Type de contenu : Communiqué de presseLe programme

Déplacement à Strasbourg

Le Président de la République, François HOLLANDE se rendra à Strasbourg le mardi 5 février 2013.


PROGRAMME

 

PARLEMENT EUROPEEN

10h00 Entretien avec M. Martin SCHULZ, président du Parlement européen

10h30 Allocution de M. Martin SCHULZ

Discours de M. le président de la République

Echanges entre le président de la République et les parlementaires européens

12h00 Conférence de presse conjointe avec M. Martin SCHULZ

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14h30 Entretien avec M. Moncef MARZOUKI, président de la République tunisienne (Préfecture du Bas Rhin)

15h00 Accueil par Roland RIES, sénateur-maire de Strasbourg et allocution de M. le président de la République devant les élus strasbourgeois (Hôtel de ville de Strasbourg)

 

 

Type de contenu : VidéoLes moments forts en vidéo

Intervention au Parlement européen

Type de contenu : Album photosLes photos

Type de contenu : VidéoLe discours en vidéo

Type de contenu : Déclaration/DiscoursLe texte intégral du discours

Intervention du Président de la République devant le Parlement européen

Monsieur le président du Parlement européen,

Cher Martin SCHULZ,

Monsieur le président de la Commission européenne,

Mesdames, messieurs, les députés,

Je vous remercie de l’honneur que vous me faites en me permettant de m’exprimer ici, à Strasbourg, devant le Parlement européen. La France respecte le rôle et la place de votre Assemblée dans l’ensemble des institutions européennes.

Je m’adresse à vous comme le représentant d’une Nation, qui a lié son destin à celui de l’Europe, et qui porte, encore aujourd’hui, une responsabilité particulière. Je m’adresse à vous comme un homme politique dont la conviction européenne a guidé son engagement. Je m’adresse à vous comme un chef d’Etat qui a placé la réorientation de l’Europe au cœur de son action et qui se consacre depuis 9 mois à cette tâche. Je m’adresse à vous comme le président d’une République dont la promesse, depuis 200 ans, est de faire que la génération suivante vive mieux que la précédente.

L’Europe est une formidable idée, une immense aventure, une construction politique exceptionnelle, elle a réussi à faire l’histoire sans défaire les Nations, elle a produit un modèle envié, sur tous les continents, elle a instauré la paix, les droits de l’Homme, la démocratie, ce que le prix Nobel, à juste raison, est venu consacrer.

Mais, depuis trop longtemps, l’Europe doute d’elle-même, hésite sur ses choix, pratique tantôt la fuite en avant, tantôt l’immobilisme, elle met trop de temps à prendre des décisions majeures, celles qui sont attendues, espérées, et elle met trop peu de temps à réfléchir à ses orientations et à son architecture d’ensemble. L’Europe s’honore d’être un grand marché, mais elle le défend mal, face aux concurrences déloyales. Elle laisse sa monnaie, l’euro, vulnérable, à des évolutions irrationnelles, dans un sens ou dans un autre. Enfin, l’Europe est un continent où la croissance est trop faible, où un chômage de masse révèle la profondeur de la crise, qui n’est pas seulement, comme on l’a dit, une transition passagère, mais une mutation profonde.

S’il est vrai que la crise de la zone euro est désormais largement derrière nous, nous sommes loin d’en avoir tiré toutes les conséquences, et ce qui nous menace aujourd’hui n’est plus la défiance des marchés, c’est celle des peuples, et qui ne voit, à travers une suite de déclarations, que l’intérêt national est en train de prendre le pas sur l’intérêt européen.

Alors, la question que les chefs d’Etat et de gouvernement, comme la Commission européenne, comme le Parlement européen, ont à résoudre est la suivante : ce n’est pas une question d’un moment, c’est la question de notre propre avenir. Comment faire pour retrouver l’adhésion, pour faire resurgir l’envie d’Europe, et d’abord, comment faire pour relever le défi de la stabilité financière et de la croissance économique ?

Je veux saluer, depuis plusieurs mois, les efforts qui ont été engagés, et les avancées qui ont été obtenues, sur ces terrains-là.

L’Europe a été capable de se doter de moyens indispensables pour garantir le sérieux budgétaire, et je veux rendre hommage au Parlement européen qui a contribué largement, à travers le « six pack » et le « two pack », les Etats eux-mêmes ont ratifié le traité budgétaire, et la France - sous mon autorité - en a pris la responsabilité. Parallèlement, le Conseil européen de juin dernier a également décidé d’un pacte de croissance en harmonie avec les orientations du Parlement européen, cette Europe qui était jugée trop lente a été également capable de mettre en place des instruments de stabilité, de solidarité, notamment le mécanisme européen de stabilité. Enfin, la Banque Centrale Européenne a redéfini ses interventions en annonçant clairement ses intentions face aux visées spéculatives, et ainsi le calme est revenu sur les marchés, et les taux d’intérêt sur certaines dettes souveraines ont pu baisser. Nous avons aussi permis à la Grèce de rester dans la zone euro, quand certains avaient déjà, trop vite, annoncé son départ. Enfin, les principes d’une Union bancaire, ont été définis pour prévenir les dérives d’un système financier, et là encore ce sera un enjeu considérable, la supervision bancaire, un mécanisme de résolutions et des épargnants mieux protégés par une garantie de dépôt.

L’Europe a été capable de progrès, mais en même temps elle ne peut en rester là, car à mes yeux il n’y aura pas de répit tant que 25 millions d’Européens seront au chômage. Il n’y aura pas de répit tant que dans certains pays de l’Union un jeune sur deux cherche un emploi. Il n’y aura pas de répit tant que des millions de personnes resteront jetées dans la précarité. Il n’y aura pas de répit tant qu’il n’y aura pas eu la définition d’une transition énergétique capable de nous faire passer d’un monde à un autre.

