a encore toute une partie au Nord qui n’est pas reconquise par les maliens. Il y a des éléments terroristes qui sont concentrés dans certains points du territoire, d’autres qui se sont dispersés. Il y a aussi des risques terroristes qui demeurent. Nous n’avons donc pas encore terminé notre mission.

Mais nous n’avons pas vocation à rester et à mesure que la souveraineté du Mali sera retrouvée, à mesure que la MISMA pourra se substituer à nos propres troupes, nous nous retirerons. J’allais dire, le retrait est inscrit.

Il n’y a aucun risque d’enlisement, parce que nous avons le soutien de la population, parce que les Africains sont là, parce que les Européens sont présents, parce que nous avons une communauté internationale qui également est à l’unisson et parce que nous avons une légalité internationale qui sera de notre côté et qui va aussi évoluer en fonction de l’opération : progressivement, le maintien de la paix se substituera à l’intervention elle-même.

Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais vous dire ».

Type de contenu : VidéoLa vidéo du discours de Bamako

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral du discours

Discours de M. Dioncounda Traoré, Président de la République du Mali, et du Président de la République française

Bamako, 2 février 2013

LE PRESIDENT DU MALI : « Monsieur le Président, ce matin à Tombouctou la foule était telle que nous n’avons pu prononcer de discours. J’avais un message à passer aux populations de Tombouctou. Avec votre permission, je voudrais livrer aux habitants de Tombouctou qui sont présents ici, à la place de l’Indépendance, le discours que je voulais livrer à Tombouctou, la ville mystérieuse.

Voilà ce que j’aurais dit ce matin à Tombouctou. Population de Tombouctou, représentants de Tombouctou ici à Bamako, dites à votre frère, dites à notre frère, François HOLLANDE, qu’il est le très bienvenu parmi nous, le très bienvenu, chez lui, à Tombouctou ! Tombouctou la mystérieuse, Tombouctou la sainte que l’ignorance et l’obscurantisme ont cherché à profaner.

Représentants de Tombouctou, dites à François HOLLANDE, le Président de la France, la France de la Révolution de 1789, la Président de la France de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité, qu’il est le frère de toutes les Maliennes, de tous les Maliens, le frère de toutes les Sahéliennes, de tous les Sahéliens, l’ami sincère de l’Afrique toute entière.

Dites-lui que ce jour – le 2 février 2013, où il est venu nous témoigner de la plus belle des manières sa solidarité et son engagement – sera inscrit en lettres d’or dans ce que cette partie du monde sait faire de mieux, à savoir consigner l’histoire des faits et des Hommes.

Dites-lui qu’en répondant positivement et sans délai à notre demande d’assistance militaire – à un moment où le destin, à un moment où l’existence même de notre pays était menacée – il a réécrit avec l’engagement de l’armée tricolore et le sacrifice de Damien BOITEUX, un nouveau chapitre de notre histoire.

Chers compatriotes représentants de Tombouctou, je voudrais cependant vous demander de rester ce que vous avez toujours été : une communauté forte de sa diversité, une communauté accueillante, une communauté civilisée, une communauté digne et respectueuse de la dignité de l’autre.

Dans l’euphorie de la liberté retrouvée, ne vous laissez jamais aller aux excès, aux amalgames et à des réflexes de vengeance. Offrez au reste du monde qui vous observe, et surtout à ceux qui sont venus vous aider à vous libérer, votre vrai visage. Pas celui d’une communauté qu’illumine la haine et ne pense qu’à régler des comptes. Soyez des Maliens authentiques ! Je sais que je peux compter sur vous pour qu’il n’y ait aucune exaction, aucun règlement de compte. Je demande à tous ceux qui ont quitté leur maison et leurs amis, par peur des représailles, de revenir chez eux et de reprendre leur vie normale.

Monsieur le Président,

En vous remerciant de nouveau, et à travers vous, toute la France pour cet élan fraternel et ô combien amical pour notre peuple, et en vous souhaitant une fois de plus bienvenue à Tombouctou, Vive Tombouctou ! Vive le Mali ! Vive la France !

Monsieur le Président,

Après Tombouctou, nous voilà à Bamako où les populations de Bamako et le peuple malien tout entier ont tenu encore à vous témoigner leur reconnaissance pour l’intervention déterminante de la France, à un moment où l’existence même du Mali était en jeu.

C’est un agréable devoir pour moi de vous transmettre les salutations de millions de Maliennes et de Maliens, de millions de Sahéliens et de vous remercier, au nom des populations de Gao, de Tombouctou, de Kidal, de Mopti, de Ségou, de Sikasso, de Kayes, de Koulikoro et de Bamako.

