Seconde déclaration conjointe du président de la République et du président de la République populaire de Chine

LE PRESIDENT

Mesdames, Messieurs, une fois encore je renouvelle mes remerciements pour la visite que le président XI Jinping nous réserve aujourd'hui à Paris. Parce que c'est son premier déplacement en Europe et il a bien voulu que tout commence par la France ! Nous y sommes sensibles, d'abord parce que c'est une marque de confiance à l'égard de notre pays. C'est aussi le rappel de l'Histoire. Il y a 50 ans, en effet, que la France a été la première à reconnaître la République populaire de Chine. Cette visite du président XI Jinping vient un an après celle que j'ai faite en Chine à son invitation.

Depuis un an, les objectifs que nous nous étions fixés ont été en large partie atteints. Nous avions voulu relancer le dialogue politique entre nos deux pays qui, je le rappelle, s'inscrit dans un partenariat stratégique établi en 1997. Mais il nous avait semblé qu'un nouvel élan devait lui être donné. Les conditions politiques avaient changé, les personnes à la tête des deux pays avaient également changé et nous avions besoin de donner un nouveau cadre à ce partenariat stratégique.

C'est ce que nous avons fait, notamment à travers les rencontres que nous avons voulues annuelles, entre le Président chinois et le Président français ; à travers la visite qu'a rendue le Premier ministre Jean-Marc AYRAULT en Chine ; et à travers les nombreux déplacements des ministres français, à commencer par Laurent FABIUS qui est allé six fois en Chine. J'ai voulu que chaque ministre du gouvernement se sente impliqué et puisse avoir des échanges avec les homologues chinois.

Nous avons également mis en place deux mécanismes nouveaux. Le premier, sur les questions économiques et financières. La première session s'est déroulée en novembre en Chine. Nous aurons également une nouvelle session en 2014 en France. Enfin, le dernier aspect de ce dialogue, c'est un mécanisme de relation sur les échanges humains, scientifiques, universitaires, culturels… Nous avons décidé aujourd'hui même, le président XI Jinping et moi-même, de son établissement.

Nous avons un dialogue politique qui n'est pas simplement bilatéral parce que la Chine et la France siègent au Conseil de sécurité comme membre permanent, parce que la France et la Chine sont deux puissances de paix, parce que la Chine et la France ont des principes communs pour la vie internationale, une conception du monde équilibrée respectueuse des souverainetés de chacun.

Alors nous agissons, et nous agissons ensemble, pour la résolution des crises régionales, que ce soit au Moyen-Orient – avec la Syrie notamment ou l'Iran avec le risque de prolifération – et même récemment sur l'Ukraine où la Chine a pris une position qui démontre sa conception de la vie internationale, fondée sur la stabilité, l'intégrité des frontières et des Etats. Je sais aussi que la Chine agit pour la stabilité financière et notamment en Ukraine.

Nous avons voulu que le 21ème siècle ne soit pas celui des annexions et des séparatismes. Chacun doit ici le comprendre. Nous avons voulu faire porter nos discussions sur trois dossiers principaux. Le premier, c'est la non-prolifération des armes de destruction massive. La France et la Chine sont deux puissances nucléaires. Mais elles sont conscientes de leur responsabilité. Elles ne veulent pas qu'il y ait des pays qui accèdent à l'arme nucléaire et qui puissent mettre en danger la paix du monde. C'est vrai pour la Corée du Nord, c'est vrai pour l'Iran.

Le second dossier, c'est celui de la sécurité et du développement en Afrique. Je remercie le Président chinois pour le soutien qu'il a apporté à la mission de la France au Mali et également pour sa présence même dans ce pays. De la même manière, j'ai été sensible au message d'encouragement lors de la crise humanitaire en Centrafrique. La Chine est présente en Afrique, elle y investit. Elle contribue au développement. Je souhaite que la France et l'Afrique puissent agir ensemble, parce que l'Afrique c'est un continent d'avenir. Nous devons lutter contre le terrorisme, mais nous devons aussi nous mobiliser pour le développement et la croissance du continent africain.