C’est le défi de la croissance et de l’emploi que nous devons relever. Il passe sûrement, nécessairement, par le désendettement et l’amélioration de la compétitivité, mais je le dis ici devant vous, cette politique aussi nécessaire soit-elle, doit être adaptée aux situations nationales, et appliquée avec discernement dans la durée, sinon nous condamnerions l’Europe à l’austérité sans fin, et je m’y refuse.

La France elle-même a pris des engagements, et elle les tiendra, mais en même temps nous devons collectivement, et constamment, ajuster nos objectifs aux réalités de la conjoncture.

La prochaine étape que nous devons ouvrir, c’est la coordination des politiques économiques nationales, c’est nécessaire pour résorber les déséquilibres. Il y a des pays qui ont des excédents, qui ont une compétitivité élevée, d’autres qui ont des déficits, qui ont des efforts à faire. Les pays qui sont dans la première situation doivent relancer leur demande intérieure pour permettre aux autres de pouvoir connaître, à un moment, le retour de l’activité.

De la même manière, nous devons réfléchir à la place de notre monnaie, l’euro, dans le monde, elle ne peut fluctuer selon les humeurs du marché. Une zone monétaire doit avoir une politique de change, sinon elle se voit imposer une parité qui ne correspond pas à l’état réel de son économie. Il ne s’agit pas, dans ce propos, d’assigner de l’extérieur un objectif à la Banque Centrale Européenne, qui est indépendante, mais d’engager l’indispensable réforme du système monétaire international, car sinon nous demandons à des pays de faire des efforts de compétitivité qui sont annihilés par la valorisation de l’euro.

Le moment est venu de lancer le grand chantier de l’approfondissement de l’Union économique et monétaire, la France y est prête. Elle a deux principes, l’intégration et la solidarité. L’intégration, c’est la définition d’objectifs partagés, c’est l’harmonisation des politiques fiscales, l’intégration ce sont des réformes structurelles pour rendre nos économies plus fortes, mais également des politiques communes en matière d’infrastructures, de recherche. L’intégration, ce sont nos nouveaux instruments financiers, pour lancer des projets innovants, en matière de nouvelles technologies, en matière d’énergies renouvelables, en matière de transition énergétique et écologique. Et puisque nous sommes pour l’intégration, nous sommes pour la solidarité, car l’une ne va pas sans l’autre.

La solidarité, ce n’est pas seulement le transfert entre Nations européennes, la solidarité c’est une ambition sociale, c’est de garantir à chaque jeune européen un emploi ou une formation, à la fin de ses études, en renforçant les échanges entre les Etats membres. La solidarité, c’est la lutte contre le chômage, notamment dans les territoires où il frappe le plus durement, c’est l’enjeu notamment du fonds d’adaptation à la mondialisation. La solidarité, ce sont les transitions professionnelles, c’est d’accompagner les salariés tout au long de leur parcours, de leur permettre de garder leurs droits à la retraite, à l’assurance chômage, à la Sécurité Sociale, quand ils changent de métier, et parfois même de pays. La solidarité, c’est ouvrir le chantier du salaire minimum. La solidarité, ce sont aussi des instruments financiers, à travers de nouvelles ressources, à travers la taxe sur les transactions financières, à travers tout ce qui peut permettre d’imaginer l’avenir ensemble.

Le Parlement européen, de ce point de vue, a ouvert la voie. Vous avez, au-delà des sensibilités politiques, lancé l’idée d’emprunts communs, je n’ose pas dire d’Eurobonds, mais vous avez imaginez ce que pouvait être le terme même de l’intégration, et de la solidarité. Et c’est dans cette perspective que doit se situer la discussion sur le cadre financier européen, et je veux m’en ouvrir directement devant vous. Nous connaissons toutes les difficultés de cette négociation, les uns veulent des coupes, les autres, parfois les mêmes, veulent des garanties sur leurs chèques, ou sur leurs rabais. La plupart des pays sont intéressés par telle ou telle part du budget européen, mais pas sur l’autre, alors ma position elle s’énonce simplement : faire des économies, oui, affaiblir l’économie, non, et dès lors, notre position, celle de la France, se décline en quatre principes.

Premier principe, un niveau de dépenses qui préserve les politiques communes, d’abord la politique de cohésion, qui finance les investissements indispensables, non pas seulement pour les pays bénéficiaires, mais pour l’ensemble de l’Europe, qui y tire avantage en termes de croissance. La politique commune, c’est la politique agricole, qui permet de renforcer une industrie agroalimentaire, précieuse, pour l’Union européenne, mais qui doit aussi respecter l’environnement, et c’est pourquoi les aides directes et le développement rural sont complémentaires. Mais je n’oppose pas les deux politiques, comme il est commode de le faire, politique de la cohésion contre politique agricole. Nous devons garder le socle des politiques européennes, sinon comment construire ?

Mon deuxième principe, c’est que le budget, le cadre financier qui doit être proposé, doit prolonger le pacte de croissance adopté en juin dernier, ce qui suppose d’augmenter les moyens prévus pour l’innovation, les infrastructures, les nouvelles énergies, car où serait la cohérence d’avoir défini au mois de juin un pacte de croissance et de faire ensuite un pacte de déflation à travers le cadre financier européen.

Mon troisième principe, c’est que le budget doit soutenir les Européens les plus fragiles, et les plus exposés à la crise. D’où l’enjeu du programme d’aide aux plus démunis, qui doit être non seulement préservé mais correctement doté, de ce fonds d’ajustement à la mondialisation, nécessaire si l’on veut faire face aux restructurations qui frappent de nombreux pays, de la place du fonds social européen dans les programmes régionaux, et enfin de l’enjeu de l’emploi des jeunes qui doit devenir un véritable programme européen, avec une véritable priorité pour les choix que nous avons à faire.

Enfin, le dernier principe que je défendrai dans la négociation qui s’ouvre, c’est un système de ressources qui soit plus juste et plus lisible. Dans l’immédiat, le montant des chèques et des rabais doit cesser d’augmenter, mais pour l’avenir, de véritables ressources propres seront indispensables, sinon c’est la construction européenne qui se trouvera remise en cause.