Le peuple du fleuve vous dit merci, le peuple de la dune vous dit merci.

Merci pour la déroute des démolisseurs qui ont hélas passé à la pique et au marteau un millénaire d’histoire. Merci pour les panneaux des prétendues police et justice islamiques désormais décrochés du fronton de nos édifices.

Merci au nom des femmes libérées de la prison obscurantiste de ceux qui n’étaient venus que pour détourner l’Islam. Merci pour toutes celles qui ne connaîtront plus l’humiliation des mariages forcés et multiples. Merci pour les sanglots que nous n’entendrons pas ce soir de la énième fille violée devant ses père et mère terrifiés et horrifiés.

Merci pour cette jeunesse qui revient à l’espoir, qui sait travailler de ses mains et de sa tête, et qui espère, sous peu, renouer avec les opportunités que leur offre une des plus belles régions naturelles du monde.

Merci pour avoir rendu possible d’autres éditions du prestigieux festival d’Essakane, du festival de Tamadacht, du festival des souks pour ne citer que ces exemples récents d’une créativité symbolisée dans le monde entier par le génie touareg – aussi – et reflet du génie malien.

Oui, Monsieur le Président, grâce à vous, grâce à la France, l’histoire du Mali s’est accélérée depuis le 10 janvier. L’intervention française - autour de laquelle l’humanité se rassemble aujourd’hui, des couloirs de l’Union africaine à ceux des Nations-Unies et qui est née de l’urgence - a permis d’anticiper la mise en œuvre de la résolution 20-85 portant déploiement de la mission internationale de soutien au Mali.

Ce que beaucoup imaginaient pour le moins « à terme » – à savoir la libération des grandes villes du Nord – est en passe d’être obtenu dans les délais les plus brefs. Kona est libre. Diabali est libre. Douentza est libre. Gao est libre. Tombouctou est libre et le reste suivra !

Monsieur le Président, vous avez fait en sorte que l’Afrique soit à nos côtés - les pays de la CEDEAO, comme d’autres tels que le Tchad, venus massivement. Vous avez fait en sorte, par la présence des forces françaises, que l’armée malienne à genoux se remette debout pour aller au combat de la libération, de l’honneur et de la dignité !

En tant que Président d’un pays fier, bien connu pour sa convivialité, j’aurais aimé pouvoir promettre à tous nos amis et à notre peuple « zéro dérapage, zéro représailles, zéro exaction ». Hélas, chacun sait ce que c’est que la guerre, même si jusqu’à présent le comportement de nos troupes dans la présente campagne est quasi exemplaire. Ce que je peux dire par contre, c’est que ceux qui transgresseront les règles de la guerre et le respect des droits humains agissent à leurs seuls comptes. Nous serons intransigeants envers eux, car c’est l’honneur et la dignité de l’armée et de la nation qu’ils ternissent.

Notre crédo est d’accélérer et non de compromettre la réconciliation nationale : celle de la communauté du Nord, celle des forces du Sud et celle de toute la Nation malienne. Nous le concevons comme un devoir historique et il n’y aura aucune complaisance.

Que tous ceux et toutes celles qui ont le Mali à cœur viennent ; nous leur tendons la main ! Que tous ceux et toutes celles qui ne sont pas dans les schémas de partition, du terrorisme, du narcotrafic et du crime organisé nous rejoignent, abandonnant ainsi leurs fantasmes pour un vivre ensemble nécessaire et souhaité !

Le Mali, de 1992 à 2012, est ce pays qui a accepté la discrimination positive au profit des hommes nomades d’une région du Nord avec un investissement sans précédent. Loin d’exclure ou de marginaliser les communautés du Nord, l’Etat central les a au contraire intégrées dans la fonction publique sans concours, dans l’armée, dans la vie politique et économique du pays. En 2012, donc, aucun problème n’était créé à Kidal, à Gao ou à Tombouctou, qui ne pouvait être négocié dans le cadre de la démocratie, de la décentralisation, dans la paix et la concorde.

Monsieur le Président, le peuple du Mali et son gouvernement ont le ressort pour un dialogue inter-malien ouvert à toutes les sensibilités, à tous les débats pour ressouder la Nation et répondre à la demande de décentralisation effective portée par ses 703 communes. Ce dialogue nous mènera, conformément aux dispositions de la feuille de route votée à l’unanimité par l’Assemblée nationale. Une feuille de route qui prévoit un retour total à une vie constitutionnelle normale à la suite d’élections propres et crédibles avant le 31 juillet 2013. Cela semble une gageure pour beaucoup, mais nous pensons que cela est possible avec le soutien de nos frères et de nos amis.