Enfin, il y a un troisième dossier que nous partageons, c'est celui de la lutte contre le réchauffement climatique. La Chine sera plus qu'un partenaire, elle sera un acteur essentiel pour la réussite de la Conférence sur le climat que la France va accueillir à la fin de l'année 2015. Certes, la Chine a une responsabilité. Elle est le premier consommateur d'énergie au monde. Mais le Président chinois a surtout fait de la lutte contre les pollutions une priorité de sa stratégie de réforme. Nous savons que la préservation de l'environnement est également un levier de croissance, et que la transition que nous avons à accomplir peut être également un moyen de faire coopérer nos entreprises. Nous en avons donné la preuve, ici même, en signant un certain nombre d’accords notamment sur les transports et la ville durable.

Enfin, nos deux pays sont engagés dans une même régulation de l’économie de la planète. Certes, la Chine connait une croissance impressionnante et qui ne ralentit pas. Elle a donc la volonté d’associer d’autres parties du monde à ce développement. De la même manière, la France a des technologies et des capacités industrielles. Elle a aussi de l’avance dans un certain nombre de domaines et nous sommes prêts à les partager. Mais nous avons aussi, dans le cadre du G20, à assurer nos propres responsabilités. La Chine veut y jouer un rôle accru et elle peut apporter une contribution essentielle à la gouvernance mondiale. C’est pourquoi la France souhaite que la Chine puisse organiser très prochainement un sommet du G20.

Nous avons aussi évoqué nos relations bilatérales sur le plan économique et commercial. Nous sommes conscients qu’il y a une situation qui doit être corrigée. C’est celle du déficit commercial entre la France et la Chine. Nous en avions parlé il y a un an. Nous avons la volonté de rééquilibrer le commerce extérieur entre la France et la Chine vers le haut ; en aucune façon de réduire les importations françaises et freiner les exportations chinoises. Ce que nous avons à faire, c’est élever encore notre présence en Chine et nourrir un courant d’exportation de la France vers la Chine.

Nous avons deux domaines sur lesquels nous avons traditionnellement une excellente coopération – et vous en avez eu une nouvelle fois la preuve – c’est le nucléaire civil et l’aéronautique. Là-dessus, nous avons conclu des accords très importants pour asseoir notre partenariat sur toute la filière du nucléaire civil, de l’amont vers l’aval du cycle, y compris le traitement des combustibles usagers.

Dans l’aéronautique, ce n’est pas simplement par rapport au nombre d’avions, même si c’est très important que la Chine nous achète. Là aussi, un contrat très significatif a été conclu. C’est là aussi une conception du partenariat industriel – puisque nous avons négocié un accord sur la chaine d’assemblage d’AIRBUS de Tianjin – qui va permettre de développer un avion régional et de mettre en œuvre de nouvelles technologies pour la gestion du trafic aérien. Là encore, c’est un accord global. Je remercie le Président chinois pour la confiance qu’il a de nouveau témoigné à l’égard d’AIRBUS, mais aussi des hélicoptères, puisque un contrat très important a été signé.

Mais au-delà de ces deux domaines – le nucléaire civil et l’aéronautique – il y a de nouveaux marchés qui s’ouvrent dont l’agroalimentaire. Il y a eu notamment sur la charcuterie, sur le lait, sur la confiserie et sur le vin, grâce à une bonne intelligence entre nous, la levée des obstacles pour l’accès au marché chinois. Nous avons donc sur le plan agroalimentaire une pleine confiance entre nos deux pays.

Il y a aussi le développement urbain, la ville durable, la santé…, où il existe, depuis plusieurs années une coopération entre entreprises sur les nouvelles technologies à utiliser en cette matière. Nos exportations vers la Chine ont augmenté de 7 % en 2013, c’est donc la preuve déjà que le processus est engagé.

Mais je veux insister sur un grand projet présenté à travers cette cérémonie de signature et qui illustre ce que peut être le partenariat franco-chinois à l’avenir. Là, il ne s’agit plus de vendre simplement, il s’agit d’investir ensemble, de nouer un partenariat entre des entreprises qui sont, dans leur domaine, excellentes. C’est ce qui s’est conclu pour l’automobile à travers l’accord entre DONGFENG, PEUGEOT et l’Etat français. Il va nous permettre d’avoir un constructeur à taille mondiale pour être présent sur tous les marchés grâce à cette coopération excellente entre la France et la Chine. Ce partenariat peut être proposé dans d’autres domaines, notamment tout ce qui est l’environnement et aussi la santé.