Telle est la position de la France, je ne suis pas sûr qu’elle soit éloignée des aspirations du Parlement européen. Un compromis est possible, mais il doit être raisonnable, et il va falloir raisonner ceux qui veulent amputer le budget européen au-delà de ce qu’il est possible d’accepter. Car, je le dis ici, il ne servirait à rien de négocier un accord entre chefs d’Etat et chefs de gouvernement, s’il ne devait pas être suivi par un vote conforme de votre Assemblée. Chacun doit bien comprendre la logique des institutions communautaires, et donc vous, parlementaires, et les chefs d’Etat et de gouvernement, nous devons, avec la Commission, faire preuve de lucidité et de responsabilité.

Voilà le sens de la position de la France dans cette négociation, qui doit permettre à l’Europe d’avoir un cadre d’actions pour 7 ans, et de montrer que nous sommes capables de décider ensemble, chefs d’Etat et de gouvernement, parlementaires européens, c’est notre crédibilité qui se joue, crédibilité non plus financière, mais politique.

Au-delà de ces choix budgétaires, c’est une conception de l’Europe qui est en débat, et je vais vous livrer la mienne. L’Europe ne peut se contenter d’être un marché, un budget, une monnaie, aussi précieux soient ces instruments, elle ne peut pas non plus être une somme de traités, un ensemble de règles, nécessaires, pour vivre ensemble. L’Europe ne peut pas être non plus une addition de Nations, chacune venant chercher dans l’Union ce qui lui serait utile pour elle et pour elle seule. L’Europe, parce que c’est son histoire, parce que c’est son destin, est avant tout une volonté politique, c'est-à-dire un engagement où chacun accepte l’équilibre des droits et des obligations, où les règles sont respectées, où la confiance crée la solidarité, c'est-à-dire un projet dont on ne peut pas discuter sans cesse des acquis et remettre tout en cause à chaque étape.

En revanche, je considère légitime de travailler à une nouvelle architecture de l’Union. Je plaide pour une Europe différenciée, selon l’expression de Jacques DELORS, ça ne serait pas une Europe à deux vitesses, qui deviendrait d’ailleurs vite une Europe inégale, ou une Europe divisée, ce n’est pas davantage une Europe à la carte. Non, l’Europe différenciée c’est une Europe où des Etats, pas toujours les mêmes, décident d’aller de l’avant, d’engager de nouveaux projets, de dégager des financements, d’harmoniser leurs politiques, au-delà du socle substantiel, qui doit demeurer, des compétences communes.

Mais je n’invente rien en vous disant cela. C’est cette démarche qui a permis de dépasser les frontières avec Schengen, de créer une monnaie unique avec l’euro, d’instituer la taxe sur les transactions financières. Cette démarche, c’est la voie des coopérations renforcées, ouverte à tous, à tous ceux qui veulent les rejoindre, et un jour, pouvant nous rassembler tous autour de ces principes. Dans cette Europe, le Parlement européen aura un rôle majeur à jouer, parce que, par son contrôle, il assurera la cohérence d’ensemble.

Je veux également rendre l’Europe plus lisible, j’ai plaidé pour une intégration budgétaire, fiscale, sociale, elle est là. Elle appelle une union politique plus forte, sinon elle est hémiplégique, ce qui veut dire un gouvernement de la zone euro, de nouveaux instruments financiers, pour agir, et un budget, sous certaines conditions, de la zone euro, s’articulant au budget de l’Union européenne. Tout cela sous le contrôle du Parlement européen et des Parlements nationaux.

Je souhaite que les élections européennes de l’année prochaine, soient l’occasion d’un grand débat sur l’avenir de l’Europe, qui permettra de déterminer les politiques que nous aurons à conduire - sans doute - et surtout l’architecture que nous aurons à proposer. Sans oublier les candidats aux postes essentiels de notre Union pour qu’il y ait une grande délibération collective en Europe et que l’on sorte, ensuite, avec une légitimité renforcée. Car l’Europe doit avoir les institutions qui lui permettront de peser sur le destin du monde.

L’Europe c'est un continent de paix et de démocratie, qui ne cherche rien pour lui-même, mais qui apporte au reste du monde son héritage, ses valeurs, ses principes. Et donc l’Europe doit prendre sa part du combat pour la démocratie, pour la dignité humaine.

C’est la raison pour laquelle j’ai décidé au nom de la France d’intervenir au Mali. J’ai pris cette décision dans le cadre du droit international. Il n’y avait pas de temps à perdre ou plus exactement si nous avions laissé le temps, c’était celui du terrorisme qui aurait à ce moment-là conquis l’ensemble du Mali. Je l’ai fait, ce choix, au nom de la France, parce que c’était notre responsabilité. Nous étions présents dans cette région du monde. Nous pouvions apporter immédiatement l’aide que le Président malien attendait de nous. Et cette décision, je l’ai prise aussi au nom de l’Europe, au nom de la Communauté internationale.

Je veux ici remercier le Parlement européen pour le soutien et pour la compréhension dont il a fait preuve dans ce moment si particulier où un pays européen s’engage pour un pays africain. Un pays qui ne s’engage pas pour ressusciter les séquelles du passé, mais au contraire pour apporter la dignité à un peuple qui lui-même avait permis à mon pays d’être libéré de la servitude durant la seconde guerre mondiale.

J’assure ici, le Mali retrouvera son intégrité territoriale, le moment est proche. Viendra le temps politique, celui du dialogue, de la réconciliation, de la stabilité dans ce pays et dans cette région de l’Afrique de l’ouest, le temps du développement et ce temps-là doit être celui des organisations africaines, elles y sont prêtes, elles sont déjà présentes sur place. Ce doit être aussi le temps de l’Europe, parce que nous avons à agir non seulement pour la paix, mais nous avons à agir pour la sécurité dans cette partie-là de l’Afrique.

