Toasts lors du déjeuner offert par le Prince Souverain de Monaco

Le Prince souverain : « Monsieur le Président de la République, c’est pour moi une joie sincère et profonde de vous accueillir ici, au Palais, pour manifester l’étroitesse et la permanence des liens privilégiés qui unissent, de si longue date, la Principauté de Monaco et la République française. Soyez, Monsieur le Président, le bienvenu ici ainsi que la délégation et les personnalités qui vous accompagnent.

Le 7 décembre 2012, vous me receviez à l’Elysée pour une fructueuse visite de travail. Je vous avais alors convié à venir en Principauté dès que votre agenda le permettrait. Je vous suis très reconnaissant, Monsieur le Président, d’avoir accueilli favorablement cette invitation, moins d’une année après notre première rencontre.

Nous sommes en effet persuadés, tous deux, que l’amitié et la coopération entre nos deux Etats se nourrissent de la qualité et de la constance de la relation personnelle entre le Président de la République française et le Prince de Monaco. J’attache, comme vous, un grand prix à l’harmonie de cette relation.

Vous le savez, j’ai grand plaisir à effectuer, chaque année, un ou plusieurs déplacements dans des régions de France dans lesquelles, jadis, ma famille avait des attaches. Je mesure ainsi combien le temps a tissé des liens étroits, sans parler des épreuves subies en commun que nous commémorerons ensemble dans un proche avenir.

Oui, l’histoire, la proximité géographique, la présence ancienne à Monaco de Français par la résidence ou le travail, l’imbrication de nos économies ont créé entre nos deux pays une symbiose et, par là-même, une relation singulière, une communauté de destin.

Aujourd’hui, notre démarche commune s’inscrit dans le prolongement naturel d’un long chemin parcouru ensemble, auquel nous souhaitons ouvrir, pour l’avenir, de nouvelles perspectives. Tel est le sens des visites que nous effectuerons cet après-midi en entreprise et dans le domaine scientifique, avant d’être tous deux les témoins de la signature de cinq accords de partenariat concernant la recherche scientifique et l’environnement. Je salue ici volontiers les dirigeants et signataires des entités parties aux accords qui seront signés ce soir.

Vous savez pouvoir compter, à cet égard, sur l’appui résolu de mon pays pour soutenir toute initiative en faveur d’un développement durable.

D’autres sujets d’intérêt commun retiennent toute notre attention comme le télétravail, dont le développement profitera tant à la Principauté qu’à la région économique voisine.

Je me réjouis très vivement, Monsieur le Président, de vous présenter, dans le cadre de votre visite officielle, une Principauté active et inventive qui fonde son développement sur le travail et la diversification de ses activités.

Mon pays mesure, par ailleurs, combien le contexte international requiert que l’Europe, au travers de ses instances, s’affirme sur la scène mondiale. C’est un défi aussi pour les petits Etats. Monaco ne peut méconnaître cette réalité et demeure toutefois attentif à ce que ses relations avec l’Union européenne prennent en compte ses spécificités. A défaut, ses équilibres s’en trouveraient menacés.

Je sais, Monsieur le Président, que la France comprend la complexité de ces questions.

Heureux que votre venue parmi nous manifeste, à nouveau, les liens si étroits qui nous tiennent tant à cœur, je forme, Monsieur le Président, mes souhaits chaleureux pour votre pays et le bonheur de son peuple.

Vive la République française ! Vive la Principauté de Monaco ! Et vive l’amitié franco-monégasque ! Merci ».

 

LE PRESIDENT : « Monseigneur, je vous remercie chaleureusement pour l’accueil que vous m’avez réservé ainsi qu’à ma délégation. Il témoigne des liens amicaux, historiques, profonds qui unissent nos deux Etats, la France et la Principauté de Monaco.

Il est vrai que depuis le traité de Péronne – c’était en 1641 – jusqu’à celui de 2002, nous partageons une communauté de destin.

Nous sommes également liés par les épreuves. Vous les avez rappelées. Je n’oublie pas que le Prince Louis II a revêtu l’uniforme français pendant le premier conflit mondial et que votre père, le Prince Rainier, avait participé à la victoire de 1945, celle des Alliés.

Vous-même, bien plus tard et dans un autre contexte, avez servi dans la Marine française. Tout à l’heure, nous présentions une maquette qui était celle de la Jeanne d’Arc, où vous aviez vous-même servi.