Vous êtes en train de faire le plus difficile avec nous, au prix de la vie de vos soldats. Je n’en doute pas un seul instant que vous nous aiderez à gagner ce pari aussi. Ce pari de la démocratie malienne, vous qui venez, d’une décision rapide et juste, de consolider la France du bon côté de l’Histoire de l’humanité.

Monsieur le Président, j’ai cherché, j’ai cherché en vain – dans cette belle langue que nous avons en partage avec vous – un mot qui puisse exprimer, en une seule fois, le sentiment que le peuple malien éprouve aujourd’hui pour vous. Mais je ne l’ai pas trouvé. C’est pourquoi, vous me permettrez de vous dire encore une fois et tout simplement : merci.

Vive Tombouctou ! Vive Bamako ! Vive le Mali ! Et vive la France !

LE PRESIDENT : « Monsieur le Président du Mali, vous venez à l’instant de remercier la France à travers ma personne, à travers le gouvernement ici représenté. J’y suis sensible. J’en suis fier. Mais à mon tour d’exprimer au peuple malien toute ma gratitude pour son accueil exceptionnel.

Tout au long de cette journée commencée à Mopti, poursuivie à Tombouctou, se terminant ici à Bamako et partout les mêmes clameurs, la même ferveur pour dire « Vive la France et vive le Mali ! ». 

Oui, c’est vrai, j’ai pris une décision grave le 10 janvier d’engager les soldats français avec les soldats maliens. C’était l’appel que m’avait lancé le président TRAORE. C’était le devoir de la France qui agissait au nom de la communauté internationale avec le soutien des pays européens dans le cadre des Nations Unies. Oui, nous devions être là parce ce qu’il était important de combattre, c’était le terrorisme. Le terrorisme ici au Mali, le terrorisme en Afrique de l’Ouest, le terrorisme partout. Agissant ainsi, la France était à la hauteur de son histoire, de la République, des droits de l’Homme et donc de la démocratie.

Depuis cette date du 10 janvier, de l’intervention de la France, ville après ville, village après village, les armées du Mali et de la France appuyées par les pays de l’Afrique de l’Ouest rendent enfin au Mali son unité, son intégrité et sa force.

Oui, le terrorisme a été repoussé, il a été chassé mais il n’a pas encore été vaincu. Je veux saluer devant vous le sacrifice des soldats maliens. Je pense aussi au Commandant Damien BOITEUX, mort pour la liberté et dont je m’honore de dire que, ici, beaucoup de parents maliens ont appelé leur enfant Damien en souvenir du sacrifice qui fut le sien.

La France est à vos côtés, non pas pour servir, je ne sais quel intérêt, nous n’en avons aucun, non pas pour protéger telle ou telle faction, ou pour tel ou tel parti du Mali… Non, nous sommes à vos côtés pour le Mali tout entier et pour l’Afrique de l’Ouest. Nous nous battons ici pour que le Mali vive en paix et en démocratie. Et vous avez donné la meilleure des images aujourd’hui avec votre chaleur, avec votre ferveur mais aussi avec votre douleur pendant tous ces mois où le fanatisme a sévi dans le nord du Mali.

Nous nous battons en fraternité, Maliens, Français, Africains parce que moi je n’oublie pas que lorsque la France a été elle-même attaquée, lorsqu’elle cherchait des soutiens, des alliés, lorsqu’elle était menacée pour son unité territoriale, qui est venu alors ? C’est l’Afrique, c’est le Mali. Merci, merci au Mali. Nous payons aujourd’hui notre dette à votre égard.

Mais je vous l’ai dit, le combat n’est pas terminé. Les groupes terroristes sont affaiblis, ils ont subi de lourdes pertes mais ils n’ont pas disparu. Alors qu’avons-nous à faire ? Continuer, poursuivre. Et la France restera avec vous le temps qu’il faudra c’est-à-dire le temps que les Africains eux-mêmes prendront à travers la MISMA pour nous suppléer, pour nous remplacer. Mais jusque-là, nous serons à vos côtés, jusqu’au bout, jusqu’au nord Mali.

Mais je vous l’avoue aussi, parce que c’est le respect que je vous dois, la France n’a pas vocation à rester ici au Mali, parce que ce sont les Maliens eux-mêmes, les Africains qui assureront la sécurité, l’indépendance, la souveraineté. C’est ainsi que je conçois les relations entre la France et l’Afrique. Le respect, la démocratie, la transparence. C’est vous maintenant qui allez porter votre destin.