Former et équiper l’armée malienne, et les forces de la MISMA, permettant d’assurer la sécurité sur le territoire, d’éviter des exactions et les règlements de compte, permettre la transition politique, le rétablissement de la démocratie, le processus électoral.

L’Europe, elle est attendue pour ces raisons et l’Europe, elle est attendue également pour participer au développement du Sahel, en tirant les leçons des politiques qui ont été menées jusqu’à présent et qui n’ont pas empêché l’effondrement des économies de ces pays, et surtout le développement des trafics. Je l’affirme ici, la lutte contre le trafic de drogue est un élément essentiel si nous voulons lutter contre le terrorisme parce que le terrorisme se nourrit du trafic narcotique partout dans le monde et notamment en Afrique de l’ouest.

Nous devons aussi dans cette redistribution des cartes de la puissance à l’échelle du monde. Ne laissez aucun doute sur la détermination de l’Europe à porter ces valeurs. Mais nous devons en tirer là encore les conséquences, avoir la lucidité indispensable pour élaborer une stratégie pour conduire une véritable politique extérieure commune, pour avoir une défense européenne. La France y est prête. Il est temps là encore d’en finir avec la dispersion des initiatives de rassembler nos forces et nos moyens, de rapprocher nos industries, d’harmoniser aussi nos positions dans les instances internationales où l’Europe doit parler d’une voix, d’agir pour résoudre les conflits qui heurtent les consciences humaines.

Je pense à la Syrie. Pour éviter la prolifération nucléaire, je pense à l’Iran. Pour peser sur les négociations entre Israéliens et Palestiniens, parce que ce moment-là aussi est venu et que l’Europe ne doit pas attendre les Etats-Unis, mais être déjà là pour hâter la reprise de ces discussions.

L’Europe, elle doit également prendre sa part dans l’enjeu climatique, et la France est prête à organiser la « Conférence climat » en 2015, mais nous ne réussirons pas seul. L’Europe, là encore, doit être exemplaire en matière d’énergies renouvelables, et d’efficacité énergétique.

Je crois à l’Europe, parce que je pense qu’elle est utile, non seulement aux Européens, mais au monde tout entier, et la meilleure manière pour l’Europe de protéger ses intérêts c’est de défendre son modèle, ses valeurs, à l’échelle du monde. Nous devons revenir au sens-même du projet européen, qui est un projet politique fondé sur des valeurs et sur la circulation des personnes, des connaissances, des idées, des œuvres, de la culture et de la création. C’est en rappelant inlassablement cette ambition que nous serons à la hauteur de notre histoire et surtout de l’espérance des nouvelles générations.

C’est l’Europe de la connaissance, c’est l’Europe des universités, de la recherche, de la culture, qui est attendue. Nous, Européens, nous portons une culture qui va bien au-delà de nous-mêmes. Nous ne devons pas la considérer comme un patrimoine à protéger, mais comme un mouvement à promouvoir. C’est le principe de l’exception culturelle, c’est l’idée que les œuvres de l’esprit ne sont pas des marchandises comme les autres, c’est la conviction que l’identité culturelle de nos nations est essentielle, et que le pluralisme, la liberté, doivent être défendus à l’échelle du monde.

Une fois encore, à cette tribune, j’appelle, après d’autres, la construction européenne de se donner une dimension culturelle. Ce qui exige de garantir la propriété intellectuelle et les droits d’auteur, de définir ensemble les règles économiques et fiscales pour que les artistes soient rémunérés davantage que ceux qui font circuler leurs œuvres, c'est-à-dire les fournisseurs d’accès, de faire que nous ayons une Europe du numérique, où les technologies soient au service d’un projet de civilisation.

Mesdames, Messieurs les députés, François MITTERRAND devant le Parlement européen il y a 18 ans, 18 ans, demandait à ceux qui l’écoutaient de tout faire pour que les Européens aiment l’Europe, 18 ans après, convenons-en, nous sommes loin du compte, et le risque n’est plus l’indifférence, mais le détachement, pour ne pas dire la rupture.

Telle est notre responsabilité, regardons-la en face, celle des chefs d’Etat et de gouvernement, celle de la Commission européenne, celle du Parlement européen.

Je vous le dis tout net, le sursaut, il sera collectif, ou il ne sera pas, mais le temps presse.

Nous pouvons sortir de cette période difficile en ouvrant un nouveau chemin. L’Europe a été capable de surmonter des épreuves bien plus graves que celles d’une crise, mais il nous faut définir une nouvelle ambition. Et cette nouvelle ambition ne pourra pas réduire la précédente. C’est une illusion de penser qu’il faudrait abandonner ce que nous avions engagé depuis des années pour construire une nouvelle espérance. Au contraire, il faut partir de tout ce que nous avons fait pour faire ce qui reste encore à accomplir. Et je sais aussi que toute avancée européenne doit correspondre à une nouvelle étape de la démocratie.

Mesdames et messieurs les députés, pour faire cette nouvelle étape, pour accomplir le projet européen, pour faire avancer la démocratie, c’est vous qui allez décider.

Merci

Type de contenu : VidéoLa conclusion du débat en vidéo

Conférence de presse avec M. Martin SCHULZ, président du Parlement européen

Type de contenu : VidéoLa conférence de presse conjointe en vidéo

Type de contenu : Conférence de presseLe texte intégral de la conférence de presse

Conférence de presse conjointe avec M. Martin SCHULZ, Président du Parlement européen

LE PRESIDENT DU PARLEMENT : « Monsieur le président de la République française, c’est un grand honneur pour le Parlement européen de vous accueillir aujourd’hui dans l’institution qui se trouve en France. Merci Monsieur le Président pour votre discours.