Enfin, pour développer l’innovation entre nos pays, pour multiplier les investissements, français en Chine, chinois en France, nous avons mis en place des fonds franco-chinois d’investissement communs. Parce que je souhaite qu’il y ait davantage d’investissements chinois en France. Au total, ce sont 50 accords qui ont été signés aujourd’hui, représentant une valeur de 18 milliards d’euros.

Au moment où notre économie repart, au moment où nous luttons contre le chômage, au moment où nous devons améliorer notre compétitivité, au moment où je lance le pacte de responsabilité, c’est très important que nous démontrions la valeur de nos entreprises et la capacité qu’a la France de pouvoir, avec la Chine, avoir un partenariat à ce niveau. Dix-huit milliards d’euros de contrats, c’est de l’emploi, de la croissance et surtout des perspectives d’ampleur pour les années qui viennent.

Je veux terminer sur la troisième priorité de notre partenariat stratégique : le dialogue, acte essentiel de l’économie, et les échanges humains. Il y a 35 000 jeunes Chinois qui viennent étudier en France. Nous pouvons en accueillir encore davantage. Il y a 8 000 Français qui étudient en Chine et nous pouvons, si la Chine le veut bien, en envoyer davantage. Nous voulons aussi qu’il y ait un meilleur apprentissage du chinois en France et du français en Chine. Nous voulons surtout qu’il y ait une plus grande facilité dans les échanges.

C’est pourquoi j’ai pris la décision – et le ministre des Affaires étrangères a veillé à ce que cela puisse se faire dans un délai très court – d’avoir une procédure de visa délivrable en 48 heures, pour que nous puissions accueillir plus de touristes chinois. Nous en avons accueilli 1,3 million en 2013. C’est très peu par rapport à 1,3 milliard de Chinois ! Vous voyez la marge de progression qu’il nous reste encore à accomplir ! Nous devons donc nous préparer à faire que le touriste chinois puisse être accueilli dans les meilleures conditions de sécurité et de confort et qu’il ne puisse pas attendre la délivrance d’un visa pour venir visiter la France.

Sur le plan culturel, il y aura des décisions communes d’organiser des expositions, ici en France, notamment pour révéler ce qu’a été la production sous la dynastie des HAN à Paris. La Chine aura des expositions de peintres français et notamment des impressionnistes. Mais au-delà de ce que la culture peut porter, de ce que la langue peut offrir, il y a la coopération technologique, celle de la recherche, notamment dans le domaine spatial. Là aussi, la France et la Chine ont conclu un accord très important.

Je pourrais continuer tant ce que nous avons engagé, il y a un an, et que nous poursuivons et amplifions aujourd’hui, est prometteur. Ceci veut dire que cinquante ans après, la reconnaissance de la Chine populaire, aujourd’hui c’est la reconnaissance de ce que notre amitié peut produire pour nos économies respectives, pour nos cultures, pour nos visions du monde. Plus que jamais l’amitié franco chinoise est utile à nos deux pays et surtout précieuse pour le monde entier. Merci.

 

LE PRESIDENT XI JINPING

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les journalistes, Mesdames et Messieurs, bonjour. C’est un grand plaisir pour moi de vous rencontrer à Paris aux côtés du président HOLLANDE. Cette année marque le 50ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques sino-françaises. En avril dernier, le président HOLLANDE a effectué une visite très réussie en Chine. Il m’a adressé une aimable invitation pour effectuer une visite en France en 2014 pour célébrer ensemble, solennellement, cet événement historique pour les relations bilatérales entre la Chine et la France. Ce que j’ai accepté avec grand plaisir ! C’est ainsi que je viens dans cette belle ville de Paris, en cette agréable saison du printemps.

