Avril 2014

Vœux du Président de la République au Gouvernement

Monsieur le Premier ministre,

Mesdames et Messieurs les ministres,

A mon tour, je m’adresse à vous, ainsi qu’à votre gouvernement, pour vous présenter mes vœux les plus chaleureux pour l’année qui commence.

Nous respectons là un usage. Une sorte de civilité républicaine. Nous partageons aussi un moment de cordialité. J’y attache du prix.

L’exemple vient toujours d’en haut. Cela vaut pour le train de vie de l’Etat. C’est également vrai pour les rapports humains. Un gouvernement, ce n’est pas une addition d’individualités, c’est un ensemble qui a son identité, son image, sa personnalité. Et aussi son chef.

C’est ainsi que vous devez agir. En équipe. Cette exigence est d’autant plus grande que la France affronte une situation particulièrement difficile : une croissance faible provoquée par la récession en Europe, un chômage élevé en progression continue depuis 2 ans, une fragilité industrielle, une cohésion nationale entamée par des années de crise.

Depuis sept mois, votre gouvernement a engagé une politique de redressement. Celle de nos comptes, comme de notre économie.

Nous avons sollicité un effort pour désendetter le pays. Faisant appel à des économies budgétaires et à des prélèvements supplémentaires. C’était indispensable au risque d’être sanctionné par des taux d’intérêt prohibitifs. Cet effort est accompagné par des mesures de justice pour ne pas entamer le pouvoir d’achat d’une grande majorité de nos concitoyens. Mais nous n’en n’avons pas terminé avec le rétablissement de nos comptes. Raison de plus pour être sélectif et économe dans les dépenses.

Le gouvernement a parallèlement décidé d’un Pacte de compétitivité. Il donne aux entreprises des marges pour embaucher, investir, exporter. C’était nécessaire au risque du déclassement. Il prendra du temps pour faire connaître ses effets. Raison de plus pour hâter sa mise en œuvre.

2013, c’est l’année où nous devons réussir le redressement pour permettre aux Français d’en récolter les fruits.

Les vœux que j’exprime pour le travail de votre gouvernement sont donc autant d’objectifs que je fixe pour notre pays.

- Le premier, c’est l’inversion de la courbe du chômage d’ici la fin de l’année. C’est une bataille que nous engageons pour la gagner. Non pas pour nous-même, mais pour les demandeurs d’emploi, notamment les plus jeunes, qui s’angoissent pour leur avenir. Je vous demande d’utiliser tous les outils introduits par le gouvernement et votés par le Parlement : je pense aux emplois d’avenir, contrats de génération, à l’alternance, aux mécanismes d’insertion… Mais aussi à l’ensemble des dispositions contenues dans le pacte de compétitivité.

Je demande à tous les membres du gouvernement de regarder, ministère par ministère, décision par décision, territoire par territoire, ce qu’il est possible, à votre niveau, d’engager contre le chômage. Je procèderai moi-même à une évaluation de notre politique d’emploi tous les trimestres.

- Le second objectif, c’est la préparation de l’avenir. Le Premier ministre prépare une stratégie d’investissements, publics comme privés pour dessiner la France de la prochaine décennie. C’est sur l’investissement, sa qualité, son ampleur, son intensité que se fera la différence dans un monde qui change rapidement. Ce programme concernera les domaines essentiels que sont l’industrie, l’énergie, le logement, la santé, l’enseignement supérieur, la Recherche et les nouvelles technologies. Nous pouvons y parvenir, car notre pays dispose d’un atout majeur, à savoir une épargne abondante. Elle doit être orientée et affectée à ce que sera la croissance de demain. Ce sera le sens de l’action de la BPI et de la Caisse des dépôts mais aussi de tous les fonds que nous pourrons lever dans cette perspective.

- Enfin le dernier vœu que j’adresse au gouvernement c’est de mettre la jeunesse au cœur de nos priorités. C’est l’enjeu du projet de loi sur la refondation de l’école et des moyens que nous accordons à l’Education nationale. Mais je vous demande d’intégrer la dimension jeunes dans toutes les politiques publiques, l’emploi, la ville, la culture, la vie associative, la solidarité. Trop de jeunes vivent dans la précarité, voire dans la pauvreté. D’autres sortent du système scolaire prématurément. Le gouvernement devra tout faire pour qu’aucun ne puisse être sans solution entre 16 et 18 ans.

***

Nous n’avons pas choisi les circonstances que nous vivons. Elles sont exceptionnelles. Nous y faisons face. Elles requièrent des méthodes nouvelles pour l’action publique : la rapidité, l’anticipation, l’imagination. Ne perdez aucun temps dans vos choix et dans leur mise en œuvre. Gardez toujours la cohérence de la politique que nous conduisons. Mobilisez vos administrations et vos fonctionnaires. Ils sont de puissants leviers au service de l’Etat.

Il y a aussi le travail législatif. Il exige des textes – point trop nombreux – et préparés en amont avec le Parlement. Lequel doit être respecté pour le temps réservé aux débats et les améliorations auquel il contribue par voie d’amendements.

Enfin, il y a l’explication. Elle doit être menée pour que nos concitoyens suivent le fil de nos réformes et comprennent qu’elles s’intègrent dans un projet d’ensemble : le redressement dans la justice.

Une année dense nous attend. J’ai la conviction que la politique de votre gouvernement portera ses fruits. Il y faudra de la patience. Mais j’ai confiance.

Le contexte mondial s’éclaircit. La zone euro su préserver son intégrité et a introduit enfin les mécanismes de stabilité qui lui manquait La France a des atouts remarquables (ses entrepreneurs, ses chercheurs, ses travailleurs, ses services publics, sa démographie). Nous somme le pays d’Europe qui voit sa population le plus augmenter. La France a gagné 1, 4 millions d’habitants en 4 ans.

L’enjeu, c’est de sortir de la crise plus vite et plus fort. C’est la mission que j’assigne à votre gouvernement en 2013. Pour y parvenir, inspirez-vous des deux vertus essentielles :

- La ténacité. C’est-à-dire la constance. Alors faites votre devoir sans espérer d’autre récompense que de voir les Français vivre mieux. N’ayez qu’un souci, qu’une obsession, qu’un horizon : l’état du pays à la fin du quinquennat. C’est ma démarche.

- La solidarité. La solidarité c’est un état d’esprit. C’est aussi un comportement. Il peut y avoir des débats au sein du gouvernement. Mais une fois l’arbitrage du Premier ministre intervenu, sous mon autorité, il vous engage, sans restriction, sans exception et sans exclusive.

Au Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault, dont je connais le sérieux, le dévouement et la loyauté, je réaffirme ma confiance.

Et à vous membres du gouvernement, je redis que c’est une chance, un privilège que de servir son pays surtout dans une période aussi rude. C’est une mission exigeante et exaltante. N’ayez pas d’autre ambition que d’en être digne. Je vous en sais tous capables.

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