Vous avez certainement tous – Mesdames et Messieurs ici dans la salle – suivi le débat. Je ne crois pas nécessaire de reprendre tous les éléments de ce débat. Mais trois points me semblent essentiels. La Chambre – avec peut-être une seule exception – a soutenu largement l’engagement et l’intervention de la France au Mali. En tant que Président du Parlement européen, je souligne de nouveau que le Parlement – et je suis très reconnaissant, Monsieur le Président que vous l’ayez soulevé – est parmi les premières institutions qui ont soutenu les décisions et qui se sont engagées à faire le maximum dans le cadre de nos responsabilités, de soutenir la France dans ce cadre qui est un engagement de la France mais pour l’Europe entièrement.

Deux, le débat autour des perspectives financière était aussi, de nouveau, un signal fort – pas seulement à vous Monsieur le Président mais aux 27 chefs d’Etat et de gouvernement – que le Parlement européen préfère un compromis mais pas coûte que coûte. Nous avons, pendant le débat, de nouveau soulevé les points essentiels. Le Parlement européen souligne que le budget européen qui est à 94% un budget d’investissements et de dépenses qui mène directement à des activités économiques. Si vous le permettez, j’ajoute l’analyse de nos propres services qui nous disent que chaque euro qui vient du budget européen attire autour de 3 euros d’activité privée.

Cela veut dire que le budget européen est vraiment un instrument de la relance économique. Le Parlement européen insiste donc pour que l’on ne réduise pas le budget européen comme il était prévu dans les dernières propositions passées comme information dans nos couloirs. Le Parlement a l’impression que l’on se rapproche – surtout avec les chiffres des dépenses des chiffres de paiement – vers l’année 2005. Mais avec une durée jusqu’à 2020 ! Cela veut dire qu’en 2020, on aura un budget sur la base de 2005. Je crois que ce n’est manifestement pas possible. Nous sommes – à cause de ce système de clivage entre l’engagement et le paiement dans notre système budgétaire européen – déjà dans l’année 2013 dans une situation déficitaire autour de 16 milliards d’euros sur un budget de 132 milliards.

La large majorité des députés n’est donc pas prête d’accepter d’entrer dans un système de budget déficitaire en permanence. Ce qui se passe dans les Etats membres avec tous les moyens d’équilibrer les budgets et, sur le niveau européen, d’entrer dans un système déficitaire, c’est pour moi personnellement, Monsieur le Président, comme pour les députés européens inacceptable. Merci beaucoup, donc, pour votre engagement de trouver un compromis.

J’ajoute moi-même que je suis prêt aussi, avec mes collègues Présidents de groupe, à trouver un compromis. Ce n’est pas que le Parlement veut de toute façon un « Non ». Nous sommes prêts à faire un compromis si le compromis inclut un budget qui répond aux besoins du 21ème siècle, un budget qui est plus flexible que les budgets précédents, un budget qui ne commence pas à changer tout de suite mais pas après non plus le système de ressources propres.

Ce sont les lignes rouges du Parlement. Je crois que c’était clair aujourd’hui dans le débat. Je suis très heureux que vous, Monsieur le Président, n’ayez pas promis un compromis mais que vous vous soyez engagé devant le Parlement d’essayer de trouver un compromis. Un compromis pas au détriment de l’Europe mais un compromis qui renforce l’Europe.

Troisième remarque : encore une fois, merci beaucoup pour votre présence ici. Je crois que vous avez aussi, avec votre présence et l’exception que nous avons eue aujourd’hui, honoré énormément l’institution que je préside. Normalement, les présidents de la République, les chefs d’Etat, qui passent au pupitre chez nous, s’adresse au Parlement dans une séance solennelle. C’était votre droit.

Que vous ayez utilisé votre droit de dire aussi « je suis aussi un Président normal qui mène aussi un gouvernement et je suis prêt à discuter avec ceux qui représentent la démocratie européenne » est un encouragement dans un moment où d’autres chefs de gouvernement renoncent à venir ici ou ne nous considèrent pas comme une institution qui représente la démocratie européenne. Votre visite et le déroulement des débats est donc un encouragement pour nous, les députés européens. J’exprime donc à titre très personnel, Monsieur le Président, mais aussi au nom de mon institution, mes remerciements ».

LE PRESIDENT : « Je vais aller à l’essentiel pour pouvoir répondre à vos questions. D’abord, en remerciant le Président du Parlement européen, Martin SCHULZ, pour son invitation et pour la qualité du début qui a pu se dérouler ce matin.

J’ai pu constater, et c’est un élément très important pour la politique que je conduis au nom de la France, le soutien du Parlement européen à l’intervention au Mali. C’est une source supplémentaire de légitimité.

Deuxièmement, j’ai pu relever combien, au-delà des sensibilités politiques, au-delà des différences nationales, il y avait une aspiration forte du Parlement européen à disposer pour les sept prochaines années d’un budget qui permette, à la fois, la croissance et la solidarité.

Mon devoir n’est pas d’être porte-parole du Parlement européen – je suis chef d’Etat – ; c’est, fort de ce que j’ai entendu dans cette enceinte, pouvoir chercher le compromis qui permettra à l’Europe d’avancer. Ce compromis doit à l’évidence tenir compte de la situation budgétaire de chacun des pays, mais il doit aussi tenir compte de l’utilité des dépenses européennes pour soutenir l’activité économique. Je ne peux pas avoir plaidé pour le pacte de croissance au mois de juin et accepter un budget européen qui n’a pas cette priorité.

Ensuite, sur la solidarité, c’est toute la question des ressources et des recettes de l’Union européenne. Je comprends bien qu’il n’est pas encore possible de mettre à bas l’ensemble de ces mécanismes. Mais, à tout le moins, conviendra-t-il d’en plafonner les contributions d’un certain nombre de pays à leur financement, et notamment la France, et d’imaginer à l’avenir un système de ressources propres qui permette de doter l’Union sans qu’il soit besoin de l’ensemble de ces dispositifs.