Je viens d’avoir avec le président HOLLANDE un entretien sincère, amical et fructueux. Nous avons échangé de manière approfondie nos vues sur la relation sino-française et les grands dossiers internationaux et régionaux d’intérêt commun. Nous sommes parvenus à de larges consensus. Ensemble, nous avons fait le bilan des cinquante ans des relations diplomatiques sino-françaises. Tous les deux, nous estimons que la poignée de mains historique entre la Chine et la France – surmontant bien des obstacles, il y a cinquante ans – a profondément marqué l’histoire des relations internationales et l’histoire des échanges entre l’Orient et l’Occident.

Cinquante ans après, l’esprit incarné par cet événement historique – esprit d’indépendance, du respect de la confiance mutuelle, de la clairvoyance et du gagnant/gagnant – revêt toujours une grande signification. Nous avons à coopérer, main dans la main, pour ouvrir une nouvelle époque d’un partenariat global sino-français étroit, durable et continu, pour jouer un rôle pionnier dans le développement de la relation sino-européenne et le développement des relations entre la Chine et les pays occidentaux.

Ensemble, nous avons identifié les orientations, les priorités du développement de la relation sino-française et décidé d’en faire une priorité de la diplomatie chinoise et française. Nous avons décidé également de travailler au raffermissement de la conscience stratégique mutuelle ; de nous témoigner mutuellement respect quant aux intérêts vitaux et préoccupations majeures de part et d’autre ; et de nous soutenir dans le développement national de chacun de nos deux pays.

Nous avons décidé d’établir, tout en valorisant le rôle du dialogue stratégique et du dialogue économique et financier de haut niveau, un mécanisme d’échanges humains de haut niveau entre la Chine et la France. Nous partageons la vue que la réforme structurelle, engagée en Chine comme en France, offre de nouvelles opportunités à la coopération sino-française.

Au cours de ma visite, des dizaines d’accords et de contrats sont conclus entre les deux parties, dans les domaines aussi variés que le nucléaire civil, l’aéronautique, l’automobile, l’énergie, la finance, l’agriculture, le développement durable, l’éducation, les sciences, les technologies, la culture, les échanges humains… Tout à l’heure, j’ai assisté avec le Président HOLLANDE à la signature des textes les plus représentatifs qui incarnent déjà la grande dynamique et la vitalité de la coopération pragmatique sino-française.

Avec le Président HOLLANDE, nous avons décidé de valoriser la complémentarité et le potentiel de nos deux économies, d’accroître nos actions conjointes dans la recherche et développement, l’investissement, la production et l’exploitation des marchés internationaux, pour donner ainsi de nouvelles impulsions à la coopération dans les secteurs traditionnels comme le nucléaire civil et l’aéronautique. La Chine et la France partagent la volonté de monter une coopération tous azimuts dans les nouveaux domaines, comme les nouvelles énergies, l’agriculture et l’agroalimentaire, le développement durable et la santé… Elles vont prendre des mesures pour encourager l’investissement mutuel.

Nous avons souligné que l’affinité culturelle est un atout particulier de la relation sino-française. Il nous faut nous inscrire dans cet héritage, dans cette inspiration mutuelle sur le plan culturel et assurer le bon déroulement des plus de 300 célébrations du cinquantenaire des relations diplomatiques sino-françaises. Il nous faut également accroître les échanges entre les jeunes, approfondir la coopération sur l’enseignement linguistique et multiplier les échanges humains entre les deux pays.

La Chine et la France sont deux pays d’influence mondiale. Nous avons décidé de renforcer la coopération substantielle entre les deux pays dans les affaires internationales et de proposer de nouvelles idées et solutions en vue d’instaurer un ordre politique international plus juste et équitable et un système de gouvernance de l’économie mondiale basé sur le bénéfice mutuel gagnant/gagnant. Les deux pays vont également renforcer leur coopération dans la lutte contre le changement climatique. La Chine soutient les efforts de la France dans l’organisation de la Conférence climat 2015.

Ma présente visite d’Etat en France m’a permis de raffermir ma foi dans l’avenir du partenariat global stratégique sino-français et dans l’amitié entre la Chine et la France. Je vous remercie.

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