Je m’exprime ici devant le monument de l’indépendance, pour rendre hommage à votre histoire mais aussi pour vous dire que votre pays va connaître une nouvelle indépendance qui ne sera plus, cette fois, la victoire sur le système colonial mais la victoire sur le terrorisme, l’intolérance et le fanatisme. Voilà votre indépendance.

La France est aux côtés du Mali par ses soldats mais elle est aussi aux côtés du Mali par son aide, par son soutien. Nous avons décidé d’être à vos côtés pour vous accompagner dans le redressement économique ; dans la renaissance de vos services publics, pour l’éducation, la santé, la sécurité. Nous contribuerons à la réédification des sites culturels maliens.

Nous ne serons pas seuls à le faire, l’Europe est à vos côtés. La communauté internationale est avec vous, l’UNESCO représentée par sa Directrice générale est là aussi parce que nous ne pouvons pas accepter ce qui s’est passé à Tombouctou : des lieux saints qui ont été hélas souillés, des monuments qui ont été profanés, des documents historiques qui ont disparu… Nous les reconstituerons avec vous. Parce que c’est le patrimoine du Mali mais aussi parce que c’est le patrimoine de toute l’humanité que vous avez en charge. Je connais les souffrances qu’a provoquées l’occupation des villes du nord du Mali.

Ceux qui se sont associés aux groupes terroristes devront répondre de leur crime. Devant la justice, il ne doit pas y avoir d’impunité pour ces actes. Mais c’est à la justice malienne, à la justice internationale, à la Cour pénale de faire en sorte qu’il puisse y avoir la juste sanction de ces crimes. Mais la justice n’est pas la vengeance. Ce n’est pas l’exaction. Aucune souffrance ne peut expliquer le pillage ou une exaction. On ne répare par une injustice par une autre injustice. Vous devez être exemplaires. Vous êtes regardés par toute la communauté internationale. Oui, nous devons châtier les criminels, les terroristes mais nous devons le faire, vous devez le faire avec le respect des droits de l’Homme, ceux-là même qui ont été bafoués, floués par les terroristes.

Dans cet esprit de confiance à l’égard du Mali, je sais l’effort qu’il reste à faire : retrouver l’intégrité territoriale de tout le Mali. Aucune ville, aucun village ne doit être occupé par les terroristes et échapper à la souveraineté du Mali.

Oui, nous avons aussi à engager ce processus de sécurité par la MISMA, par les forces africaines. Oui, vous avez à faire la transition politique, la démocratie, les élections. Faites de belles élections au mois de juillet. Montrez à toute l’Afrique, à tout le monde que le Mali est un exemple et faites en sorte que la France puisse se dire que ce que vous faites ici au Mali méritait bien le sacrifice de nos soldats.

Ce qui se joue aussi, c’est la relation entre l’Europe et l’Afrique. Nous avons besoin de nos deux continents ensemble pour assurer l’avenir. Nous avons besoin de la communauté internationale, nous avons besoin des aides qui viendront de partout pour vous. Et puis nous avons besoin de la France et du Mali unis, ensemble, les deux peuples qui se retrouvent dans les mêmes fondements, dans les mêmes valeurs.

J’ai parlé aux Maliens qui vivent en France. Je leur ai promis que je viendrai ici à Bamako pour leur dire, pour vous dire que ce que nous avons à faire ensemble est plus grand que nos deux peuples, c’est de montrer que le terrorisme peut être vaincu, que la démocratie peut prévaloir et que les droits de l’Homme valent partout, sur tous les continents et que nous sommes, les uns les autres, unis par le sang versé, unis par la décision que nous avons prise ensemble, unis avec les Nations unies, unis ensemble.

Faites en sorte, amis Maliens de réussir jusqu’au bout votre nouvelle indépendance. La France est avec vous. La France est à vos côtés. La France est fière de vous.

Et moi, je veux ici vous dire que je viens de vivre la journée la plus importante de ma vie politique. Parce que, à un moment, une décision doit être prise, elle engage la vie d’hommes et de femmes. Cette décision, je l’ai prise au nom de la France. Cette décision, elle honore la France et à travers les clameurs, la ferveur, le soutien que vous m’apportez, c’est à toute la France que vous donnez votre plus grand hommage.

Merci peuple malien. Vive le Mali. Vive la France. Vive l’amitié entre le Mali et la France.

Merci.


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