Enfin, même s’il n’a pas été l’élément le plus discuté ce matin, je plaide pour une architecture différente de l’Europe d’aujourd’hui. Je suis pour l’intégration, je suis pour la solidarité, je suis donc pour l’Union politique. Mais une Union politique qui ne peut pas prendre les formes que nous connaissons aujourd’hui. Non pas que le Parlement européen devienne un Parlement qui serait fractionné – je m’y refuse – mais je pense que nous devons avoir une Europe différenciée, c’est-à-dire une Europe qui puisse laisser un certain nombre d’Etats, pas forcément les mêmes, engager des coopérations renforcées.

Il y en a une qui existe, c’est la zone euro. Elle doit avoir sa place et le Parlement européen doit rester l’organe de contrôle de la zone euro. Faudra-t-il demain un budget de la zone euro ? Cela ne peut s’imaginer que adossé au budget européen et avec des modalités de contrôle démocratique adaptées. Mais, entre les propositions de ceux qui veulent défaire le socle et les propositions de ceux qui veulent – sur le socle – monter l’édifice, il y a le débat que vous connaissez.

Je suis prêt à répondre à vos questions ».

QUESTION : « Monsieur le Président, vous avez insisté à plusieurs reprises sur le fait qu’il fallait faire des économies, certes, mais sans affaiblir l’économie. Alors qui visez-vous ? Est-ce l’Allemagne, les Pays-Bas, ceux qui pourraient vous demander encore plus de d’efforts si par malheur la croissance est trop faible pour atteindre les 3% de déficit à la fin de l’année ? Qui visez-vous ? Y a-t-il vraiment une pression, en ce moment, sur la France pour que nous fassions plus d’économie encore ? »

LE PRESIDENT : « Il ne s’agit pas d’économies dans chacun de nos budgets. Il s’agit d’économies qui seraient demandées à l’Union européenne en plus de ce qui a été proposé par le Président du Conseil européen. Si l’Europe venait à faire des coupes supplémentaires, ce ne serait que des éléments défavorables de plus pour la croissance.

Autant il est légitime de demander à des pays qui connaissent des déficits importants de faire des efforts de redressement de leurs comptes publics – la France y souscrit –, autant à l’inverse nous devons demander à l’Europe de maintenir un niveau de dépenses qui permette d’entretenir l’activité économique, parce que – comme il a été démontré ce matin par un certain nombre d’intervenants – toute dépense européenne est à 90% une dépense d’investissements, avec un effet multiplicateur – je n’ose employer ce terme car il renvoie à des doctrines économiques qui paraissent aujourd’hui dépassées – qui est démontré.

Ce serait donc fâcheux même pour les politiques de redressement des comptes publics de chacun de nos pays, car comment atteindre nos objectifs de désendettement si nous avons une activité économique réduite ? Ma formule vaut donc pour l’ensemble des pays membres de l’Union européenne : « faire des économies, oui ; affaiblir l’économie, non ». »

QUESTION : « Comment voulez-vous remanier la politique du taux de change de la zone euro ? Souhaitez-vous voir un cours de l’euro plus bas vis-à-vis du dollar afin de stimuler la croissance? »

LE PRESIDENT : « Un taux de change ne se décrète pas et encore moins pour celui de la zone euro. Mais nous sommes dans un système monétaire international qui n’est pas régulé et avec des compétitions qui se font aussi par le biais des parités et des monnaies. Dès lors, la zone euro doit, par ses chefs d’Etat et de Gouvernement, se donner un objectif de change à moyen terme.

Il ne s’agit pas de faire intervenir la Banque centrale européenne sur les marchés ; ce n’est pas de notre ressort puisqu’elle est indépendante. Mais nous devons nous déterminer, à moyen terme, sur un niveau de change qui nous paraît le plus réaliste et le plus compatible avec l’état de notre économie réelle.

Sinon – je l’évoquais – nous demandons à des pays, en particulier la France, d’améliorer la compétitivité interne et la compétitivité externe, et elle se détériore par l’appréciation du change ! Ce qui veut dire que certains pays comme les Etats-Unis ou comme la Chine utilisent aussi leur taux de change à des fins de soutien à leur propre croissance. Nous devons donc agir au niveau international pour que nous puissions faire valoir nos propres intérêts ».

QUESTION : « Vous avez défendu Strasbourg en tant que ville historique, mais les parlementaires évoquent le coût lié au fait de venir ici ainsi que l’inutilité de faire des navettes chaque mois. Que leur répondez-vous ?

LE PRESIDENT : « Ils sont parlementaires européens. Ils ont donc une conception de l’Europe. Ils n’ont pas forcément à n’évoquer que des problèmes de transports qui doivent être améliorés, ou de fonctionnement, sinon ce serait l’ensemble des sièges qu’il faudrait regarder !

Je l’évoquais ce matin devant le Parlement européen, parce que je pense qu’au-delà du Traité – qui est la base juridique et qui justifie le siège – c’est le meilleur argument : Strasbourg a une valeur symbolique tout à fait essentielle pour l’Europe. Sinon il faudrait concentrer le siège de l’Europe dans une seule ville et rapatrier tout ce qui existe dans la plupart des pays européens qui le souhaitent ! Je n’entends pas les parlementaires évoquer cette question ».

QUESTION : « Monsieur le Président, comment envisagez-vous un compromis avec Madame MERKEL sur les sujets qui fâchent ? »

LE PRESIDENT : « Je ne crois pas que ce soit avec Madame MERKEL que ce soit le plus difficile ! Néanmoins, nous avons déjà à chercher la meilleure position commune que nous pourrions éventuellement présenter au Conseil européen. Il se trouve que demain Madame MERKEL se trouvera à Paris pour la célébration d’un match pourtant douloureux à nos mémoires – pour la mémoire française ! – : le match France-Allemagne de 1982 à Séville, mais là je parle pour ceux qui ont largement plus de 40 ans !

Je crois que nous pourrons chercher ensemble – avec nos responsabilités, puisque la France et l’Allemagne ont un rôle dans l’Union européenne que nul ne conteste – pour que, sur la base qui pourrait être commune, nous puissions en convaincre d’autres. Voilà ce que nous chercherons à faire. En tout cas, c’est ma responsabilité.