Aussi, je souhaite pouvoir vous accueillir en France à l’occasion des cérémonies qui seront organisées pour le centenaire de la Grande Guerre, pour le soixante-dixième anniversaire de la Libération de la France et de la Libération de la Principauté.

L’Histoire nous rapproche donc. La géographie se confond parfois et la culture nous unit. La culture, c’est d’abord l’éducation. La France est fière de contribuer au système scolaire monégasque par le détachement d’enseignants dans les collèges et les lycées. Nombreux sont d’ailleurs les jeunes Monégasques, les jeunes Français ou résidents étrangers qui réussissent brillamment, dans nos universités et dans nos grandes écoles, après avoir été formés ici.

Je salue aussi l’Alliance française de Monaco, qui va célébrer son cent-trentième anniversaire et qui développe des programmes de grande qualité sur le plan culturel. Monaco est d’ailleurs un membre actif de l’Organisation internationale de la Francophonie et j’ai apprécié votre présence lors des Jeux de la Francophonie. C’était à Nice, c’est-à-dire non loin d’ici. Nous avons le même souci, la même volonté, la même ambition qui est de promouvoir la langue française. Non pas parce qu’elle serait notre patrimoine, mais parce que c’est une richesse qui est offerte à tous.

Monaco a d’ailleurs toujours su accueillir des artistes, des hommes et des femmes de culture, de MASSENET à PAGNOL, en passant par GUITRY, COLETTE et COCTEAU. Nous n’avons qu’un seul différend qui concerne Léo FERRE. Vous le considérez comme monégasque ; nous le regardons, vingt ans après sa mort, comme français.

Mais notre relation est fondée sur l’économie. C’est sans doute l’une des dimensions de la relation entre Monaco et la France qui est la moins perçue par nos compatriotes, en tout cas les miens. Parce que Monaco accueille sur un territoire, que l’on sait contraint, de nombreuses entreprises dans des domaines très différents : la télécommunication, l’automobile – nous aurons l’occasion de le constater –, la grande distribution, la pharmacie – vous me l’avez rappelé.

Ce sont plus de 35 000 salariés français qui viennent travailler, chaque jour ouvrable, à Monaco. Mais à Monaco tous les jours sont ouvrables ! Chaque année, il se crée, ici à Monaco, à peu près 1 000 emplois, dont beaucoup sont offerts à des Français. Je pense aussi aux Français qui résident à Monaco et qui expriment, par la voix de leurs représentants, des problèmes qui tiennent au logement et qui tiennent aussi à la fiscalité. Nous aurons à cœur d’y répondre.

Nous avons également en partage une vocation touristique. C’est un enjeu majeur pour Monaco et aussi l’ensemble de la région. Nous avons aussi l’ambition d’y travailler ensemble.

Monseigneur,

Chacun connaît votre engagement en faveur du développement durable et de la préservation de la planète, que ce soit pour lutter contre le réchauffement climatique ou préserver la biodiversité marine. Nous travaillons là aussi ensemble.

Ici, la présence de Nicolas HULOT en est le témoignage. Je vous ai invité à un certain nombre de manifestations qui vont se tenir prochainement. Nous serons heureux de vous y accueillir parce que nous savons que votre présence sera un facteur supplémentaire de mobilisation.

Nous avons également uni nos efforts pour mettre en place une convention multilatérale de protection de la biodiversité en haute mer. Nous avons comme perspective l’Assemblée générale des Nations unies de 2015 et aussi la Conférence Climat, à laquelle vous serez pleinement associé. La France est également à vos côtés, pour votre fondation et le fonds fiduciaire qui sera créé pour étendre les aires marines protégées et mieux gérer la Méditerranée.

Voilà ce que sont nos enjeux.

Vous avez rappelé également que Monaco voulait se rapprocher de l’Europe. Nous ferons en sorte de vous soutenir, dans ces démarches, auprès de la Commission européenne.

Au cours de cette visite, de nombreux accords vont être signés dans des domaines scientifiques et économiques. C’est dire combien notre tradition peut être renouvelée avec des ambitions que nous pouvons porter ensemble.

Vous êtes un ami de la France. Vous avez rappelé le lien indéfectible qui unit les Français et les Monégasques. C’est pourquoi je suis heureux, à mon tour, de lever mon verre à Monaco, à la République française et à l’amitié entre nos deux pays.

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