Je vous l’ai dit et je l’ai affirmé ce matin devant le Parlement européen, je pourrais dire « voilà, j’ai entendu le Parlement européen, aucun n’accord n’est possible ! ». Non je ne le crois pas. Je pense que si les chefs d’Etat et de gouvernement se mettent à la hauteur de leur propre responsabilité et trouvent un équilibre, nous pourrons ensuite le défendre devant le Parlement européen ».

QUESTION : « Pourquoi ne pas simplement poser la question du maintien de la Grande-Bretagne dans l’Union européenne ? Vous avez été interrogé sur le pacte de croissance et finalement sur l’incapacité de l’Union européenne à redonner de l’espoir aux salariés de l’industrie, notamment de l’industrie automobile en France. Que leur répondez-vous ? Que l’Etat ne peut pas tout et que l’Europe est également impuissante ? »

LE PRESIDENT : « Ne faites pas les réponses à ma place ! Monsieur Cameron a présenté une conception de l’Europe et il a même annoncé qu’il y aurait, à terme, une consultation du peuple britannique. C’est sa souveraineté et sa liberté. Ma conception de l’Europe n’est pas de remettre en cause les acquis, mais de construire à partir du socle pour élever le niveau de la construction européenne.

Sur le pacte de croissance : une part est déjà activée, celle de la recapitalisation de la banque européenne d’investissement qui aura, là aussi, un effet multiplicateur. Il y a aussi les « projects bonds » – « obligations de projet » en français – qui, là encore, ont été introduits et correspondent à une vraie avancée. Il y a enfin les fonds structurels à hauteur de plus de 50 milliards d’euros qui n’avaient pas été dépensés lors de la séquence antérieure et qui doivent donc être récupérés pour être réinjectés.

Mais j’avais demandé avec Martin SCHULZ que nous puissions, au moment de la définition du pacte de croissance, réunir l’ensemble des institutions de l’Union européenne pour mieux nous assurer de sa bonne application – ce que l’on appelle une conférence interinstitutionnelle.

Il est dommage que l’idée n’ait pas pu être retenue, parce que le Parlement européen a sa propre responsabilité et notamment pour aller chercher les crédits qui n’ont pas été consommés et les réinvestir dans de nouvelles politiques.

Je suis aussi très sensible à ce que propose le Parlement européen sur ce que l’on appelle la flexibilité qui n’a rien avoir avec la flexibilité du travail. Là en l’occurrence, c’est la flexibilité dans les possibilités de redéploiement entre grandes catégories de dépenses et aussi entre les années d’exécution. Parce que c’est la même idée : faire en sorte que nous dépensions plus vite et mieux ce que nous décidons ensemble ».

LE PRESIDENT DU PARLEMENT EUROPEEN : « En ce qui concerne la flexibilité entre les catégories et les années – qui est un point clé pour le Parlement européen – prenons pour exemple le Mali. Si on voulait soutenir maintenant la France avec des mesures civiles, économiques, de développement, d’éducation, de système médical sur place ainsi que des investissements qui sont dans notre propre intérêt, il faudrait faire avec une longue procédure et un projet de budget rectificatif ; à la place d’avoir la possibilité de dire « on ne dépense pas là car on en n’a pas besoin pour cette année, on peut être flexible pour le déployer ailleurs ».

C’est possible dans chaque budget national, mais pas ici ! C’est la raison pour laquelle nous insisterons dans les mois qui viennent sur ce point clé, car la flexibilité peut soulager tout le monde et aussi résoudre les problèmes qui demeurent dans le débat, avec comme risque majeur le clivage entre les engagements d’un côté et le plafonnement des paiements de l’autre côté.

Dans son discours, David CAMERON a dit un mot qui est très significatif pour moi au sujet de « la direction » : il a dit « je veux plus de libre marché, mais moins de règles de Bruxelles ». Je trouve que c’est le concept qui a amené l’Europe dans la crise dans laquelle nous sommes ».

QUESTION : « Sur le Mali Monsieur le Président, vous avez souligné que nous allions bientôt rentrer dans la phase critique et notamment dans celle du processus politique. Si j’ai bien compris, vous avez exhorté tout à l’heure vos partenaires européens à prendre leurs responsabilités. Qu’allez-vous demander à vos homologues jeudi en matière de processus politique ? Si vous le permettez, si on revient sur la première phase diplomatique et militaire, on s’aperçoit que l’Europe a été un peu évanescente. Monsieur JUPPE qui ne parle plus la langue de bois a même affirmé que l’Europe avait été « nulle ». Quels enseignements tirez-vous en matière de politique de sécurité et de défense de la première phase – militaire et diplomatique – de l’intervention au Mali ? »

LE PRESIDENT : « D’abord, qu’est-ce que je vais demander aux chefs d’Etat et de gouvernement au Conseil européen, si le temps nous en est donné ? Mais je pense que nous le trouverons, compte-tenu de l’importance de cette question.

C’est d’abord de former l’armée malienne et les troupes africaines réunies dans ce que l’on appelle la MISMA. C’était d’ailleurs un engagement que l’Europe avait pris il y a plusieurs semaines et qui aurait dû se traduire, si les choses n’avaient pas dégénérer du fait des terroristes, lorsque le processus serait venu à son terme, c’est-à-dire à l’été. Ce que je vais donc demander à l’Europe, c’est de faire ce qu’elle avait déjà annoncé être prête à engager mais un peu plus tard. De le faire tout de suite.

Deuxièmement – et l’Europe est là aussi exemplaire en matière d’aides et de contributions, non seulement au niveau bilatéral mais au niveau européen – de rassembler le plus de financements possibles. Non seulement pour couvrir les dépenses de la MISMA même si à terme ce sera une opération de maintien de la paix donc couverte par les Nations Unies, mais surtout pour aider le Mali à se reconstruire. Car la phase de dialogue politique et donc d’élection n’a de sens que si l’on permet la sécurisation du territoire malien, mais également, comme l’on dit, l’inclusion de tous dans ce processus. Or, c’est plus facile s’il y a une politique de développement ou s’il n’y en a pas.

Sur la leçon que je tire de l’intervention de la France au Mali – de l’intervention de la seule France au Mali – c’est que l’Europe de la défense n’a pas encore pris la dimension qui était attendue et qu’il n’y a pas, par exemple, de force de projection au plan européen. Dès lors, on l’avait vu dans d’autres situations, ce sont des pays qui se coalisent pour intervenir. Exemple : la Lybie. Ou dans une formule encore plus large, il y a quelques années, l’Afghanistan.

Ce qui a conduit la France à intervenir dans les conditions que l’on sait, c’est qu’elle était le seul pays qui pouvait avoir la capacité militaire de le faire et qu’il y avait la proximité par sa situation géographique, c’est-à-dire les bases que nous avons en Afrique. J’ai donc assumé cette décision sans avoir le moindre reproche à adresser aux Européens. J’ai considéré que je ne pouvais pas attendre parce qu’aucun pays européen, dans la situation que l’on sait, ne pouvait se substituer à nous, voire venir avec nous, dans un délai aussi court.

Je n’ai pas de critique à adresser à l’Europe, j’ai simplement un avertissement à lui lancer, c'est-à-dire que pour l’avenir nous devrions avoir les dispositions qui nous permettent d’avoir la projection nécessaire.

QUESTION : « J’ai une question pour le Président HOLLANDE et pour le Président SCHULZ. Madame LAGARDE l’avait déjà dit, maintenant il y a des rapports du Fonds monétaire international qui disent que les mesures qui ont été imposées au Portugal ont provoqué une énorme récession et un chômage qui n’était pas attendu. J’aimerais vous demander ce qu’on fait et si on dit mea culpa et on continue ou si on dit mea culpa et on renégocie ? »

LE PRESIDENT DU PARLEMENT : « Vous avez certainement lu ce que j’ai dit au Portugal. Il faut que le Fond monétaire international décide finalement sur sa propre proposition. On ne peut pas dire un jour que unilatéralement réduire les dépenses mène au retour de la confiance des investisseurs et un autre jour on fait une conférence de presse pour la deuxième fois en disant « nos mesures sont un peu contre productives ». Je trouve qu’une institution comme le FMI doit être cohérente. J’étais très surpris par Madame LAGARDE qui a cette vision générale mondiale sur tout ce qui se passe. De temps en temps, il faut qu’on entre dans le détail, et dans le détail on voit que la position – par ailleurs largement adoptée au Parlement, je ne suis pas depuis combien d’années – était une combinaison entre discipline budgétaire, d’un côté, et investissements durables surtout avec l’objectif que la croissance qui suit ces investissements est une contribution dans le cadre de la lutte nécessaire et immédiate contre le chômage des jeunes. Parce que c’est au détriment de la cohésion sociale comme jamais en Europe.

Si maintenant le FMI trouve qu’il faut changer la stratégie, je ne crois pas qu’il soit faisable de renégocier le mémorandum, par exemple en Grèce, mais de réfléchir comment on peut aider les grecs à court terme : soit dans le cadre budgétaire, soit dans le cadre des investissements directs. Je plaide toujours pour un système de crédits pour les petites et moyennes entreprises qui sont celles capables dans l’immédiat d’embaucher des gens. Ce sont les mesures sur lesquelles il faut réfléchir ».

LE PRESIDENT : « Sur la position du FMI, il y a une question à poser, celle de savoir ce que va faire maintenant cette institution par rapport à des pays qui effectivement ont fait des efforts considérables et qui aujourd’hui ont pu revenir sur le marché, mais à un prix social élevé.

Mais cela nous renvoie à la question budgétaire européenne. Car pour des pays comme la Grèce, le Portugal et d’autres encore comme l’Espagne, l’idée était qu’il leur était demandé beaucoup – peut-être trop, mais beaucoup – sur le plan budgétaire national et la compétitivité industrielle, mais que l’Europe viendrait en leur soutien au niveau des fonds structurels et des politiques de cohésion.

Plus nous élèverons le niveau des politiques de croissance et de cohésion, plus les pays en question auront de possibilités de connaître une reprise de l’activité économique. Tout l’enjeu pour 2013 est de savoir quand la reprise va s’effectuer et est-ce que nous l’accélérons ou est-ce que nous la ralentissons ? »

QUESTION : « J’ai cru entendre dans votre discours que vous appeliez l’Europe à une renégociation du calendrier des engagements en matière de réduction des déficits budgétaires. Ai-je bien compris ? Une deuxième question d’ordre national et je vous prie de m’en excuser, mais je n’ai pas bien compris votre position personnelle sur la PMA. Faut-il retenir le fait qu’elle n’est pas dans les engagements du candidat socialiste, ou faut-il retenir que vous plaidez en sa faveur - dans cette interview au magazine Têtu - ? Merci beaucoup ».

LE PRESIDENT : «  Je ne voudrais pas que le débat sur la PMA vienne confondre ce que j’ai dit sur l’Europe, ou vienne faire que cela soit le seul propos qui serait retenu de mon intervention. Je vous fais donc simplement observer qu’au Conseil des ministres que j’ai présidé, le projet de loi – qui a été ensuite présenté au Parlement – comprenait le mariage et l’adoption.

Ensuite, sur la question que vous posez de savoir ce que nous pourrions faire en terme de poursuite de nos objectifs s’il y avait un ralentissement conjoncturel : c’est bien la question que nous avons à l’esprit. Je l’ai dit nous devrions en parler collectivement et le moment venu. Ce moment n’est pas venu, mais nous aurons à le faire éventuellement, le cas échéant, collectivement ».

 

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Entretien avec M. Moncef MARZOUKI, président de la République tunisienne

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